ENCYCLOPÉDIE MÉTHODIQUE (VICQ-D’AZYR
Dans VEncyclopédie médicale méthodique (1788), composée par une réunion de docteurs de la Faculté et de médecins distingués de l’époque, l’article qui a trait au pharynx est dû à Vicq-d’Azyr. Cet auteur n’a point le mérite de ses prédécesseurs (Sennert, Ethmuller, Sauvage). Le plus souvent, il ne fait que de la compilation. Sauvage etCullen sont ses modèles préférés, sans doute en raison de leur réputation, mais surtout à cause de la nouveauté de leurs œuvres. Toutefois Vicq-d’Azyr sait puiser. aussi ailleurs, notamment chez Huxham (déterminations pharyngées de la scarlatine). Finalement s’il manque d’originalité, il a du moins le mérite de nous exposer l’état de la pathologie pharyngée à la fin du XVIII® siècle.
U hypertrophie des amygdales est qualifiée encore de squirrhe, comme chez les vieux auteurs. Vicq-d’Azyr noté que, si les deux glandes sont atteintes en même temps, l’isthme peut, en quelque sorte, être obstrué ; d’où dysphagie et parfois dyspnée (quand la respiration est exclusivement buccale, ce que ne dit pas l’écrivain). Comme traitement chirurgical, il conseille l’ablation par les caustiques (préconisée par Paul d’Égine et surtout Albucasis), le bistouri (procédé de Celse) et la ligature (procédé du xvii® siècle). En fait de caustiques, l’auteur recommande l’huile de tartre, ou, à son défaut, une solution saturée de mercure dans l’acide nitreux. On touchera quotidiennement deux fois les amygdales, pendant plusieurs jours de suite, en prenant toutes les précautions
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d’usage (Voy. Albucasis, Tome I, textes). L’extirpation par le bistouri n’était guère pratiquée à cause des dangers d’hémorragie; on préférait, quand le pédicule était trop gros pour être saisi par le serre-nœud, employer le procédé de Cheselden, qui perçait la base de la glande, y passait deux fils et liait ainsi séparément les deux moitiés du pédicule. L’opération était relativement facile, quand la tonsille était bien pédiculée, avec les divers serre-nœuds, instruments déjà anciens, puisque Ambroise Paré les fait figurer dans son arsenal chirurgical.
Selon Vicq-d’Azyr, Vamygdalite serait une maladie des plus violentes, quand il s’y joint de l’esquinancie (pharyngite). L’intensité des troubles semble alors faire courir les plus grands dangers ; du reste la gangrène serait fréquente, si on n’intervient pas par la saignée. Celle-ci continuait à être regardée comme indispensable par la grande majorité des praticiens. Sans rejeter les scarifications sur le cou, l’auteur préfère les incisions directes sur les amygdales qui étaient fort usitées alors, comme il le dit, eh Angleterre. Les émollients, les cataplasmes adoucissants sont recommandés parce qu’ils relâchent les parties. La terminaison par suppuration, dont les médecins des siècles précédents avaient exagéré la fréquence, est regardée ici au contraire comme rare. « Il arrive quelquefois, dit Vicq-d-’Azyr, que l’inflammation au lieu de se résoudre se termine par un abcès. » Dans ces cas, ajoute-t-il, le volume de la collection purulente peut-être tel qu’il en résulte une véritable gêne mécanique. Il conseille l’ouverture, à l’aide du pharyngotome ou d’une lancette longue et étroite dont on garnit le tranchant, sauf à la pointe, d’une bande de diachylon. Le manuel opératoire n’offre rien de spécial.
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Pour faciliter la cicatrisation, Vicq-d’Azyr recommande les boissons tièdes adoucissantes (tisanes de plantes béchiques additionnées d’un peu de miel rosat ou d’orge mondé). Le malade s’abstiendra en outre quelque temps d’aliments âcres et salés, qui irriteraient la plaie et l’empêcheraient de sè cicatriser.
angine ou synanche est, d’après Vicq-d’Azyr, une maladie inflammatoire, caractérisée par une gêne dans le gosier, de la dyspnée, de la dysphagie et une fièvre d’intensité variable. Il rappelle que Sauvage la plaçait dans la troisième classe de ses phlegmasies. En se basant sur le siège, on peut, dit-il, admettre :
1° angine tonsillaire de Cullen et Sauvage, qu’il propose d’appeler angina faucium, à cause de son caractère plus diffus que ne le ferait supposer la première dénomination ; car, dit-il, le voile et les piliers sont le plus souvent très affectés. Comme variété, l’auteur signale l’apparition sur l’amygdale de nombreux petits aphtes ou d’ulcères de faible volume. La synanche commune d’alors est confondue avec l’angine tonsillaire, parce qu’elle l’accompagne le plus souvent et que ses symptômes caractéristiques n’ont rien de particulier, sauf une dysphagie plus marquée, tout le pharynx étant atteint.
2“ h’angine du larynx ou de la trachée-artère, dénommée, comme il le rappelle, cynanche par les anciens et esquinancie trachéale par Sauvage. Le siège est plus profond que dans la variété précédente ; la dyspnée est intense, surtout à l’inspiration; la voix est rauque et comme étouffée.
3“ Le croup ovl angine polypeuse de certains auteurs, caractérisés par l’apparition de fausses membranes dans le larynx, la trachée et les poumons. Gomme on le voit.
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Vicq-d’Azyr se range a l’opinion de Home, qu’il ne cite pas, du reste, et qui distinguait le croup de l’angine pseudo-membraneuse.
4° angine externe (périsynanche des anciens), dans laquelle il comprend les oreillons (cynanche parotide de Cullen). La description assez brève qui suit est empruntée à Fauteur écossais.
5® 'L'angine secondaire à la variole, à la rougeole et surtout à la scarlatine [scarlatina cynanchitica de Cullen).
'Vangine proprement dite, c’est-à-dire Vangina faucium ou synanche peut être divisée en variétés inflammatoire, œdémateuse, catarrhale, sèche, squirrheuse, maligne membraneuse (diphtérique). Ces divisions, empruntées à Sauvage et à Cullen, avaient été en grande partie prises par ces derniers auteurs dans Boerhaave, Ethmuller et même Sennert.
'Vangine œdémateuse notamment n’est pas autre chose que l’angine pituiteuse de Sennert et l’angine bâtarde de Ethmuller. Elle gêne par le gonflement des parois; d’où résultent des troubles mécaniques ; mais elle ne présente aucun symptôme inflammatoire. Elle ne surviendrait que chez les sujets faibles et cachectiques et proviendrait d’un trouble du cours de la lymphe (obstruction des vaisseaux et des ganglions cervicaux, sous l’influence du froid de l’humidité, de l’encrassement amené par l’oisiveté). L’auteur remarque, ce qui est exact mais rare, que la compression engendrée par les organes voisins peut la déterminer.
L'angine maligne étudiée par Vicq-d’Azyr est tantôt de la diphtérie, tantôt de la scarlatine pharyngée maligne avec pseudo-membranes, comme en avait observé Fothergill.
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Celui-ci s’était trompé du reste sur sa véritable nature, ainsi que nous le montrerons d’ailleurs, en rapportant cette affection au garrotillo des Espagnols et à l’angine gangreneuse d’Arétée. Ces confusions faisaient del’angine maligne une espèce morbide fort mal définie, que n’avaient pas su élucider Chomel l’Ancien, Huxham et Tissot. La description clinique deMercado, dontFothergill reproduit un passage fort intéressant, était excellente. Vicq-d’Azyr signale l’épidémie de Londres, étudiée par cet auteur (c’était de la scarlatine maligne à forme anormale), l’épidémie de Plymouth décrite par Huxham, celle de Suisse, d’après Tissot, et celle de Metz, d’après Read. Se basant sur tous ces faits, Vicq-d’Azyr expose les caractères principaux de cette affection, c’est-à-dire sa grande contagiosité, sa prédominance chez les enfants, son début généralement intense (c’est faux, comme on le sait, pour la diphtérie vraie), avec céphalalgie, courbature, frisson, fièvre intense, les caractères du pouls ordinairement vif et agité, parfois faible et ondulant, le délire, les troubles intestinaux, fréquents chez les enfants, la gêne de la respiration qui est ronflante. Les malades crachent de la mousse, ou du pus, ou encore des substances livides d’une odeur insupportable. La péripneumonie est fréquente (?) Les exanthèmes suivent le mal, parfois le précèdent; ils peuvent être partiels ou généralisés. La teinte pourprée les fait ressemblera de l’érysipèle; parfois il y a des sortes de pustules; on dirait que le patient a été frotté avec du jus de framboise. Les malades sont pris souvent d'œdème ; ce qui leur donne un aspect bouffi (néphrite scarlatineuse). Read a signalé, dans l’épidémie de Metz, d’assez fréquentes taches pétéchiales. Tissot avait, d’autre part, remarqué chez ses malades (épidémie
suisse) la tuméfaction considérable des ganglions du cou et des parotides. Rapportant deux observations de Chomel, Yicq-d’Azyr montre que les amygdales sont rouges, la trachée ulcérée et le poumon rempli de sanie. Il ne parle pas de fausses membranes. Comme on le voit, tous ces détails que nous avons soigneusement relatés sont en faveur de l’angine scarlatineuse maligne. Chose surprenante, l’auteur, qui connaît assez bien l’angine scarlatineuse ordinafre, à propos de laquelle il cite Huxham, ne mentionne pas sous ce titre les formes vraiment graves. Il aurait cependant dû être éclairé par l’analogie symptomatique, qu’il remarque lui-même ; mais il est égaré par l’intensité des troubles respiratoires et vocaux (forme diphtérique) et par l’existence des soi-disant ulcères,
angine squirrheuse ne semble être qu’un rétrécissement fibreux de l’organe. Van Swieten en avait fourni plusieurs exemples, tous reconnus à l’autopsie. Parfois, cependant, Vicq d’Azyr admet qu’il existe souvent une tumeur dont il conseille l’extirpation, si elle est possible.
U angine sèche ne paraît être que de la dysphagie survenant à la suite de dysenterie, de diarrhée, de saignées répétées, c’est-à-dire d’une déperdition séreuse abondante, ainsi que le remarqué Boerhaave qui a créé ce type morbide.