‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 76 sur 174 · SCHENKIUS · texte numérisé non relu

SCHENKIUS

Schenkius a composé, à l’aide d’extraits empruntés aux auteurs grecs, arabes, aux historiens, mais surtout aux écrivains du xvi® siècle, un ouvrage très volumineux et très important, qu’il est indispensable de consulter pour se rendre compte de l’ampleur des connaissances de son époque sur les différents points de la pathologie pharyngée. Il fait du reste assez souvent preuve d’originalité et d’esprit critique, et encadre parfois ses extraits dans une analyse générale qui lui est bien personnelle.

Ainsi, il expose longuement les idées d’Hippocrate, de Galien, de leurs principaux successeurs, de ses contemporains sur l’angine suffocante sans lésions apparentes, et indique, chemin faisant, la thérapeutique qui lui con^vient. Il signale a ce sujet un cas de Jacobus Œtheus, où, grâce à des moyens convenables, on parvint à arrêter complètement la fluxion sanguine vers l’organe malade;

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Les observations qui suivent montrent quel est le danger de cette cynanche. Dans le cas de Brassavola, la mort survint en huit heures, malgré quatre saignées successives. D’autre faits semblables sont empruntés à Fernel, à Amatus Lusitanus, à Fprestus. Trincavella a rapporté enfin, dit-il, l’histoire d’une femme qui, ayant pris un vomitif solide (bols de casse) au lieu d’un liquide, comme il convenait dans une angine de moyenne intensité, eut des contractions si violentes des muscles de la gorge qu’elle succomba aussitôt asphyxiée (spasme ou corps étranger laryngé). Quelquefois cependant une heureuse intervention chirurgicale, en débarrassant le maladed’une collection profondément placée, peut assurer la guérison dans les cas les plus désespérés. L’auteur cite à ce propos le fait de Camerarius, où une incision de la base de la langue amena une terminaison favorable. D’autres fois, l’ouverture de la collection se fit spontanément comme dans une observation de Valeriola (cps de Richard Sabatier). D’autrepart, Alexandre Benedictus eut un succès inespéré chez jnn vieillard, en saignant à temps les veines du pli du coude. Puis, viennent des extraits empruntés à différents auteurs sur le traitement médical et chirurgical des angines, dont nous ne nous occupérons pas, pour ne pas nous exposer à des redites.

Les affections du palais sont au contraire intéressantes à étudier chez Schenkius.

P^erforation du palais. — Schenkius rapporte le cas d’un bômbardier déjà signalé par Ambroise Paré, dont presque tout le palais osseux fut détruit par la syphilis. Il fait remarquer que Fallope, Trajanus et Amatus Lusitanus ont signalé des faits semblables.

Caroncule (>) du palais. — Platter rapporte, d’après

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■ Schenkius, dans son recueil, un cas d’excroissance charnue siégeant au palais à la hauteur de la dernière molaire. Elle était pédiculée et datait de la naissance.

Cancer , blanc de la gorge. — Un malade fut atteint d’après Paré d’un cancer blanc de la langue et de la gorge, dit cancer blanc du coq, qui s’ulcéra bientôt et amena la mort en empêchant' la déglutition (Paré, liv. XXII, cap. xvii). Ne s’agissait-il pas en réalité d’un cas de glossite du type leucoplasique? A ce siijet, Schenkius rapporte plus loin l’observation d’Amatus Lusitanus ayant trait au cancer secondaire de la gorge (Voy. texte). Un cas semblable est emprunté à Baldus Rossius. Il s’agit d’une femme ayant une tumeur (sarcome?) de la mâchoire supérieure qui avait peu à peu envahi le palais, le voile, les amygdales et gênait la respiration, .ainsi que la déglutition, par son volume énorme. La tumeur était d’une dureté remarquable les cautérisations des empiriques n’avaient fait qu’aggraver le mal et provoquer des hémorragies abondantes. Paracelse, dit-il, a décrit manifestement cette tumeur sous le nom à'aleola, c’est-àdire de superfluité de chair. On se débarrassa de la plus grande partie du néoplasme pendant dans la cavité par une ligature qu’on resserra de plus en plus les jours suivants jusqu’à section complète: puis, on eut recours aux gargarismes détersifs appropriés avec un succès apparent. Les deux dernières observations relatent le fibrome nasopharyngien d’Albucasis et les verrues linguales de Donatus.

Corps étrangers. — Schenkius énumère tous les faits historiques se rapportant à d’illustres personnages de l’antiquité, tels que Tarquin l’Ancien, Sophocle, Anacréon, Terpandre, Drusus Pompeius, l’empereur Claude,

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le sénateur Fabius, puis une série d’observations, soit personnelles, soit empruntées aux auteurs contemporains, et démontrant qu’un corps étranger pénétrant dans la gorge (et de là dans les voies aériennes) peut déterminer une mort subite. Il s’agit, le plus souvent, d’enfants ayant avalé par mégarde un fruit entier ou tout autre objet qu’ils tenaient dans la bouche. Le siège trachéal est indiqué nettement un certain nombre de fois. Chez un petit Israélite, la mort, au lieu d’être subite, ne survint qu’au quatrième jour, après avoir déterminé toute une série de crises de suffocation épouvantables avec quintes de toux très violentes. Cet enfant présenta en un mot les symptômes décrits par les auteurs, lorsque le corps étranger se déplace sous l’influence des mouvements respiratoires. Le cas est emprunté à Marcellus Donatus. D’autre part, Gilbertius, dit-il, a raconté l’histoire d’un pêcheur, qui, ayant capturé une perche, mit la tête par plaisanterie dans sa bouche. Le poisson lui échappa et s’enfonça dans le gosier; ce qui amena aussitôt la mort par étouffement. Camerarius raconte une histoire assez semblable. Il s’agit d’un fou qui avala tout vif un poisson contenu dans un réservoir. Ce dernier fut arrêté dans l’oesophage par la saillie de ses nageoires. Il en résulta une crise de suffocation mortelle.

Tumeurs diverses ayant déterminé la mort par étouff ement. — Schenkius cite le cas d’un malade qui était tourmenté d’accès de suffocation redoutables. A l’autopsie, on reconnut, dans l’intérieur du larynx, l’existence d’ütt polype de la grosseur d’une noix; le fait est emprunté au théâtre anatomique de Zwingérius (vol. II, liv. VII, p. 515, dernière édition).

Il parle ensuite du petit malade de Flatter, âgé de

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cinq mois, à l’autopsie duquel on trouva, à la partie inférieure et externe de la gorge, près des amygdales, une tumeur de la grosseur d’une once, pédiculée, spongieuse, parcourue par de grosses veines et adhérente à la jugulaire interne.

Calculs des Zo«si7/es.—Après avoir cité le cas de Lange (Voy. plus haut), Schenkius, rapporte une autre observation de calcul amygdalien empruntée à Jessenius. La glande douloureuse et très tuméfiée gênait la respiration et la déglutition. Pour résoudre le gonflement, un chirurgien barbier avait inconsidérément conseillé l’usage des topiques astringents (grenade, alun, etc.). La pituite, enfermée ainsi dans la partie malade et irritée, laissa, comme c’est souvent le cas, dit Jessenius, un dépôt gypseux. L’usage des maturatifs (figues sèches, raisins secs, décoctions de mauvesj etc.), en même temps qu’il apaisait les phénomènes douloureux, permit à une collection purulente de se former, et le malade expulsa à l’ouverture de celle-ci, dans une quinte de toux, une masse pierreuse assez grosse. L’ulcère consécutif à la rupture de l’abcès fut rapidement cicatrisé par un traitement convenable (cautérisants et siccatifs).

Angine lacunaire. — L’inflammation, dit Schenkius, peut faire largement entre-bâiller, prolaber et saillir, en quelque sorte, certaines ouvertures que les tonsilles possèdent naturellement. Ces ouvertures devenant plus béantes que d’habitude sont prises souvent pour des ulcères, comme l’ont fait remarquer. Fallope et Joubert. Du reste, la tuméfaction générale de la glande et l’inflammation du pourtour de ses orifices ont bientôt fait en général de les fermer. Comme on le voit d’après cette description, il s’agit bien de l’angine lacunaire. L’auteur

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a signalé même la période qui transforme les lacunes en une sorte de kyste.

Abcès tonsillaires et corps étrangers. — Schenkius se borne à signaler les phénomènes principaux et rapporte le cas de Dodonœus où l’abcès s’ouvrit au-dessous des oreilles de chaque côté du cou. Les corps étrangers sont l’objet de quelques observations peu intéressantes et que nous avons rapportées déjà autre part (Voy. Forestus).

Trachéotomie. — Schenkius a consacré un long historique à cette importante question. Il rappelle le conseil d’Asclépiade dans les cas d’esquinancie avec étouffement grave, la technique opératoire indiquée par Paul d’Égine, l’approbation d’Avicenne et d’Albucasis, lablessure de la trachée rapportée par ce dernier auteur et qui guérit sans grande difficulté, l’opération exécutée par Avenzoar sur une chèvre, etc. Puis, il intercale un long et intéressant extrait de la chirurgie de Guillaume Placentius. Cet habile praticien aurait ainsi sauvé à Ferrare un malade atteint d’esquinancie et qui allait étouffer. Le chirurgien-barbier avait refusé d’intervenir, de telle sorte que Placentius dut tout faire par lui-même. Un grand concours de peuple et le duc lui-même, Alphonse III, vinrent contempler la plaie traehéale par laquelle on faisait la respiration. Cet auteur a vu une cicatrice comprendre plusieurs anneaux de la trachée, chez le bouvier du prince, qui, ayant été incarcéré pour un grave méfait, tenta de se suicider en s’ouvrant la gorge. Ceci, dit-il, prouve que les plaies des cartilages peuvent guérir, bien qu’on ait longtemps soutenu le contraire. Il fait ressortir ensuite la grande cruauté qu’il y a de laisser périr les malheureux atteints d’angine suffocante, au lieu de les sauver par une opération dan-

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