‹ Histoire des marais et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantesChapitre 25 sur 88 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Etude spéciale de l'action physiologique , des modificateurs de l'organisme dans les contrées marécageuses.

.L'ACTION du climat comprend celle de l'air, des eaux et des lieux; mais les animaux sont encore soumis à l'influence d'autres modificateurs puissans , la nature des alimens et des boissons. L'homme est nonseulement modifié par ces causes , mais encore par d'autres qui lui sont propres , telles que l'éducation, ses habitudes physiques et morales , les institutions auxquelles il obéit.

§ i. Action de l'air, des eaux et des lieux, état du règne végétal dans les contrées marécageuses. La végétation a un caractère particulier dans les contrées marécageuses et dans celles qui sont souvent inondées par les eaux pluviales ou par

DES ÉMANATIONS MARÉCAGEUSES. 107 le débordement des fleuves. On ne voit croître et se développer avec énergie , dans ces lieux insalubres, cpie les végétaux aquatiques , et quelques espèces d'arbres amis des eaux. Si les plantes qui vivent spontanément au sein des marécages montrent une grande vigueur , toutes les autres paraissent souffrir, et surtout celles dont l'homme extrait ses alimens. Les arbres sont rabougris, chétifs; leurs fruits mûrissent avec peine, souvent d'une manière incomplète; ils sont gorgés de sucs aqueux, et dépourvus d'arôme et de saveur. Les produits végétaux sont peu nombreux dans la Bresse, la Brenne et la Sologne; on y voit peu de froment, d'orge et de maïs ; le seigle et le sarrasin qu'on y sème rapportent très peu au cultivateur; les céréales s'y montrent de qualité inférieure, riches en son, et pauvres en farine. Les plantes légumineuses abondent en principes aqueux; elles sont froides, moins savoureuses et moins nourrissantes que celles qui croissent dans un climat salubre. Le lin , le chanvre, la graine de colza à fleurs jaune , celle de la plupart des végétaux potagers ne réussissent pas dans les plaines marécageuses du département de l'Ain , et viennent fort bien à quelque distance de leur voisinage. On voit peu , très peu de vignes dans les parties inondées de la Sologne et de la Bresse ; le vin qu'on y recueille a peu de force et de saveur.

§ 2. Règne animal ; action combinée de l'air, des eaux , des lieuoc , des alimens et des boissons. Les animaux qui habitent les pays marécageux sont en général de petite taille , ont peu de

force , et paraissent être rachitiqucs ; ils paissent au milieu d'eaux stagnantes, et n'y trouvent que des substances nutritives de qualité vicieuse, à quelques exceptions près. J'ai vu des vaches et des boeufs rabougris chercher leurs alimens dans des étangs dont l'eau fangeuse atteignait leur poitrine; ces ruminans , ainsi que le mouton , languissent et dépérissent avec rapidité; leur chair est aqueuse, insipide, peu nourrissante. C'est un fait reconnu que celle des brebis qui paissaient dans des lieux marécageux, n'a pas la délicatesse et la saveur de celle des animaux de même espèce , dont un pays sec et élevé était la patrie : on leur trouve souvent, dit Aubry, des ulcérations putrides dans l'abdomen , surtout au foie. La partie marécageuse de la Bresse possède des fourrages aquatiques très abondans qu'on ne trouve pas dans d'autres pays inondés par les eaux stagnantes ; ils engraissent en peu de temps les chevaux. Ces animaux seraient assez beaux, si le Bressan les soignait davantage; ils ont une physionomie particulière; leur allure n'est pas brillante, cepen^ dant leur force est assez grande.

En général , les grandes espèces de quadrupèdes dépérissent dans les pays marécageux ; dix ans suffisent au renouvellement des races, et elles s'abâtardissent dès la première génération. Les pâturages de la Bresse, quoique abondans, paraissent convenir davantage au cheval qu'au bœuf; ce ruminant est dune petite taille et toujours maigre; celui qu'on y amène ne tarde pas à dégénérer. Les chèvres et les porcs se multiplient dans cette contrée : il en est

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de même des oies et des eanards. On ne voit pas les poissons des étangs souffrir autant de l'influence du climat; cependant leur chair est beaucoup moins savoureuse que celle du poisson de rivière; elle se digère moins facilement , exige plus d'assaisonnement, et a un goût de vase.

L'atmosphère et le sol des pays marécageux s'opposent à la multiplication des troupeaux comme à celle des hommes ; il n'y a aucune proportion à établir entre sa qualité et la quantité du bétail dans deux contrées dont l'une est salubre et l'autre marécageuse. Le pâturage des marais dégrade les races des chevaux et des bœufs. M. Bosc a vu, et j'ai vu aussi ceux de ces animaux qui ne quittent point les marais de Bourgoin , aussi cacochymes que leurs propriétaires. Les moutons y meurent. Cependant il est une race, en Allemagne, qui y est tellement faite , que des moutons dont la grosseur serait un démenti aux observations précédentes , amenés à l'école vétérinaire d'Alfort, préféraient aux plantes herbacées du bois de Vincennes , les végétaux des eaux de la Marne.

IIO ACTION PHYSIOLOGIQUE

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