‹ Histoire des marais et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantesChapitre 52 sur 88 · AVEC LA FIÈVRE JAUNE · texte numérisé non relu

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aride qui les couvre. Partout où ce sable est baigné par l'eau des mares qui débordent dans la saison des pluies, la végétation devient plus vigoureuse. Le rhizophora mangle, le coccoloba, des pothos, des arum , et d'autres plantes qui se plaisent dans un sol humide et chargé de parties salines, forment des touffes épaisses. Ces endroits bas et marécageux sont d'autant plus à craindre, qu'ils ne restent pas constamment couverts d'eau. Une couche de feuilles mortes, entremêlée de fruits , de racines , de larves d'insectes aquatiques et d'autres débris de matières animales , entre en fermentation à mesure qu'elle est échauffée par les rayons d'un soleil brûlant. De tous les endroits où végètent avec force le mancenilJier et le manglier, les plus malsains sont ceux où les racines de ces arbres ne sont pas constamment couvertes d'eau. En général , la putréfaction des matières végétales est d'autant plus à craindre sous les tropiques, que le nombre des plantes astringentes y est très considérable, et que ces plantes contiennent dans leurs racines et dans leur écorce beaucoup de matière animale combinée avec du taunin. Enfin il se trouve d'autres causes d'insalubrité dans la ville elle-même; sa population est trop considérable pour le terrain qu'elle occupe , la circulation de l'air y est presque nulle. C'est l'entrée et la fin de la saison des pluies que l'on redoute le plus sous les tropiques , parce qu'une trop grande humidité arrête, presque autant qu'une grande sécheresse, les progrès de la putréfaction des substances végétales et animales qui se trouvent accumulées dans les en-

288 RAPPORTS DE LÀ FIÈVRE DE MARAIS droits marécageux. Il tombe à la Vera-Cruz, par an, plus de mille huit cent soixante et dix millimètres d'eau de pluie (i).

Mardis attribue en partie la fièvre jaune à des émanations provenant de la putréfaction de matières végétales et animales dans des eaux stagnantes (2). J. Moultrie croit qu'elle est principalement due aux émanations dégagées abondamment par la chaleur des étangs, des lieux couverts par d'immenses forêts, etaux chaleurs excessives de l'atmosphère de la Caroline méridionale (3). Le docteur Bally compte au nombre des principales causes de cette maladie à St-Domingue, une chaleur excessive et les marécages dont la côte est infectée. Il s'exhale de ces eaux stagnantes, par la décomposition d'une quantité prodigieuse d'insectes et du détritus des végétaux , des myriades d'émanations délétères , surtout à l'aide d'un soleil brûlant et d'une atmosphère toujours humide. Cadix fut ravagée par la fièvre jaune ; la partie de cette ville qui est à l'est est placée sur un terrain très bas, humide et contigu à des marais ; le voisinage de la baie est plat , bas et marécageux. Des causes d'insalubrité analogues ont été observées à Barcelone ; le vieux port est rempli des

(1) Humbolclt (Alexandre de), Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne, 2 vol. 111-4. ° °t atlas infolio, Paris, réimprimé en 5 vol. in-8.°, Paris , 181 r.

(2) Annales de littérature médieale étrangère j tome il, page 61.

(5) Diss. de febre rnalig.nd biliosd Amcricœ flavâ. Edimburgi.

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immondices et des boues de la ville, et chargé d'une Vase épaisse. Des canaux fort mal entretenus traversent dans leur longueur les rues de la ville (1).

Comme je n'ai point attribué les fièvres rémittentes de la Bresse, de la Sologne et du Forez, exclusivement à l'action des émanations marécageuses, je ne ferai point des ces vapeurs empoisonnées la cause unique de la lièvre jaune, qui naît quelquefois hors de leur influence. J'ai dû me borner à prouver que les exhalaisons des eaUx stagnantes ont, dans certaines circonstances atmosphériques (condition de rigueur ) , la plus grande influence sur son développement. Elles agissent en Amérique de la même manière que dans la Sologne, et sont pro-* bablement identiques.

La fièvre jaune se montre dans les ïieUx où sont réunies les conditions suivantes : 1 .° une chaleur de 16 à 22 degrés du thermomètre de Réaumur (au moins), soutenue au même point d'intensité pendant quelque temps j 2.° le voisinage d'une plage marécageuse. Elle naît dans la saison la plus chaude de l'année, et cesse de régner dès que le froid commence à se faire sentir. On ne la voit guère que dans des lieux très peu élevés au-dessus du niveau de la nier. Là où elle règne, l'habitation des montagnes et des lieux placés à une certaine hauteur, préserve infailliblement de ses atteintes : ceux qui ont contracté la fièvre jaune dans uii foyer infecté^

(1) Bouneau(J.-D.) et Sulpicy (Eug.), Recherchés sur îa Contagion de la fièvre jaune, Paris, 1825, 1 roi* in-8.°

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2ga RAPPORTS DE LA FIÈVRE DE MARAIS et qui viennent habiter un lieu salubre, ne la transmettent à personne : ils meurent ou guérissent sans qu'aucun de ceux qui les approchent ou les touchent contractent la maladie , avec la faculté de la communiquer à leur tour à d'autres.

Sur tous ces points capitaux, l'identité est complète entre la fièvre jaune et la fièvre de marais ( en mettant toujours à part l'influence extrêmement puissante de l'élévation de la température dans le premier cas). Nos fièvres de marais surviennent en été, en automne, au moment de la plus forte chaleur, et surtout alors lorsque l'atmosphère est humide ; elles disparaissent aussitôt que l'hiver commence : les contrées où elles régnent sont des plateaux inondés j les lieux élevés , les montagnes qui ne sont pas sous le vent des eaux stagnantes, ne la voient jamais affecter leurs habitans. Un Bressan qui a la fièvre et que l'on a transporté hors du foyer d'infection , ne donne pas sa maladie à ceux qui le soignent. Beaucoup de fièvres rémittentes nées auprès des marais , sont traitées dans les hôpitaux de Trévoux et de Lyon; elles ne sont nullement contagieuses.

Des émanations délétères dégagées abondamment par des matières organiques en putréfaction dans des eaux stagnantes, pendant une saison très chaude et humide , voilà , selon toutes les probabilités, la principale cause de la lièvre jaune et de la fièvre de marais. Mais la première s'est développée quelquefois hors du voisinage d'une plage marécageuse, par exemple, dans des vaisseaux en mer depuis long-

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temps. Les conditions nécessaires au développement de la fièvre jaune peuvent exister en pleine mer comme à terre ; un navire doit , dans certaines circonstances, être comparé à un lieu quelconque, où l'air stagnant , chaud et humide , est infecté par diverses sources de corruption. Rappelons ici la distinction établie par M. Broussais , entre les différent foyers producteurs ( par infection ) des typhus : i.° foyers provenant des corps organisés privés de vie et livrés à la putréfaction à la surface du sol j cimetières , voiries , cloaques , marécages , plages maritimes , rives des fleuves qui débordent, corps morts abandonnés à la putréfaction en plein air j i . ° foyers provenant du rassemblement d'animaux vivans, malades ou sains (hôpitaux, prisons, navires i etc.); 3.° foyers consistant dans un malade qui , bien que placé dans un lieu sain, communique à ceux qui l'approchent l'affection dont il est lui-même atteint. Y a-t-il identité complète de nature entre les émanations que dégagent ces foyers divers ? cette question a déjà été discutée. Nos moyens chimiques ne sont point assez parfaits pour isoler ces particules de l'air, et le problème, placé en dehors des méthodes expérimentales qui seules pourraient le résoudre, reste abandonné à des probabilités trompeuses. Les fièvres mtermit-* tentes et rémittentes de nos climats tempérés, peuvent aussi résulter de causes autres que l'action des émanations marécageuses. Elles n'ont rien, je le répète, de spécifique.

Cette action , dans les pays chauds comme dans

292 RAPPORTS DE LA FIÈVRE DE MARAIS les pa}rs tempérés, ne produit pas exclusivement la fièvre jaune et la fièvre de marais; des dysenteries, l'encéphalite, la phrénésie , le choléra-morbus, diverses irritations graves, suivant des circonstances individuelles, sont au nombre de leurs effets.

Identité de causes, identité de symptômes, identité de lésions de tissu observées après la mort (toujours à l'intensité près) ; quels sont les résultats de l'analyse des symptômes formidables de la fièvre jaune? la preuve de l'existence d'une inflammation gastro-bépatique excessivement aiguè' j en est-il de plus forte que l'ictère et que le vomissement de la matière noire; celle-ci est-elle autre chose que le produit d'une sécrétion morbide de la membrane muqueuse gastrique ? La dissection de la fièvre de marais met aussi en première ligne l'irritation gastro-intestinale ordinairement, non toujours.

La fièvre de mai-ais, comme la fièvre jaune, sévit de préférence et avec plus de force contre les individus qui ne sont pas encore acclimatés. L'entassement d'un grand nombre d'hommes dans un lieu resserré placé sous l'influence des émanations marécageuses , donne dans l'un et l'autre cas une action extraordinaire aux effluves délétères. Il n'existe entre l'une et l'autre pyrexie , aucune différence capitale. Delormc a observé dans la partie méridionale du département de l'Ain, dans la Bresse, une fièvre bilieuse comparable à la fièvre jaune d'Amérique, sauf les modifications qui résultent de la diversité des climats. Si l'on pouvait donner à la Sologne et à la Bresse, pendant une saison, la tempe-

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rature de St-Domingue, de la Jamaïque, de la Havane, et substituer à la constitution lymphatique de leurs habitans , la constitution sèche et irritable des Américains méridionaux, on verrait naître la fièvre jaune dans ces contrés, et non les fièvres rémittentes et les obstructions qu'on y observe.

La grande élévation de la température , dans les pays chauds placés en-deca du 43. e degré de latitude boréale , donne à toutes les inflammations , et particulièrement aux phlegmasies gastriques , une force extraordinaire ; elle rencontre d'ailleurs des sujets que tout concourt à disposer aux irritations violentes , et dont l'appareil gastro-hépatique est d'une extrême susceptibilité . La stupeur du système nerveux est plus ordinaire à la fièvre de marais qu'à la fièvre jaune ; rarement celle-ci produit le délire ; les malades , qu'elle tue avec une si grande rapidité , conservent jusqu'au dernier moment de leur existence l'intégrité de leurs facultés intellectuelles. Cette différence entre les phénomènes ne suffit pas pour créer une différence totale de nature entre des maladies nées d'une cause semblable , et caractérisées par l'affection du même appareil d'organes; l'extrême violence de laphîegmasie gastrique dans la fièvre jaune et la célérité de sa marche rendent raison de cette diversité dans les phénomènes secondaires.

Beaucoup de rapports rapprochent la fièvre jaune de la fièvre de marais ; sont-elles la même maladie? y a-t-il entre ces pyrexies identité de siège et de nature , et toutes leurs différences consistent-elles dans

la diversité d'intensité de la surexcitation, et de phénomènes pathologiques secondaires , dont la variété est expliquée par celle des tempéramens , des idiosyncrasies , des hahitudes , et par celle des principaux modificateurs de l'organisme, l'air, la température, le sol, les eaux l conclure par l'affirmative , ce serait abuser de l'analogie. Mon but aura été atteint, si j'ai démontré que la fièvre jaune devait être inscrite parmi les maladies dont l'action des émanations marécageuses , dans certaines conditions atmosphériques, est la cause principale.

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