DES FIÈVRES. — NATURE. 2Ç
une mention spéciale. Nous ne croyons plus uniquement, parce que nos pères ont cru, et il n'est aujourd'hui de vérités que celles qui ont été qualifiées telles par l'esprit d'examen.
Des médecins recommandables conçoivent les fièvres essentielles , comme elles sont décrites dans les pyrétologistes antérieurs au dix-neuvième siècle. Ils voient toujours dans ces affections un état de souffrance général de l'organisme. D'autres font quelques concessions à la doctrine physiologique ; les fièvres sont bien encore pour eux une maladie générale, mais ils en rallient chaque ordre à l'affection spéciale d'un système d'organes, sans faire toutefois de celle-ci une phlegmasie.
Ecoutons la défense de ces doctrines.
Les fièvres essentielles sont des affections générales , une modification de la vie. Etudiez leurs symptômes; elles attaquent plusieurs systèmes dès leur début , et envahissent successivement tous les appareils organiques. Ainsi, un de leurs caractères, c'est d'avoir un siège constamment multiple. Dans quelques-unes de ces maladies , l'encéphale ou les intestins paraissent souffrans , et cependant rien de commun entre l'affection de ces organes et l'encéphalite ou la gastrite. En effet, le mouvement fébrile survit quelque temps à l'irritation qui semblait lavoir provoqué ; de même qu'elles ont des symptômes généraux, les fièvres essentielles sont ordinairement l'effet de causes générales.
Mais beaucoup de cadavres ont été ouverts , et sur un certain nombre d'entre eux, la membrane mu-
queuse gastro- intestinale a montré des rougeurs, des indurations, des ulcères. De là cette doctrine exclusive qui proscrit les fièvres essentielles , et subordonne dans tous les cas letat fébrile à l'irritation locale.
Des objections fondées détruisent cette théorie y on n'a trouvé sur la membrane muqueuse gastro intestinale de quelques individus morts de fièvres ataxiques ou putrides , aucune trace d'inflammation; tout était dans l'ordre naturel. D autres cadavres ne montraient dans le même organe que des rougeurs de nature fort équivoque ou plutôt nullement inflammatoire, comme nous le démontrerons bientôt; enfin, un petit nombre seulement a présenté dans les voies gastriques des plaques et des ulcérations auxquelles on ne pouvait méconnaître une inflammation locale, Mais cette phlegmasie avait été l'effet et non la cause de la fièvre.
Voilà des faits. Comment croire à l'existence de pblegmasies qui donnent la mort sans laisser de vestiges? les traces d'une inflammation aiguè* et mortelle ne sauraient disparaître,
Qu'on ne s'y méprenne point : les rougeurs et les taches qu'on trouve dans un grand nombre de circonstances, sur la membrane muqueuse gastro-intestinale, ne sont nullement des preuves qu'une inflammation a existé là. Nous ne voyons eu elles que des effets de la stase mécanique du sang, des phénomènes purement cadavériques. On les a observées sur les voies gastriques de maçons tombés d'un toit , de criminels après leur exécution , de chiens qu'on avait