‹ Histoire des marais et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantesChapitre 68 sur 88 · FACULTES INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

FACULTES INTELLECTUELLES

elle. Un Solognot, un Bressan dédaigne les meilleures institutions, les procédés agricoles qui lui promettent le plus d'avantage, des moyens certains d'échapper à la misère qui l'accable; il est ignorant. Vous voulez réformer le sol, l'air, les eaux, les lieux, commencez par réformer l'homme ; tel doit être le point de départ de vos opérations; si vous négligez ce principe capital, vous n'aurez fait qu'un travail incomplet, éphémère, inutile. Il n'y a d'améliorations et d'institutions durables que celles qui sont comprises, et l'intelligence du Solognot et du Bressan est au-dessous du plus léger changement demandé à ses absurdes habitudes. L'extrême dégradation intellectuelle et morale de cette classe d'hommes, surpasse encore sa dégénération physique; elle explique sa misère , ses maladies , l'abrutissement profond dans lequel elle végète. Voulez-vous rendre un peuple heureux et libre, éclairez son intelligence; un gouvernement ennemi de la liberté n'ignore pas que pour la détruire il doit commencer par étouffer la raison publique et dénaturer l'éducation. Il sait d'instinct que les lumières sont inconciliables avec le despotisme.

Répandez l'instruction élémentaire dans les campagnes de la Sologne et de la Bresse ; ne croyez pas avoir atteint ce but en donnant aux principaux villages des écoles dont la base est l'enseignement individuel, et le chef un pédagogue ordinairement ignorant et brutal; établissez dans le chef-lieu du département une école modèle d'enseignement mutuel, qui embrassera , par ses ramifications , jusqu'aux

moindres commmunes, jusqu'aux plus petits hameaux. Aucune méthode d'instruction n'est si bien en harmonie avec de jeunes intelligences,^ aucune ne sait si bien dépouiller l'éducation de ses épines pour ne lui laisser que ses fruits, aucune ne peut former de meilleure heure et aussi parfaitement la réflexion, et donner des notions plus positives sur les vérités de la religion et de la morale. L'enseignement mutuel détruira dans sa source le plus grand obstacle à la réforme intellectuelle des Bressans et des Solognots, leur constance à vivre isolés. Rien ne serai t plus facile que d'organiser d'après les mêmes principes des écoles primaires d'agriculture; elles rendraient des services positifs; lesenfans apprendraient de bonne heure à connaître l'exploitation du sol qu'ils doivent fouler , et plus tard ils sauraient interroger avec succès l'expérience et les lumières des grands propriétaires. Associez aux bienfaits de cette éducation les jeunes filles, elles doivent être un jour épouses et mères, et, à ce double titre, elles ont droit à la communauté de l'instruction.

Un médecin de la Bresse a proposé la danse comme un excellent moyen de neutraliser les effets funestes des émanations marécageuses. Les fêtes qui ont lieu dans cette terre misérable ne sont ni aussi gaies ni aussi bruyantes que celles des autres cultivateurs. La danse imprimerait un mouvement plus rapide à la circulation du sang et des humeurs, elle faciliterait la transpirai ion , et, donnant du ton à tous les organes, aurait une influence heureuse sur ces obstructions qui sont l'opprobre de l'art.

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