‹ Histoire des marais et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantesChapitre 71 sur 88 · PLANTATIONS D'ARBRES · texte numérisé non relu

PLANTATIONS D'ARBRES

dont il était environné. A Velletri , près des marais Pontins , la destruction d'une forêt occasionna surle-champ , et pendant trois années de suite , des fièvres et des maladies qui causèrent de grands ravages ; le même effet eut lieu par les mêmes causes aux environs de Campo-Salino. On n'a point oublié les observations de Lancisi. Il existait aux environs de Rome une forêt qui assurait la salubrité de cette capitale du monde ; située au midi , elle s'étendait des hauteurs du Frascatietd'Albano jusqu'au Tibre, et protégeait la partie méridionale de la ville ainsi que ses alentours, de l'influence des émanations exhalées par les marais Pontins. La hache renversa cette précieuse barrière , et la campagne de Rome devint inhabitable. M. Pacoud a fort insisté sur la nécessité de conserver, aux environs de Bourg, les massifs d'arbres qui isolent cette ville des étangs. Avant que les eaux stagnantes eussent envahi la Bresse, cette contrée était couverte de forêts; elle offrait moins de revenus à ses propriétaires , mais elle n'avait point à redouter les fièvres intermittentes. Des étangs la couvrent aujourd'hui ; elle est presque dépeuplée , et le petit nombre de malheureux qui l'habitent , traînent leur courte existence dans de continuelles douleurs.

On ne peut établir aucun parallèle entre l'insalubrité d'un pays entièrement couvert de bois , et celle d'une plaine ensevelie sons des eaux stagnantes. La Bresse est un triste exemple de ce fait; combien ne doit-elle pas regretter ses forêts ! Les nombreux taillis qu'elle possède, les bois de haute futaie

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qu'elle a conservés, ajoutent évidemment a. son insalubrité, et pourquoi? ils sont mal situés. On obtiendrait quelque avantage de ces massifs végétaux, s'ils étaient transportés du nord au midi , si , par leur position, ils interceptaient toute communicationentre les émanations des étangs et les cités et campagnes méridionales , s'ils laissaient un accès libre aux vents du nord sur les marais , s'ils ne formaient point autour des étangs un cercle dans lequel l'air est emprisonné. Ce qu'il faut faire dans l'état actuel des choses , ce sont des trouées , des clairières : il faut couvrir les étangs au midi et les ouvrir au nord. Les parties les plus malsaines de la Bresse sont situées au nord- ouest ; on y trouve moins d'étangs que dans les autres j mais c'est là le point auquel le vent du midi aboutit après avoir balayé toutes les plaines marécageuses de cette contrée. Les vapeurs atmosphériques sont interceptées par le coteau sur lequel sont placés Sulignat, Neuville , Vandins , etc. ; elles se réfléchissent sur les habitations qui bordent les petites rivières appelées Irance et Vieux-Jonc; ce n'est qu'après avoir serpenté pendant long-temps , en suivant le cours de ces deux ruisseaux , qu'elles trouvent une issue entre BuellasetMoncet, à l'intersection du coteau, et s'épanchent dans le large vallon où coule la Veyle. Vonnas , quoique placé sur le revers , est peu salubre ; car Là s'arrête le courant d'air impur que Je Rcnon entraîne avec lui en venant unir ses eaux à celles de la Veyle. Cette colonne atmosphérique infecte, agit avec une puissance d'autant plus grande, que le vallon qu'elle parcourt est

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très étroit, profond, sans issue. Vaulpré a proposé avec beaucoup de raison de garnir l'embouchure de ce vallon funeste d'une haute barrière végétale. M. Pouzin a conseillé de couvrir de bois toute la rive continentale des étangs du département de l'Hérault , et bien démontré les avantages de cette grande mesure; il veut que les arbres soient placés le plus près possible des eaux stagnantes, même sur le terrain qu'elles occupent.

4-° On recommandera aux habitans des pays de marais de détruire avec soin tous les débris végétaux, herbes, racines, branches d'arbres , feuilles, etc.

On a proposé avec raison d'ouvrir des routes nouvelles, de multiplier les communications, de rendre les rivières navigables, chose facile, si on a soin de les creuser , d'établir des écluses sur leurs bords , et de diriger sur elles les eaux des ruisseaux et des pièces d'eau. Grofïier conseille , dans la même intention , de donner au département de l'Ain un aqueduc qui , de Gharles-la-Montagne , se prolongerait sur toute la Crête , et irait ensuite , à l'aide d'un canal , se perdre dans la Reyssouse et dans la Veyïe , près de Bourg , après avoir servi à l'irrigation des prairies du voisinage. Je crois qu'on ferait infiniment mieux de construire un canal de navigation de l'Ain * à la Saône ; son utilité a été reconnue par les anciens souverains de la Dombe : M.lle de Montpensier la sentait. Joseph de Cardon renouvela en 1788 le projet de cette belle entreprise; un plan détaillé fut rédigé; il attend encore la protection du gouvernement. Un canal de navigation donnerait à la Bresse d'immenses

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avantages ; il serait l'égoût naturel de ses eaux stagnantes, et contribuerait à la salubrité du pays, autant en donnant plus d'aisance à ses habitans , qu'en faisant disparaître enfin une partie de ses étangs et les marais qui l'infectent. Qui ne connaît la haute importance des canaux de navigation, sous le rapport du commerce et de l'économie rurale ? On pourrait faire ce beau présent à la Sologne ; elle est traversée par le Beuvron , qu'il serait facile de rendre navigable depuis Gerdon jusqu'à Candé. Si cette opération rencontrait de trop grands obstacles, rien ne s'opposerait à l'établissement d'un canal parallèle à la rivière qui l'alimenterait par ses eaux, réunies à celles des étangs. M. de Morogues pense que les premiers frais et les dépenses d'entretien seraient peu considérables ; le peu de pente du terrain ne nécessiterait qu'un petit nombre d'écluses , et n'exposerait qu'à peu d'avaries. Le canal de Beuvron servirait les vues du gouvernement lui-même ; quand l'agriculture de la Sologne aura été perfectionnée, cette terre pourra fournir à notre marine des bois de construction , du chanvre , du goudron et de la résine; à notre commerce , des laines, des bestiaux, des cuirs , des vins , des eaux-de-vie , du charbon et des bois de tout genre , et enfin aux villes voisines , du beurre , des œufs , des volailles , du miel , des bestiaux engraissés , et quelques produits de manufactures qui ne tarderaient pas vraisemblablement à s'établir sur quelques-uns des points les plus favorables.

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