ENTÉRITE
On voit souvent la diarrhée paraître au déclin des fjévres intermittentes et rémittentes du pays , lorsqu’une phlegmasie chronique invétérée a désorganise les viscères et spécialement la rate et le foie. Elle augmente rapidement l’adynamie : elle ne fait pas ici diversion aux progrès de l’infiltration séreuse , elle hâte la catastrophe qui doit mettre fin aux long^ies souffrances du malade. Dans d’autres circonstances cet état pathologique précède la fièvre, ou se montre pendant son cours sans exercer sur son intensité et sur sa marche une influence appréciable. Quelque» fois son apparition coïncide avec l’exaspération des symptômes d’irritation. Des évacuations copieuses et fréquentes de matières bilieuses, jaunâtres, séreuses, ne sont dans quelques circonstances précédées et accompagnées d’aucune sensation douloureuse autour du nombril et dans la région hypogastrique; l’abdomen supporte une pression modérée sans exprimer aucune souffrance. C’est l’embarras intestinal né, non d’une phlogose , mais de la présence dans les voies digestives de matières muqueuses , gastriques , bilieuses, saburrales, en un mot qui agissent comme des corps étrangers. Dans cette variété, familière aux hahitans des contrées marécageuses, firritaljilité de la membrane muqueuse du gros intestin, loin d’avoir augmenté, est descendue au-dessous de son état normal. On a vu, dans l’histoire sommaire des épidémies, que les voies digestives contenaient souvent des vers.
Lorsque la diarrhée existe, le Bressan a perdu le peu de force qu’il possédait; sa peau est encore plus
DANS LES PAYS MARÉCAGEUX. ^65 Llafarrle qu elle ij’avait ])al)itiicle de paraître; il n’a plus d’appe'tit , sa bouche est pâteuse , sa langue est couverte d’un mucus épais , les alimens qu’il prend traversent les voies digestives avec une grande rapidité ; son abdomen est tendu, ballonné sans être douloureux, des nausées ont souvent lieu.
Peu d’atfections morbides sont plus communes que la dysenterie (entérite dysentérique, colite) dans les contrées basses et aquatiques, comme la Hollande, la Belgique, le littoral de la mer, la Guyane, Batavia, les plaines de la basse Egypte et les pays couverts de marécages. Cette variété de l’entérite y est endémique , surtout lorsque la saison des pluies vient remplacer la saison chaude et sèche qui la précède, elle est fort dangereuse , très meurtrière. Bontius l’a vu régner avec ce caractère à Batavia en 1724 et en 1 728, pendant le siège qu’on eut â soutenir de la part des habitans de Java. On a lu ailleurs l’indication du désastre éprouvé par un corps de cavalerie qui avait campé dans un pays marécageux, désastre dû à la plus redoutable des dysenteries.
La phlegmasie de la membrane muqueuse du colon se présente assez souvent dans laSologne, comme dans la Bresse, et presque toujours elle y est fort grave. Nulle part elle n’est plus dangereuse, plus meurtrière qu’aux alentours des marais situés dans des contrées humides et très chaudes. C’est un fait notoire que la chaleur humide occasionne facilement cette maladie , surtout lorsque Pair est chargé d’émanations putrides, miasmatiques ou marécageuses.