LÂ PAIX D AMIENS
Nous avons dit que, dans le mois d'avril 4804 , l'opinion publique s'était déjà fortement prononcée pmir la paix, en An- L'Ieterre, et nous devons ajouter que c était particulièrement le roi et le peuple qui voulaient en finir avec cette guerre ioterminable, pendant laquelle les Français avaient successivement envahi une grande partie du littoral européen, tandis que les Anglais s'étaient emparés de toutes les colonies.
Il ne s'agissait plus, du reste, de défendre les intérêts sociaux, puisque la France révolutionnaire, sortie victorieuse de toutes les épreuves, donnait au moude, sous le gouverne* ment d'un héros, les plus beaux exemples d'ordre et de sagesse.
Le nouveau ministre, M. Addington, successeur de Pitt, voulant fairr. aupii'S de ji'ui iparte, une doniaiide directe^ lit appeler M. Oito, qui représentait la France à Londres, et remplissait des foDctious diplomatiques relatives aux prisonniers de guerre.
11 lui dit que le roi Georges III, désireux de voir cesser les hostilités, était prêt à envoyer un plénipotentiaire à Paris, ou dans toute autre ville, pour traiter à des conditions honorables.
Bonaparte accepta les offres du cabinet britamiique, et des pouvoirs conférés sans retard à M. Otto lui permirent de négocier directement avec lord Hawkesbury, secrétaire d*Ëtat
pour les affaires étrangères. On lui recoramaoda de s en-r
tendre veriNilemeDii el Ito roi d'AngleieRe tycnt «ceeplé, les conléreDoee oommenobreDt dans les premiers jem d'avril 4801,
On avait reoomiiiandé le aeeret, mais es fat peine perdue,
car ces négociations entamées devinrent bientôt publiques. Le peuple élail oppi imé par la disette, de sorte qu'il désirait vivement voir renouer des opérations commerciales, tandis que seuls, peut-être, comme le dit M. Thiers, les riches négociants de Londres et des grandes villes voyaient avec peine que le monopole du commerce du monde allait leur échapper.
Sur ces entrefaites, la Russie traita, de son côté, avec l'Aogleterre, faisant prévaloir (h ux des grands principes du droit maritime, et sacriiiaot deux autreS| les plus importants de tous.
Les Anglais admirent) en efibt, pour les neatres, le droit de faire le commerce, sauf en ce qui concerne les munitions de
guerre, lis admirent, aussi, qu'im blocus devrait être réel et
non fictif.
D'un autre côté, ils maintinrent le droit de visite, et refusèrent formellement d'adoMUre que le pavillon couvrit la marchandise.
Quant aox négociatkms avec la France, elles marchaient lentement, surtout à cause de TÉgypte et de Malte» où nos
soldats luttaiuiil encore.
Les Anglais voulaient que nous évacuions l'Ég^^pte, et émettaient la prétention de garder Malte. Ils demandaieat aussi Geylan, puis la Martinique ou la Trinitéi offrant de restituer les autres colonies qui étaient en leur pouvoir. A cela, fionaparie r^xmdit qu'il consentait à Tabandon de Geylan, mais qu'il ne voulait donner ni Malte, ni la Martinique» ni la Trinité.
11 vit, ditThiers, qu'il fallait prendre, en cette occasion, ud ton énergique, et mootrer la résolution de lutter oorps à corps pour amener ses adversaires à compoeition.
Une grande esteneion donnée au travaux de Boulagoe, et» par le moyen du MmUtmÊr, Je premier oonsol en appelaà
ropinkm pnUiqiw. De ph», il déclara ai formel iament qu'il ne oédmit jamais Malte, que les Anglais se bonièreDi à de*
mander la Trinité. Comme cette ile appartenait à notre alliée fidèle l'Espagne, Bonaparte la défendit aussi loyalement que possible; puis, plus tard, par un hasard fortuit, le prince de la Paix ayant abandonné l'expédition de Portugal à peine comnenoée, Bonaparte trouva qae rjBspagDe,par sa conduite dans cette afifairei nous dispensait de tout dévouemem à son égard, et permit la concession de la Trinité pour accélérer les
négociât ions.
On apprit, sur ces entrefaites, la ( apilulation du Caire, mais le triomphe de nos marins à Algésiras, et 1 échec sanglant infligé» sur les bâtiments de la flottille^ à Nelson lui ' même, firent pencher la balance en faveur de la paix.
Ce fût surtout VafGiire de Boulogne et l'abandon de Tile de la Trinité, qui amenèrent le terme des négociations, et firent signer les préliminaires, le 4 •'octobre 4804.
L'Angleten e gaiflail toutes ses conijuAtes dans l'Inde, les îles de Ceyian et de la Trinité. Elle restituait toutes les autres odonieSi évacuait MaltOi Blinorque, l'ile d'Elbe.
De notre o6té, nous évacuions le royaume de Naples et ga» rantissions les États de Portugal.
En définitive, l'Angleterre avait conquis 1 empire desIndes, et nous tenions la fornndable ligne du Rhin. Nous dominions la Suisse, la ilollaude, l'Italie, TEspagne. C'était la paix la plus glorieuse que la France eût conclue.
te courrier qui portait la joyeuse nouvelle arriva le. 8 octobre, dans l'après-midi» à laUalmaison, et Ton raconte que Bonaparte se livra à toute Texpansion de sa joie. Le canon l'apprit à la population de Paris, et au milii u de la plu^ \ ive aiiegresse. La capitale fut illuminée spontanément parJcs habitants.
Bonaparte chargea Lauriston de porter à Londres sa ratification, et là, asaure-<*on, la joie du peuple anglais tint du délire.
• — On s'imagina, dit Thiers, que tous les maux de la di* « selte et de la cherté allaient enfin imir. ii y a des jours où
« les peuples, GOBune les individus, fatigués de m haïr, ■ éprouvent le besoin d*ano réconciliation^ même passagère, « *méme trompeuse. Dans ce moment, malheoreusemeot si
« court, le peuple anglais croyait presque aimer la
« France. »
Le colonel l^urislon cl M. Olto étant morues eu voiture pour se rendre chez M. Hawkesbury» le peuple détela le& chevaux, et la voiture fut traînée, avec des cris enthousiastes, d*abord chez le premier ministre, ensuite chez lord Saint* Vincent, premier lord de l'amirauté.
Unf» chose digne de rcnumiue, c'est que la nouvelle de la prisL (i Alexandrie arriva huit heures après la signature des préliminaires.
On convint que les plénipotentiaires se réuniraient è Anver8« L'amiral Oornwallis représentait TAngleterre, et Joseph, le frère ainé de Bonaparte, eut Thonnmir de traiter au nom de
la France.
A coite même époque^ nous finies des traités de commerce avec la Russie, la Bavière, le Portugal, la Porte, Alger, Tunis, et l'on fixa le 48 brumaire pour le jour de la célébration d'une grande féte en l'honneur de la paix générale.
L'amiral Gornwallis, le ministre Fot, une multitude d'Anjïlais de distinct ion. accoururent à Pari.^, et chacun se montra impatient, dit Thicrs, de voir cette France si nouvelle et devenue tout à coup si brillante; de voir surtout l'homme qui, en ce moment, faisait l'admiration de l'Europe.
A Londres, à la fin d'un banquet donné par la cité» on porta plusieurs toasts au milieu des acclamations enthousiastes, et l'on termina en buvant :
« — A Bonaparte, à la liberté !
• — Au bonheur de la République française ! »
« Telle est, dit Thiers, la joie humaine. Elle n'est vive, « elle n'est profonde qu'à la condition d'ignorer l'avenir. Re- « mercions la sagesse de Dieu d'avoir fermé aux hommes le « livre du destin. CSombien tous les cœurs eussent été glacés m si, le voile qui cachait l'avenir venant à tomber tout à > coup, les Anglais et les Français avaient pu voir^ devant
« eux, quinze aus d une haine atroce el d une guerre acliar- « née, les continents et les mers inondés du sang des deux > peuples. > (Tbiiis,]
Hélas ! c«lte paix fut, en effet, de courte durée. 1^ guerre
f'clala tuiit à coup, plus acliamcf (piejaiiKiis, dans les promieis j'jui> (ic mai 180'$, cL les uiarius fiançais pi iinil de nniivrau le chemin de nos porls, pour aller au devaul des redoutables maîtres de TOcéan I
AUTORITÉS. — DOCUHENTS CONSULTÉS.