Épilogue
Le conte intitulé Persévérance d'amour avail paru pour la première fois dans VEurope littéraire du 8 septembre 1833, précédé de
cette note :
M. de Balzac poursuit, Bans pour do la critique ni du monde, la longue entreprise des Cent contes drolatiques. Le troisième dizain esl sous presse. Ce li\ n-. dont la lecture est interdite à la majeure partie du public, contient un conte qui peut Ban d ins un journal. La communii ation que nous en
avons reçue est une faveur unique dont l'Europe littéraire a voulu faire profiter ses lecteurs.
La version du journal fut aussi simplifiée comme orthographe.
Nous trouvons, au sujet de ce troisième dizain, dans le Figaro du 28 novembre 1837, cette réclame en vieux français, émanée certainement de Balzac lui-même, et qui précise sa date d'apparition :
Le sire de Balzac, autheur de infini nombre de inventions gentilles et playsantes, ueulant ménagier la déesse Vesta et narrer contes drolatiques pour l'esbatement des pantagruelistes. et non aultres, a entreprins, ne l'ignorez, de complaire la curiosité des dames, sans aulcun heurt à l'enconltre de leur preud-homie. Pour ce, le dict autheur se est rebroussé pour la forme de son linguayge aduers le temps où les mots ne auoyent point mauluoyse senteur, a cette fin de ne effaroulcher, ne les dames ne les hommes de robe, lesquels, les bommes de robe s'entend, ne se laysseroient mie preindre ez piperies d'aulcun autheur escrivant comme les escriuains du dix-neuuielme siècle. Donc que est sufficient de uous bailler advis que le troisième dixain de contes drolatiques du sieur de Balzac, dixain luysant, au pardessus, est bouté en lumière ce jour de hui et se trouve en la librairie de Werdet.
Après ce dizain, plus rien ne parut de cet ouvrage, quoiqu'il contînt la note suivante à la fin du volume :
Quoique le quatrième dizain soit sur le métier depuis environ trois années, il est impossible de le publier avant deux ans. La traduction du roman eu vers (h Dame empeschiée d'amour), qui est en langue romane, prend plus de temps que n'en a pris le texte, et il en est de même pour le fabliau {l'Enfant, l'Amour et la Mère). Les sept autres contes et le conte drolatique sont d'ailleurs terminés. Ainsi le dixain des imitacions sera le cinquième et non le quatrième, car on pourra publier dans l'intervalle dix nouveaux contes déjà rassemblés, et dont voici les titres : Prologue. Triste erreur de doua Mirabella. Maulvaise foij d'ung héréticque. L'Incube. Combien estait clémente madame Impéria. Confession bigearre. Les Trois Moines. Le Paysan de Montsoreau qui havoit perdeu son veau. D'une Guerre esmeue entre les Cuiller is et les Kallibistrifères. Aultre naifveté. Mot d'une vertueulze abbesse de Chinon. Épilogue.
Un catalogue de l'année 1838 annonce comme sous presse ce dizain et le suivant, dont il indique le contenu comme il suit :
Le quint dixain, dict le dixain des Imitacions, contiendra : Prologue. — La Dame empeschiée d'amour, roman en vers avec la traduction en resguard (à l'imitacion des autheurs de la langue romane). — La Mère, l'Enfant et l'Amour, fabliau,
avec la traduction en resgaard. — Le Cocqu par aucthorité de iustice (conte en la méthode des cent nouvelles du roy Loys unze). — Le Pari du Magnifique (dans le genre des 1 talions). — Le Seigneur freschi (à la fasson de la royne de Navarre).
— Comment fin a le soupper du bonhomme (conte dans le gousl de Verville). — Gazan le Pauvre [conte ilans la mode orientale). — Le dict de l'empereur (conte dans le genre de la Bibliothèque bleue). — La Filandière (conte à la manière de Perrault). — Comment ung cochon feut prins d'amour pour ung moine et ce qui en advint (conte drolatique). — Épilogue.
Le seul de ces contes qui ait jamais paru est la Filandière voir aux Œuvres diverses).
Pour terminer sur ce sujet, citons ici un article non reproduit de Balzac, article publi*'' dans la Caricature , numéro du '2o décembre 1S3(), écrit en vieux français sous le titre de Triboulet journaliste, et signé Triboulet :
Brrr!... brrr!... marotte! grelots! carymary ! carymara ! De vrai, c'est Triboulet que voilà. Il y a moult longtemps de mon partement et guère de mon revenir. Joyeuseté est toujours ma vie, et suis gai autant que feu mon maître François 1' ' do parpaillote mémoire. Mais m'est adi is folichonnerios n'être plus en cour. Depuis maître Triboulet, petit fou à grande paye, de tous genres de folies, il a été fait essai, et entre tous le fol rire est toujours resté le meilleur.
Or donc, rions.
ir de cour, point n'en veux. Ai merci du métier, trop perfectionné aujourd'hui pour être aisé. C'est à qui y fera ma charge : fous sérieux, fous ambitieux. fous belliqueux, fous furieux, fous doctrinaires, cent diables me sautent au corps si tant en ferais. Quant est du choix de ma condition, c'est celle de fou ou la gente Caricature que j'ai voulu besogner, à la condition moult honorifique d'y voir nia joyeuse pourctraiture.
Déjà d'aucuns se gausser pour ma haute vergogne de faire imprimer nos Bottises, avant, disent-ils, bien petit cervelet. C'est suffi ; mais tout beau, et oyez un petit. Tout fou que je suis et que toujours serai, j'observe. Ainsi, point ne vous crierai cy, comme au temps du sire gentilhomme : » Touquedillons, humez le piot pour aveindre eau bénite de cave, et fort réjouissez-vous la panse. » Mais vous dirai gentilmrnt : « Voyez les joyeusetés qui se promènent sous votre nez et en
VÏ'-/. H
Contre l'us, et à mou désarroi, vous vois tous bâillera grand renfort do coups de mâchoire. Par saint Gogueli, ceci est maugréer : j'ai bon avisement de vous aider au contraire, carymary, carymara ! D'abord, ai bon vouloir. En ce, ne vais point d'Hisor haut et large sur vos disputes et intérêts, car rien n'y entends ; mais n'aurai d'autre labeur que <!«■ vous donner on mon Carillon toul le grotesque «ligne du rire dans le cours de huit jours écoulés. Point n'est besoin de circumbilivaginer autour du fait en manière de croque-mouche; à chacun son vrai pour nous en rire,
Haro ! haro ! Oh ! de par monseigneur Satanas, ferait beau voir maître fol chercher le sens logical ou geindre et pleuroter. Grelots ! grelots ! rire, rire, et de la bonne façon. Tout pour Triboulet est chair à ridiculet : le haut trésorier et la justice abbatiale, ceux portant braquemart et rapière, gens de grimoire et de moinorie, ribauds et gentils damoisaux, haut assis, haut perchés, tous vrais parpaillots et grands sauteurs. Toute cette harpaillc doit être marottée de la bonne façon, comme boule à travers quilles, par petites joyeusetés, joyeuses mocqueries, mocqueuses aventures, aventureuses souvenances, pourtraiturant les faits, dits et gestes de tout dràlard, petit ou grand. Ai fiance qu'ainsi gros nous rirons. Ainsi vais-je en quête pour le Carillon de jeudi. Au revoir.
OEuvres complètes. TOME XX a XXIII : OE uvres diverses, h volumes in-8°, 1870-1872. Contient :