CAUSES DE NOTRE INTERRUPTION
Nous croyons devoir reproduire en partie l'explication que nous avons adressée dernièrement à tous nos abonnés, car il se pourrait que plusieurs ne l'eussent pas reçue.
Le 8 de ce mois, la cour royale a jugé la Caricature journal politique. Vainement Me Blanc, notre ami et notre avocat, a rappelé que la Silhouette, le Sylphe, le Trilby et vingt autres journaux qui se permettaient, comme nous, l'allusion et le sarcasme politiques, n'avaient pas été, pour cela, considérés comme journaux politiques, et n'avaient jamais fourni de cautionnement..., nous n'en avons pas moins été condamnés, attendu probablement que la presse doit être bien plus libre sous la Charte-Vérité, sous la meilleure des républiques, qu'elle ne l'était avant la Révolution.
Or, dans le moment même où cet arrêt était rendu, les compagnons de captivité de notre gérant étaient enlevés de Chaillot par deux cents hommes de troupe de ligne, avec l'appareil majestueux que comporte l'état de siège, c'est-à-dire les soldats chargeant leurs armes dans la cour de la maison de santé, maltraitant les scélérats qu'ils venaient y chercher, et rudoyant les femmes et les enfants de ces infâmes brigands.
Cela se passait le second jour de la mise en état de siège, le lendemain de la saisie du numéro 84. Philipon put donc croire que la bienveillance du pouvoir allait l'envoyer devant une commission militaire. Il déclina la compétence de ce tribunal, en se réfugiant provisoirement chez un ami. C'est la meilleure manière, croyez-moi, de protester en semblable circonstance. L'absence de notre gérant, qui, en tout autre temps, n'eût point arrêté la marche du journal, dut y mettre obstacle cette fois, car l'arrêt de la cour était exécutoire par provision; et, le cautionnement devant être la propriété du gérant qui le dépose lui-même, nous ne pouvions dès lors remplir cette formalité. La Caricature ne put donc paraître ni le 14 ni le 21 .
Toutes ces difficultés sont aujourd'hui surmontées. Nous sommes rentrés en
communication avec Philipon, et notre journal reparait à dater d'aujourd'hui, avec la régularité que nos abonnés lui connaissent, et que le dépôt même de notre cautionnement ne peut rendre que plus invariable encore.
Quoique cette interruption ait été causée par force majeure, nous nous ferons un devoir de dédommager nos abonnés de la privation d'un numéro. Pendant le mois de juillet, nous donnerons, dans trois numéros, trois dessins au lieu de deux.
Nous invitons ceux de nos souscripteurs dont l'abonnement expire à la fin do juin à le renouveler sans retard, les éprouves du second tirage étant toujours beaucoup plus fatiguées que celles du premier.
28 juin 183-2.
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Vingt-trois procès dans un an, trois condamnations, 7,000 francs d'amendes et de frais, l'obligation de fournir un cautionnement de 24,000 francs, que jamais Charles X n'avait demandé à la Silhouette, treize mois de prison pour notre gérant, tout cela avait fait de la Caricature un journal passablement méchant, et méchant à bon droit. Mais ce n'était pas assez, nous aurions pu nous refroidir; notre haine, en vieillissant, aurait pu perdre de sa force; il a fallu prudemment raviver notre , et, pour cola, rien n'étail meilleur qu'une criante injustice. Or, notre gérant, que menace une paralysie du nerf optique, et que de fréquentes congestions cérébrales mettent souvent en danger, Philipon, fugitif pendant la terreur de juin, et qui ne s'était livré, avant la levée de l'état de siège, qu'à la condition qu'on le laisserait prisonnier sur parole chez le docteur Pinel, a été brutalement enlevé de cette maison de -anti' et rejeté à Sainte-Pélagie... N'aurions-nous pas été en cas de légitime défense, si, prenant corps à corps des e mis tellement achar-
, nous eussions vengé par la risée publique le mal fait de sang-froid à notre collaborateur?
ne l'avons point fait; car nous sommes insensibles aux coups qu'on nous porte, et c'est avec sagesse qu'on attend sans doute de nous de la douceur pour de la violence, do l'aménité pour de la brutalité'.
Nous avons quitté momentanément le domaine de la politique, et nous sommes retond^'- dans les dieux pour rire, dans l'Olympe de convention. Si notre debul dan- le genre rococo classique n'est pas brillant, si nos tètes ne sonl pas nobles, sj nos costumes ne sont pas d'une exactitude mythologique, '"est la faute de nos modèles et de nos habitudes ; nous serions bien heureux de pouvoir en changer mais nous ii" l'esp
Nous rei tendrons sur ce tableau d'histoire.
On nous assure qu'un Baisisseur fameux, furieux d'une charge' qu'il a prise pour lui, préparc une vengeance déguisée. Ce serait joli!
20 septembre î
DES ŒUV RES DE BALZAC. Ml
Il nous est arrive d'amuser nos lecteurs en leur rapportant les singulières interprétations données à uns croquades par quelque flâneur arrêjté dovanl los carreaux d'Aubert. Nous avons entendu l'explication que nous allons raproduire. Elle est très-loin, sans doute, du sons que les auteurs ont attaché à leur dessin; mais il faul avouer que les erreurs de costume lui prêtent une apparence de vérité qui a pu trompe;- quelques personnes.
<: Oh ! le beau Jupiter, disait le cicérone! comme il est gras! quel bel homme-! c'est la Flatterie qui lui verse l'ambroisie.
Apollon chante à ses pieds. L'artiste a peut-être pensé à M. Viennet; ce qui le prouverait, c'est la cigale qu'on décernait aux mauvais chanteurs, et que1 je vois près de lui.
Le beau Neptune tient son trident (ou sa tricanule) comme un maréchal de France tiendrait son bâton.
Thémis a l'œil de M. Bart... C'est bien lui qu'on a voulu faire, car sa balance n'a qu'un plateau.
Cette tête de veau que nous voyons sur l'autre plan, qui est-ce? Parbleu! c'est Bacchus, l'amphitryon des centres, c"est Girodinde.
Plus loin, le Moniteur répand ses pavots sur le monde. Excellente image de la nuit!
Assis sur un canon, le dieu Mars brandit un cierge de procession.
Et les Furies secouent, l'une ses mandats de saisie; c'est la bête noire de la presse, la Furie aux bouquets; l'autre, son triangle d'acier, son fer de guizotine : c'est la Furie doctrinaire.
Ici, le dieu Pan, le dieu potager, souffle tranquillement dans son chalumeau ; il a seulement l'air de souffler avec le nez, mais cela n'ôte rien à sa grâce naturelle.
Vulcain-Périgord forge des chaînes et des protocoles; il est assis sur les lilets dont il entortille le monde ; il a l'air de se reposer sur ses lauriers. Une Heur de lis est tatouée sur son bras droit : si nous pouvions voir le bras gauche, nous y trouverions sans doute un bonnet rouge.
Sur le devant, ce petit dieu qui s'enfuit, c'est Mercure qui vole des pieds et des mains. Sa figure, d'un tiers trop petite, exprime bien le goût des affaires d'argent.
L'Amour du Juste-Milieu est un monstre aveugle, qui traîne un carquois chargé des traits pesants du Nouvelliste et du Journal de Paris.
Dans le coin, une Vénus nous peint la corruption. Elle tient et caresse sur ses genoux JXémésis désarmée et accompagnée de plusieurs autres.
Un vieil abbé enrichi figure l'Avarice.
La Discorde tient sa poire à la main.
La Cupidité, appuyée sur le temple des agioteurs, sourit à l'espoir d'une hausse ou d'une baisse qu'elle prépare.
Sébastian] est dignement remplacé par un paon. C'est un intérim dont personne ne s'apercevra.
il- HISTOIRE DES OEUVRES DE BALZAC.
Momus, le pauvre Mourus, n'est pas prodigieusement gai; il ressemble à M. Dupin, indécis s'il acceptera ou refusera un portefeuille. Sa marotte, c'est un soulier avec lequel il croit avoir sauvé le monde...
Cet homme ou plutôt ce dieu, au\ formes athlétiques, c'est Hercule. II est revêtu de sa peau de lion et s'appuie sur une lourde massue qui porte cette inscription : Discours.
La tremblante Paix est reconnaissable par son rameau, par le lièvre, symbole de la frayeur, et par son air humble et suppliant.
Dans le fond. Saturne, le Temps, détrôné par son fils, émigré en emportant la meilleure des républiques. Ce dieu se retire aux États-Unis. (Ne serait-ce pas Lafayette?)
Le Zodiaque est une manière comique de nous rappeler qu'en juin, la Balance penchait; qu'en juillet, le Lion dormait; que nous marchions à reculons en août, et qu'en septembre nos dieux n'ont encore pris aucun parti.
Mais ce que j'aime [e mieux, disait toujours l'orateur du trottoir, c'est l'aigle bâtard et ses foudres, c'est Cerbère, agent de police, qui garde l'enfer des patriotes, et, surtout, c'est le siège de la Sagesse, qui reste vacant dans l'Olympe de nos dieux. »
Or, nous n'avons pas besoin d'ajouter que rien de tout cela n'a été dans notre pensée. Nous n'avons voulu faire qu'un pur croquis d'imagination.
27 septembre 1S32.