‹ Histoire des œuvres de H. de Balzac (volume 2)Chapitre 59 sur 195 · Betour du père prodigue · texte numérisé non relu

Betour du père prodigue

La publication de cet ouvrage fut accompagnée dans le Constitua

tiounel de trois notes que nous allons transcrire ici; la première, publiée dans le numéro du 20 octobre 184G, a trait au titre de comte de Forzheim donné par l'empereur au général Hulot (page h, ligne 2), et à la situation d'adjoint attribuée à Crevel, changée aujourd'hui en celle d'ancien adjoint (page 3, ligne 10) ; la voici :

Le profond respecl que je porto à la grandi- armée et à l'empereur, m'oblige ù répondre à la lettre suivante, qui m'est adressée par la voie du Constitutionnel :

Monsieur,

Dans votre nouveau roman: les Parents pauvre*, il vous plaît de faire conférer par l'empereur, au général Hulot, le titre de comte de Forzheim. En vérité, l'empereur n'aurait mieux su s'y prendre pour combler de ridicule un des braves de son armée. Que diriezvous, monsieur, d'un personnage qui se ferait appeler le marquis de la Pétaudière?

Nous autres Français, nous ne saurons jamais que notre langue. Il n'y aurait donc guère d'inconvénient, si vos œuvres, à juste titre, ne jouissaient d'une vogue européenne.

Veuillez bien agréer, monsieur, ces observations de la part d'un de vos admirateurs les plus sincères.

Je déclare ne savoir aucun mot d'allemand. 11 m'est d'ailleurs impossible de me livrer à l'étude de cette magnifique et très-estimable langue, tant que je ne saurai pas parfaitement la langue française; et je la trouve si peu maniable après vingt ans d'étude, que je ne pense pas, comme mon bienveillant critique, que, nous autres Français, nous sachions notre langue; si nous ne savions que cela, nous le -aurions mieux. Venons au reproche qui taxerait de légèreté mon Napoléon de la Comédie humaine. Si je ne sais pas l'allemand, je connais beaucoup l'Allemagne, el j'ai l'honneur d'affirmer à l'auteur de cette lettre que je suis passé environ neuf fois par la ville de Forzheim, située sur les frontières des Etats de Bade et du Wurtemberg, dette ville est une des plus jolies et des plus coquettes de cette contrée, qui en compte tant de charmantes. C'est là qu'en 1809 le héros des Chouans a livré le brillant combat en souvenir duquel, après Wagram, Napoléon le nomma comte du nom de cette ville, selon son habitude de rattacher sa nouvelle noblesse à de grands faits d'armes. Cette affaire est le sujet d'une de mes Scènes de la Vie inilitiiire. Si mon critique anonyme sait l'allemand, je suis fâché de voir qu'il n'est pas plus fort en géographie, que moi sur la langue germanique. Subsidiairement, t,i Forzheim veut dire Pétaudière, Bicoque en Italie a immortalisé ce nom bizarre; puis nous avons ou les ducs de Bouillon, et nous comptons, nous antres amateurs des vieilles chroniques, plus do vingt noms, célèbres au temps de-, croisades, qu'on ne peut plus imprimer aujourd'hui, tantilssont ridicules ou indécents. Cinq familles françaises (entre autres, les Bonnechose) ont été autorisées par lettres patentes à changer quelques-uns de ces noms qui, dans le vieux temps, avaient bien leur prix. Enfin, Racine, Corneille, Lafontaine, Harot, les deux Itousscau, Cuvier, Picolomiiii. Facino Cane, Marceau, Cœur, Bart, etc., ont surabondamment prouvé que les noms deviennent ce que sont les hommes, el que le génie, comme le courage, transforment eu auréole les vulgarités qui les touchent.

Une observation, plus grave que celle-ci, et qui m'oblige à grossir cette note, est celle relative à M. Crevel. Ce personnage a dû donner sa démission d'adjoint pour être capitaine de la garde nationale. Ce défaut de mémoire légale sera réparé.

Je remercie, d'ailleurs, mon critique de l'intérêt qui ressort pour un écrivain,

de toute observation, même erronée.

L'Auteur.

Dans le numéro du 28 octobre, nouvelle note sur le même sujet :

Quand on a passé souvent par cette ville (Forzhcim), on ne peut pas ne point avoir lu sur les poteaux Pforzhelm (sic). Mais nous avons jugé cette orthographe incompatible avec la prononciation française, et nous avons mis Forzhcim comme nous disons Mayence pour Mainz. D'ailleurs, Forzhcim, m'écrit un Allemand, ne veut pas dire Pétaudière, il faudrait Furzheim. Pforzheim n'est pas un mot de la langue germanique. Les Romains (au temps de Jules-César) fondèrent cette ville et la nommèrent, à cause de sa situation : Porta Hercinœ, c'est-à-dire : Porte de la forêt Noire. Au moyen âge, on a dit Phorcœ, par abréviation ; puis le peuple a donné une terminaison germanique au mot latin abrégé; de là Pforzheim! En tous pays, les noms sont le résultat de ces bizarres transformations. La Ferté-sous- Jouarre et Aranjuez sont, dans chaque pays, la corruption à' Ara Jovis, Autel de Jupiter.

Pforzheim, célèbre d'ailleurs par ses trois cents soldats qui, dans la guerre de Trente ans, succombèrent à la manière des trois cents Spartiates de Léonidas, a vu naître Reuchlin et Gall.

J'ajoute cette note pour en finir sur ce point, car j'ai reçu onze lettres à ce sujet. La géographie a ses périls.

La dernière note est relative au fait d'armes raconté page 290, ligne 30 de cette édition; la voici, extraite du numéro du 18 novembre 1846 :

Pour éviter les réclamations, nous mettrons ici en note que cet admirable fait d'armes appartient au général Legrand, qui alla vers cette triple redoute comme à une fête, ayant au cou une chaîne des cheveux blonds de sa femme, aujourd'hui madame J... de F... Il y a des héroïsmes qu'on ne peut pas inventer, il faut les prendre tout faits. Napoléon fut jaloux de cette affaire. R vint et dit : « On aurait pu tourner la position; vous avez pris le taureau par les cornes. » Après une longue disgrâce, Masséna, dit le général Pelet, qui a rapporté ce mot de Napoléon dans son Histoire de la campagne de 1809, avait un commandement, en chef; il voulait stupéfier les Allemands par un coup d'éclat, et ce fut le prélude de ses exploits à Gross-Aspern et à Wagram.

Cette précaution oratoire, mise en avant uniquement à cause de l'immense publicité de ce journal, est nécessaire pour prévenir les critiques. On aurait également tort de prêter à l'auteur l'intention de viser au portrait. Le maréchal Cottin,

prince do Wissembourg, le Directeurdu personnel, etc., sont des personnages nécessaires dans la Comédie humaine; ils y représentent des choses et ne seront jamais des personnalités. Quand Molière introduisit un monsieur Loyal dans Tartufe il faisait l'Huissier, et non tel huissier. C'était le fait et non un homme.

Voici maintenant les divisions de la Cousine Bette en volumes :

\. Où la passion va-elle se nicherl

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