‹ Histoire des œuvres de H. de Balzac (volume 2)Chapitre 74 sur 195 · Un malentendu · texte numérisé non relu

Un malentendu

et fut placé enfin en 18Zi6 dans la première édition des Scènes de la Vie militam [première édition de la Comédie liai, mine, tome Mil).

Scènes de la Vie politique.

LVII. Un Épisode suas la 'l'erreur, daté de Paris, janvier 1831. ! i a M. Guyonnet-Merville. Ce récit parut pour la première foi en

madame Houssiaux, IHôô. Contient :— Tome XII. Un Épisode sous la Ti m A fTa ; r • (la Mort d'un ambitieux). L'Envers de l'histoire contemporaine. I. La

Femme de soixante ans. — Tome XVIII. L'Envers de L'histoire coi I II. L'Initié.

Scèni~ ri Vi militaire. Pi o. rome KHI fli lapremièn i lition «le /^i

in-8°, <licz Furne, 15. Contient : —

Les < t dans le désert. Le rolumi est iné par

fin du tome XIII de la pi d( (al • . tzel, 1845, et tome XVIII

kitiorj de la ('mur, tir humai ■ ame m-8<\ < •. 1855 Contient : — Tome X 1 1 1 . Le

a de campagne. Le Curé de village. U ! ins.

1830, formant l'introduction des Mémoires de Sansonsur la révolution française, deux volumes in-8°, anonymes, cliez Marne et Delaunay, dont les auteurs étaient Balzac et Lhéritier de l'Ain (voir aux Œuvres diverses les Souvenirs d'un Paria, qui forment la part de collaboration de Balzac dans ces volumes). Nous retrouvons pour la première fois ce récit dans les œuvres de son auteur en 18/i5, à la fin du tome IV de Modeste Mignon; il fut aussi publié vers cette époque chez Janet, dans le Royal Keepsake, sous le titre d'une Messe en 1193, et il entra enfin en 1846, daté et dédié, dans la première édition des Scènes de la Vie politique (première édition de la Comédie humaine, tome XII). Dans toutes ces dernières versions, la fin est changée ; voici ce qu'on lisait primitivement, après l'avant-dernière ligne de la page 3/i3, qui se termine par ces mots : « Collation préparée » :

Jusqu'à ce que le culte catholique eût été rétabli par le premier consul, la messe expiatoire se célébra mystérieusement dans le grenier.

Quand les religieuses et l'abbé purent se montrer sans crainte, ils ne revirent plus l'inconnu. Cet homme resta dans leur souvenir comme une énigme.

Les deux sœurs trouvèrent bientôt des secours dans leurs familles, dont quelques membres obtinrent d'être radiés de la liste des émigrés. Elles quittèrent leur asile, et Bonaparte, exécutant les décrets de l'Assemblée constituante, leur assigna les pensions qui leur étaient dues. Elles rentrèrent alors au sein de leurs familles et y reprirent leurs habitudes monastiques.

Le prêtre, qui, par sa naissance, pouvait prétendre à un évêché, resta dans Paris, et y devint le directeur des consciences de quelques familles aristocratiques du faubourg Saint-Germain. La famille de M... lui prodigua les soins d'une touchante hospitalité. Si, au bout de quelques années, il ne perdit pas le souvenir de l'aventure à laquelle il devait la vie, du moins il n'en parlait plus, occupé qu'il était des graves intérêts que le règne de Napoléon soulevait alors.

Vers la fin du mois de..., de l'année 180..., les parties de whist venaient de finir dans le salon de M. de M*", et, après le départ de quelques personnes, il ne se trouvait plus autour du feu, vers onze heures et demie du soir, que deux ou trois amis intimes de la maison.

Après avoir commencé à parler de Napoléon, ces anciens gentilshommes osèrent se communiquer leurs regrets sur la chute du trime légitime. Insensiblement, la conversation roula sur les malheurs de la Révolution. Tous les assistants avaient émigré. Dans cette discussion souvent le vieil abbé de Marolles redressait quelques erreurs et prenait la défense de plus d'un révolutionnaire, non sans regarder avec attention autour de lui, comme, pour s'assurer que les séditieuses paroles de ses interlocuteurs et les vœux monarchiques de deux ou trois vieilles femmes n'étaient point entendus par les oreilles que la police de Fouché clouait à toutes les murailles.

La prudence de l'abbé excita quelques moqueries, et l'on finit par le prier de

raconter, pour doux ou trois personnes qui ne connaissaient pas ses aventures, les circonstances bizarres à la faveur desquelles il avait échappé aux massacres de septembre et à la Terreur.

— J'ai été placé plus près que vous de la Révolution, de sorte que je crois être mieux à même de la juger, dit l'abbé de .Manilles. Je suis resté pendant toute la Terreur enferme dan- un petit réduit où je me réfugiai le 3 septembre...

Après cet i xorde, l'abbé raconta les détails de son arrestation et ceux de la terrible journée du '2 septembre 1702. Le récit des massacres et celui de son évasion firent moins d'impression que l'aventure mystérieuse, dont les principales circonstances viennent d'être rapportées.

Quoique i'abbé de Marolles fut bien vivant et devant elles, les personnes qui composaient l'auditoire ne purent s'empêcher de frémir quand le prêtre leur peignit l'angoisse à laquelle il avait été en proie en écoutant monter, sur les minuit, l'inconnu auquel il avait si imprudemment promis de dire la messe, en janvier 1793. Les dames respiraient à peine, et tous les yeux étaient fixés sur la têt blanche du narrateur.

Une des douairières tressaillit et jeta un cri en entendant le bruit d'un pas lourd et pesant qui retentit en ce moment dan- le salon voisin. Un laquais arriva jusqu'au cercle silencieux formé par la société devant l'antique i heminée.

— Que voulez-vous, Joseph? demanda brusquement M. de M*** à son il s-

tique.

— Il y a dans l'antichambre une personne qui désire parler a M. de Marolles, répondit-il.

Tout le monde se regarda, comme si ce message avait rapport au récit de l'abbé.

— Informe-toi du motif de sa visite, sache de quelle part il vient, dit M. de Marolles i Joseph.

Ce domestique s'en alla, mais il revint sur-le-champ.

— Monsieur, répondit-ilà l'abbé, ce jeune homme m'a prié de vous dire est envoyé par celui qui vous a remis une relique en 170!!...

Le pi' tillit, et cette réponse excita vivementla curiosité des personnes

qui -avaient l' histoire de la messe mystérieuse. Chacun semblait pressentir, comme l'abbe, que le dcnoûment de cette aventure était prochain.

— Comment, lui dit madame de M"", vous allez suivre, à cette heure, un inconnu?... Au moins questionnez- le..., sachez pourquoi...

Ces is parurent d'autant plus sages que chacun désirait voir le mes-

L'abbé lit un signe, et le laquais alla chercher l'inconnu Les dames virent entier un jeune homme de très-bon ton, et qui leur parut avoir de fort bonnes manier--. Il était déo > ■• de la Légion d'honneur. Toutes les inquiétudes

nièrent.

— Monsieur, lui dit. l'abbe1 de Marolles, puis-je -avoir pour quel motif la per- Bonm • envoie me fait demander à une heure aussi indue?. . Mon

ne m pas...

L'abb ma achever sa pn

DES ŒUVRES DE BALZAC. 14ï)

Le jeune homme, ayant attendu un moment comme pour ne pas interrompre le vieillard, lui répondit :

— Cette personne, monsieur, est à l'extrémité, et désire vous entretenir.

Le prêtre se leva tout à coup et suivit le jeune ambassadeur, qui fit à la compagnie un salut empreint de cette grâce sans apprêt, fruit d'une éducation soignée.

L'abbé de Marolles trouva auprès du perron de l'hôtel une voiture dans laquelle le jeune homme était probablement venu. Le trajet fut très-long, car l'abbé traversa presque tout Paris. Quand il arriva au pont Neuf, il essaya d'entamer la conversation avec son compagnon, qui gardait un profond silence.

— Vous êtes peut-être le fils de la personne chez laquelle nous nous rendons? dcmanda-t-il.

— Non, monsieur, répondit l'inconnu; mais il m'a rendu de tels services, que je puis le regarder comme mon second père...

— Il paraît qu'il est très-bienfaisant? reprit l'abbé.

— Oh ! monsieur, Dieu seul peut savoir les services qu'il a rendus. Quan

ce qui me regarde, il a sauvé ma mère de l'échafaud, la veille du 9 thermidor...

— Je lui dois aussi . beaucoup !... dit l'abbé. — Mais vous le connaissez?... ajouta-t-il.

— Oui, répondit le jeune homme. Et l'inflexion traînante avec laquelle il prononça ce mot marquait un étonnement profond.

Alors les deux voyageurs gardèrent mutuellement le silence. L'inconnu .avait compris que l'abbé ignorait le nom de l'homme chez lequel ils se rendaient; et, respectant un secret qui ne lui appartenait pas, il se promettait de ne pas le trahir. De son côté, M. de Marolles avait deviné, au seul accent de la voix de son compagnon, qu'il y avait un mystère à découvrir là où il allait, mais que son compagnon serait discret.

L'ecclésiastique chercha une question insidieuse à faire; mais ils arrivèrent avant qu'il l'eût trouvée, car c'est souvent quand on veut avoir de la finesse et de l'esprit, qu'on en a le moins. Le vénérable prêtre voulut voir, dans l'infirmité de son moral, une sorte de châtiment de l'intention malicieuse et de la curiosité qu'il avait eues.

La voiture s'arrêta dans une rue assez déserte et devant une maison de peu d'apparence. Le jeune guide.de l'ecclésiastique lui fit traverser un jardin qui se trouvait derrière le corps de logis bâti sur la rue, et ils parvinrent ensemble à une petite maison. Ce bâtiment avait un air de propreté qui annonçait une certaine aisance. L'abbé monta un escalier assez élégant et entra dans un appartement très-bien décoré.

Il trouva dans le salon une famille en pleurs. A l'aspect des onjets d'art épars autour de lui, il ne douta pas qu'il ne fût chez un homme riche. Il aperçut un piano, des tableaux, des gravures et des meubles fort beaux. Il fut salué silencieusement et avec respect. Son jeune introducteur, qui s'était empressé d'aller dans la chambre voisine, revint lui annoncer que rien no s'opposait à ce qu'il remplît les tristes et consolantes obligations que lui imposait son ministère.

Un mouvement de curiosité involontaire s'empara de l'abbé. En se dirigeant

loO HISTOIRE

vers la chambre funèbre, il présuma que dans ce moment il allait pénétrer le mystère dont l'inconnu s'était enveloppé jadis. V l'approche du prêtre, le moribond fit un signe impérieux à ceux dont il était entouré, et trois personnes sortirent de la chambre.

Le vieux prêtre, s'attendanl à des aveux intéressants, demeura seul avec son pénitent. Une lampe éclairait d'un jour doux le lit où gisait l'inconnu, do sorte que l'abbé put facilement reconnaître en lui son ancien bienfaiteur, il paraissait calme, résigné, et fit signe à l'ecclésiastique de s'approcher.

— Monsieur, lui dit-il d'une voix affaiblie, je crois être en droit de réclamer de vous un service pie je regarde comme important pour moi, et qui ne vous obligera, j'espère, à aucun devoir pénible.

Là, il s'interrompit pour prier le prêtre de prendre un paquet soigneusement cachot.' qui se trouvait sur une table.

— Ces papiers, reprit-il, contiennent des observations et des documents qui ne doivent être appréciés que par une personne d'honneur, de probité, et qui n'appartienne pas à ma famille. Le zèle, des considérations d'orgueil ou des tentations qu'on ne saurait prévoir, peuvent abuser des cœurs intéressés à la mémoire d'un père, d'un ami. d'un parent. Mais, en vous les confiant, je crois" 1"- remettre à la seule personne que je connaisse en étal d'apprécier ces écrits a leur juste valeur. J'aurais pu les brûler; mais quel est l'homme, si basque l'ait placé le -oit, qui ne prétende à l'estime de ses semblables?... Je vous en constitue donc le seul maître. Un jour viendra peut-être où nous pourrons être

- ici-bas comme je vais l'être au tribunal de Dieu! Acceptez-vous ce lidéicommis?...

L'abbé inclina la tête en signe d'assentiment ; et, après avoir appris du malade qu'il avait reçu tous les secours de la religion, il crut lire dan- ses regards le désir île voir sa famille.

Alors il lui adressa quelques paroles de consolation, le gronda très-affectueuot de n'avoir pas réclamé une plus grande récompense des services qu'il lui avait rendus, puis il sortit. Deux personnes de la famille accompagnèrent et éclairèrent le vieux prêtre jusqu'à la porte où la voiture l'attendait.

Q il I l'abbé se. trouva seul dan- la rue. il regarda autour de lui pour reconnaître le quartier où il se trouvait.

— Connaissez-vous le nom de la personne qui demeure i'i'.' demanda-t-il au cocher.

— Monsieur ne sait pas d'où il sort'?... répliqua l'homme eu manifestant un étonnement profond.

— Non, dit l'abl

— C'est la maison de l' exécuteur i>>iblic.

Quelques jours après cette scène, mademoiselle de Charost, qui depuis longtemps ''tait souffrante, succomba : et l'abbé de Marottes rendit les derniers devoirs vieille < t fidèle amie. Le convoi modeste de L'ancienne i de l'abbaye

de '.le il' - rencontra dans la rue des Amandiers un autre convoi, à la uite duquel il marcha.

Au détour que les enterrements furent obligés de faire au bout de la rue des Amandiers, l'abbé de Marolles, mettant, par curiosité, la tête à la portière de son carrosse noir, remarqua un concours immense de peuple suivant à pied un corbillard très-simple qu'il reconnut pour être celui des pauvres. En mettant pied à terre, l'abbé, obéissant à la voix d'un pressentiment assez naturel, voulut apprendre le nom d'une personne qui paraissait si vivement, regrettée. Une vieille femme lui répondit, en témoignant une affliction très-vive, que c'était M. Sanson.

En 1818, l'abbé de Marolles mourut dans un âge si avancé, que, pendant les derniers moments de sa vie, il ne conserva pas toutes ses facultés morales, de sorte que les manuscrits testamentaires de l'exécuteur des hautes-œuvres tombèrent entre les mains de collatéraux intéressés qui en disposèrent. Comme ces écrits n'avaient d'intérêt que par leur authenticité, et qu'ils n'en pouvaient recevoir que du consentement tacite de la famille qu'ils concernaient, ils restèrent inédits jusqu'au moment ovi les parties intéressées furent convaincues que cette publication serait faite avec tous les ménagements réclamés par un ouvrage de ce genre. L'écriture ayant été soigneusement vérifiée, nul doute ne s'est élevé sur ces papiers de famille.

Le simple récit de ces faits historiques assez curieux, que plus d'une personne est encore à même d'attester et qui ne devaient nécessairement pas se trouver dans les Mémoires qu'on va lire, a paru former l'introduction la plus naturelle qu'ils pussent avoir.

LYI11. Une Ténébreuse Affaire, daté de Paris, janvier 1861. Dédié à M. de Margonne. Ce roman parut pour la première fois dans le Commerce, du 14 janvier au 20 février 1841, et reparut, daté et dédié, en trois volumes in-8° chez Souverain en 1842 (datés 1843), accompagné d'une préface (voir tome XXII, page 550). La version du journal était divisée en chapitres dont voici les titres, supprimés depuis:

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