La récompense
Notes.
L'introduction était terminée par cette note d*autant plus singulière qu'elle est absolument inexacte quant à la date rectifiée :
On a mis par inadvertance le titre de le Petit Souper au lieu de : les Deux Rêves, page XLIII, à propos de la troisième étude sur Catherine de Médicis, oubliée en 1828 et non en 1830
Voici maintenant le passage auquel cette note fait allusion ; il fut supprimé de l'introduction à l'entrée de l'ouvrage dans la Co?nèdie
humaine on 18/|6 ; il se plaçait après les mots « envers cette reine », ligne 2Zi, page 375 :
Plus tard, quand il eut résolu d'indiquer la pensée qui avait conduit chaque siècle antérieur au nôtre, afin de démontrer l'activité des idées et leur puissance, il pensa naturellement à Catherine. Son opinion sur cette grande reine n'est d'ailleurs pas nouvelle. Le Petit Souper {les Deux Rêves), la dernière des trois études réunies ici en corps d'ouvrp,ge pour la première fois, a été publié en 1830. Peutêtre , si cette Étude eût été intitulée Dialogue de Catherine de Médicis et de Robespierre, l'analogie frappante entre les exigences politiques du principe de la domination démocratique et du principe de la domination monarchique eût-elle été mieux comprise.
Le Martyr calviniste et le Secret des Riiggieri montrent Catherine de Médicis aux prises avec la première et !a dernière grande difficulté de sa vie politique; mais, en vo3'ant combien de développements exigent ces deux détails et combien de faits, d'hommes et d'intérêts s'y rattachent; en observant surtout avec quelle sobriété l'auteur a procédé, l'on apercevra les énormes travaux auxquels doivent se condamner les historiens qui voudront entreprendre la peinture vraie de la France pendant la réformation, ouvrage auquel travaille, dit-on, M. le marquis de Pastoret depuis quinze années.
Évidemment cette histoire aura toujours deux historiens, un protestant et un catholique; car l'impartialité, dans le sens que l'on donne à ce mot, n'y est point permise. Aujourd'hui nous n'avons plus qu'à en peindre le drame : la chose est jugée, nous sommes dévorés par l'esprit du protestantisme.
Quand un grand homme se présentera-t-il pour dompter ce nouvel esprit des sociétés, comme Luther et Calvin ont vaincu l'ancien ? Quand se lèvera le Luther ou le Calvin de la monarchie et de la religion, pour faire perdre à ces mots Liberté, Egalité, Élection, leur funeste auréole? L'entreprise est difficile, Napoléon y a déjà succombé. La plume en ceci nous semble plus puissante que l'épée; car les novateurs ont vaincu plus par Pencre que par la poudre à canon. Aussi, quel nom donner à un pouvoir qui, de nos jours, ne veut pas s'unir intimement avec les écrivains de talent qui défendent la société ; qui, loin de protéger la pensée, ne pense qu'à nuire à ceux qui en disposent? Était-ce l'armée et le talent militaire qui manquaient à Philippe II et à Catherine? Était-ce l'or?
Quant à la conclusion à tirer de ces études sur Catherine, elle sera claire et visible r le pouvoir ne doit jamais être astreint aux règles qui constituent la morale privée. Cette maxime est directement contraire à celle avec laquelle la bourgeoisie voudrait aujourd'hui diriger la politique des États. Ne sera-ce pas rendre notre pays victime des cabinets qui se conduisent par les principes politiques de Catherine? Aussi voyez combien la Russie et l'Angleterre sont, politiquement parlant, supérieures à la France? Il y a une politique russe, une politique anglaise, il y a même une pohtique autrichienne et une politique prussienne en présence; mais il n'y a point de politique française. Les causes de la grandeur de Louis XIV sont dans une application constante des principes de Catherine de Médicis. Aussi, quand
los élèves de Mazarin disparaissent, la splendeur du grand roi s'cteint-elle. Une fois Louvois, Colbert et de Lyonne, les secrétaires du cardinal, formés à son écolo, morts ou tués, la diplomatie française, alors la première de l'Europe, perd du terrain; et la corruption anglaise commence son travail, pour ne plus s'arrêter.
Évidemment, le pouvoir devra, dans un temps donné, pour rendre à la Franco sa supériorité, reconquérir l'absolutisme qui lui est nécessaire par ce que nous appelons la légalité; mais alors le pouvoir royal dépassera peut-être le but en acquérant une force despotique inouïe. La rébellion est aujourd'hui si bien prévue, qu'on bâtit au moment où nous écrivons une ceinture de forts et de feux pour pouvoir, au besoin, recommencer à la fois Catherine et Robespierre.
On oublie seulement que la puissance des idées, tant que Timprimerie existera, domine celle des canons. L'écritoire, aidée par le temps, est plus forte que l'épée '. Léon X, l'œuvre de Philippe II et de son duc d'Albe, les Guises, Catherine, la monarchie de Louis XIV, l'empire de Napoléon, tous ces colosses ont succombé devant de petits volumes. Et peut-être est-ce un petit livre qui tuera l'Angleterre. Aussi la sagesse dans l'exercice du pouvoir absolu est-elle la seule force à opposer aux idées. JN'est-ce donc pas déjcà se défier de soi-même que de prévoir la révolte?
Avant l'époque où le Martyr calviniste prend Catherine de Médicis, sa vie est assez intéressante pour que nous en présentions ici une esquisse où nous combattrons, comme nous venons de l'essayer, quelques opinions erronées sur elle, sur les personnages qui l'entouraient et sur les choses de son temps.
Ce précis, nécessaire et fait au point de vue d'une critique impartiale, permettra d'embrasser le cours presque entier de cette vie royale, car il se mariera parfaitement aux deux premières Études qui la peignent dans les deux grandes situations de sa politique.
En I8Z16, les trois parties entrèrent sous le titre général de : Sur Catherine de Médicis, et la première gardant son titre de : le Martyr calviniste, dans le tome II de la cinquième édition des Éludes philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV). Balzac avait emprunté l'idée de cet ouvrage au Tumulte d'Amboise par 'M. Germeau.
. La deuxième partie parut pour la première fois, datée comme aujourd'hui, dans la Chronique de Paris des Zi, 11, 18 décembre 1836, et 22 janvier 1837, sous le titre de : le Secret des Rug(/ieri; elle était divisée alors en trois chapitres :