LOUIS LAMBERT
et cette note précédant l'ouvrage :
Quelques personnes ayant manifesté le désir d'avoir cet ouvrage on un volume séparé, le libraire s'est empressé d'obéir à ce vœu, qui a permis à l'auteur de rendre son œuvre moins incomplète.
Dans la seconde de ces éditions, tout le plan du Traité de la volonté est non-seulement très-augmenté, mais non moins modifié, et nous recueillons ici la première version de ce travail, placée autrefois après la ligne 28, page 37 :
Donc, suivant Lambert, la vie humaine consiste en deux mouvements distincts : V Action et la Réaction.
Une de ses phrases expliquera ces deux principes, autant qu'il est possible de démontrer brièvement un système vaste :
— Un désir, disait-il, est un fait entièrement accompli par la pensée avant de l'être dans le monde extérieur.
La Volonté est le nom qu'il donnait à tonte la masse de force par laquelle l'homme peut reproduire au dehors les faits accomplis déjà par V Action.
Ainsi, l'ensemble de nos actes physiques, nos mouvements, la parole, tout ce qui est extérieur, constitue la Réaction.
Ces deux principes usent du même appareil, de l'homme entier; ils résolvent par leur jeu, auquel Lambert rattachait tous les phénomènes du corps et delà pensée, le problème de notre double vie. Mais nos sens, ayant une double destination, possèdent également une double action, en prenant ici ce mot dans son usage ordinaire. Or la première de ces actions, participant de toute la supériorité de la pensée qui voit, veut et agit en nous avant toute démonstration corporelle, n'est soumise à aucune des conditions que subit l'action de nos sens extérieurs. En d'autres termes, Vêtre actionnel ou intérieur ne connaît ni le temps ni l'espace qui arrête l'être extérieur et visible sur lequel réagit la volonté du premier.
Cette théorie, que je tâche de rendre compréhensible, expliquait parûiitement, selon Louis Lambert, les phénomènes les plus merveilleux de notre merveilleuse nature, les évocations du génie, et celles si contestées des sorcières; toutes lui semblaient être un effet de la faculté locomotrice qu'il avait reconnue dans l'ôti'e intérieur, un très-simple phénomène de V Action.
Accordant aux idées une sorte d'existence, il prétendait que les hommes ne se trompaient pas en disant d'un style qu'il était coloré, nerveux, etc.
L'idée était, selon lui, le produit; et la pensée, le moyen; comme la Volonté était la force ; et la Volition, l'acte par lequel l'homme en usait. Donc, la pensés était le mouvement de l'être intérieur ; et les idées composaient les actes de sa vie, comme les actions, ceux de l'être extérieur. Un poëte était, pour lui, l'appareil habitué à courir à travers la nature pour s'y nourrir d'images, et Napoléon un appareil habitué à vouloir.
11 y avait encore après les mots « dès l'âge de quinze ans », ligne 18, page /i8, l'énumération suivante, disparue aujourd'hui :
affirmé le fait si étonnant de la faculté possédée par l'homme de projeter sa
volonté; puis d'avoir deviné la possibilité de cette séparation curieuse entre les deux natures dont, tôt ou tard, la science s'occupera; enfin, (|uand il n'aurait fait que proclamer la nécessité d'une analyse spéciale pour les phénomènes émanés de ces deux actions distinctes; etc.
Enfin, dans ces deux éditions, presque tous les aphorismes de la fin sont différents au moins par la forme et nous les recueillons ici avec le petit commentaire qui les précède et qui a disparu aussi; c'est mademoiselle de Villenoix qui répond :
— Je me souviens de quelques mots qu'il a dits récemment, reprit-elle.
Je les lui demandai par un regard qu'elle comprit, et voici tout ce que je recueillis, en aidant toutefois sa mémoire, car elle ne prêtait aux paroles de Louis que l'attention de la femme aimante et n'en soupçonnait ni le sens ni la portée.
La colère est un courant électrique. Sa commotion, quand il se dégage, agit sur les personnes présentes, quoiqu'il ne les concerne pas.
Le fanatisme et tous les sentiments collectifs sont des fleuves de volonté qui renversent tout.
11 se rencontre des hommes qui cohobent les sentiments des masses par une décharge de leur volition.
Les faits ne sont rien, ils n'existent pas, il n'y a que des idées.
De ton lit aux frontières du monde, il n'y a que deux pas : la Volonté — la Foi!...
L'abstraction est le plus beau produit de la pensée. Elle est plus que la graine qui contient les fleurs, les odeurs, le feuillage et le système d'une plante; elle peut enfermer toute une nature en germe. L'abstraction est la reine de l'âme.
Presque tout (!St un phénomène de la substance éthérée, base de rélectricité. C4'cst le grand principe des transformations d'une même matière...
L'intuition est une des facultés de l'être intérieur. Elle réagit par une imperceptible sensation ignorée de celui qui lui obéit : Napoléon s'en allant instinetivenicnt de sa place avant qu'un boulet y arrive.
Oui, l'espace existe, mais certaines facultt^s donnent le pouvoir de le franchir avec une telle vitesse, que leurs efforts équivalent à son abolition.
Ce récit reparut chez Werdet en décembre 1835, dans le Livre mystique, deux volumes in-8° qui contenaient en outre Séraphita et les Proscrits, avec une préface collective datée du 27 novembre 1835 (voir tome XXII, page /il8). Il ne portait plus de dédicace et il était augmenté des Lettres de Louis Lambert (voir page 58 à page 69), qui avaient paru pour la première fois dans la Revue de Paris d'août 1835. En 18Zi2, Lowis Lambert reparut encore, suivi de Séraphita, chez Charpentier, en un volume in-12, la dédicace rétablie et avec une note (voir tome XXII, page /|27); en 1846 enfin, il entra, portant comme aujourd'hui le seul titre de Louis Lambert, dans le tome \\\ de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XVI). Toutes ces éditions sont remaniées; meiis, comme elles le sont toujours dans le but de compléter l'ouvrage, la. dernière contient tout. Il en a encore paru plusieurs autres, qui ne sont que de serviles réimpressions de l'une ou l'autre de celles dont nous avons parlé, et nous n'avons rien à en dire ici.
LXXXIV. Séraphita, daté de Genève et Paris, décembre 1833novembre 1835. Dédié à madame Éveline de Hanska, née comtesse Rzewuska (depuis madame de Balzac), dédicace datée de Paris, 23 août 1835. La publication de ce récit fut commencée dans la Revue de Paris, numéros de juin et de juillet 1834; la fin parut, inédite, en décembre 1835 dans le Livre ?nystique,]deux volumes ia-8", chez Werdet. Cet ouvrage contenait, outre Séraphita, datée et dédiée, les Proscrits et Louis Lambert, avec préface collective (voir tome XXIJ, page Zjl8j. L'ouvrage était divisé comme aujourd'hui en sept chapitres, dont le premier, dans la Revue de Paris, était subdivisé en deux : le Stronfiord et Seraphitus. Voici la table de ces chapitres :