‹ Histoire des œuvres de H. de BalzacChapitre 13 sur 217 · LE CONSEIL · texte numérisé non relu

LE CONSEIL

— La pièce est, je vous l'assure, madame, souverainement morale.

— Je ne partage pas votre avis, monsieur, et je la trouve profondément immorale.

— Voilà des gens bien près de s'entendre!... dit un jeune homme.

— Ils ne connaissent pas la pièce!,., lui répondit à voix basse une jeune femme

— Vous avez été la voir? demanda le jeune homme,

— Oui, reprit-elle.

— Et vous étiez au spectacle avec M. de la Plaine...

— Cela est vrai !...

— Sans votre mari ni votre mère.

— Mon Dieu!... reprit-elle en riant d'un rire affecté, contraint même, l'incognito est bien difficile à garder dans Paris !

— Vous vouliez donc vous cacher?

— Non..., dit-elle ; et, si j'en avais eu l'intention, voyez un peu comme j'y aurais réussi ! Mais vous êtes donc mon espion ?

— Non, madame, reprit le jeune homme, je suis votre ange gardien...

— N'est-ce pas la môme chose? dit-elle; les anges gardiens sont les espions de l'âme.

— Oui, mais un espion doit être payé. Or, répondit-il, pourriez-vous me dire ce que gagnent les bons anges ?

La jeune femme regarda d'un air inquiet son interlocuteur. Pendant cet aparté, la discussion, ayant continué, s'était échauffée.

— Monsieur!... disait la maîtresse de la maison au représentant de l'opinion contraire à la sienne, il y a deux manières d'instruire une nation. La première et, selon moi, la plus morale, consiste à élever les âmes par de beaux exemples : c'était la méthode des anciens. Autrefois, les forfaits représentés sur la scène y apparaissaient au milieu de tous les prestiges de la poésie et de la musique j

les leçons données par le théâtre participaient donc de la noljlesse môme du sujet et de la pompe employée à la reproduire. Jamais alors la scène no souilla la vie privée, jamais les poètes comiques ou tragiques d'aucun pays ancien ne levèrent le chaste rideau qui doit couvrir le foyer domestique. Il a fallu voir en France la ruine de l'art pour en voir la dégradation. Je vais condamner par un seul mot le système actuel : je puis mener ma fille voir Phèdre, et je ne dois pas la conduire à ce drame honteux, qui déshonore le théâtre où il se joue, ce drame où la femme dégradée insulte à tout notre sexe et au vôtre ; car, ou vous faites la femme ce qu'elle est, ou elle vous fait ce que vous êtes : dans les deux cas, notre avilissement est la condamnation du peuple qui l'accepte. — La seconde manière de former les mœurs est de montrer le vice dans tout ce qu'il produit de plus horrible, de le faire arriver à ses dernières conséquences, et de laisser dire chacun à son voisin : « Voilà où mènent les passions déréglées !... » Ce principe est devenu le moteur secret des livres et des drames, dont les auteurs modernes nous tKicablent. Il y a peut-être de la poésie dans ce système ; il pourra faire éclore quelques belles œuvres; mais les âmes distinguées, les cœurs au^iquels il reste quelque noblesse, même après la tourmente des passions et les orages du monde, le proscriront toujours : la morale au fer chaud est un triste remède, lorsque la morale décente et pure peut encore suffire à la société. — Madame, répondit le défenseur de la poésie hydrocyanique, je vous le demande, s'est-il jamais rencontré de jeune fille qui, après avoir vu jouer Phèdre, ait emporté une idée bien exacte de la moralité contenue dans cette tragédie?... La discussion continua fort vivement, el le jeune homme qui, en entendant parler haut, avait interrompu la conversation commencée avec sa voisine, la reprit aussitôt. La jeune dame à laquelle il paraissait si vivement s'intéresser était une des femmes de Paris qui subissaient alors le plus d'hommages et de flatteries. Mariée depuis quatre ans à un homme de finance, admirablement jolie, ayant une physionomie expressive, de charmantes manières et du goût, elle était le but de toutes les séductions imaginables.

Les jeunes fils de famille, riches et oisifs; les gens de trente ans, si spirituels ; les élégants quadragénaires, ces émérites de la galanterie, si habiles, si perfides, grâce à de vieilles habitudes ; enfin tous ceux qui, dans le grand monde, jouaient le rôle d'amoureux par état, par distraction, par plaisir, vocation ou nécessité, semblaient avoir choisi madame d'Esther pour en faire ce que l'on nomme à Paris une femme à la mode.

La supposant mal défendue par un banquier, ou pensant que peut-être l'âge et les manières de son mari devaient lui avoir donné quelque aversion secrète du mariage, ils cherchaient à l'entraîner dans ce tourbillon de fêtes, de voyages, d'amusements faux ou vrais, au milieu duquel une femme, en se trouvant toujours en dehors d'elle-même, ne peut plus être elle. Au sein de cette atmosphère de bougies, de gaze, de fleurs, de parfums ; dans ces courses rapides et sans but, où force lui est d'obéir aux exigences d'une perpétuelle coquetterie d'esprit et au besoin de lutter avec des rivales, à peine une femme peut-elle réfléchir ; alors, tout est complice de oes étourderies, de ses fautes : hommes et chosP/S. Puis, si,

par prudence, elle reste vertueuse, ses prctciidus amis la calomnient. Il faudrait qu'elle fût un ange pour résister à la fois au mal et au bien, à des passions vraies et à d'adroits calculs.

En ce moment, madame d'Esthcr avait distingué, parmi tous les hommes du monde qui se pressaient vainement autour d'elle, un jeune officier de mérite, nommé M. de la Plaine.

Ernest de la Plaine était bien fait, élégant sans fatuité, possédait le don de plaire par ses manières et par une certaine grâce native. Il avait une de ces figures graves auxquelles la nature a, dans un moment d'erreur, donné tous les caractères de la passion et toutes les séductions de la mélancolie; il était éminemment spirituel et très-instruit. En le rencontrant, madame d'Esthcr préféra sa conversation à celle des gens dont elle était environnée, parce que les hommes instruits et spirituels n'abondaient pas autour d'elle ; Ernest lui plut, et elle laissa voir son goût pour lui, parce qu'elle n'avait aucune arrière-pensée ; sa naïveté fut mal comprise, et les gens du monde dirent, dans leur langage si favorable à la médisance, que madame d'Esther avait distingué M. de la Plaine.

Ernest, se voyant distingué par une femme à. la mode, la rechercha, redoubla de soins pour elle, obéissant ainsi à sa double vocation d'homme et d'officier. Il s'efforça de plaire à M. le comte d'Esther, Aujourd'hui le titre de comte ou de baron semble être une conséquence nécessaire de la patente des banquiers. Or, le bon capitaliste, ayant rencontré peu de gens capables de l'écouter, reçut à merveille M. de la Plaine, dont il croyait être compris ; et, de concert avec sa jolie femme, il conspira le bonheur de l'officier, qui, disait-il, était un trèsaimable jeune homme.

Ces rencontres, ces soins, ces visites, ces conversations à onze heures qui s'établirent entre madame d'Esther et le capitaine étaient des choses extrêmement naturelles, en harmonie avec nos usages, et ne froissaient en rien ni les mœurs ni les lois. M. d'Esther pouvait bien prier M. de la Plaine de mener madame la comtesse au spectacle et au bal, quand, en sa qualité de mari, il n'en avait pas le temps. — M. Ernest la lui ramenait fidèlement. — Mais, pour un observateur, madame d'Esther marchait très-vertueusement, et, à son insu peut-être, sur la glace d'un abîme, sur une glace dont elle seule n'entendait pas les craquements. Il existe dans la nature un effet de perspective assez vulgaire pour que chacun en ait "été frappé. Ce phénomène a de grandes analogies dans la nature morale. Si vous voyez de loin le versant d'une allée sur une route, la pente vous semble horriblement rapide, et, quand vous y êtes, vous vous demandez si ce chemin est bien réellement la côte ardue que vous aviez naguère aperçue. Ainsi, dans le monde moral, une situation dangereuse épouvante en perspective; mais, lorsque nous sommes sur le terrain de la faute, il semble qu'elle n'existe plus; et alors nous sommes tous un peu comme M. de Brancas, l'original du Distrait peint par la Bruyère, qui, jeté dans un bourbier, s'y était si bien établi, qu'il demanda : M Que me voulez-vous? » aux gens empressés de l'en tirer.

En ce moment, madame d'Esther se trouvait dans le i)lus brillant des trois ou quatre salons de Paris où l'on s'intéresse encore à la littérature, aux arts, a la

conversation française d'autrefois, où le jeu est un accessoire souvent dédaigné, où la poésie règne en souveraine, où les hommes les plus distingués de la noblesse française, si peu tyrannique et si calomniée, se rencontrent avec les hommes transitoires de la politique. La discussion y est polie, spirituelle surtout. Là, les naufragés de l'Empire causent avec les débris de l'émigration; les artistes y sont près des gens de cour, leurs juges naturels, puissance contre puissance. Ce salon est un asile d'où les lieux communs sont bannis; la critique y sourit; le bon goût y interdit de parler du fléau régnant ou de ce que tout le monde sait; enfin, vous pouvez y apporter votre idiome et votre esprit, vous serez compris ; chaque parole y trouve un écho. Les sots ne viennent pas là; ils s'y 'déplairaient; ils y seraient comme des chats dans l'eau ; leur esprit tout fait n'aurait pas cours en ce salon, et ils le fuient, parce qu'ils n'aiment pas à écouter.

Le jeune homme que madame d'Esther nommait son espion appartenait à l'une de ces catégories sociales entièrement ruinées par les barricades de Juillet. — C'était \e neveu d'un pair de France!... — Or, presque toutes les industries tuées en juillet 1830 ont reçu peu ou prou de mesquines indemnités; mais celle des neveux de pairs de France a été complètement détruite, sans que la moindre souscription ait dédommagé les victimes. Être neveu d'un pair de France était jadis un état, une position : c'était au moins un titre qui éclipsait même le nom patronymique d'un jeune homme; et à cette question faite sur lui : « Qui estil?... » tout le monde répondait:

— C'est le neveu d'un pair de France!...

Ce bienheureux népotisme valait une dot ; il impliquait un brillant avenir, il supposait la pairie pour la seconde génération : le neveu d'un pair de France était l'espérance incarnée.

Or, ayant tout perdu, fortune positive et fortune problématique; de chiffre, étant devenu zéro, M. de Villaines s'était vu dans la cruelle nécessité d'être quelque chose par lui-même. Il tâchait donc de passer pour un homme spécial; et, depuis deux ans, s'occupait de beaux-arts.

Les beaux-arts semblent n'exiger aucune étude sérieuse chez les gens qui aspirent à les diriger. Il leur faudrait bien, à la vérité, avoir quelque haute pensée, comprendre leur siècle, et sentir vivement les grandes conceptions ; mais qui n'a pas la prétention de se connaître aux arts?... Alors, la capacité de l'homme auquel les gouvernements confient cette importante direction ne peut résulter que d'une croyance. Donc, le but des intrigants sans âme, et à qui trop souvent les destinées de l'art ont été remises, a toujours été d'accoutumer le public h croire en eux.

M. de Villaines, homme d'esprit et d'une grande finesse, envieux comme tous les ambitieux, prenait le devant sur ses rivaux en flattant les artistes; en publiant des or.vrages spéciaux ; en comptant des colonnes renversées ; en rétablissant le texte d'inscriptions inutiles ; en demandant la conservation de quelques monuments que personne ne songeait à détruire ; enfin, pour avoir le droit d'administrer les ruines de la Franco, il enrégimenta"t les débris de l'Asie, de Palmyrc, de ïhèbes aux cent portes, et faisait graver les tombeaux do l'Égypto ou de la Sicile.

Grâce à ce savoir-faire, il se faisait du savoir à bon marché et devenait une espèce de préjugé. Il ignorait les premiers éléments de tous les arts, mais son nom retentissait dans les journaux ; et, si dans un salon une question d'art s'était élevée, tout à coup, à son aspect, une dame disait :

— Mais voilà M. de Villaines qui va nous expliquer cela...

Et M. de Villaines expliquait tout, en donnant des avis parfaitement motivés; car c'était un improvisateur, et un homme de tribune, au coin do la cheminée. Quand il avait le bonheur d'être encore le neveu d'un pair de France, il jouissait d'une certaine réputation comme conteur. Sa conversation spirituelle, semée d'anecdotes, d'observations fines, le faisait rechercher; il était la providence des salons entre minuit et deux heures du matin.

Madame d'Esther n'entrait presque pour rien dans l'intérêt que M. de Villaines lui portait. M. de Villaines haïssait cordialement Ernest de la Plaine ; et, pour venger de vieilles injures, il avait résolu d'éclairer la comtesse sur le danger dont elle était menacée. — La plupart des belles actions n'ont pas eu d'autre principe que l'égoïsme. Aussi, pour rester philanthrope, il faut peu voir les hommes : l'indulgence ou le mépris du monde doivent être écrits au fond du cœur de ceux qui demeurent dans le monde ou qui le gouvernent.

En ce moment, la discussion était arrivée au terme où elles tendent toutes : à un oui devant un non, exprimés, de part et d'autre, avec une exquise politesse. Alors les gens de bon goût cherchent à changer le sujet de la conversation; mais M. de Villaines, qui voulait tirer parti de cette dissertation, se leva, vint se placer à la cheminée, et, regardant les principaux avocats des deux opinions contraires, qui s'étaient eux-mêmes réduits au silence, il leur dit :

— Je vais essayer de vous mettre d'accord !... Dans les arts, il faut faire le moins de traités possible. L'œuvre la plus légère sera toujours mille fois plus significative que la plus belle des théories.

u Supposez, dit-il en jetant à madame d'Esther un regard d'intelligence qu'il eut l'adresse de dérober à tout le monde, supposez que, dans ce salon, se rencontrât une jeune femme charmante, prête à s'abandonner à tous les plaisirs, à tous les dangers d'une première passion... L'homme auquel elle va sacrifier sa vie aura tous les dehors flatteurs et décevants qui font croire à une belle âme; mais moi, observateur, je connais cet homme : je sais qu'il est sans cœur, ou que son cœur est profondément vicieux, et qu'il entraînera cet ange dans un abîme sans fond. N'est-ce pas là le premier acte du drame dont vous blâmez la représentation ?... Eh bien, croyez-vous que je puisse obtenir de cette femme une renonciation entière et complète à ses espérances en lui disant quelques phrases éloquentes et classiques, taillées en plein drap dans Fénelon ou dans Bossuet?...

A CCS mots, madame d'Esther rougit.

— Non, elle ne m'écoutera seulement pas... Mais, si je lui racontais une aventure effrayante, arrivée récemment, qui peignît éncrgiqucmcnt les malheurs incvital^lcs dont toutes les passions illégitimes sont tributaires, elle réfléchirait, et... peut-être...

— Réalisez la supposition en nous donnant d'abord votre conseil : je consens

à être cette femme, et à prendre le danger sur mon compte... Voyons, prêchez moi..., dit en riant la maîtresse de la maison.

Tout le monde s'étant groupé autour de M. de Villaines, il commença en ces termes :

— Je ne sais pas s'il y a parmi vous beaucoup d'amants, dit-il en jetant un regard à demi sardonique sur tout le monde, mais je suis bien certain de ue jamais dire mon aventure à des personnes plus dignes de l'entendre...

Ici, le Message commençait, et, après le mot risées (voir tome llî, page 3, ligne 17), se plaçait ceci :

— Je vous demande grâce, madame, dit M. de Villaines à la maîtresse du logis, pour ces détails; plus tard, vous...

— Allez, dit-elle, votre remarque est plus dangereuse que vos confidences. IN'interrompez plus votre récit.

Après cette interruption, le Message reprenait et se terminait sans changements, complété par ces quelques lignes :

— Et vous avez cru voir dans cette aventure, dit la maîtresse du logis, une leçon pour les jeunes femmes!... Rien ne ressemble moins à un conte moral... Qu'en pensez-vous?... ajouta-t-elle en quêtant autour d'elle des approbations à son opinion.

— Il faut conclure de cette histoire, dit un jeune fat, que nous ne devons pas voyager sur les impériales!...

— C'est un malheur, mais ce n'est pas une leçon!... reprit une jeune dame. Vous nous avez représenté la comtesse si heureuse, et son mari si bien dressé, que la morale de votre exemple est en conscience peu édifiante! dit-elle en s'adressant au narrateur.

— Quoi! mesdames, répondit M. de Villaines, n'est-ce donc rien que de vous montrer quelle instabilité frappe les liaisons criminelles; de vous faire voir le hasard, les hommes, les choses, tout, aux ordres de cette justice secrète dont la marche est indépendante de celle des sociétés?... 11 n'y a pas de quoi faire frémir une femme au moment où elle va se livrer au malheur?...

A ces mots, madame d'Esther leva la tète vers M. de Villaines; elle était profondément émue.

— Prenez garde, reprit-il en s'adressant aux dames, si vous ne trouvez pas cette histoire assez tragique, vous donnez gain de cause à ceux qui plaident pour cette pièce dont vous condamniez le sujet; mais, à des femmes moins jeunes, moins naïves que celle à laquelle j'étais censé m'adresser, je pourrais dire une tragédie domestique plus effrayante...

— Supposez-nous moins naïves, alors..., dit une dame. JMadaine d'Esther était muette et pensive.

— Je ne me fais jamais prier..., dit M. de Villaines.

II s'assit sur une causeuse, le silence se rétablit, et chacun écouta de nou-

veau.

Ici se plaçait le fragment de la Grande Bretèche ou les Trois Vengeances, qui termine aujourd'hui Autre étude de femme. Après ce récit, le Conseil se terminait ainsi :

— Eh bien, mesdames, dit M. de Villaines, après un bref moment de silence, pendant lequel chacun de ses auditeurs cherchait des critiques à faire, ou se remettait de ses émotions, est-ce une leçon?... N'y a-t-il pas dans cette aventure l'épouvantable angoisse que doivent donner les mensonges perpétuels auxquels vous condamne une passion illégitime?... Eh bien, cette affreuse tragédie est moins horrible pour moi que le spectacle d'une jeune et jolie femme, encore pure, prête à devenir la proie d'un homme sans principes...

— Cette histoire est-elle vraie?... demanda la maîtresse de la maison.

— Oui, répondit-il; mais qu'importe ?

M. de Villaines revint s'asseoir près de madame d'Esther. La conversation prit un autre cours ; et, quelques instants après, des discussions s'élevèrent au sujet de ces deux histoires.

La jeune comtesse, saisissant un moment où personne ne faisait attention à elle, alla dans un boudoir voisin, suivie du neveu de l'ex-pair de France.

Là, ils s'assirent ' ensemble sur le même divan, assez embarrassés l'un et l'autre, n'osant pas se parler; niais, comme le silence est très-bavard entre un jeune homme et une jolie femme, la comtesse retrouva bientôt la parole.

— Monsieur, lui dit-elle d'un son de voix touchant, n'êtes-vous pas lié depuis longtemps avec M. de la Plaine?...

— Oui, madame.

— Et le connaissez-vous bien?...

— Oui...

— Alors je vous remercie, monsieur, du conseil indirect que vous m'avez donn6. — Vous êtes mon véritable ami, vous!... Vous avez raison : il n'y a pas de bonheur assez grand pour faire affronter les secrètes tortures que les passions illégitimes nous font subir.

M. de Villaines, auquel il restait une ombre de pudeur dans l'âme, rougit du rôle qu'il venait de jouer ; et, dès ce moment, il devint passionnément épris do madame d'Esther.

XVII. La Grenadière, daté d'Angoulême, août 1832. Dédié d'abord à Caroline en ces termes : (f A la poésie du voyage, le voyageur reconnaissant. » aujourd'hui : A D. W^Imprimée pour la première fois dans la Revue de Paris d'octobre 1.832, cette nouvelle, qui dut s'appeler d'abord les Orphelins, parut pour la première fois en volume,

datée d'août 1832, dans le tome II de la première édition des Scènes de la Vie de province, 1833 [daté 183/i) ; elle fit aussi partie de la deuxième édition de ces Scènes^ en 1839, et n'entra dans celles de la Vie privée^, augmentée de sa première dédicace, qu'à leur cinquième édition, tome II, 18Zi2 (première édition de la Comédie humaine) ; la dédicace actuelle est une correction inédite de l'auteur.

XVIII. La Femme abandonnée, daté d'Angoulême, septembre 1832. Dédié à la duchesse d'Abrantès en août 1835. Imprimé pour la première fois dans la Revue de Paris de septembre 1832, ce récit parut pour la première fois en volume dans le tome II de la première édition des Scènes de la Vie de province, 1833 (daté 183/i). Il fut placé, augmenté de sa dédicace et de sa date, dans les Scènes de la Vie privée, lors de leur cinquième édition. Tome II, 18/i2 (première édition de la Comédie humaine).

XIX. Honorine, daté de Paris, janvier 18Zi3. Dédié à Achille Devéria. Divisé en six chapitres sans titres, ce roman parut pour la première fois dans la Presse du 17 au 29 mars 18/i3, précédé de l'épigraphe ci-contre, empruntée au chapitre X de Mademoiselle de Maupin.

Idéal ! fleur bleue à cœur d'or dont les racines fibreuses, mille fois plus déliées que les tresses de soie des fées, plongent au fond de notre âme pour en boire la plus pure substance! fleur douce et amère, on ne peut t'arracher sans faire saigner le cœur, sans que de ta tige brisée suintent des gouttes rouges!

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