‹ Histoire des œuvres de H. de BalzacChapitre 196 sur 217 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

Je suis, à parler franc, une assez pauvre plante: Je n'ai point de parfum, je n'ai point de beauté. Je ne suis bon ?i rien, et je suis détesté, VA je maudis l'éclat de la rose insolente.

Comme elle, je possrde une épine méchante, Mais un don de souffrance, hélas! sans volupté. Je n'ai qu'un seul ami (pie l'on dit entêté: On le bat' quand il dort, on le fuit quand il chante.

Je },'ran(lis, je fleuris dans des endroits impurs. Sur le bord des fossés, à l'angle des vieux murs ; On me traite partout comme un ^tre inutile.

i*t)iir moi jamais de soins, pour n^oi point de pardon : ( lu m'arrache aussit(^t que la terre est fertile. Je sjiis, enfin, la fleur des ânes... le chardon !

Paris. 1830.

Voici, à propos dos porsonnncros réolsd'//;? Grand f/o)nmr de province à Paris, quelques nouveaux détails intéressants: nous los trouvons dans lo fouilloton théâtral de M. Georges Ohnet publié dans le (Uïn^lihiUnuni'l du T. novembre 1882 :

Ou a repris, au Théâtre des Nations, Icx Drur Srnttricrs de Félix Pyat. C'est hiru vieux, bien rocoro. I»ien ijoursoutlé-. La piéri» a fait rire aux passa^'os dramatiipies et fai» dormir aux passade!* K«>^- Le seul intérêt (]ui K»' «'" «■«'•''*

reprise a été un souvenir raconté par M. Auguste Vitu dans son feuilleton du Figaro i et que nous voulons mettre sous les yeux de nos lecteurs :

« J'avais vingt ans lorsqu'un ami me proposa de l'accompagner à la prison de Sainte-Pélagie : il y allait visiter Félix Pyat, condamné à six mois de prison, sur la plainte de Jules Janin. Le feuilletoniste du Journal des Débats, rendant compte de Tibère, tragédie posthume de M.-J. Ghénier, représentée à la Comédie-Française en 1844, avait fait le procès en règle de la révolution française pour atteindre par voie de conséquence les adversaires du gouvernement de Juillet.

» Félix Pyat saisit la balle au bond. Il y avait un vieux compte à régler entre Jules Janin, l'auteur de Barnave, et Félix Pyat, qui en avait écrit la préface et l'épisode principal. Jusqu'en 1835, époque oij l'Ambigu joua le drame d'Ango, dû à la collaboration de Félix Pyat et d'Auguste Luchet, une sorte de cordialité apparente s'était maintenue entre Jules Janin et ses anciens amis les républicains. A la veille même de la représentation d'Ango, il leur offrait d'écrire eux-mêmes le feuilleton du Journal des Débats sur leur drame. Aussi quelle ne fut pas leur surprise indignée lorsqu'ils trouvèrent, sous la signature J.-J., une diatribe sanglante contre leur ouvrage ! Janin n'avait pas tort de juger sévèrement un drame absurde et mal venu ; mais ses amis n'eurent pas tort non plus de lui reprocher sa duplicité et sa couardise, soit envers le pouvoir, soit envers eux-mêmes. Ce fut Félix Pyat qui se chargea d'exécuter Janin dans la préface d'Ango, un morceau plein de verve mordante, et bien supérieur h. la pièce.

» L'affaire fit énormément de bruit dans le monde littéraire. Balzac s'en inspira comme d'un motif pour le principal épisode de son Grand Homme de province à Paris. L'aventure de Lucien de Rubempré, attaquant par ordre et contre sa conscience, l'ouvrage de d'Arthez et souffleté par le républicain Michel Ghrestien, est une dramatisation libre de l'affaire d'Ango. Lisez Jules Janin pour Lucien de Rubempré, Félix Pyat pour d'Arthez, Auguste Luchet pour Michel Ghrestien, et vous aurez la clef de cet épisode de la Comédie humaine. »

La clef de la Comédie humaine ! Nous savions que M. Vitu était un des rares privilégiés à qui l'énigme de cette histoire prodigieuse était connue. Bien des fois nous avions eu la pensée de lui demander de la donner, cette clef, aux gens de notre génération, fervents admirateurs de Balzac, qui n'ont pas connu les modèles qui ont servi au grand écrivain. 11 appartiendrait à un lettré tel que notre éminent confrère, dépositaire de ce précieux secret, d'écrire une sorte de guide du lecteur dans cet immense labyrinthe de la Comédie humaine. Cette publication pourrait, croyons-nous, être faite maintenant sans inconvénient. La plupart de ceux dont Balzac s'est servi pour animer son œuvre ont disparu, et, si M. Vitu voulait accéder à notre demande, il doterait notre histoire littéraire d'un livre ])icn précieux.

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