ODE A UNE JEUNE FILLE
Du sein de ces torrents de gloire et de lumière Où, sur des harpes d'or, les Esprits Immortels, Aux pieds de Jéhova, redisent la prière De nos plaintifs autels ;
Souvent un Chérubin à chevelure blonde, Voilant l'éclat de Dieu par son front reflété, Laisse au parvis des cieux son plumage argenté, Et descend sur le monde :
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Comprenant du Très-Haut le sublime regard, Il vient sourire au pauvre à qui tout est souffrance : Et par son tendre aspect rappeler au vieillard Les doux jeux de l'enfance ;
Il inscrit des méchants les tardifs repentirs; A la vierge amoureuse il accourt dire : « Espère ! » Et, le cœur plein de joie, il compte les soupirs Qu'on donne à la misère.
De ces Anges d'amour, un seul est parmi nous Que le soin de notre heur égara dans sa route; En soupirant, il tourne un regard triste et doux Vers l'éternelle voûte.
Ce n'est point de son front l'éclatante blancheur Qui m'a dit le secret de sa noble origine ; Mais son tendre sourire et l'accent enchanteur De sa plainte divine.
Ah ! gardez, gardez bien de lui laisser revoir Le brillant Séraphin qui vers les cieux revole; Trop tôt, il lui dirait la magique parole Que, pour nager dans l'air, ils prononcent le soir.
Vous les verriez, des nuits perçant les sombres voiles, Comme un point de l'aurore atteindre les étoiles
De leur vol fraternel ; Et, le marin, le soir, assis sur le rivage. Levant un doigt craintif aux campagnes du ciel, De leurs pieds lumineux montrerait le passage.
VERS ÉCRITS SUR UN ALr.'.iM.
Le magique pinceau, les Muses mensongères N'orneront pas toujours de ces feuilles légères
Le fidèle vélin ; Et le crayon furtif de ma jeune maîtresse Me confiera souvent sa secrète allégresse
Et son inuot chagrin.
lis HISTOIRE
Et, quand ses doigts plus lourds à mes pages fanées Demanderont raison do ses jeunes années,
Aujourd'hui l'avenir, Alors, veuille l'Amour que de son beau voyage
Le fécond souvenir Soit doux à contempler comme un ciel sans nuage.
A propos des vers de Balzac, il nous semble que c'est ici la place de citer une pièce de lui tout à fait inconnue, qui a été publiée dans la Caricature du 17 février 1831, où elle est intitulée : Ci-gît la muse de Déranger; nous y ajoutons deux fragments de sa jeunesse, publiés pour la première fois par M. Ghampfleury, dans le numéro 1 de sa gazette [Gazette de Champ fleury)^ novembre 1856, et réimprimés en 1861 dans son volume intitulé : Gravides figures d'hier et d'aujourd'hui. Ces fragments ont été copiés par M. Ghampfleury sur le manuscrit original.
Cl-GIT LA MUSE DE BÉRANGE)!.
Cette fille si belle A quitté pour toujours La dépouille mortelle Qu'elle dut aux Amours.
De sa voix qu'on accuse Ce fut le cri dernier :
« Français, pleurez la mus3 Du pauvre chansonnier ! »
Sa vie était brillante Au soleil des trois jours ; Mais une fièvre lente En a terni le cours.
Mon pays, l'on t'abuse !
Entends-la s'écrier :
« Français, pleurez la muse Du pauvre chansonnier ! •>
Une inquiète flamme A ranimé ses yeux, Quand, pensive, son ânic Remonta dans les cieux ;
DES ŒUVRES DE BALZAC. !i
La Liberté, confuse, Effeuillait un laurier !
Français, pleurez la musc Du pauvre chansonnier!
O toi que l'on immole, Cherche à travers tes pleurs, Peuple, qui te console En tes jours de malheurs.
On lisait ton excuse Aux murs de son grenier!..
Français, pleurez la muse Du pauvre chansonnier !
Héros de la Belgique, Courageux Polonais, Qui de sa voix magique Attendiez les bienfaits, Dupin vous désabuse; Il est son héritier.
Français, pleurez la muse Du pauvre chansonnier !
LE LIVRE DE JObI.
En la terre de Hus vivait un très-saint homme, De la diphthongue Job l'Écriture le nomme. Il s'écartait du mal par crainte du Seigneur, Et n'allait point au vice, étant simple de cœur. Pourtant il eut bientôt une grande famille ; Trois fois madame Job accoucha d'une fille. Mais Job, y prenant garde, eut après sept garçons. Trois fois mille chameaux et sept mille moutons Paissaient avec des bœufs, dont le millier indique Que Job avait encore un nombreux domestique, Dont par deux mots la Bible évite le détail, Donnant, comme toujours, préséance au bétail. Veuves de leurs époux, plus de cinq cents ânesscs. Par leur lait pectoral augmentaient ses richesses. Ou le rendaient dispos pour peu qu'il en eût bu.
Version conçue d'unu manière peu biblique.
lOO HISTOIRE
Tel est des biens de Job le fidèle inventaire,
Que l'Esprit-Saint a fait aussi bien qu'un notaire.
Si, par un grand malheur, l'Écriture a perdu
La carte du village où ce monde a vécu,
Toujours est-il que Job fut grand propriétaire
Admis dans les congrès chez les Orientaux,
Et de son double vote ôtant les libéraux.
Aussi, tous ses enfants, plongés dans la liesse.
L'un chez l'autre invités et couronnés de fleurs.
En fêtes, en festins, consumaient leur jeunesse.
Et, pour plus grand plaisir, à leurs trois jeunes sœurs
Envoyaient les landaus qui roulaient en Judée ;
De leurs petits soupers l'ivresse était guidée
Par ces tendres beautés qui buvaient des liqueurs,
Et d'entremets friands savouraient les douceurs.
Quand le cercle trop court de ces belles journées,
Séparait par sa fin leurs troupes étonnées,
Soudain de ces repas Job B«w»gw<M»t les effets, CftaA^-woA^t
Pour les purifier détachait ses valets;
Et du lit conjugal se levant dès l'aurore,
Au nom de ses enfants qui sommeillaient encore,
D'un pieux holocauste il présentait i'encens ;
Car du sieur Azaïs Job ayant tout le sens.
Des compensations connaissait le système.
Et voici comme au texte il se parle à lui-même :
ROBERT LE BIABLE.
Au temps que l'on vivait dans une foi profonde, En pleine Normandie, un enfant vint au monde; Rouen fut son berceau, Robert était son nom : Mais, comme les Normands l'appelèrent le Diable, Ci faut-il avant tout, en dire la raison, Ce nom-là, mes enfants, étant épouvantable : Alors, en la contrée un prince très-affable Régnait avec honneur et craignant Dieu beaucoup, Rendant justice à tous, aimant la chasse au loup ; Et de ce grand Hubert les anciennes chroniques Ont si bien célébré les vertus cullioliquos,
Qu'un poëme aujourd'hui ne dirait rien du tout, Quand môme on loferait de stances romantiques.
Vers les bords enchanteurs où les murs de Vernon Sont baignés par les eaux de la nymphe de Seine, Hubert, au jour natal où la vierge sans peine Offrit au monde un Dieu conçu sans trahison, Tendit sa cour pleinière où le moindre baron Vint parler politique en buvant du Surène. C'était au bon vieux temps des états généraux. Les barons en festins y mangeaient les impôts. Aucun ne sachant lire, ils n'avaient pas la peine D'écrire en bas normand de longs procès-verbaux. Pour les relire encore en séance prochaine, Et, sans flatter les serfs d'une espérance vaine, Ils promulguaient leur joie en se riant des maux.
La deuxième partie, inédite aussi et datée des Jardies, décembre 1832 — Paris, mai 1839, parut avec une préface datée de Paris, avril 1839 (voir tome XXII, page 530), sous son titre actuel en deux volumes in-8°, chez Souverain en juin 1839. Elle était alors divisée en chapitres dont'voici les titres :
A madame Séchard.
Flicoteaux.
Deux variétés de libraires.
Un premier ami.
Le cénacle.
Les fleurs de la misère.
Le dehors du journal.
Les Sonnets.
Un bon conseil.
Troisième variété de libraire.
Les galeries de bois.
Physionomie d'une boutique
de libraire aux galeries
de
bois.
Quatrième variété de libraire.
Les coulisses.
Utilité des droguistes.
Coralie.
Comment se font les petits journaux.
Le souper.
Un intérieur d'actrice.
Dernière visite au cénacle.
Une variété de journaliste.
Influence des bottes sur la vio privée.
Les arcanes du journal.
Re-Dauriat.
Les premières armes,
Le libraire chez l'autour.
27. Étude de l'art de chanter la pâli- , 33. Cinquième variété de libraire.
nodie.