Van Dale
3. Van Dale, 437. « Quominus vero ipsorum circa haec praetensa Deorum Oracula fraudes atque imposturae detegerentur, initiationes quoque ac Mysteria iis adjungebant ; quibus hominum mentes aut superstitione attonitas et occaecatas reddcrent, aut conscientias ipsorum sibi obstrictas (qui praecipuus scopus erat) tenercnt. » — « Il me semble que le silence auquel les Mystères engageoient, ne regardoit que les Mystères mêmes, et non pas les Oracles qui
Il est vrai qu'il y avoit de ces Misteres dans des Temples qui n'avoient point d'Oracles ; mais il y en avoit aussi dans beaucoup de Temples à Oracles, par exemple, dans celuy de Delphes. Plutarque dans ce Dialogue si 5 souvent cité, dit qu'il n'y avoit personne à Delphes, ny dans tout ce païs, qui ne fust initié aux Misteres. Ainsi tout estoit dans la dépendance des Prestres ; si quelqu'un eust osé .ouvrir la bouche contre eux, on eust bien crié à l'Athée et à l'Impie, et on luy eust fait des
10 affaires dont il ne se fust jamais tiré '.
Sans les Misteres, les habitants de Delphes n'eussent pas laissé d'estre toujours engagez à garder le secret aux Prestres sur leurs friponneries ; car Delphes estoit une \"ille qui n'avoit point d'autre revenu que celuy de son
1 5 Temple, et qui ne vivoit que d'Oracles ; mais les Prestres s'assuroient encore mieux de ces peuples en se les attachant par le double lien de l'interest et de la
estoient très-differens. Autant que les Prêtres des idoles vouloient que les premiers fussent tenus secrets, autant vouloient-ils que l'on publiât les derniers, et qu'on les répandit par tout comme la chose la plus capable de donner une haute idée de la puissance de leurs dieux. Pausanias (1. IX) nous assure que l'on obligeoit ceux qui avoient consulté l'Oracle de Trophonius, d'exposer publiquement dans des tableaux tout ce qu'ils avoient vu et tout ce qu'ils avoient entendu... Mais ni luy ni les autres ne disent rien de tout ce qui se passoit dans les Mystères. Ils font toujours entendre comme Hérodote, qu'ils ne peuvent en parler, sans se rendre coupables d'impiété » ; et l'on n'aurait là-dessus aucune notion précise sans les renseignements ou les indiscrétions de Firmicus, d'Arnobe et de Clément Alexandrin. « Enfin il estoit permis à tout le monde d'aller consulter les Oracles, au lieu que la grâce d'estre initié aux mystères ne s'accordoit qu'à des gens choisis, et après beaucoup de cérémonies et d'épreuves. » Baltus, Réponse^ 199-201.
I. Van Dale, 440. « ...omnes circumjacentes populos mysteriis Delphicis fuisse initiatos, ac per id ipsorum conscientias Antistitibus Delphicis fuisse obstrictas... Dum igitur sic duplici modo... obstricti essent : nullum periculum erat, ipsos aliquid horum propalaturos : aut si quis ita impius inveniretur, omni vi ac conatu ipsum persequebantur ; dirisque devovebant. » — Van Dale, 440 : «... incolae et eorum circumjacentes vicini inde vitam lucrosam agerent ac jucundam. »
superstition. On eust été bien receu à parler contre les Oracles dans une telle Ville.
Ceux qu'on initioit aux Misteres, donnoient des assurances de leur discrétion ; ils estoient obligez à 5 faire aux Prestres une confession de tout ce qu'il y avoit de plus caché dans leur vie, et c'estoit après cela à ces pauvres initiez à prier les Prestres de leur garder le secret '.
Ce fut sur cette confession qu'un Lacedemonien qui 10 s'alloit faire initier aux Misteres de Samothrace, dit brusquement au Prestre, Si j'ay fait des crimes, les Dieux Us sçavent bien.
Un autre répondit à peu prés de la mesme façon. £"5/ce à toy ou au Dieu qu il faut confesser ses crimes? C'est 15 au Dieu, dit le Prestre, Et bien, retire-toy donc, reprit le Lacedemonien, et je les confesseray au Dieu ^.
Tous ces Lacedemoniens n'avoient pas extrêmement Tesprit de dévotion. Mais ne pouvoit-il pas se trouver quelque impie, qui allast avec une fausse confession se 20 faire initier aux Misteres, et qui en découvrist ensuite toute l'extravagance, et publiast la fourberie des Prestres ? Je croy que ce malheur a pu arriver, et je croy aussi que les Prestres le prévenoient autant qu'il leur estoit possible. Ils voyoient bien à qui ils avoient affaire, et je vous 25 garantis que les deux Lacedemoniens dont nous venons de parler, ne furent point receus. De plus, on avoit déclaré les Epicuriens incapables d'estre initiez aux Misteres, parce que c'estoient des gens qui faisoient profession de s'en moquer, et je ne croy pas mesme qu'on
1. Van Dale, 437. « Confessiones omnium, quae aut fanda aut nefanda unquam in vita perpetraverant, ab ipsis exigebantur. » Suivent les deux anecdotes rapportées par Fontenelle.