‹ Histoire des oraclesChapitre 73 sur 112 · Van Dale · texte numérisé non relu

Van Dale

4. Même explication dans Van Dale. — L'explication de Baltus {Réponse, 357) est bien plus simple. « J'ajoute de plus, qu'il ne faut pas croire que le démon chassé une fois d'un Oracle,

esté autrefois, ils n'estoient plus rien, et en effet ils ne laissoient pourtant pas d'estre encore quelque chose.

Il y a plus. Il arrivoit qu'un Oracle estoit ruiné pour

un temps, et qu'ensuite il se relevoit, car les Oracles

5 estoient sujets à diverses avantures. Il ne les faut pas

croire anéantis, du moment qu'on les voit muets ; ils

pourront reprendre la parole '.

Plutarque dit qu'anciennement un Dragon qui s'estoit • venu loger sur le Parnasse, avoit fait déserter l'Oracle de 10 Delphes, qu'on croyoit communément que c'estoit la solitude qui y avoit fait venir le Dragon, mais qu'il y avoit plus d'apparence que le Dragon y avoit causé la solitude, que depuis la Grèce s'estoit remplie de Villes, etc. 2

n'ait pu y retourner une seconde et une troisième; sur tout lorsqu'il a été rappelle par des gens qui lui estoient dévouez, et qui employoient tout ce qu'il faut pour l'obliger de revenir. Il luy estoit sans doute bien fâcheux de quitter ses anciennes demeures, où il avoit joiii si paisiblement durant tant de siècles, des honneurs divins qu'on luy rendoit. II ne les quittoit donc qu'à regret, et faisoit souvent ses efforts pour s'y rétablir. Mais enfin, il en a esté si souvent chassé parles Chrétiens, qui se multiplioient tous les jours; si mal reçu et si mal mené, qu'il s'est vu contraint de leur abandonner le champ de bataille et de tourner ailleurs ses pernicieux desseins. » — Et Bayle était encore plus hardi que Fontenelle. « Les Oracles étoient sujets à la vicissitude de l'estime, et du mépris. Cela ne pouvoit pas manquer d'arriver, tant parce que tous les siècles ne sont pas également superstitieux, que parce que ceux qui étoient préposez à ces prétendus Mystères, n'avoient pas toujours une égale habileté. Combien de fois a-t-on vu que l'industrie d'un seul homme a remis en crédit une Eglise de la Sainte Vierge, qui étoit déchue peu à peu de son ancienne réputation, par le peu d'adresse de ceux qui la ser\-oient ? » Nouvelles de la République des Lettres, mars 1684. — Fontenelle se serait bien gardé de pareilles assimilations.

1. Van Dale, 64. « Hoc tamen concludi potest, yoT)a^r[o'.a Apol-

linis nunc per tempus aliquod dédisse responsa, nunc rursus per

aliquod spatium obmutuisse, idque saepius, diversas ob causas, acci disse. »

2. Van Dale,70sqq. — « Par-là vous faites entendre assez clairement, que la même chose pourroit bien estre arrivée, dans le temps que les payens parloient du silence de leurs Oracles, et que par conséquent on ne doit

Vous voyez que Plutarque vous parle d'un temps assez éloigné. Ainsi l'Oracle depuis sa naissance avoit déjà esté abandonné une fois, ensuite il est seur qu'il s'estoit merveilleusement bien retably.

5 Après cela le Temple de Delphes essuya diverses fortunes. Il fut pillé par un Brigand descendu de Phlegias, par l'Armée de Xerxés, par les Phocenses, par Pirrhus, par Néron, enfin par les Chrestiens sous Constantin. Tout cela ne faisoit pas de bien à l'Oracle, les Prestres 10 estoient ou massacrez, ou dispersez ; on abandonnoit le lieu, les ustensiles sacrées estoient perdues, il faloit des soins, des frais, et du temps pour remettre l'Oracle sur pied '.

Il se peut donc faire que Ciceron ait pendant sa jeu-

l'attribuer qu'à la ruine des temples et des villes où ces Oracles se rendoient auparavant. L'explication est heureuse; mais si elle estoit vraie, il me semble que les payens auroient eu grand tort d'estre surpris de ce silence. Est-il étonnant qu'il n'y ait plus d'Oracles où il n'y a plus de temples ny de villes, et où tout est déserté et ravagé ? Pourquoy chercher bien loin des raisons de ce silence, comme ils ont fait avec tant de soin et d'inquiétude, puisqu'ils en avoient une si sensible et si palpable devant les yeux ? Pourquoy Plutarque s'en prend-il tantost aux Dieux, tantost aux démons, et tantost au deffaut des exhalaisons de la terre, ainsi que Porphyre et Julien l'Apostat ont fait après luy ; et jamais à la ruine des temples et aux ravages de la guerre ? Se seroit-il jamais avisé de com.poser un Traité Philosophique sur la cessation des Oracles, s'ils n'avoient cessé que par quelque accident pareil ? Les Chrétiens auroient-ils jamais eu la hardiesse de reprocher ce silence aux payens, et de s'en servir comme d'une preuve évidente de la foiblesse de leurs divinitez et de la puissance toute divine de jESus-Christ ? Enfin où sont les Auteurs qui ont parlé de ces accidens, arrivez après la Naissance du Sauveur du Monde, à la pluspart des temples où les Oracles se rendoient ? Qui sont ceux qui les ont pillez et saccagez en ce temps-là ? Direz-vous que ce sont les Chrétiens, eux qui bien loin d'estre en état de renverser les temples des idoles, pouvoient à peine garantir leur vie de la fureur des persécutions ? » L'opinion de Fontenelle est donc « chimérique », et puisqu'il avoue que l'oracle de Delphes redevint plus florissant que jamais, on juge « du peu de solidité de la conjecture qu'«7 apporte icy pour expliquer » le silence des Oracles. Baltus, Réponse, 330-3 3 2.

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