Eusèbe, V, xxiv
2. Eusèbe appelle cet avis (xpioiv) des frères de Gaule tôXaê^ mX ôp6G^o|oTàrr.v. l\ n*en eût pas porté ce jugement si la pièce avait été tout à fait favorable à Montao.
Ô42 ORIGINES DD CHRISTIANISME. [An i77]
sans doute, mais d'une conscience morale des plus saines. Lyon, grâce à lui, fut un moment le centre d'émission des plus importants écrits chrétiens. Comme tous les grands docteurs de l'Église, Irénée trouve moyen d'associer à des croyances surnaturelles, qui aujourd'hui nous semblent inconciliables avec un esprit droit, le plus rare sens pratique. Très inférieur à Justin pour l'esprit philosophique, il est bien plus orthodoxe que lui et a laissé une plus forte trace dans la théologie chrétienne. A une foi exaltée, il unit une modération qui étonne ; à une rare simplicité, il joint la science profonde de l'administration ecclésiastique, du gouvernement des âmes; enfin, il possède la conception la plus nette qu'on eût encore formulée de l'Eglise universelle. Il a moins de talent que Tertullien ; mais combien il lui est supérieur pour la conduite et le cœur! Seul, parmi les polémistes chrétiens qui combattirent les hérésies, il montre de la charité pour l'hérétique et se met en garde contre les inductions calomnieuses de l'orthodoxie *.
Les relations entre les Eglises du haut Rhône et l'Asie devenant de plus en plus rares, l'influence latine environnante prit peu à peu le dessus. Irénée et les Asiates qui l'entourent suivent déjà pour la pâque
4, Adv. hœr,, I, xxv, 5; IM, xxv, 6, 7.
[An 171] MÀHC-AURÊLE. 343
l'usage occidental*. L'usage du grec se perdit; le latin fut bientôt la langue de ces Églises, qui, au !¥• siècle, ne se distinguent plus essentiellement de celles du reste de la Gaule. Cependant les traces d'origine grecque ne s'effacèrent que très lentement ; plusieurs usages grecs se conservèrent dans la liturgie à Lyon, à Vienne, à Autun, jusqu'en plein moyen âge". Un souvenir ineffaçable fut inscrit aux annales de l'Église universelle ; ce petit îlot asiatique et phrygien, perdu au milieu des ténèbres de l'Occident, avait jeté un éclat sans égaP. La solide bonté de
44 y. oi-dessus, p. tO% et suiv.
S. Voir Charvet, Hisl. de la satnte Église de i^ienne, p. 433.; Lebrun des Marrettes, Voyage liturgique en France, 4718, p. 27; Godeau, Hist. eccL, I, p. 290; Tillemont, Mém., U, p. 343; Mabillon, De liiurgia gallio^, p. 280; Le Blant, Manuel d'épigr. chrél,, p. 93-94; ci-dessus, p. 289, et l'Égl. chrét., p. 470. Inscription grecque à Lyon, au vi« siècle (Le Blant, Inscr. chrél,, n« 46); à Vienne en 444 {ibid., n? 443); à Autun (voir ci-dessus, p. 297-298). Hors de Marseille et d'Arles, l'existence d'inscriptions grecques chrétiennes ne doit pas faire croire que Ton parlât ou môme que Ton cultivât la langue grecque dans le pays. Ces inscriptions viennent, en général, d'Orientaux, surtout de Syriens (Grég. de Tours, Hist., VII, 34 ^Vlïl, 4 ; X, 26), dont l'immigration continue jusqu'au vi* siècle, et qui avaient l'habitude de se fiûre des épitaphes grecques, en mentionnant e nom ae leur village d'erigine. Le Blant, Inscr, chréU, t. Il, p. 78. A Arles et à Marseille, le grec vécut jusqu'au vi« siècle.
3. Les légendes des saints Ëpipode et Alexandre (Tillemont, If^m., III, p. 30 et suiv.; Ruinart, Acta sine, p. 73 et suiv.
344 ORIGINES DU CUniSTlANlSME. (An 177]
nos races, associée & l'héroTsme brillant et b l'amour des Orientaux pour la gloire, produisit un épisode sublime. Rlandine, en croix & l'extrémité de l'amphithé&tre, fut comme un Christ nouveau. La douce et p&le esclave, attachée & son poteau sur ce nouveau calvaire, montra que la servante, quand il s'agit de servir une cause sainte, vaut l'homme libre et le surpasse quelquefois. Ne disons pas de mal des canuts, ni des droits de l'homme. Les ancêtres de cette cause-là sont bien vieux. Après avoir été la ville du gnosticisme et du montanisme, Lyon sera la ville des vaudois, des Pauperes de Lugduno, en attendant qu'elle devienne ce grand champ de bataille oti les principes opposés de la conscience moderne se livreront la lutte la plus passionnée. Honneur à qui soulTre pour quelque chose! Le progrès amènera, j'espère, le jour oîi ces grandes constructions que le catholicisme moderne élève imprudemment sur les hauteurs de Montmartre, de Fourvières, seront devenues des temples de l'Amnistie suprême, et renfermeront une chapelle pour toutes les causes, pour toutes les victimes, pour tous les martyrs.
Acta SS., n avril), qui formeot comme noe suite aux Actes des quarant»-huiL inarlyrs, n'ont pas de valeur historique.