Ihid.^^tK
3T0 ORIGINES DU CHRISTIANISME. (An 178]
vDtrti aise et sans cette ostentation thé&trale. » Ce soin de recueillir les restes du martyr, de lui élever des autels, cette prétention d'obtenir de lui des miracles de guérison, d'ériger son bûcher en un sanctuaire de prophétie', autant de folies communes à tous les sectaires. Lucien est d'avis qu'on se contente d'en rire, quand la friponnerie ne s'y mêle pas*. Il n'en veut aux victimes que parce qu'elles provoquent les bourreaux.
Il fut la première apparition de cette forme du génie humain dont Voltaire a été la complète incarnation, et qui, à beaucoup d'égards, est la vérité. L'homme étant incapable de résoudre sérieusement aucun des problèmes métaphysiques qu'il a l'imprudence de soulever, que doit faire le sage au milieu de la guerre des religions et des systèmes? S'abstenir, sourire, prêcher la tolérance, l'humanité, la bienfaisance sans prétention, la gaieté. Le mat, c'est l'hypocrisie, le fanatisme, la superstition. Substituer une superstition à une superstiUon, c'est rendre un médiocre service à la pauvre humanité. Le re-
1. Peregrima, § 18, 31, 39, en notant les nombreuses restembtances qu'offre Peregrinas avec Ignace el Polycarpe.
3. Des cas comme celui de Callisle, cherchant le martyre quand Il se croit perdu {Philo»., IX, 12), Tont disparaître ce qu'a d'invratsemblable, au premier coup d'œil, l'épisode de Peregrinus it confesseur de la Toi.
mède radical est celui d'Épicure, qui tranche du même coup la religion, et son objet, et les maux qu'elle entraîne. Lucien nous apparaît ainsi comme un sage égaré dans un monde de fous. Il ne hait rien, il rit de tout, excepté de la sérieuse vertu*.
Mais, au temps où nous arrêtons cette histoire, les hommes de ce genre deviennent rares ; on pourrait les compter *. Le très spirituel Apulée de Madaure est, ou du moins affecte d'être très opposé aux esprits forts*. Il a été revêtu d'un sacerdoce*. Il déteste les chrétiens comme impies •. Il repousse l'accusation de magie, non comme chimérique, mais comme un fait non fondé ; tout est rempli, pour lui, de dieux et de démons ^. Le libre penseur était de la sorte un être isolé, mal vu, obligé de dissimuler. On se redisait avec terreur l'histoire d'un certain Euphronius, épicurien endurci, qui tomba malade et que ses parents portèrent dans un temple d'Escu-