Voir ci-après, p. 4 4M
%, Exemple d'Àmbroise, Tami d'Origène : Eas., H» E.^YI, 48.
140 ORIGINES DU CHRISTIANISME. |Ab 165]
nisme chrétien. Alexandrie presque tout enlière fut convertie par les gnosliques. Clément d'Alexandrie est ce qu'on peut appeler nn gnostique tempéré; il cite avec respect Héracléon comme un docleur faisant autorité & beaucoup d'égards; il emploie en bonne part le mot de gnostique et le fait synonyme de chrétien'; il est loin, en tout cas, d'avoir contre les idées nouvelles la haine d'Irénée, de Tertullien, de l'auteur des Philosophumer.a. On peut dire que Clément d'Alexandrie et Origène iniroduisirent dans la science chrétienne ce que la tentative trop hardie d'Héracléon et de Basilide avait d'acceptable. Mêlée intimement à tout le mouvement intellectuel d'Alexandrie, la gnose eut une influence décisive sur le tour que prit au m» siècle la philosophie spéculative dans cette ville, devenue alors le centre de l'esprit humain. La conséquence de ces disputes sans fin fut la constitution d'une sorte d'académie chrétienne, d'une véritable école de saintes lettres et d'exégèse', qu'illustreront bientôt Pantœnus, Clément, Origène. Alexandrie devient chaque jour de plus en plus la canitale de la théologie chrétienne.
tet de la gnose sur l'école païenne d'Alexaufut pas moindre. Ammonius Saccas, né de
om., IV, ch. 4, S6, et les livres \ il VU entiers, ièlw, ff. £., V, X. i.
(An 105] MARCAURÈLE. Ui
parents chrétiens*, et Plotîn, son disciple, en sont tout imprégnés. Les esprits les plus ouverts, tels que Numenius d'Apamée, entraient par cette voie dans la connaissance des doctrines juives et chrétiennes, jusque-là si rare au sein du monde païen '. Laphilosophie alexandrine du iii% du iv*, du v siècle est pleine de ce qu'on peut appeler l'esprit gnostique,et elle lègue à la philosophie arabe un germe de mysticisme, que celle-ci développera encore*. Le judaïsme, de son côté, subira les mêmes influences^. LaCabbale n'est pas autre chose que le gnosticisme des juifs. Les sephiroth sont les « perfections » de Valenlin. Le monothéisme, pour se créer une mythologie, n'a qu'un procédé, c'est d'animer les abstractions qu'il a coutume de ranger comme des attributs autour du trône de l'Éternel.
Le monde, fatigué d'un polythéisme épuisé, demandait à l'Orient, et surtout à la Judée, des noms divins moins usés que ceux de la mythologie cou-
4. Porphyre, dans Eus., H. £., VI, xix, 7 (cf. 40, où ïou remarquera la confusion d^homooymes commise p^ir Eusèbe).
î. Eus., Prœp. evang., IX, 7; XI, 40, 48, %%\ Proclus, in Tim., 1. II, ch. 93.
3. Théorie des sphères (éons], dont la dernière, c'est-à-dire la plus rapprochée de la terre, de laquelle dépend le gouvernement des choses humaines, est la moins relevée.
4. Les idées des Falaschas, juifs d'Aby <:.«;; nie. sont forif»ment empreintes de gnos'i'^isme.
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Tante. Ces noms orientaux avaient plus d'emphase que les noms grecs, et on donnait une singulière raison de leur supériorité théurgique : c'est que la Divinité ayant été plus anciennement invoquée par les Orientaux que par lesGrecs, les noms de la théologie orientale répondaient mieux que les noms helléniques h. la nature des dieux et leur plaisaient davantage'. Les noms d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de Salomon passaient en Egypte pour des talismans de première force '. Des amulettes répondant à ce syncrétisme effréné couvraient tout le monde*. Les
1. Celse, dans Orig., VIII, 37; Jamblique, De myateriis, sect. rit, 4 el suiv., p. 3S6 et suiv., édil. Parthey.
2. Origène, Contre Celse, I, !î et suiv. Cf. IV, 33, 34; VI, 39. Comp. la pierre Vallier de liourviile, /tenue orcA.j1848,p. <53, Î80 et suiv. Pour le nom de Jifoîse, voir Montfaucoii, Anl. expl.. Il, II, pi. CLVi, bas. Comp. Ips papyrus de Berlin, i, ligne 319; ii, ligna t15, Parthey, dans tes ifém. de l'Acad. de Berlin, f86a' Comptes rendus de l'Acad. des inacr., 1880, p. 278.
3. Voir !e papyrus .Anvstasi, v? 1073, maintenant à la Bib). nat. {Notice de Fr. Lenormant, p. 87); Ips papyrus de Loyde, i, 383, 384 : Rouverts, Lettre à M. Letronne (l^yde, 1830); Leemans, Aegyptische Papyrus, Leyde, 1839, et t. II des Grieksche papyruisen van het muséum le Leyden (cf. Aoaglasi, n» 107Ï), les papyrus de Berlin ; Parthey, dans les Mém. de l'Acad, die Berlin, 1865, p. 109 et suiv. C'est b tort que l'on désigne ces mo-
ints par le nom de gnosliques. Ils n'ont presque rJen de
(apparentes exceptions dans Chabouiilel, Catalogue des
tes. D- i169, 3176, 9110, %ni, 3ii3; dans Reuveiui,
'0 à M. Letronne, p. 15), et lea chrétiens, mâina gnosiiques,
[An 165] MâRC-AURÈLB. 143
mots IA(0, AACONAI, CABAOJO, (AIOAI, et les formules hébraïques en caractères grecs s*y mêlaient h des symboles égyptiens et au sacramentel ABPACAI, équivalent du nombre 365 ^ Tout cela est bien plus judéo-païen- que chrétien, et le gnostîcisme représentant dans le christianisme Taversion contre Jéhovah poussée jusqu'au blasphème, il est tout à fait inexact de rapporter au gnosticisme ces monuments d'ineptie. Ils étaient l'effet du tour général qu'avait pris la superstition du temps, et nous croyons qu'à l'époque où nous sommes arrivés, les chrétiens de toutes les sectes restaient indifférents à ces petits talismans. C'est à partir de la conversion en masse des païens, au iv* et au v* siècle, que les amulettes s'introduisent dans l'Église et que des
les auraient eus en horreur. Basilide adoptait Abrasax (Irénée, I, xxiv, 7) comme tant d'autres mots sacramentels; mais rien de plus faux que d'appeler basilidiennes toutes les pierres où on lit ABPÀCÀH. lao n'est pas non plus une invention de Valentin (Irénée, I, iv, 4 ; comp., I, xxi, 3). Pas un texte des Pères de rÉglise ne mentionne, chez les gnostiques, de pareils talismans. 11 faut faire exception pour les ophites, qui ne sont vraiment pas chrétiens.
4. Voir les Recueils de Jean L'Heureux (Macarius) ou Ghifilet, Du Molinet, Monlfaucon, Gaylus, Bellermann, Kopp, KiDg, Matter, Baudissin, Parthey, Frœhner, Ghabouillet. Cf. BiUL de la Soc* des ant. de Fr,, 4859, p. 494 etsuiv.
%, Voir les classifications établies par M. de Baudissin, S^v4^ zur sem. ReL, p. 489 et suiv.
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mots et des symboles décidément chrétiens commencent à s'y rencontrer.
L'orthodoxie fut donc ingrate en ne reconnaissant pas les services que lui avaient rendus ces sectes indisciplinées. Dans le dogme, elles ne provoquèrent que de la réaction ; mais leur râle fut des plus codsidér^les dans la littérature chrétienne et dans las institutions liturgiques. On emprunte presque toujours beaucoup & ceux que l'on anathémalise. Le premier chrislianisme, tout juif encore, était trop simple; ce furent les gnostiques qui en firent une religion. Les sacrements furent en grande partie leur création; leurs onciions, surtout au lit de mort des malades, produisaient une grande impression * . Le saint chrême, la confirmation (d'abord partie intégrante du baptême), l'attribution d'une force surnaturelle au signe de la croix, plusieurs autres éléments de la mystique chrétienne viennent d'eux*. Parti jeune et