lCor.,xv, 3etsuiv
(An 57J
n'est pas ressuscité , toute espérance est vaine , les chrétiens sont les plus h plaindre des hommes , les vrais sages sont ceux qui disent : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons. » La résurrection de Jésus est la garantie de la résurrection de tous. Jésus a ouvert la marche , ses disciples le suivront au jour de sa manifestation glorieuse. Alors commencera le règne du Christ : toute autre puissance que la sienne sera anéantie ; la mort sera le dernier ennemi qu'il domptera; tout lui sera soumis, à l'exception de Dieu , qui lui a soumis toute chose. Le Fils, en effet, s'empressera de rendre l'hommage h Dieu et de se soumettre h lui , pour que Dieu soit tout en tous.
«Mais , dira quelqu'un, comment les morts ressusciteront-ils? Avec quel corps reviendront-ils? — Insensé ! ne vois-tu pas que le grain qu'on sème n'est vivifié qu'après avoir traversé la mort? Le grain qu'on sème n'est pas le corps qui sera un jour. C'est un grain nu : par exemple, un grain de froment ou de toute autre espèce de blé; mais Dieu lui donne un corps, comme il lui plaît, et à chaque semence il donne un corps particulier. Toute chair n'est pas une même chair : autre est la chair des hommes; autre la chair des bêtes; autre la chair des oiseaux; autre la chair des poissons. 11 y a des corps célestes et des corps terrestres; autre est la gloire des premiers, autre est la gloire des seconds. Autre est la gloire du soleil, autre la gloire de la lune, autre la
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gloire des étoiles. Une étoile même diffère en gloire des autres étoiles. Il en sera de même à la résurrection des morts. Semé corruptible, le corps renaît incorruptible; semé humble, il renaît glorieux ; semé faible, il renaît fort. On a semé un corps animal ; un corps spirituel ressuscite... C'est un mystère que je vous dis : Nous ne mourrons pas tous ; mais tous nous serons transformés * en un instant indivisible, en un clin d'oeil, au bruit de la dernière trompette. La trompette, en effet, sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous serons transformés. Car il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité. Alors s'accomplira ce qui est écrit : « La mort a été absorbée dans sa vicie toire^ Où est, ô mort, ta victoire? Où est, ô mort, ton (( aiguillon» ?»... Grâces à Dieu, qui nous a donné la victoire par Notre-Seigneur Jésus-Christ. »
Hélas ! le Christ ne vint pas. Tous moururent les uns après les autres. Paul , qui croyait être de ceux qui vivraient jusqu'à la grande apparition*, mourut à son tour. Nous verrons comment ni la foi ni l'espérance ne s'arrêtèrent pour cela. Aucune expérience, quelque désespérante qu'elle soit, ne paraît
^ . Je suis la leçon du manuscrit B du Vatican, qui est aussi celle du texte reçu. Comp. I Thess., iv, 12 et suiv.
2. Is., XXV, 8, ponctué autrement que la Masore et mal traduit.
3. Osée, XIII, 14, lu comme les Septante, autrement que la Masore, et mal traduit.
* 4. I Thess., IV, 16; I Cor . xv, 51, 52.
décisive à l'humanité, quand il s'agit de ces dogmes sacrés où elle met, non sans raison, sa consolation et sa joie. Il nous est facile de trouver après coup que ces espérances étaient exagérées; il est heureux du moins que ceux qui les ont partagées n'aient pas été si clairvoyants. Paul nous dit naïvement que, s'il n'avait pas compté sur la résurrection, il eût mené la vie d'un bourgeois paisible , tout occupé de ses vulgaires plaisirs'. Quelques sages de premier ordre, Marc-Aurèle, Spinoza, par exemple, ont été plus loin, et ont pratiqué la plus haute vertu sans espoir de rémunération. Mais la foule n'est jamais héroïque. Il a fallu une génération d'hommes persuadés qu'ils ne mourraient i)as , il a fallu l'attrait d'une immense récompense immédiate pour tirer de l'homme cette somme énorme de dévouement et de sacrifice qui a fondé le christianisme. La grande chimère du prochain royaume de Dieu a été de la sorte l'idée mère et créatrice de la religion nouvelle. Nous assisterons bientôt aux transformations que la nécessité des choses fera subir à cette croyance. Vers les années 54-58, elle avait atteint son plus haut degré d'intensité. Toutes les lettres de Paul écrites vers ce temps en sont pour ainsi dire