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^ ORIGKNES DC CHRISTIANISME.
entassaient lès notions contradictoires. Pour les messianistes de l'école millénaire, pour les lecteurs acharnés des livres de Daniel et d'Hénoch, il était le Fils de l'homme ; pour les juifs de la croyance commune, pour les lecteurs d'Isaïe et de Michée. il était le Fils de David ; pour les affiliés, il était le Fils de Dieu, ou simplement le Fils. D'autres, sans que les disciples les en blâmassent, le prenaient pour Jean-Baptiste ressuscité, pour Élie, pour Jérémie, conformément à la croyance populaire que les anciens prophètes allaient se réveiller pour préparer
les temps du Messie*.
Une conviction absolue, ou, pour mieux dire, l'enthousiasme , qui lui Ôtait jusqu'à la possibilité d'un doute, couvrait toutes ces hardiesses. Nous comprenons peu, avec nos natures froides et timorées, une toile façon d'être possédé par l'idée dont on se fait l'apôtre! Pour nous , races profondément sérieuses, la conviction signifie la sincérité avec soi-même. Mais la sincérité avec soi-même n'a pas beaucoup, de sens chez les peuples orientaux , peu habitués aux délicatesses de l'esprit critique. Bonne foi et imposture sont des mots qui, dans notre conscience
^. Matth., XIV, 2; xv,, 14; xvii, 3 et suiv.; Marc, vi, 1M5; VIII, 28; Luc, IX, 8 et suiv., 49.
VIE DE JÉSUS
rigide, s'opposent commfi deux termes inconciliables. En Orient, il y a de Tun à l'autre mille fuites et mille détours. Les auteurs de livres apocryphes (de « Daniel », d' « Hénoch », par exemple), hommes si exaltés, commettaient pour leur cause, et bien certainement sans ombre de scrupule, un acte que nous appellerions un faux. La vérité matérielle a très-peu de prix pour TOriental ; il voit tout à travers ses préjugés, ses intérêts, ses passions.
L'histoire est impossible, si l'on n'admet hautement qu'il y a pour la sincérité plusieurs mesures. La foi ne connaît d'autre loi que l'intérêt de ce qu'elle croit le vrai. Le but qu'elle poursuit étant pour elle absolument saint, elle ne se fait aucun scrupule d'invoquer de mauvais arguments pour sa thèse, quand les bons ne réussissent pas. Si telle preuve n'est pas solide, tant d'autres le sont!... Si tel prodige n'est pas réel, tant d'autres l'ont été!... Combien d'hommes pieux, convaincus de la vérité de leur religion, ont cherché à triompher de l'obstination des hommes par des moyens dont ils voyaient bien la faiblesse ! Combien de stigmatisées , de convulsionnaires, de possédées de couvent, ont été entraînées par l'influence du monde où elles vivaient et par leur propre croyance à des actes feints, soit pour ne pas rester au-dessous des autres, soit pour soutenir la
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cause en danger ! Toutes les grandes choses se font par le peuple ; or, on ne conduit le peuple qu'en se prêtant h ses idées. Le philosophe qui, sachant cela, s'isole et se retranche dans sa noblesse est hautement louable. Mais celui qui prend l'humanité avec ses illusions et cherche h agir sur elle et avec elle ne saurait être blâmé. César savait fort bien qu'il n'était pas fils de Vénus ; la France ne serait pas ce qu'elle est si l'on n'avait cru mille ans à la sainte ampoule de Reims. Il nous est facile à nous autres , impuissants que nous sommes , d'appeler cela mensonge , et , fiers de notre timide honnêteté , de maltraiter les héros qui ont accepté dans d'autres conditions la lutte de la vie. Quand nous aurons fait avec nos scrupules ce qu'ils firent avec leurs mensonges, nous aurons le droit d'être pour eux sévères. Au moins faut-il distinguer profondément les sociétés comme la nôtre, où tout se passe au plein jour de la réflexion, des sociétés naïves et crédules, où sont nées .les croyances qui ont dominé les siècles. Il n'est pas de grande fondation qui ne repose sur une légende. Le seul coupable en pareil cas, c'est l'humanité qi i veut être trompée.