Marc, vu, 1 ; Luc, v, 17 et suiv.; vii
2. Matth., VI, 2, 5, 46; ix, il, 14; xii, 2; xxiii, 5, 15, 23; Luc, V, 30; VI, 2, 7; xi, 39 et suiv.; xviii, 12; Jean, ix, 16; Pirké AhotK h ^6; Jos., AnL. XVII, ii, 4; XVIII, i, 3; Vtta, 38; Talm. de Bab., Sota, 22 6.
VIE DE JÉSUS. 341
les cailloux; le « pharisien front sanglant» (kizai), qui allait les yeux fermés pour ne pas voir les femmes, et se choquait le front contre les miu-s, si bien qu'il l'avait toujours ensanglanté; le « pharisien pilon » {medoukia), qui se tenait plié en deux comme le manche d'un pilon ; le « pharisien fort d'épaules » {schikmi), qui marchait le dos voûté comme s'il portait sur ses épaules le fardeau entier de la Loi; le « pharisien Qu'y a-t-il à faire? Je le fais », toujours à. la piste d'un précepte à accomplir. On y ajoutait quelquefois le «pharisien teint», pour lequel tout l'extérieur de la dévotion n'était qu'un vernis d'hypocrisie^ Ce rigorisme, en effet, n'était souvent qu'apparent et cachait en réalité un grand relâchement moral*. Le peuple néanmoins en était dupe. Le peuple, dont l'instinct est toujours droit, même quand il s'égare le plus fortement sur les questions de personnes, est très-facilement trompé par les faux dé-
1. Mischna, Sota. m, 2; Talm. de Jérusalem, Berakoth, ix, sub un.; Sota. v, 7 ; Talm. deBabylone, Sota, 22 b. Les deux rédactions de ce curieux passage offrent de sensibles différences. Nous avons suivi presque partout la rédaction de Babylone, qui semble la plus naturelle. Cf. Épiph., Adv. hœr., xvi, 1. Les traits d'Épiphane et plusieurs de ceux du Talmud peuvent, du reste, se rapporter à une époque postérieure à Jésus, époque ou « pharisien » était devenu synonyme de « dévot».
2. Matth., V, 20; xv, 4; xxiii, 3, 16 et suiv. Jean, viii, 7; Jos., AnU, XII, IX, 1 ; XIU, x, 5.
OniGlNES DU CHRISTIANISME.
vots. Ce qu'il aime en eux est bon et digne d'être aimé; mais il n'a pas assez de pénétration pour diacerner l'apparence de la réalité.
L'antipathie qui, dans un monde aussi passionné, dut éclater tout d'abord entre Jésus et des personnes de ce caractère, est facile à comprendre. Jésus ne . voulait que la religion du cœur ; la religion des pharisiens consistait presque uniquement en observances* Jésus recherchait les humbles et les rebutés de toute sorte ; les pharisiens voyaient en cela une insulte à leur religion d'hommes comme il faut. Un pharisien était un homme infaillible et impeccable, un pédant certain d'avoir raison, prenant la première place à la synagogue, priant dans les rues, faisant l'aumône à son de trompe, regardant si on le salue. Jésus soutenait que chacun doit attendre le jugement de Dieu avec crainte et tremblement. Il s'en faut que la mauvaise direction religieuse représentée par le pharisaïsme régnât sans contrôle. Bien des hommes avant Jésus, ou de son temps, tels que Jésus, fils de Sirach, l'un des vrais ancêtres de Jésus de Nazareth, Gamaliel, Antigène de Soco, le doux et noble Hillel surtout, avaient enseigné des doctrines religieuses beaucoup plus élevées et déjà presque évangéliques. Mais ces bonnes semences avaient été étouffées. Les belles maximes de Hillel résumant toute la Loi en
VIE DE JÉSUS. 343
l'équité \ celles de Jésus, fils de Sirach , faisant
consister le culte dans la pratique du bien % étaient
oubliées ou anathématisées \ Schammaï, avec son
esprit étroit et exclusif , l'avait emporté. Une masse
énorme de (( traditions » avait étouffé la Loi * ,
sous prétexte de la protéger et de l'interpréter. Sans
doute, ces mesures conservatrices avaient eu leur
côté utile ; il est bon que le peuple juif ait aimé sa
Loi jusqu'à la folie , puisque cet amour frénétique
en sauvant le mosaïsme sous Antiochus Épiphane
et sous Hérode, a gardé le levain nécessaire à la ,
production du christianisme. Mais, prises en elles- ^,
mêmes, les vieilles précautions dont il s'agit n'étaient
que puériles/ La synagogue, qui en avait le dépôt, e^
n'était plus qu'une mère d'erreurs. Son règne était^eoc^^fce^^
fini, et pourtant lui demander d'abdiquer, c'était ^^^^^^ V
demander ce qu'une puissance établie n'a jamais fait ^A
ni pu faire. ^
Les luttes de Jésus avec l'hypocrisie officielle étaient continues. La tactique ordinaire des réformateurs qui apparaissent dans l'état religieux que nous
4. Talm. de Bab., Schabbath, 31 a; Joma, 35 b, t. Ecclù, XVII, 24 et suiv.; xxxv, 4 et suiv.