Jean, xiii, 23; Polycrate, dans Eusèbe, H. E., V
2. Matth., XXVI, 21 et suiv.; Marc, xiv, 18 et suiv.; Luc, xxIT 24 et suiv. ; Jean, xiii, 24 et suiv.; xxi, 20.
3. En Orient, le chef de table donne une marque d*égard à un convive en faisant pour lui, une ou deux fois par repas, des boulettes qu'il compose et assaisonne à son gré.
VIE DE JÉSUS
la bouchée et l'offrit à Judas. Jean et Pierre seuls eurent connaissance du fait. Jésus adressa à Judas quelques paroles qui renfermaient un sanglant reproche, mais ne furent pas saisies des assistants. On crut que Jésus lui donnait des ordres pour la fête du lendemain, et il sortit ^
Sur le moment, ce repas ne frappa personne, et, à part les appréhensions dont le maître fit la confidence à ses disciples, qui ne comprirent qu'à demi, il ne s'y passa rien d'extraordinaire. Mais, après la mort de Jésus, on attacha à cette soirée un sens singulièrement solennel, et l'imagination des croyants y répandit une teinte de suave mysticité. Ce qu'on se rappelle le mieux d'une personne chère, ce sont ses derniers temps. Par une illusion inévitable, on prête aux entretiens qu'on a eus alors avec elle un sens qu'ils n'ont pris que par la mort; on rapproche en quelques heures les souvenirs de plusieurs années. La plupart des disciples ne virent plus leur maître après le souper dont nous venons de parler. Ce fut le banquet d'adieu. Dans ce repas, ainsi que dans beaucoup d'autres % Jésus pratiqua son rite mysté-
4. Jean, xiii, 21 et suiv., qui lève les invraisemblances du récit
des synoptiques.
2. Luc, XXIV, 30-31, 35, représente la fraction du pain comme
une habitude de Jésus.
rieux de la fraction du pain. Comme on crut , des les premières années de TÉglise, que le repas en question eut lieu le jour de Pàque et fut le festin pascal^/ l'idée vint naturellement que l'institution eucharistique se fit h ce moment suprême") Partant de l'hypothèse que Jésus savait d'avance avec précision quand il mourrait , les disciples devaient être amenés à supposer qu'il réserva pour ses dernières heures une foule d'actes importants. Gonmie, d'ailleurs, une des idées fondamentales des premiers chrétiens était que la mort de Jésus avait été un sacrifice, remplaçant tous ceux de l'ancienne Loi, la « Cène » , qu'on supposait s'être passée une fois pour toutes la veille de la Passion, devint le sacrifice par excellence , l'acte constitutif de la nouvelle alliance, le signe du sang répandu pour le salut de tous^ Le pain et le vin, mis en rapport avec la mort elle-même , furent ainsi l'image du Testament nouveau que Jésus avait scellé de ses souffrances, la commémoration du sacrifice du Christ jusqu'à son
avènement ^
De très - bonne heure , ce mystère se fixa en un petit récit sacramentel, que nous possédons sous