Comparez Philon, In Flaccum
accueillit leur demande ; des ordres furent donnés pour qu'on hâtât la mort des trois condamnés, et qu'on les détachât de la croix. Les soldats s'acquittèrent de cette commission en appliquant aux deux voleurs un second supplice, bien plus prompt que celui de la croix, le crurifragium , brisement des jambes ' . supplice ordinaire des esclaves et des prisonniers de guerre. Quant à Jésus, ils le trouvèrent mort , et ne jugèrent pas à propos de lui casser les jambes». Un d'entre eux, seulement, pour enlever toute incertitude sur le décès réel de ce troisième crucifié , et l'achever s'il lui restait quelque souffle, lui perça le côté d'un coup de lance'. On crut voir couler du sang et de l'eau*, ce qu'on regarda comme un signe de la cessation
de vie.
4 II n'y a pas d'autre exemple du crurifragium appliqué à la suite du crucifiement. Mais souvent, pour abréger les tortures du patient, on lui donnait un coup de grâce. Voir le passage d Ibn- Hischâm, traduit dans la Zeilschrifl fur die Kmde des Morgen-
landes, l, V- 99-iW- . . ..
i Peut-être est-ce là une invention a prier, pour assimiler
Jésus k l'agneau pascal (Exode, xii, 46 ; Nombres, ix, < 2) .
3. Cette circonsunce peut avoir été imaginée pour repondre a Zacharie, xii, <0. Comp. Jean, xix, 37 ; Apec, i, 7.
4 ici encore, on peut suspecter un symbolisme a pnon. Comp. l4itre de Jean, y, 6 et suiv.; Apollinaris. dans la CArom,«e pascaie, p. î.
VIE DE lËSOS.
Le quatrième évangéliste, qui fait ici intervenir l'apôtre Jean comme témoin oculaire, insiste beaucoup sur ce détail'. Il est évident, en effet, que des doutes s'élevèrent sur la réalité de la mort de Jésus. Quelques heures de suspension à la croix paraissaient aux personnes habituées à voir des crucifiements tout à fait insuffisantes pour amener un tel résultat. On citait beaucoup de cas de crucifiés qui , détachés à temps , avaient été rappelés à la vie par des cures énergiques ». Origène, plus tard, se crut obligé d'invoquer le miracle pour expliquer une fm si prompte '. Le même étonnement se retrouve dans le récit de Marc*. A vrai dire, la meilleure garantie que possède l'historien sur un point de cette nature, c'est la haine soupçonneuse des ennemis de Jésus. Il est très-douteux que les Juifs fussent dès lors préoccupés de la crainte que Jésus ne passât pour ressuscité ; mais , en tout cas , ils devaient veiller à ce qu'il fût bien mort. Quelle qu'ait pu être à certaines époques la négligence des anciens en tout ce qui était ponctualité légale et conduite stricte des affaires , on ne peut croire
i. Jean, xix, 34-35.
î. Hérodoie, VU, 194; Jos., Vita, 75.