Homélies pseudo-clémentines, xvii
2. Justin, Apol. I, 39. Dans les Actes, règne aussi Tidée que Pierre fut Vapôlre des gentils. Voir surtout chap. x. Comparez
1 Pétri, I, 1.
3. ICor., II!, 6, 10; iv, 14, 15; ix, 1, 2; II Cor., xi, 2, etc.
INTRODUCTION. v
dit devoir son origine à lui et à saint Pierre *. Au II* siècle, Papias et saint Justin ne prononcent pas son nom. C'est plus tard, quand la tradition orale ne fut plus rien , quand l'Écriture tint lieu de tout, ^ que Paul prit dans la théologie chrétienne une place capitale. Paul, en effet, a une théologie. Pierre, ' Marie de Magdala, n'en eurent pas. Paul a laissé des ouvrages considérables ; les écrits des autres apôtres ne peuvent le disputer aux siens ni en importance ni en authenticité.
Au premier coup d'œil, les documents, pour la période qu'embrasse ce volume, sont rares et tout à fait insuffisants. Les témoignages directs se réduisent aux premiers chapitres des Actes des Apôtres, chapitres dont la valeur historique donne lieu à de graves objections. Mais la lumière que projettent sur cet intervalle obscur les derniers chapitres des Évangiles et surtout les épîtres de saint Paul, dissipe quelque peu les ténèbres. Un écrit ancien peut servii?' à faire connaître, d'abord l'époque même où il a été composé, en second lieu l'époque qui a précédé sa composition. Tout écrit suggère; en effet, des inductions rétrospectives sur l'état de la société d'où il est sorti. Dictées de l'an 53 à l'an 62 à peu près, les
i. Loltre de Denys de Corinthe, dans Eu=èbe, fUst. eccl., H, 25.
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INTRODUCTION
épîtres de saint Paul sont pleines de renseignements pour les premières années du christianisme. Comme il s'agit ici, d'ailleurs, de grandes fondations sans dates précises , l'essentiel est de montrer les condi-^ , lions dans lesquelles elles se formèrent. A ce sujet,! je dois faire remarquer , une fois pour toutes, que la date courante, inscrite en tête de chaque page, n'est jamais qu'un à peu près. La chronologie de ces premières années n'a qu'un très-petit nombre de données fixes. Cependant, grâce au soin que le rédacteur des Actes a pris de ne pas intervertir la série de^^ faits ; 'glace à l'épître aux Calâtes, où se trouvent quelques indications numériques du plus grand prix, et à Josèphe, qui nous fournit la date d'événements de l'histoire profane liés à quelques faits concernant les apôtres, on arrive à créer pour l'iustoire de ces derniers un canevas très-probable, et où les chances d'erreur flottent entre des limites assez rapprochées.
3e répéterai encore, eh tête de ce livre, ce que j'ai dit au commencement de ma Vie de Jésus. Dans des histoires comme celles-ci, où l'ensemble seul est certain, et où presque tous les détails prêtent plus ou moins au doute , par suite du caractère légendaire des documents, l'hypothèse est indispensable. Sur les époques dont nous ne savons rien, il n'y a pas d'hy-
polhèses à faire. Essayer de reproduire tel groupe de la statuaire antique, qui a certainement existé, mais dont nous n'avons aucun débris, et sur lequel nous ne possédons aucun renseignement écrit, est une œuvre tout arbitraire. Mais tenter de recomposer les frontons du Parthénon avec ce qui en reste, en s' aidant des textes anciens , des dessins faits au xvii^ siècle, de tous les renseignements, en un mot, en s'inspirant du style de ces inimitables morceaux, en tâchant d'en saisir l'âme et la vie, quoi de plus légitime? 11 ne faut pas dire après cela qu'on a retrouvé l'œuvre du sculpteur antique ; mais on a fait ce qu'on pouvait pour en approcher. Un tel procédé est d'autant plus légitime en histoire que le langage permet les formes dubitatives que le marbre n'admet pas. Rien n'empêche même de proposer le choix au lecteur entre diverses suppositions. La conscience de l'écrivain doit être tranquille, dès qu'il a présenté comme certain ce qui est certain, comme probable ce qui est probable , comme possible ce qui est pos- ^sible. Dans les parties où le pied glisse entre l'hisftoire et la légende, c'est l'effet général seul qu'il faut poursuivre. Notre troisième livre, pour lequel nous aurons des documents absolument historiques, où nous devrons peindre des caractères à vive arête et raconter des faits nettement articulés, offrira un
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récit plus ferme: On verra cependant qu'en somme la physionomie de cette période n'est pas connue avec plus de certitude. Les faits accomplis parlent plus haut que tous les détails biographiques. Nous savons très-peu de chose sur les artistes incomparables qui ont créé les chefs-d'œuvre de l'art grec. Mais ces chefs-d'œuvre nous en disent plus sur la personne de leurs auteurs et sur le public qui les apprécia que ne le feraient les narrations les plus circonstanciées, les textes les plus» authentiques.
Pour la connaissance des faits décisifs qui se passèrent dans les premiers jours après la mort de Jésus, les documents sont les derniers chapitres des Evangiles, contenant le récit des apparitions du Christ ressuscité ^ Je n'ai pas ù répéter ici ce que j'ai dit dans l'introduction de ma Vie de Jésus sur la valeur de tels documents. Pour cette partie, nous avons heureusement un contrôle qui nous a manqué trop souvent dans la Vie de Jésus; je veux parler d'un passage capital de saint Paul (/ Cor,, xv, 5-8), qui établit : IMa réalité des apparitions; 2" la longue du-
1. Les leclours français peuvent consulter, pour de plus amples <lélails sur la discussion et la comparaison des quatre récits, Strauss, Vie de Jésus, 3^ sect., ch. iv et v (traduction Littré) ; Nouvelle Vie de Jésus, 1. I, S 46 et suiv.; 1. Il, § 97 et suiv. ( Ira- -duction Neiïizcr et Dollfus).
INTRODUCTION
rée des apparitions, contrairement au récit des Évangiles synoptiques ; 3** la variété des lieux oii eurent lieu ces apparitions, contrairement à Marc et à Luc. J^'étude de ce texte fondamental , jointe à beaucoup • d'autres raisons, nous confirme dans les vues que nous avons énoncées sur la relation réciproque des synoptiques et du quatrième Evangile. En ce qui con- ' cerne le récit de la résurrection et des apparitions,
le quatrième Evangile garde cette supériorité qu'il a pour tout le reste de la vie de Jésus. Si l'on veut trouver un récit suivi, logique, permettant de conjecturer avec vraisemblance ce qui se cacha derrière les illusions, c'est là qu'il faut le chercher. Je viens de toucher à la plus diflficile des questions qui se rapportent aux origines du christianisme : « Quelle est la valeur historique du quatrième Evangile?» L'usage que j'en ai fait dans ma Vie de Jésus est le point sur lequel les critiques éclairés m'ont adressé le plus d'objections. Presque tous les savants qui appliquent à l'histoire de la théologie la méthode rationnelle repoussent le quatrième Evangile comme apocryphe à tous égards. J'ai beaucoup réfléchi de nouveau à ce problème, et je n'ai pu modifier d'une manière sensible ma première opinion. Seulement, comme je m'écarte sur ce point du sentiment général, je me suis fait un devoir d'exposer eii détail
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les motifs de ma persistance. J'en ferai l'objet d'un appendice à la fin d'une édition revue et corrigée de la Vie de Jésus, qui paraîtra prochainement.
Les Actes des Apôtres sont le document le plus important pour l'histoire que nous avons à raconter. Je dois m'expliquer ici sur le caractère de cet ouvrage, sur sa valeur historique et sur l'usage que j'en ai
fait. •
Une chose hors de doute, c'est que les Actes ont eu le même auteur que le troisième Évangile et sont une continuation de cet Évangile. On ne s' arrêtera pas à prouver cette proposition , laquelle n'a jamais été sérieusement contestée ^ Les préfaces qui sont en tête des deux écrits, la dédicace de l'un et de l'autre à Théophile, la parfaite ressemblance du style et des idées fournissent à cet égard d'abondantes démonstrations.
Une deuxième proposition, qui n'a pas la même certitude, mais qu'on peut cependant regarder comme très-probable, c'est que l'auteur des Actes est un disciple de Paul, qui l'a accompagné dans une bonne partie de ses voyages. Au premier coup d'œil, cette
1. L'Église Tadmit de bonne heure comme évidente. Voir le canon de Muratori (Antiq. Ital., UI, 834), collationné par Wieseler et restitué par Laurent {iXeutestamentliche Sludien, Gotha, 1866),
lignes 33 et suiv.
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proposition paraît indubitable. En beaucoup d'endroits, à partir du verset 10 du chapitre xvi, l'auteur des Actes se sert, dans le récit, du pronom « nous, )) indiquant ainsi que, pour lors, il faisait partie de la troupe apostolique qui entourait Paul. Cela semble démonstratif. Une seule issue, en effet, se présente pour échapper à la force d'un tel argument, c'est de supposer que les passages où se trouve le pronom « nous » ont été copiés par le dernier rédacteur des Actes dans un écrit antérieur, dans des mémoires originaux d'un disciple de Paul, par exemple de Timothée, et que le rédacteur, par inadvertance, aurait oublié de substituer à « nous » le nom du narrateur. Cette explication est bien peu admissible. On comprendrait tout au plus une telle négligence dans une compilation grossière. Mais le troisième Évangile et les Actes forment un ouvrage très-bien rédigé, composé avec réflexion et même avec art, écrit d'une même main et d'après un plan suivi ^. Les deux livres réunis font un ensemble absolument du même style, présentant les mêmes locutions favorites et la même façon de citer l'Écriture. Une faute de rédaction aussi choquante que celle dont il s'agit serait inexplicable. On est donc invinciblement porté à conclure