Voir Vie de Jésus, p. xxxvni
2. L'Évangile des hébreux renfermait peut-être quelque cir- . constance analogue (dans saint Jérôme, De viris illustrihus, 2).
3. M. de Vogué, les Églises de la terre sainte, p. 1 2o-1'26. Le verbe àrcxuxiw (Matth.,xxviii, 2; Marc, xvi, 3, 4; Luc, xxiv,2) prouve bien que telle était la disposition du tombeau de Jésus.
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LES APOTRES
matin, la pierre n'était pas à sa place. Le caveau était ouvert. Le corps n'y était plus. L'idée de la résurrection était encore chez elle peu développée. Ce qui remplissait son âme, c'était un regret tendre et le désir de rendre les soins funèbres au corps de son divin ami. Aussi ses premiers sentiments furent-ils la surprise et la douleur. La disparition de ce corps chéri lui enlevait la dernière joie sur laquelle elle avait compté. Elle ne le toucherait plus de ses mains!... Et qu'était-il devenu?... L'idée d'une profanation se présenta h elle et la révolta. Peut-être, en même temps, une lueur d'espoir traversa son esprit. Sans perdre un moment, elle court h une maison oii Pierre et Jean étaient réunis 1 : « On a pris le corps
1. En tout ceci, le récit du quatrième Évangile a une grande supériorité, n nous sert de guide principal., Dans Luc, xxiv, 12, Pierre seul va au tombeau. Dans la fmale de Marc donnée par le manuscrit L et par la marge de la version philoxénienne (Gr.esbach, loc. cit.). il V a roT; ^spl Tôv ns'rpov. Saint Paul ( l Cor., xv, 5) également ne fait figurer que Pierre en cette première vision. Plus loin, Luc (xxiv,"24) suppose que plusieurs disciples sont ailes au • tombeau, ce qui s'applique probablement à des visites successives. l\ est possible que Jean ait cédé ici à rarrière-pensée,-qui se trahit plus d'une fois en son Évangile, de montrer qu'il a eu dans l'histoire de Jésus un rôle de premier ordre, égal même a celui de Pierre. Peut-être aussi les déclarations répétées de Jean, qu'il a été témoin oculaire des faits fondamentaux de la foi chrétienne (Évang., I, U; xxi, 24; I Joan., i, 1-3; iv, 14), doivent-elles s'appliquer à cette visite.
10 ORIGLNES DU CHRISTIANISME. [An 33]
du maître, dit-elle, et nous ne savons pas où on l'a
mis. »
Les deux disciples se lèvent h la hâte, et courent de toute leur force. Jean, le plus jeune, arrive le premier. 11 se baisse pour regarder à l'intérieur. Marie avait raison. Le tombeau était vide. Les linges qui avaient servi à l'ensevelissement étaient épars dans le caveau. Pierre arrive à son tour. Tous deux entrent, examinent les linges, sans doute tachés de sang, et remarquent en particulier le suaire qui avait enveloppé la tête roulé à part en un coin^ Pierre et Jean se retirèrent chez eux dans un trouble extrême. S'ils ne prononcèrent pas encore le mot décisif: « Il est ressuscité ! » on peut dire qu'une telle conséquence était irrévocablement tirée et que le dogme générateur du christianisme était déjà fondé.
— . Pierre et Jean étant sortis du jardin, Marie resta seule sur le bord du caveau. Elle pleurait abondam-ment. Une seule pensée la préoccupait : Où avait-on mis le corps? Son cœur de femme n'allait pas au delà du désir de tenir encore dans ses bras le cadavre bien-aimé. Tout à coup, elle entend un bruit léger derrière elle. Un homme est debout. Elle croit d'abord que c'est le jardinier : « Oh ! dit-
i. Jean, xx, 1-10. Comparez Luc, xxiv, 12, 34; I Cor., xv, 5 et la finale de Marc dans le manuscrit L.
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elle, si c'est toi qui l'as pris, dis-moi où tu l'as posé, afm que je remporte. » Pour toute réponse, elle s'entend appeler par son nom : « Marie ! » C'était la voix qui tant de fois l'avait fait tressaillir. C'était r accent de Jésus. « 0 mon maître!...» s'écriet-elle. Elle veut le toucher. Une sorte de mouvement instinctif la porte à baiser ses pieds ^ La vision légère s'écarte et lui dit : u Ne me touche pas! » Peu à peu l'ombre disparaît^. Mais le miracle de l'amour est accompli. Ce que Céphas n'a pu faire, Marie l'a fait : elle a su tirer la vie, la parole douce et pénétrante du tombeau vide. U ne s'agit plus de conséquences à déduire, ni de conjectures à former. Marie a vu et entendu. La résurrection a son premier témoin
immédiat.
Folle d'amour, ivre de joie, Marie rentra dans la ville, et aux premiers disciples qu'elle rencontra : « Je l'ai vu, il m'a parlé, )> dit-elle ^ Son imagination foriement troublée ^ ses discours entrecoupés et sans suite, la firent prendre par quelques-uns pour
1. Matth., xxviii, 9, en observant que Matthieu, xxviii, 9-10, répond à Jean , xx , 4 6-1 7.
2. Jean, xx, 11-17, en accord avec Marc, xvi, 9-10. Comparez le récit parallèle, mais bien moins satisfaisant de Matlh., xxvni, 4-10; Luc, XXIV, 1-10.