Luc, XXIV
[An 34J
vraisemblance que le retour dont il s'agit eut lieu à la fête des Tabernacles de la fin de l'an 33 ou à 1^ Pâque de l'an 34.
i La Galilée fut ainsi abandonnée par le christianisme, et abandonnée pour toujours. La petite Eglise qui y resta vécut encore sans doute ; mais on n'entend plus parler d'elle. Elle fut probablement écrasée, comme tout le reste, par l'effroyable désastre que subit le pays lors de la guerre de Vespasien ; les débris de la communauté dispersée se réfugièrent au delà du Jourdain. Après Ja guerre, ce ne fut pas le christianisme qui se reporta en Galilée; ce fut le judaïsme. Au ii% au iii% au iv*" siècle, la Galilée est un pays tout juif, le centre du judaïsme, le pays du Talmud ^. La Galilée ne compta ainsi que pour une heure dans l'histoire du christianisme; mais ce fut l'heure sainte par excellenxîe; elle donna à la religion nouvelle ce qui l'a fait durer, sa poésie, son charme pénétrant. « L'Évangile », à la façon des synoptiques, fut une œuvre galiléenne. Or, nous essayerons de montrer plus tard que « l'Evangile », ainsi entendu , a été la cause principale du succès du christianisme et reste la plus sûre garantie de son avenir.
4. Sur le nom de « Galiléens » donné aux chrétiens, voir cidessous, p. 235, note 4.
An 34j LES APOTRES. 47
Il est probable qu'une fraction de la petite école qui entourait Jésus dans ses derniers jours était restée à Jérusalem. Au moment de la séparation, la croyance à la résurrection était déjà établie. Cette croyance se développa ainsi des deux côtés avec une physionomie sensiblement différente, et telle est sans doute la cause des divergences complètes qui se remarquent dans les récits des apparitions. Deux traditions, l'une galiléenne, l'autre hiérosolymite , s'étaient formées; d'après la première, toutes les apparitions (sauf celles du premier moment) avaient eu lieu en Galilée; d'après la seconde, toutes avaient eu lieu à Jérusalem^. L'accord des deux fractions de la petite Eglise sur le dogme fondamental ne fit naturellement que confirmer la croyance commune. On s'embrassa dans la même foi; on se redit avec effusion : « Il est ressuscité ! » Peutêtre la joie et l'enthousiasme qui furent la conséquence de cette rencontre amenèrent-ils quelques autres visions. C'est vers ce temps qu'on peut placer « la vision
h . Matthieu est exclusivement galiléen ; Luc et le second Marc,
XVI, 9-20, sont exclusivement hiérosolymites. Jean réunit les deux traditions. Paul (I Cor., xv, 5-8) admet aussi des visions arrivées sur des points très-éloignés. Il est possible que la vision « des cinq cents frères » de Paul, que nous avons identifiée par conjecture avec celle « de la montagne de Galilée )>.de Matthieu, soit une vision hiérosolymite.
48 ORIGINES DU CHRISTIANISMl^. [\n 34]
de Jacques », mentionnée par saint Paul *. Jacques était frère ou du moins parent de Jésus. On ne voit pas qu'il ait accompagné Jésus lors cle son dernier séjour à Jérusalem. Il y vint probablement avec les apôtres, lorsque ceux-ci quittèrent la Galilée. Tous les grands apôtres avaient eu leur vision; il était difficile que ce « frère du Seigneur » n'eut pas la sienne. Ce fut, ce semble, une vision eucharistique, c'est-à-dire où Jésus apparut prenant et rompant le pain 2. Plus tard, les parties de la famille chrétienne qui se rattachèrent à Jacques, ceux qu'on appela les hébreux, transportèrent cette vision au jour même de la résurrection, et voulurent qu'elle eût été la première de toutes ^.
Il est très-remarquable, en effet, que la famille de Jésus, dont quelques membres , durant sa vie, avaient été incrédules et hostiles à sa mission S fait maintenant partie de l'Église et y tient une place très-élevée.
1. I Cor., XV, 7. On ne peut expliquer le silence des quatre Évangiles canoniques sur cette vision qu'en la rapportant à une époque placée en deçà du cadre de leur récit. L'ordre chronologique des visions, sur lequel saint Paul insiste avec tant de précision, conduit au même résultat.
2. Évang. des hébreux, cité par saint Jérôme, De viris illustribus, t. Comparez Luc, xxiv, 41-43.