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3. Cette expression revient à chaque page des Evangiles synoptiques, des Actes des apôtres, des épîtres de saint Paul. Si elle ne paraît qu'une fois dans le quatrième Évangile (m, 3 et 5), c'est que les discours rapportés par cet Évangile sont loin de représenter la parole vraie de Jésus.
3. Dan., ii, 44; vu, 13, 14,22, 27; Apocalypse de Baruch,dans Ceriani, Monum. sacra et prof,, tom. I, fasc. ii, p. 82.
4 Marc, xi, 10; — Targum de Jonathan : Is., xl, 9; lui, 10;
Michée, iv, 7.
religion, le culte mopotbéiste, la piété ^ D^nslesf derniers temps de sa vie, Jésus crut, à ce qu'il f semble, que ce règne allait se réaliser matériellement par un brusque renouvellement du monde. Mais sans (}oute ce ne fut pas là sa preiT^ière pensée*. La morale admirable qu'il tire de la notion du Dieu père p'est pas celle d'ent)iousiastes qui croient le monde près de finir et qui se préparent par l'ascétisme à une catastrophe chimérique : c'est celle d'un monde qui veut vivre et qui a vécu. « Le royaume de Dieu est parnii vous, » disait-il à ceux qui cherchaient avec subtilité des signes extérieurs de sa venue future ^ La conception réaliste de l'avènement divin n'a été qu'un nuage, une erreur passagère que la mort a fait oublier. Le Jésus qui a fondé le vrai royaume de Dieu, le royaume des doux et des humbles, voilà le Jésus des premiers jours*, jours chastes
1. Mischna, fî^mA-o^^^ II, 1,3; Talmud de Jérusalem, 5eraA-of/i^ II, 2; Kidduscfiin, i, 2; Talm. de Bab,, BerafcQtfi, 15 a; Mekilta, 42 h; Siphra, 170 b. L'expression revient souvent dans les Midraschim,
2. Matth., y, 10; vi, 10, 33; xi, 1^ ; xii, 28; xviii, 4; xi^, 12; Marc, X, 14, 15; xii, 34; Luc, x|i, 31.
3. Lut^ ^yii, 20-21. La traciuction « au dedans de vous » est moins ex?cte, bieq qu'elle ne s'écarte pas (Je la pensée de Jésu* en cet endroit.
4. La grande théorie de l'apocalypsp fju Fils de l'homme est, en effet, réservée, dans le^ synoptiques, pour los chapitres qui pré-
et sans mélange où la voix de son Père retentissait en son sein avec un timbre plus pur. Il y eut alors quelques mois, une année peut-être, où Dieu habita vraiment sur la terre. La voix du jeune charpentier prit tout h coup une douceur extraordinaire. Un charme infmi s'exhalait de sa personne, et ceux qui l'avaient vu jusque-là. ne le reconnaissaient plus^ Il n'avait pas encore de disciples, et le groupe qui se pressait autour de lui n'était ni une secte, ni une école; mais on y sentait déjà un esprit commun, quelque chose de pénétrant et de doux. Son caractère aimable, et sans doute une de ces ravissantes figures * qui apparaissent quelquefois dans la race juive, faisaient autour de lui comme un cercle de fascination auquel presque personne, au milieu de ces populations bienveillantes et naïves, ne savait
échapper.
Le paradis eût été, en effet, transporté sur la
cèdent le récit de la Passion. Les premières prédications, surtodt dans Matthieu, sont toutes morales.
4. Matth., XIII, 54 et suiv.; Marc, vi, 2 et suiv.; Jean, vi, 42.
2. La tradition sur la laideur de Jésus (Justin, Dial. cum Tryph., 85, 88, i 00; Clément d'Alex., Pœdag., III, 1 ; Strom., VI, 47; Ori-ène, Contre Celse. VI, 75; ïertuUien, De came Chrisii, 9; Adv. Judœos, 14) vient du désir de voir réalisé en lui un trait prétendu messianique (Is., lui, 2). Aucun portrait traditionnel de Jésus n'existait aux premiers siècles. Saint Augustin, De Tnnitate, VllI, 4, B. Cf. Irénée, Adv, hœr., I, xxv, 6.
terre, si les idées du jeune maître n'eussent dépassé de beaucoup ce niveau de médiocre bonté au delà duquel on n'a pu jusqu'ici élever l'espèce humaine. La fraternité des hommes, fils de Dieu, et les conséquences morales qui en résultent étaient déduites avec un sentiment exquis. Comme tous les rabbis du temps , Jésus , peu porté vers les raisonnements suivis, renfermait sa doctrine dans des aphorismes concis et d'une forme expressive, parfois énigmatique et bizarre*. Quelques-unes de ces maximes venaient des livres de l'Ancien Testament. D'autres étaient des pensées de sages plus modernes, surtout d' Antigène de Soco, de Jésus fils de Sirach, et de Hillel, qui étaient arrivées jusqu'à lui, non par suite d'études savantes, mais comme des proverbes souvent répétés. La synagogue était riche en maximes très-heureusement exprimées, qui formaient une sorte de littérature proverbiale courante*. Jésus adopta presque tout cet enseignement oral, mais en le pénétrant d'un esprit supérieur*. Enchérissant
1. Les Logia ae saint Matthieu réunissent plusieurs de ces axiomes ensemble, pour en former de grands discours. Mais la ferme fragmentaire se fait sentir à travers les sutures.
2. Les sentences des docteurs juifs du temps sont recueillies dans le petit livre intitulé Pirké Aboth.
3. Les rapprochements seront faits ci-dessous, à masure qu'ils
Or.lGINËS DU CHRISTIANISME.
VlÈ DE JÉSUS.
d'ordinaire sur les devoirs tracés par la Loi et les anciens, il voulait la perfection. Toutes les vertus d'humilité, de pardon, de charité, d'abnégation, de dureté pour soi-même, vertus qu'on a nommées à bon droit chrétiennes, si l'on veut dire par là qu'elles ont été vraiment prêchées par le Christ, étaient en germe dans ce premier enseignement. Poiir la jusla, jjit . tice, il se contentait de répéter l'axiome répandu : Cp>^^*^^*^ k Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas
qu'on te fît à toi-même'. » Mais cette vieille sagesse, encore assez égoïste, ne lui suffisait pas. Il allait aux
excès :
à Si quelqu'un te frappe sur la joue droite , présente-lui l'autre. Si quelqu'un te fait un procès pour ta tunique, abandonne-lui ton manteau *• »
se présenteront. On a parfois supposé que , la rédaction du Talmud étant postérieure à celle des Évangiles, des emprunts ont pu être faits par les compilateurs juifs à la morale chrétienne. Mais cela est inadmissible; les maximes du Talmud qui répondent à des sentences évangéliques sont datées avec f)récision par les noms des docteur? à qui on les attribue. Ces attributions écartent l'idée
de tels emprunts.
4. Matth., viK fi; Ltic, vi, 31. Cet axiome est déjà dans le livra de ToUe, iv, 16. Hillel s'en servait habituellement (Talm. de Bab., Schabbalh, 31 a), et déclarait, comme Jésus, que c'était
Vabrégé de la Loi.