Voir ci-dessus, p. XLviii
LU
SAIiNT PAUL.
erreurs qui s'y remarquent. Le style offre des latinismes ^ L'intention qui a dicté Técrit, savoir le désir d'augmenter la force du principe hiérarchique et l'autorité de l'Église, en présentant un modèle de piété, de docilité, d' « esprit ecclésiastique » tracé par l'apôtre lui-même , est tout à fait en harmonie avec ce que nou^ savons du caractère de l'Église romaine dès le i" siècle.
Il nous reste à parler de l'épître aux Hébreux. Comme nous l'avons déjà dit, cette épître ne serait pas de Paul qu'on ne devrait nullement la mettre dans' la même catégorie que les deux épîtres à Timothée et l'épître à Tite, l'auteur ne cherchant pas h faire passer son ouvrage pour un écrit de l'apôtre Paul. Quelle est la valeur de l'opinion qui s'est établie dans l'Église et selon laquelle Paul serait l'auteur de ladite épître? L'étude des manuscrits, l'examen de la tradition ecclésiastique et la critique intrinsèque du morceau Iui-m3m3 vont nous éclairer
à cet égard.
Les anciens manuscrits portent simplement en tête de l'épître : np; vAoxioj;. Quant à l'ordre de transcription, le Codée Vaticanm et le Codeoc Sinaiticits, représentant la tradition alexandrine, placent l'épître
I. Par ex3 nple : i 'j^'.x'.tvjsx 'î-.'îxixxXîa, scna doclrina.
i^SI
INTRODUCTION
LUI
parmi celles de Paul. Les manuscrits 'gréco- latins, au contraire, montrent toutes les hésitations qui restaient encore en Occident, dans la première moitié du moyen âge, sur la canonicité de l'épître aux Hébreux et par conséquent sur son attribution à Paul. Le Codex Bœmerianus l'omet; le Codex Augiensis la donne seulement en latin , à la suite des épîtres de Paul. Le Codex Claromontanus met l'épître en question hors rang, comme une sorte d'appendice, après la stichométrie générale de l'Écriture S preuve que l'épître ne se trouvait pas dans le manuscrit d'où le Claromontanus fut copié. Dans la stichométrie susdite (morceau très-ancien), l'épître aux Hébreux ne figure pas, ou, si elle figure, c'est sous le nom de Barnabe'. Enfin, les fautes dont fourmille le texte
1. Sur la stichométrie dans les manuscrits anciens, voir Fr. Ritschl , Opuscula philologica, h p. "74 et suiv., fTS et suiv., 490
et suiv.
2. Cette stichométrie (fol. 468 v.) place dans la liste des écrits sacrés une Epislula Bamabœ, qui peut être l'épître ordinairement attribuée à Barnabe. Cependant la stichométrie du Codex Claromo7itamis donne à son Epistida Bamabœ un nombre de aûxoi qui est à peu près le chiffre qui convient à l'épître aux Hébreux, et non le chiffre qui convient à l'épître ordinairement attribuée à Barnabe (voir Credner, Gesch. des neutest. Kanon, p. 475 et suiv., 242 et suiv.). On en a conclu que YEpistula Bamabœ mentionnée dans la stichométrie du Codex Claromontanus était l'épître aux Hébreux, que Tertullien attribue en effet à Barnabe. Ce
latin de l'épître dans le Claromontanus suffiraient pour éveiller le soupçon du critique et prouver que cette <5pître n'entra dans le canon de l'Église latine que tardivement et comme par surprise ».
Même incertitude dans la tradition. Marcion n'avait pas l'épître aux Hébreux dans son recueil des épîtres de PauP; l'auteur du canon dit de Muratori l'omet dans sa liste. Irénée connaissait l'écrit en question, mais il ne le considérait pas comme de PauP. Clément d'Alexandrie* le croit de Paul; mais il sent la difficulté de cette attribution, et il a recours, pour sortir d'embarras , à une hypothèse peu acceptable : il suppose que Paul écrivit l'épître en hébreu et que Luc la traduisit en grec. Origène admet aussi en un sens l'épître aux Hébreux comme de Paul , mais
qui infirme ce raisonnement, c'est : l°que la sticbométrie du Claromontanus offre beaucoup de fautes et de particularilcs: r que l'épître ordinairement attribuée à Barnabe s'est trouvée dans le Codex Sinaiticus avec le Pasteur, d'une façon qui paraît répondre à la sticbométrie du Claromontanus (voir cependant Terlullien, De pudic, 20).