Luc, m, 41 (faible autorité
VIE DE JÉSUS
ges premiers discours un petit cercle d'auditeurs. Jouissant encore de peu d'autorité, et sans doute aussi poussé par le désir de voir un maître dont les enseignements avaient beaucoup de rapports avec ses propres idées, Jésus quitta la Galilée et se rendit avec sa petite école auprès de Jean^ Les nouveaux venus se firent baptiser comme tout le monde. Jean accueillit très-bien cet essaim de disciples galiléens, et ne trouva pas mauvais qu'ils restassent distincts des siens. Les deux maîtres étaient jeunes ; ils avaient
1. Matth., III, 13 et suiv.; Marc, i, 9 et suiv.; Luc, m, 21 et suiv.; Jean, i, 29 et suiv.; m, 22 et suiv. Les synoptiques font venir Jésus vers Jean, avant qu'il eût joué de rôle public. (Comp. Évang. des ébionites dans Épiphane, Adv. hœr., xxx, 13, 14; Justin, Dial. cum. Tryph., 88.) Mais, s'il est vrai, comme ils le disent, que Jean reconnut tout d'abord Jésus et lui fit grand accueil, il faut supposer que Jésus était déjà un maîtije assez renommé. Le quatrième évangéliste amène deux fois Jé^us vers Jean, une première fois encore obscur, une deuxième fois avec une troupe de disciples. Sans toucher ici la question des itinéraires précis de Jésus (question insoluble, vu les contradictions des documents et .e peu de souci qu'eurent les évangélistes d'être exacts en pareille matière), sans nier que Jésus ait pu faire un voyage auprès de Jean au temps où il n'avait pas encore de notoriét^, nous adoptons la donnée fournie par le quatrième Évangile (ni 22 et suiv.), à savoir que Jésus, avant de se mettre à baptiser fcomme Jean, avait une école formée. Les premières pages du quatrième Évangile sont des notes disparates mises bout à bout. L'ordre chronologique rigoureux qu'elles affectent vient du goût do l'auteur pour une apparente précision. Voir ci-dessus, Introd., p. lxvih.
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beraicôup d'idées communes; ils s'aimèrent et luttèient devant le public de prévenances réciproques. Un tel fait burprend au premier coup d'œil dans Jean- Baptiste, et on est porté à le révoquer en doute. L'humilité n'a jamais été le trait des fortes âmes juives. Il semble qu'un caractère aussi roide, une sorte de Lamennais toujours irrité, devait être fort colère et ne souffrir ni rivalité ni démi-adhésion. Mais cette manière de concevoir les choses repose sur une fausse conception de la personne de Jean. On se le représente comme un homme d'âge mûr; il était , au contraire , du même âge que Jésus ^ , et très-jeune selon les idées du temps*. Il fut, dans ^ l'ordre de l'esprit, le frère et non le père de Jésus. Les deux jeunes enthousiastes, pleins des mêmes espérances et des mêmes haines, ont pu faire cause commune et s'appuyer réciproquement. Certes , un vieux maître, voyant un homme sans célébrité venir vers lui et garder à son égard des allures d'indépendance , se fut révolté ; on n'a guère d'exemples d'un chef d'école accueillant avec empressement celui qui va lui succéder. Mais la jeunesse est capable de toutes les abnégations, et il est permis d'ad-
4 . Luc, I, bien que tous les détails du récit, notamment ce qui concerne la parenté de Jean avec Jp?us, soient légendaires. î. Comp. Jean, vin, 57.
mettre que Jean, ayant reconnu dans Jésus un esprit analogue au sien, l'accepta sans arrière-pensée personnelle. Ces bonnes relations devinrent ensuite le point de départ de tout un système développé par les évangélistes, et dont le but était de donner pour première base à la mission divine de Jésus l'attestation de Jeap.. Tel était le degré d'autorité conquis par le baptiste, qu'on ne croyait pouvoir trouver au monde un meilleur garant. Mais , loin que le baptiste ait abdiqué devant Jésus, Jésus, pendant tout le temps qu'il passa près de lui, le reconnut pour supérieur et ne développa son propre génie que timidement.
Il semble, en effet, que, malgré sa profonde originalité, Jésus, durant quelques semaines au moins, fut l'imitateur de Jean. Sa voie était encore obscure devant lui. A toutes les époques, d'ailleurs, Jésus céda beaucoup à l'opinion, et adopta bien des choses qui n'étaient pas dans sa direction, ou dont il se souciait assez peu, par l'unique raison qu'elles étaient populaires; seulement, ces accessoires ne nuisirent jamais à sa pensée principale et y furent toujours subordonnés. Le baptême avait été mis par Jean en très-grande faveur; Jésus se crut obligé de faire comme lui : il baptisa, et ses disciples baptisèrent aussi*. Sans doute ils accompagnaient cette cérémo-