‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 942 sur 1128 · Gai , 11,11 etsuiv · texte numérisé non relu

Gai , 11,11 etsuiv

ORIGINES DU CHRISTIAiMSME.

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respectable regardait comme ses titres de noblesse et les marques de sa supériorité. Ils parlèrent vivement à Pierre, qui fut fort effrayé. Cet homme, profondément bon et droit , voulait la paix avant tout ; il ne savait contrarier personne. Cela le rendait versatile, du moins en apparence; il se déconcertait facilement et ne savait pas trouver vite une réponse. Déjà, du vivant de Jésus, cette espèce de timidité, venant de gaucherie plutôt que de manque de cœur, l'avait induit en une faute qui lui coûta bien des larmes*. Sachant peu discuter, incapable de tenir tète à des gens insistants, dans les cas difficiles il se taisait et atermoyait. Une telle disposition de caractère lui fit encore cette fois commettre un grand acte de faiblesse. Placé entre deux classes de personnes dont il ne pouvait contenter Tune sans froisser Tautre,' il sMsola complètement et vécut à l'écart , refusant tout rapport avec les incirconcis. Cette manière d'agir blessa viv(?ment les gentils convertis. Ce qu'il y eut de bien plus grave encore, c'est que tous les circoncis l'imitèrent; Barnabe lui-même se laissa gagner à leur exemple et évita les chrétiens incirconcis.

4. Voir Vie de Jésus j p. 395-396. Comparez la légende /)ow?i«e, quo vadis? mentionnée pour la première fois d'une manière certaine par saint Ambroise, mais qui paraît bien plus ancienne. Cf. Origène, Comnent, in Joh., tomus XX, § 12, édit. de La Rue.

[An5i] SAINT PAUL. 207

* La colère de Paul fut extrême. Qu'on se rappelle la portée rituelle du repas en commun ; refuser de manger avec une fraction de la communauté, c'était l'excommunier. Paul éclata en reproches *, traita cette conduite d'hypocrisie, accusa Pierre et ses imitateurs de fausser la droite ligne de l'Evangile. L'Eglise devait s'assembler peu après; les deux apôtres s'y rencontrèrent. En face, et devant toute l'assemblée, Paul apostropha violemment Pierre, et lui reprocha son inconséquence. « Quoi! lui dit-il, toi qui es Juif, tu ne vis pas en Juif; dans la pratique, tu te comportes en vrai païen, et tu veux nous forcer à judaïser!... » Alors, il développa sa théorie favorite du salut s' opérant par Jésus et non par la Loi, de l'abrogation de la Loi par Jésus. Il est probable que Pierre ne lui répondit pas. Au fond , il était de l'avis de Paul ; comme tous les hommes qui cherchent par d'innocents artifices à sortir d'une difficulté, il ne prétendait pas avoir eu raison ; il voulait seulement satisfaire les uns et ne pas aliéner les autres. De la

4. Gai., II, 11 et suiv. Cf. le KxfU7u.a HauXcu cité par l'anonyme auteur du De non iler. bapl., parmi les Observationes de Rigault, à la suite des Œuvres de saint Cyprien, p. 139.

2. Comp. Gai., vi, 13. Dans la pensée de saint Paul, personne n'est capable d'observer toute la Loi ; même ceux qui y sont le plus strictement attachés y manquent.

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sorte on ne réussit d'ordinaire qu'à indisposer tout

le monde.

L'éloignement des envoyés de Jacques mit seul une fin au dissentiment. Après leur départ , le bon Pierre recommença sans doute à manger avec les gentils comme auparavant. Ces alternatives singulières de violence et de fraternité sont un des traits du caractère juif. Les critiques modernes qui concluent de certains passages de Vtjplive aux Galates ' que la rupture de Pierre et de Paul fut absolue se mettent en contradiction, non -seulement avec les Actes, mais avec d'autres passages de l'Épître aux Galates*. Les hommes ardents passent leur vie à se disputer entre eux sans jamais se brouiller. 11 ne faut pas juger ces caractères d'après la manière dont les choses arrivent de notre temps entre gens bien élevés et susceptibles sur le point d'honneur. Ce dernier mot, en particulier, n'a jamais guère eu de sens

pour les juifs.

Il semble bien toutefois que la rupture d'Antioche laissa des traces profondes. La grande Église des bords de l'Oronte se divisa, s'il est permis de s'exprimer ainsi, en deux paroisses, d'une part, celle des circoncis, de l'autre, celle des incirconcis. La sépa-

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