Jos., Ant.. Xll, m, 4; XIV, x, 20; AcL, ii, 10; Cic, Pro
362 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 56]
La prédication de Paul et de ses disciples atteignit-elle la grande Phrygie, la région d'iEzanes, de Synnades, de Cotiée, de Do.cimie? Nous avons vu que, dans ses deux premiers voyages, Paul prêcha dans la Phrygie Parorée; que, dans le second, voyage, il traversa sans prêcher la Phrygie Épictète; " que, dans son troisième voyage, il traversa Apamée Kibôtos et la Phrygie dite plus tard Pacatienne. Il est infmiment probable que le reste de la Phrygie, ainsi que la Bithynie, dut aux disciples de Paul les semences du christianisme. Vers l'an 112 ', le christianisme paraît en Bithynie un culte enraciné, qui a pénétré tous les rangs de la société, qui a envahi les bourgs et les campagnes aussi bien que les villes , et amené une longue cessation du culte officiel, si bien que l'autorité romaine en est réduite à se réjouir de voir les sacrifices reprendre, quelques fidèles revenir aux temples et les victimes trouver par-ci par-là des acheteurs. Vers l'an 112, des gens, interrogés s'ils sont chrétiens , répondent qu'ils l'ont
Flacco, 28; Wagener, dans la Revue de Vinstr. publ. en Belg., 4868, p. 3, 4, U.
\ . C'est la date que les dernières découvertes épigraphiques assignent à la lettre de Pline à Trajan sur les chrétiens. Noël Desvergers, dans les Comptes rendus de V Académie des inscriptions, 1866, p. 83-84; Mommsen, dans l'Hermès AW, 59, 96-98 (Berlin, 1868).
été, mais qu'ils ont cessé de Fêtre « depuis plus de vingt ans ^ ». Certainement, cela suppose que la première prédication chrétienne avait eu l[eu de ce côté
du vivant de Paul.
La Phrygie fut dès lors et resta trois cents ans le pays essentiellement chrétien. Là commença la profession pubhque du christianisme; là se trouve, dès le iif siècle, sur des monuments exposés à tous les regards, le mot xpH2:tiaN02 ou XPI2TIAN02^ là les formules tumulaires , avant de s'avouer nettement chrétiennes, renferment l'expression voilée de dogmes chrétiens ^ là, dès le temps de Septime Sévère, de grandes villes adoptent sur leurs monnaies des symboles bibliques, ou, pour mieux dire, conforment leurs vieilles traditions aux récits bibliques*.
h. Pline, EpisL. X, 97. Comp. I Pétri, i, 1.
2 Corpus inscr. gr., n- 3857 g. p, 3865 / (cf. 2883 rf ) ; Le Bas, Inscr,. lïl , n»^ 727, 783, 785 , et les notes de Waddmgton ; Perrot, Expl. de la Gai., p. 126.
3. Corpus inscr, gr., no« 3872 6, c. 3890, 3902, 3902 f,n,o, r. 3962 b 3963, 3980; Le Bas et Waddington, Inscr., III, n- 1654, 1703, 1899; cf. Muratori , Inscr., 1949, 3. Je crois toutes ces inscriptions chrétiennes. Notez n» 3865 i du Corpus, où l'on sent également un effort pour éviter les formules païennes. Comparez comme contraste , en Pisidie , les inscriptions n« 4380 r, s, t.
4. Médailles d' Apamée Kibôtos. Eckhel, III, 132-139; Madden, d^ns Numisfnatic chronicle, nouv. série, vol. VI, p. 173 et suiv. Sur une particularité analogue, mais douteuse, des monnaies de la
Un grand nombre des chrétiens d'Éphèse, de Rome venaient de Piirygie. Les noms qui se montrent le plus souvent sur lès monuments de la Phrygie sont les vieux noms chrétiens, les noms spéciaux de l'âge apostolique, ceux qui remplissent les martyrologes'. II est bien probable que cette prompte adoption de la doctrine de Jésus tenait à la race et aux institutions religieuses antérieures du peuple phrygien*.
ville de Mxonie, voir De Wilte et Ch. Lenormant, dans les Mélanges d-archéol. des PP. Martin et Cahier, t. III, p. m et suiv.- 96 et suiv. Iconium adopla de mên,e le n,ythe d'Hénoch. V o,r Ét.enne ,1e Byz.. au mot t«W; Cl.. Muller, Fragnv. ''"';^»'"' "'' ^-^: ,V, 538 et suiv. Cf. Carm. sibylL, I, 861 et suiv.; Hérodote, II, -, Moise de Khorène (?), Géogr., p. 349 (t. II des Même. Sa.n - Martin). Le grand marais de Lycaonie avait insp.re des mythe» diluviens. Ovide, Met., VIII, 696 et suiv.
4 . Trophime, ïvchique,Tryphène,Télesphore, Papias, Ones.me, .^bascance, etc. Ces noms sont, du reste, communs à toute 1 Asie occidentale. Corpus inscr. gr., 2788, 3664, 3747 n, 3857 c, k,r, l u, 3865 i, 3953 /., 4224 c. 4Î27, 4240 c, 4388 (cf. Garrucci, Diss., II, p. ^83);Pe^ro.,i:xp^rf.to««^<P•;";J^«•'^;fner Inscr. d'Asie Min., p. 19; Le Bas, Inscr.. III, 22, 3.1, 3o8, 364 (nonobstant la correction) , 667, 718, 737, 741, "9.781/84, 792, 804-, 805, 807, 808, 815, 818, 819, 821, 822, 1104, 1671, 1690 1774; Waddington, Voy. mm., p. 55, 134. Pour le nom de Grapté {Pasteur d'Herm., vis. ii, 4). comp. Corp. t. g., 385, q; Le Bas, III, 782, 1567 (voir cependant Jos., B. J., IV, ix, 11; Orelli, 4610); Pape, IFa?rt., s. h. v.
2. Notez surtout e.». H!»t<j (Le Bas, III, n« 708; Wagener, p. 39-40). Comp. Miss, de Phén , p. 234 et suiv.
[An 5C] SAINT PADL. 305
Apollonius de Tyane eut , dit-on , des temples chez ces populations naïves ; l'idée de dieux revêtus de forme humaine leur paraissait toute naturelle. Ce qui nous reste de la vieille Phrygie respire souvent quelque chose de religieux, de moral, de profond, d'analogue au christianisme '. De bons ouvriers, près de Cotiée, font un vœu « aux dieux saints et justes '■ » ; non loin de là, un autre vœu est adressé « au Dieu saint et juste ' ». Telle épitaphe en vers de cette province, morceau peu classique, incorrect et mou de forme, semble empreinte d'un sentiment tout moderne, d'une sorte de romantisme touchant*. Le pays lui-même diffère beaucoup du reste de l'Asie. Il est triste, austère, sombre, portant l'empreinte profonde de vieilles catastrophes géologiques, brûlé ou plutôt incinéré, et agité par des tremblements de
terre fréquents'.
Le Pont et la Cappadoce entendirent vers le même