Dan., xr
circonstances du temps. L'épouvantable tragédie que Rome jouait en ce moment à la face du monde ne pouvait manquer d'exalter beaucoup les imaginations. Galigula, l'anti-dieu, le premier empereur qui voulut être adoré de son vivant, inspira probablement à Paul cette circonstance que ledit personnage s'élèverait au-dessus de tous les prétendus dieux, de toutes les idoles, et s'assoirait dans le temple de Jérusalem, cherchant à se faire passer pour Dieu luimême ^ L'Antéchrist est ainsi conçu, en l'an oli, comme un continuateur de la folie sacrilège de Galigula. La réalité ne donnera que trop d'ouvertures pour expliquer de tels présages. Peu de mois après que Paul écrivait cette page étrange, Néron arrivait à l'empire. C'est en lui que plus tard la conscience chrétienne verra le monstre précurseur de la venue du Christ. Quelle est cette cause ou plutôt quel est ce personnage qui seul, en l'an 54, empêchait encore, selon saint Paul, les temps de l'Antéchrist d'arriver? C'est ce qui reste obscur. Il s'agit ici peut-être d'un secret mystérieux, non étranger à la poHtique, dont les fidèles parlaient entre eux, mais dont ils n'écrivaient pas, de peur de
1. Voir les Apôtres, p. 193 et suiv.; Pliilon, Legalio ad €aium, § 23 et suiv.; Jos., Ant., XVllI, viii.
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se compromotlre ^ Une Ictlre saisie aurait sulTi pour amener d'atroces persécutions. Ici, comme sur d'autres points, l'habitude qu'avaient les premiers chrétiens de ne pas écrire certaines choses nous crée d'irrémédiables obscurités. On a supposé que le personnage en question est l'empereur Claude, et l'on a vu dans l'expression de Paul un jeu de mots sur son nom [Claudius = riui claudit = ô /.xtI/wv). A la date où cette lettre fut écrite, en elTet, la mort du pauvre Claude, circonvenu de lacs mortels par la scélérate Agrippine, pouvait sembler n'être qu'une question de temps; tout le monde s'y attendait; l'empereur lui-même en parlait ;' de sombres pressentiments s'élevaient de toutes parts ; des prodiges naturels, comme ceux qui, quatorze ans plus tard , frappèrent si fort l'auteur de l'Apocalypse, obsédaient l'imagination populaire. On parlait avec efTroi de fœtus monstrueux , d'une truie qui avait mis bas un petit à ongles d'épervier ^ ; tout cela faisait trembler pour l'avenir. Les chrétiens participaient comme gens du peuple à ces terreurs ; les pronostics et la crainte superstitieuse des fléaux naturels étaient
\. L'Apocalypse est pleine de précautions semblables. 2. Tacite, J?m., XII, 64, Suétone, Claude, 43 et suiv.; Dion Cassius, LX, 34-33.
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des causes essentielles des croyances apocalyptiques ^
Ce qui est clair, ce qui éclate encore pour nous dans ces inappréciables documents, ce qui explique le succès inouï de la propagande chrétienne , c'est l'esprit de dévouement, de haute moralité qui régnait dans ces petites Églises. On peut se les représenter comme des réunions de frères moraves ou de piétistes protestants adonnés à la plus haute dévotion, ou bien comme une sorte de tiers ordre et de congrégation catholique. La prière, le nom de Jésus étaient toujours sur les lèvres des fidèles '. Avant chaque action, avant le repas par exemple, ils prononçaient une bénédiction ou courte action de grâces ^ On regardait comme une injure faite à l'Eglise de porter les procès devant les juges civils*. La persuasion d'un prochain anéantissement du monde enlevait au ferment révolutionnaire qui travaillait dans toutes les têtes une grande partie de son âcreté. La
1. Comparez l'Apocr.Iypse etVirg., Georg., It, 4G4 et siiiv.; rapprochez les Similitudes du livre d'Hénoch, le IV'' livre d'Esdras, le livre IV des Vers sibyllins, des phénomènes de l'éruption du Vésuve.