‹ Histoire des origines du ChristianismeChapitre 290 sur 427 · Ad., XVIII, 24-28 ; I Cor., m, o et suiv · texte numérisé non relu

Ad., XVIII, 24-28 ; I Cor., m, o et suiv

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eussent embrassé la doctrine de Jésus. Mais ils venaient d'écoles dilTérentes. Paul sortait du pharisaïsme hiérosolymitain , corrigé par les tendances libérales de Gamaliel. Apollos venait de l'école judéo-hellénique d'Alexandrie , telle que nous la connaissons par Philon ; peut-être enseignait-il déjà les théories du logos, et fut-il l'introducteur de ces théories dans la théologie chrétienne. Paul avait l'espèce d'ardeur fiévreuse, le fanatisme intense qui caractérise le juif de Palestine. Les natures comme celle de Paul ne changent qu'une fois en leur vie; la direction de leur fanatisme une fois trouvée, elles vont devant elles sans dévier jamais ni rien examiner. Apollos, plus curieux et plus chercheur, était susceptible de chercher toujours. C'était un homme de talent plutôt qu'un apôtre. Mais tout porte à croire qu'il joignait à ce talent une grande sincérité, et qu'il fut une personne très- attachante. A l'époque de son arrivée à Corinthe, il n'avait pas encore vu saint Paul ^ C'est seulement par Aquila et Priscille qu'il connaissait l'apôtre, dont bientôt, sans le vouloir, il allait être le rival.

Chez ces populations légères, brillantes, superficielles des bords de la Méditerranée, les fa/itions,

^. AcL, XIX, 1.

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les partis, les divisions sont un besoin social. La vie sans cela paraît ennuyeuse. Pour se procurer la satisfaction de haïr et d'aimer, d'être excité, jaloux, triomphant à son heure , on se bute souvent sur les choses les plus puériles. L'objet de la division est insignifiant; c'est la division qu'on veut et qu'on cherche pour elle-même. Les questions de personnes deviennent, dans ces sortes de sociétés, des questions capitales. Que deux prédicateurs ou deux médecins se rencontrent dans une petite ville du Midi, la ville se divise en deux partis sur les mérites de chacun d'eux. Les deux prédicateurs, les deux médecins, ont beau être amis; ils n'empêcheront pas leurs noms de devenir le signal de luttes vives, la bannière de deux camps ennemis.

Il en fut ainsi à Corinthe ^ Le talent d'Apollos tourna toutes les têtes. C'était une manière absolument différente de celle de Paul. Celui-ci enlevait par sa force, sa passion, l'impression vive de son âme ardente; Apollos, par sa parole élégante, correcte, sûre d'elle-même. Quelques personnes peu affectionnées à Paul, et qui peut-être ne lui devaient

1. I Cor., I, 10 et suiv.; m, 3 et suiv,; II Cor., xii, 20. L'Église de Corinthe garda longtemps les mêmes défauts. Voir la première cpîlre de Clément Romain aux Corinthiens, ch. 2, .3, 14, 46, 47, 54.

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pas leur conversion, préférèrent hautennent Apollos. Elles traitèrent Paul d'homme grossier, sans éducation, étranger à la philosophie et aux belles-lettres *. Apollos fut leur docteur; elles ne jurèrent que par Apollos ^ Les fidèles de Paul, sans doute, répliquèrent chaleureusement, et rabaissèrent le nouveau docteur. Quoique Paul et Apollos ne fussent nullement ennemis , qu'ils s'envisageassent comme collaborateurs et qu'il n'y eût entre eux aucune différence d'opinion % leurs noms devinrent ainsi les enseignes de deux partis, qui échangèrent, malgré les deux docteurs*, d'assez grandes vivacités. L'aigreur persista, même après le départ d' Apollos. Celui-ci , en effet , fatigué peut-être du zèle qu'on déployait pour lui, et se mettant au-dessus de toutes ces petitesses, quitta Corinthe et revint à Ephèse. Il y trouva Paul, avec lequel il eut de longs entretiens ^ et noua des relations, qui, sans être celles du disciple ou de l'ami intime % furent de deux grandes âmes, dignes de se comprendre et de s'aimer.

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