INTRODUCTION. IX
des idées gnostiques qui prévalurent au ii^ siècle. On peut môme dire, en un sens, que ces idées étaient antérieures au christianisme, et que le christianisme naissant y fit plus d'un emprunt. En somme, l'épître aux Colossiens , quoique pleine de singularités , ne renferme aucune de ces impossibilités qu'offrent les épîtres à Tite et à Timothée ; elle présente même beaucoup de traits qui repoussent l'hypothèse d'un faux. De ce nombre est sûrement sa connexité avec le billet à Philémon. Si l'épître est apocryphe, le billet est apocryphe aussi; or, peu de pages ont un accent de sincérité aussi prononcé; Paul seul, autant qu'il semble, a pu écrire ce petit chef-d'œuvre. Les épîtres apocryphes du Nouveau Testament , par exemple celles à Tite et à Timothée, sont gauches et lourdes ; l'épître à Philémon ne ressemble en rien à ces pastiches fastidieux.
Enfin, nous verrons bientôt que l'épître dite aux Ephésiens est en partie copiée de l'épître aux Colossiens ; ce qui semble supposer que le rédacteur de l'épître dite aux Ephésiens tenait bien l'épître aux Colossiens pour un original apostolique. Notons aussi que IMarcion , qui fut en général si bien inspiré dans la critique des écrits de Paul , Marcion , qui repoussait avec tant de justesse les épîtres à Tite et à Timothée, admettait sans objection dans son
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recueil les deux épîtres dont nous venons de parler*. Infiniment plus fortes sont les objections qu'on peut élever contre l'épître dite aux Éphésiens. Et d'abord, notons que cette désignation n'est rien moins que certaine. L'épître n'a absolument aucun cachet de circonstance ; elle ne s'adresse à personne en particulier ; les destinataires occupent dans la pensée de Paul moins de place que ses autres correspondants du moments Est-il admissible que saint Paul ait écrit à une Église avec laquelle il avait eu des rapports si intimes, sans saluer personne, sans porter aux fidèles les salutations des frères qu'ils connaissaient, et en particulier de ïimothée, sans adresser à ses disciples quelque conseil, sans leur parler de relations antérieures, sans que le morceau présente aucun de ces traits particuliers cpi forment le caractère d'authenticité des autres épîtres? Le morceau est adressé à des païens convertis' ; or, l'Église d'Éphèse était en grande partie judéo-chrétienne. Quand on songe avec quel empressement Paul, dans toutes ses épîtres, saisit et fait naître les prétextes pour parler de son ministère et de sa prédication, on éprouve
i. Épiphane, liaer. xlii, 9.
2. Remarquez le y.oà ûu.6î; (Eph., vi, 21), en le rapprochant d? Col., IV, 7.
3. Eph., I, •î^-14; II, l'I et suiv. ; in, 1 etsuiv.; rv, 17.
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une vive surprise en le voyant, dans tout le cou; s d'une lettre adressée à ces mêmes Éphésiens, « qa • durant trois ans il n'a cessé d'exhorter jour et nuit avec larmes, » perdre toutes les occasions qui se présentent à lui de leur rappeler son séjour parmi eux, en le voyant, dis-je, se renfermer obstinément dans la pliilosophie abstraite, ou, ce qui est plus singulier, dans des formules émoussées pouvant convenir à la première Église venue \ Combien il en est autrement dans les épîtres aux Corinthiens, aux Galates, aux Philippiens, aux Thessaloniciens, même dans l'épîlre à ces Ccflossiens que pourtant l'apôtre ne connaissait qu'indirectement ! L'épîlre aux Romains est la seule qui à cet égard ressemble un peu à la nôtre. Comme la nôtre, l'épîtreaux Romains est un exposé doctrinal complet, tandis que, dans les épîtres adressées à des lecteurs qui ont reçu de lui l'Evangile, Paul suppose toujours connues les bases de son enseignement, et se conteiite d'insister sur quelque point qui a de i'à-propos. Comment se fait-il que les deux seules lettres impersonnelles de Paul soient, d'une part, une épître adressée à une Eglise qu'il n'avait jamais
i. Eph., I, i3, 15; II, H et suiv.; m, 1-13; iv, 20, etc. Notez surtout les passages m, 2; iv, 21, lesquels supposent que, parmi les gens à qui Paul s'adresse, il oeut s'en trouver qu'il ne connaisse pas.
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vue *, et de l'autre, une épître adressée à l'Eglise avec laquelle il avait eu les rapports les plus longs et les plus suivis?
La lecture de l'épître dite aux Éphésiens suffirait donc pour faire soupçonner que le morceau en question n'a pas été adressé à l'Église d'Ephèse. Le té° moignagé des manuscrits transforme ces soupçons en certitude. Les mots èv 'Ecpscrw, dans le premier verset, ont été introduits vers la fin du iv^ siècle. Le manuscrit du Vatican et le Codex Sinaiticus^ tous deux du IV* siècle, et dont l'autorité, au moins quand ils sont d'accord, l'emporte sur celle de tous les autres manuscrits ensemble, n'offrent pas ces mots. Un manuscrit de Vienne, celui qu'on désigne dans les collations des épîtres de Paul par le chiffre 67, du xi® ou du xii^ siècle, les présente biffés. Saint Basile nous atteste que les anciens manuscrits qu'il a pu consulter n'avaient pas ces mots'. Enfin des témoignages du iii^ siècle prouvent qu'à cette époque l'existence desdits mots au premier verset était in°
4. Si l'épître aux Romains a été circulaire (voir ci-dessous, p. Lxxii et suiv.), le raisonnement que nous faisons en ce moment n'en est que plus fort.
2. Contre EunO?)liuSj II, 49. Oûru xal d 77^0 ^aûv ■ûCHOc/.^iSây.xm y.yX r,ii.ili èv tcÏî TTOcXaioï? twv àvri-yaoccpcov EÛpwafASv. Ce traité a été tCrA
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