‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 6 sur 125 · PARIS DOCKS DE LA LIBRAIRIE · texte numérisé non relu

PARIS DOCKS DE LA LIBRAIRIE

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La sagesse des nations a fait disparaître lo fanatisme aveugle; la raison, la tolérance, ont remplacé les passions religieuses qui poussaient les hommes aux attentats les plus horribles, et les faisaient ressembler à des tigres altérés de sang plutôt qu'à des êtres humains.

L'orgueil des papes, leur insatiable ambition, avaient trouvé dans les rois absolus des auxiliaires puissants, souvent dociles, pour imposer aux peuples leurs exécrables volontés , soumettre les faibles , agrandir leurs États , et monter enfin à un si haut degré d'audace qu'ils s'appelaient les représentants de Dieu sur la terre, qu'ils s'arrogeaient le droit de donner les royaumes , de déposer les princes , de partager le monde.

Les ténèbres de l'ignorance obscurcissaient alors les esprits ; les peuples, abrutis dans un affreux esclavage , se déchiraient entre eux comme des bêtes fauves, pour plairo à leurs tyrans et servir leurs passions di'ri'-li'M's. Sii'eles de malheurs, de massacres, d'inceniJii's, Ju fuuuics !

Abusant de la crédulité des peuples, les rois renversaient les empires par des guerres insensées, cl faisaient un désert des villes, des campagnes.

Les papes, monstres plus lâches, plus farouches que ceux de l'antique Rome et de Byzance, assis sur la chaire pontificale, ceints d'un triple diadème d'orgueil, d'hypocrisie, de faualisiuc. (■iiti)ur('s d'.is- ■ sassins, d'empoisonneurs, de enuilisims, seliviairut à toutes les débauches et insullau'iiL aux malheurs publics.

Mais les ténèbres se sont dissipées; les meurtres, les assassinats, la misère, la dévastation, ont fail surgir des vérités; vérités terribles, éternelles, que la polili(|ue des rois avait ensevelies sous les décombres des empires.

L'histoire! grande et magnifique leçon! elle parcourt les siècles passés, où la barbarie impitoyable

des prêtres, aidée de l'ignorance des hommes,"bouleversait le monde ; oij les habitants des campagnes, nus, déchirés, faisaient horreur aux brigands mêmes, qui n'avaient plus rien à piller que les cadavres gisants sur la terre. Elle rappelle les époques de désastres , de confusion, de solitude , oîi les moindres métairies étaient fortifiées par les Anglais, Français, Romains, misérables à la solde des rois et des nobles acharnés sur leur proie : tous étaient d'accord pour piller le laboureur, massacrer les peuples, et, chose étonnante, horrible, les animaux mêmes, accoutumés au tocsin, signal de l'arrivée des soldats, couraient sans conducteurs à leurs repaires.

Les nations apprendront à juger les empereurs et les rois, despotes inflexibles, inexorables, poussant des millions d'hommes h. des guerres cruelles pour soutenir les prétentions les plus injustes, augmenter le nombre de leurs esclaves, accroître leurs richesses, satisfaire le luxe eilréné des courtisans , assouvir l'avidité de leurs maîtresses, pour occuper enfin leur esprit inquiet, sou|içoiineux, dévoré d'ennui.

Les peuples connaîtront les grandes vérités de l'histoire; ils apprendront par quelle audace impie, par quels pactes sacrilèges les papes et les rois ont été les causes les plus graves des malheurs de l'Europe, pendant deux mille ans de tyrannie et de fanatisme.

Sous le règne de Tibère parut un homme, fils de Miriam, appelé le Christ : les nations étaient plongées dans l'ignorance; la loi de Moïse était obscurcie par les traditions humaines; les mœurs des Israélites et celles des autres peuples étaient dans un égal degré de corruption.

Cet homme, tout extraordinaire , ne se contenta pas de gémir sur le sort du genre humain; il prêcha, il dogmatisa, il enseigna une morale sévère, opposée aux maximes corrompues du siècle.

Ses disciples, pauvres, choisis dan-- les denn'-i'es

classes, enseignèrent aux hommes ce qu'ils avaient appris de ce maître : de sages préceptes, une morale sainte et rigide, une doctrine mystérieuse, des dogmes incompréhensibles.

Les disciples du Christ n'employèrent pas la force pour faire recevoir leurs préceptes : au contraire, ils lurent persécutés de toutes manières, et leurs prédications, soutenues de bons exemples, firent les j)rogrès les plus rapides.

On persécuta l'Homme-Dieu, on le poursuivit avec une fureur égale au zèle qu'il témoignait contre le vice, et il termina sa mission divine par un supplice infâme.

Les premiers chrétiens se distinguaient par le nom de frères, de saints, de fidèles; ils étaient hum- J'ies, obscurs, pauvres, travaillant de leurs mains pour subsister.

Ils se répandirent secrètement en Grèce ; quelquesuns allèrent à Rome, mêlés parmi les juifs, à qui les Romains avaient permis l'exercice de leur culte dans une synagogue.

Ce fut vers l'an 60 de notre ère que les chrétiens commencèrent à se séparer de la communion juive: ils s'attirèrent de violentes querelles de la part des synagogues répandues à Rome, en Grèce, dans l'Egypte et dans l'Asie ; ils furent accusés d'athéisme par leurs frères juifs, qui les excommuniaient trois fois le jour du sabbat.

Plusieurs églises se formèrent , et la séparation devint entière entre les Israélites et les chrétiens. Les Romains avaient pour les deux religions un mépris égal; ce peuple, le plus tolérant de la terre, souffrit leurs extravagances tant qu'elles n'attaquèrent pas l'ordre établi par les lois; mais, quand ces obscurs sectaires devinrent persécuteurs, quand ils crachèrent sur les images de leurs dieux, quand ils brisèrent leurs, statues, alors le préfet de Rome les abandonna à la hache des licteurs. ■

Dans le premier siècle, les apôtres et leurs successeurs se cachaient dans les catacombes de Rome, errant dans les villages, dans les cavernes; les papes n'avaient pas encore de trône épiscopal, ils ne marchaient pas sur la tète des rois, ils n'ébranlaient pas encore les empires.

Les aumônes des néopiiytes rendirent la place des évèques des grandes villes très-lucrative ; leur crédit s'étendit en raison de leurs richesses; leur insolence, leur audace, s'accrurent dans la même proportion, et leur pouvoir redoutable plana sur la déception des peuples.

Lorsque les églises reçurent une forme, on distingua cinq ordres : les surveillants des âmes , qui Liaient les évêques; les anciens de la société, qui étaient les prêtres ; les servants ou diacres ; les croyants ou initiés , qui avaient part aux soupers des agapes; les catéchumènes, qui attendaient le baptême : tous avaient des habits comme le reste des hommes, aucun parmi les évêques et lesprêtresn'était contraint à garder le célibat.

Devenant plus nombreux, ils s'élevèrent contre le culte de l'empire romain, et forcèrent les magistrats à sévir contre une secte qui troublait l'ordre public ; on ne persécuta point les juifs, qui étaient séparés

des Nazaréens, et qui se renfermaient dans leurs synagogues : on permettait l'exercice de leur religion comme celui de tous les autres cultes.

Mais les chrétiens se déclarant ennemis de toutes les religions, et surtout de celle de l'empire, fuient plusieurs fois punis par les lois; de là cette foule de martyrs dont les prêtres de Rome ont rempli leurs légendes.

Les historiens affirment qu'il est mort peu de chrétiens comme martyrs ; on ne persécuta personne pour les croyances religieuses, mais pour des faits réprouvés par toutes les lois.

Les conciles même étaient tolérés ; on en compte cinq dans le premier siècle, seize dans le second, trente dans le troisième. Les empereurs virent avec mépris, quelquefois avec indignation, les progrès de cette nouvelle religion qui élevait son culte sur les ruines des dieux de l'empire.

Dioclétien, qui passe pour un persécuteur, fut pendant dix-huit ans le protecteur déclaré des chrétiens; ils occupaient des places importantes auprès j de sa personne ; il épousa même une chrétienne, et souffrit que dans Nicomédie, sa résidence, on élevât I une église en face de son palais.

Galérius convainquit Dioclétien que cette secte qu'il protégeait était enivrée de fanatisme.

L'empereur rendit alors un édit pour la destruction de la basilique de Nicomédie ; un fanatique mit en pièces l'édit de Dioclétien : on informa, on trouva les preuves d'une sourde conspiration qui s'étendait d'une extrémité de l'empire à l'autre : Antioche, Jérusalem, Césarée, Alexandrie, étaient remplies de ces intolérants novateurs; le foyer de cet embrasement était dans l'Italie, à Rome, en Afrique et dans l'Asie Mineure : plus de deux cents de ces perturbateurs'furent condamnés à mort.

Nous touchons à l'époque où Constantin plaça le christianisme sur le trône ; dès lors on vit les chrétiens, animés d'un zèle furieux, se persécuter sans miséricorde, soulever les quereDes les plus extravagantes, contraindre par le fer et la flamme les païens à embrasser le christianisme.

Constance Chlore avait une concubine qui était chrétienne, mère de Constantin, et connue sous le nom.de sainte Hélène. César Constance Chlore mourut à York, en Angleterre, dans un temps où les enfants qu'il avait de la fille de Maximilien Hercule, sa femme légitime, ne pouvaient prétendre à l'empire; Constantin, fils de la concubine, se fit élire empereur par cinq à six mille soldats allemands, gaulois et anglais.

Cette élection, faite par des soldats sans le consentement du sénat et du peuple romain, fut consacrée par sa victoire sur Maxence, élu empereur à Rome, et Constantin monta sur un trône souillé de meurtres. Parricide exécrable, il fit égorger les deux Licinius, mari et fils de sa sœur; il n'épargna même pas ses propres enfants; et l'on étouffa, par son ordre, dans un ijain, l'impératrice Fausta, femme de ce monstre. H consulta ensuite les pontifes de l'empire, afin de connaître quels sacrifices il pourrait offrir aux dieux pour expier ses crimes. Les sacrifi ■ cateurs refusèrent ses offrandes, et il fut repousse avec horreur ijs.r l'hiérophante, dont la voix criait :

[STOIUE DES PAPES

« Loin d'ici les parricides, à (jui les dieux ne jiur- « donnent jamais. »

Alors un prêtre lui promit le pardon de ses crimes en se purifiant dans les eaux du Laptèine, el l'empereur se fit chrétien. Il quitta aussitôt Rome et vint fonder sa nouvelle capitale de Gonstanlinople. Sous son règne, les ministres de la religion clii'étienne commencent à montrer leur ambition, qu'ils avaient su cacher pendant trois siècles ; assurés de l'impunité, ils jettent la femme de ÎNIaxence dans l'Oronte, égorgent ses parents, massacrent des magistrats en Egypte, en Palestine, mettent au pillage leurs palais, arrachent de leur retraite la veuve et la fille de Dioclétien et les précipitent dans la mer.

Constantin assemble le concile de Nicée, exile

Arius, le rappelle, bannit Athanase, et meurt entre

les bras d'Eusèbe, chef des ariens, ne s'ëtant fait

baptiser qu'au lit de mort, afin d'échapper aux tour-

, ments de l'enfer.

Constance, fds et successeur de Constantin, imita toutes ses barbaries; il assembla comme lui des conciles qui se proscrivirent, s'anathématisèrent. Athanase soutint son parti en Europe et en Asie par la ruse et les violences : Itis ariens l'accablèrent; les exils, les prisons, les tumultes, les assassinats, signalèrent la fin du règne abominable de Constance. Jovien et Valentinien donnèrent tous deux la liberté entière de conscience; les partis s'en servirent pour exercer leurs haines et leur rage impitoyable les uns contre les autres.

Théodose se déclare pour le concile de Nicée ; l'impératrice Justine, qui régnait en Illyrie, en Afrique, comme tutiice de Valentinien, le proscrit.

Les Goths, les Vandales, les Bourguignons, les Francs, fondent sur les provinces de l'empire, y trouvent les opinions d'Arius établies, et les vainqueurs embrassent la religion des vaincus.

Le pape ^nastase calme par sa justice et sa tolérance les querelles religieuses qui divisaient les églises d'Orient et d'Occident; mais la haine des prêtres termina bientôt par un crime une vie qui eût '■té glorieuse pour la religion et chère à l'humanité ! Mahomet apparaît au septième siècle : habile imposteur, il fonde une religion nouvelle et le plus grand empire du monde. Banni de la Mecque, il rassemble des disciples, établit les fondements de sa théogonie, et, à la tète des hordes arabes, marche aux conquêtes les plus surprenantes.

Les chrétiens étaient divisés par des hérésies .grossières; les Perses faisaient une guerre terrible ii l'empire d'Orient; les juifs et les catholiques se poursuivaient d'une haine implacable ; tout était confusion dans l'Eglise et dans l'État.

Les évèques ne s'arrogeaient pas encore une juridiction temporelle; mais la faiblesse de l'empire d'Occident fit naître cette usurpation scandaleuse, qui a couvert l'Europe de bijchers, de désastres et 4e ruines.

Pépin, roi des Francs, se lie successivement avec les papes Zacharie et Etienne : pour couvrir aux yeux des peuples son usurpation de la couronne de France, ses crimes, ses rapines et le meurtre de son frère, il abandonne au saint-siége les domaines de la Romagne enlevés aux Lombards.

Etienne III, prêtre hypocrite, ne tarde pas à signaler son nouveau pouvoir par les excès de l'ambition la plus effrénée.

Sous Etienne VI, la fureur est au comlde; le

clergé se partage en factions, et le pape est élu au

milieu du carnage : le pontife, après sa victoire, fait

\ crever les yeux et arracher la langue à Constantin II,

son prédécesseur.

Charlemagne envahit la Lombardie, s'empare de l'héritage de ses neveux, dépouille son beau-père pour le punir d'avoir pris leur défense, le fait traîner à Lyon chargé de chaînes, et le condamne à terminer ses jours dans une prison.

Alors Léon III lui posa une couronne d'or sur la tête, un manteau de pourpre sur les épaules.

Mais les descendants de Charlemagne ne purent conserver à Rome l'influence que cet usurpateur avait acquise en accordant aux papes les terres qu'il avait enlevées aux Lombards.

Paschal I", par une audace criminelle, fit crever les yeux et trancher la tête, dans le palais patriarcal de Latran, à Théodore, priraicère de l'éghse romaine, et à Léon, son gendre, parce qu'ils étaient restés fidèles à Lothaire, A la mort du pape, le peuple s'oppose à ce qu'il soit inhumé, et veut traîner son cadavre dans les rues de Rome.

Eugène, son successeur, s'occupe à faire transporter, des sépulcres d'Italie, des ossements putréfiés, restes affreux de la nature humaine; il les envoie en France, en Angleterre, et les vendà prix d'or, comme relicpies, à l'Europe chrétienne et abusée.

Sergius, surnommé Groin de cochon, fait publiquement un trafic honteux des sacrements et de tou- \ tes les charges de l'Église.

Léon IV a l'impudence d'assurer aux évèques l'impunité des crimes les plus énormes.

Après la mort de Léon, une femme monte sur la chaire de saint Pierre, célébrant la messe, créant des évèques, donnant ses peds à baiser aux princes et au peuple : la papesse Jeanne de\ient enceinte des œuvres d'un cardinal, et meurt dans les douleurs de l'enfantement, au milieu d'une cérémonie religieuse.

Au neuvième siècle, les Grecs et les Latins se séparent; des disputes ridicules causent quinze siècles de meurtres, de carnages, de guerres affreuses, et vingt-neuf schismes sanglants vont souiller en Occident la chaire de Rome.

Les Aralies, les Turcs, asservissent l'église grecque et l'éghse d'Afrique, et viennent élever 1^ religion mahométane sur les débris du christianisme.

L'église romaine se maintient dans le trouble, la discorde, les ruines; pendant cette époque d'anarchie, les évèques, les abbés, en Allemagne, se font tous princes, et les papes arrivent à la domination absolue dans Rome.

Etienne VII, poussé par une rage impitoyable, ordonne de fouiller le sépulcre de Formose, en fait arracher le cadavre et, chose horrible ! le fait porter i dans un synode assemblé pour le dégrader. Alors ce corps affreux, couvert des habits pontificaux, est interrogé au miHeu des scandales, des clameurs forcenées : « Pourquoi, étant évêque de Porto, as-tu « usurpé par esprit d'ambition le siège universel de a Rome?..... » Ensuite le pape, poussé par une

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barbarie exécrable, le soufflette sur les deux joues, le fait dépouiller des habits sacerdotaux, ordonne de lui couper trois doigts, de lui trancher la tète , et de jeler le cadavre dans le Tilue.

Scrgius envahit la chaire pontificale; il mène publiquement une vie souillée de débauches avec la fameuse courtisane Marozie ; leur fils devient pape sous le nom de Jean XII, et les surpasse par ses crimes monstrueux; les cardinaux et les évêques l'accugèrent d'inceste avec sa mère, de viol des vierges sacrées, d'adultère, d'homicide, de profanation ■ et de blasphème.

Grégoire V fait couper les pieds, les mains, la langue et les oreilles à Jean et à Grescentius, et les fait promener ainsi mutilés dans les rues de Itoine,,

Benoît IX est élevé sur le saint-siége à l'âge de douze ans, par les intrigues et l'or du^ comte de Toscanelle; il se livre bientôt aux excès de la dépravation et aux débauches les plus honteuses. Les Romains, lassés de ses attentats, le chassent de Rome, et nomment un autre pape, Silvestre III. Benoît, avec le secours de ses parents, s'empare de nouveau du saint-siége; lujiis, se vdvaiil l'nbjet île l'exécration universelle, ri piN's.i-caiil une ( Inilr terrible, il vend le saint-sii'Ljc par une nilVunc siiuonii', et consacre un troisièuK^ pape, ihjhiiik'' .Iran \X.

Il se retire ensuite dans le palaw de son père, pour se hvrer aux voluptés les plus iiifàini's.

Après avoir fait ce trafic odieux, le désir de commander rentre dans son âme, et le jette pour la troi-

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sième fois dans celle chaire déshonorée ; seul contre '?s Romains qui l'avaient en horreur, seul contre les Jeux autres papes, opérant un triple schisme, -il fait proposer à ses adversaires de partager entre eux les revenus de l'Église.

Ces trois antipapes,' par un scandale affreux, divisent en trois portions le patrimoine des pauvres, exploitent la crédulité des peuples, et siègent avec audace, l'un à Saint-Pierre, l'autre à Sainte-Marie- Majeure, le troisième au palais de Latran.

Exécrable triumvirat ! ! !

Un prêtre rusé, avare et dissolu, achète des trois papes leurs titres infâmes à la papauté, et leur succède sous le nom de Grégoire VI.

Hildebrand, ce moine de Cluny, cet empoisonneur de papes, le plus fourbe des prêtres, usurpe le siège pontifical sous le nom de Grégoire VTI; il lance des anathèraes sur les rois, excite des guerres publiques, remplit l'Allemagne et l'Italie d'embrasements, de carnages, de meurtres ; il excommunie l'empereur d'Allemagne, lui enlève le titre de roi, délie les peuples du serment d'obéissance, soulève les princes, et le réduit enfin à une infortune tellrniriii ,■l^^l■|.u■^^■ que les facultés de son âme en sont alii':. ,<. ,\l'ii<, excès d'orgueil et de dégradation!!! Il' inivint tivmver le pape « au fort de l'hiver, à jeun, pieds nus, « en chemise, des ciseaux et un balai à la main ! ! f »

Adrien, fils d'un mendiant anglais, fait tenir l'étrier à l'empereur Barberousse; et pour joindre la barbarie à son triomphe, il exige que le fameux Arnaud de Brescia lui soit livré pour être brûlé vif, parce qu'il avait prêché contre le luxe des prêtres et les abominations des pontifes.

Alexandre pousse plus loin que ses prédécesseurs les outrages envers les rois ; l'empereur Frédéric, pour délivrer son fils Othon, prisonnier des Romains, fait supplier le pape de l'absoudre de l'excommunication. L'inflexible Alexandre ordonne que l'empereur viendra lui demander pardon, en présence de tout le peuple assemblé, sans manteau, sans couronne, une baguette de bedeau à la main, et qu'il se jettera la face contre terre.

Lorsqu'il fut étendu devant le portail de l'église, Alexandre lui posa le pied sur la gorge, le foula, en s'écriant : « Tu marcheras sur l'aspic et le basilir, « et tu écraseras le lion et le dragon. «

Célestin III donne un exemple effrayant d'une avarice insatiable ; Alexandre avait foulé à ses pieds Frédéric Barberousse, qui réclamait la liberté de son fils ; ce nouveau pape, pour de l'or, couronne l'empereur Henri IV, monstre exécrable, cpù renouvela le sacrilège impie d'Etienne VII, en faisant exhumer le cadavre de Tancrède pour lui faire trancher la tête par la main du bourreau ; fit crever les j'euxjiu jeune GuiUaume, fils de Tancrède, après l'avoir rendu eunuque ; condamna le comte Jourdan à un supplice horrible, l'ayant fait attacher nu sur une chaise de fer brûlant, et couronner d'un cercle de fer enflammé qu'on lui cloua sur la tête.

Innocent III fit prêcher des croisades contre les infidèles, grossit ses trésors des richesses des peuples, et traita avec Saladin pour qu'il ne rendît pas les lieux saints à l'empereur d'Allemagne.

Ce pape, fourbe, sacrilège, établit le tribunal mon-

strueux de l'inquisition, prêche ensuite une croisade contre les Albigeois, dépouille de ses États Raymond VI, comte de Toulouse ; envoie saint Dominique, muni des pouvoirs de persécuter par le fer, le feu, par des tourments inouïs, les malheureux Vaudois. Les croisés s'emparèrent de la ville de Béziers. L'aft'reux Dominique, le Christ d'une main, la torche de l'autre, excitait le carnage, et soixante mille cadavres furent ensevelis sous les ruines de la cité réduite en cendres.

Toulouse, Carcassonne, Albi, Castelnaudary, Narbonne, Saint-Gilles, Arles, Marseille, Aix, Avignon, furent dévastées par les armées du pape.

Raymond, conduit devant un légat, dépouillé jusqu'à la ceinture, pieds nus, fut battu de verges et traîné par une corde autour du tombeau d'un moine qui avait été massacré par le peuple.

Grégoire IX, pour soutenir son ambition et le luxe effréné de sa cour, lève des impôts en France, en Angleterre, en Allemagne, excommunie les rois, soulève les peuples, et se fait chasser de Rome par ses sujets.

l';iyiiiniiil VII, catholirpie, mais fils d'un hérétiqni'. I -I jioursuivi, dépouillé de ses Etats; le pape l'nvoii.' un légat en France pour soutenir cette guerre abominable du Languedoc et de la Provence ; Raymond se défend avec courage ; les peuples, fatigués de l'avidité insatiable de Grégoire IX, refusent de payer les impôts, repoussent les hordes catholiques et forcent le pape à conclure la paix.

Le pontife arrêté dans sa marche, condamne Raymond à payer dix mille marcs d'argent à son légat, deux mille à l'abbaye de Cîteaux, miUe à celle de Grand-Selve, trois cents à celle de Belle-Perche; le tout pour la rémission de ses péchés, comme 1^ teste le traité signé devant le portail de la ^ drale de Paris.

Innocent IV, au milieu de ses iiiiins, Ifeut uiA ^ action généreuse qui consoie l'humain t.' , il'-prend . défense des juifs d'Allemagne, que les princeUt'f prêtres catholiques persécutaient pour s'emparer de leurs dépouilles.

Dans ce siècle de liarbarie, le faux zèle de la religion servait de prétexte aux injustices les plus révoltantes ; on inventait des calomnies contnyJes juifs, on les accusait de faire les pâques en mangeant le cœur d'un enfant nouveau-né, et qii;md on trouvait le corps d'un homme mort, on leni faisait subir la question, et on les condamnait à pi'iir par les plus affreux tourments.

Urbain IV signe un traité honteux avec saint Louis et Charles d'Anjou, pour s'emparer du royaume de Naples et partager les États du jeune Conradin. Le pape détruit les scrupules du i-oi de France, et fait jurer au duc d'Anjou d'abandonner au saint-siège les domaines sur lesquols il élevait ses prétentions, et de lui payer huit mille onces d'or par année.

Clément IV continue la politique de son prédécesseur; le jeune Conradin rentre dans ses États, livre une bataille décisive; lui-même est fait prisonnier avec Frédéric d'Autriche. Après une longue et dure captivité, Charles d'Anjou, par ordre du pape, les condamna à périr de la main du bourreau. Le jeune duc d'Autriche fut exécuté le premier ; Conradin sai-

sit la tète de son ami et reçut lu coup mortel en la tenant embrassée.

Martin IV monte sur la chaire de saint Pierre, et fait un accord saciilége avec Charles d'Anjou, l'un tyran politique, usurpateur farouche de la Sicile; l'autre tyran sacré de Rome.

Leurs cruautés soulèvent l'indignution générale; une vaste conjuration se forme; Jean de l'rocida, gentilhomme de Salerne, en est l'âme ; d excite I\Iicliel Paléologue à se joindre à lui, se rend en Espagne pour ramener Pierre d'Aragon, et parcourt les villes de la Sicile pour exciter les esprits à la vengeance.

Le troisième jour de Pâques 1282, à l'heure des vêpres, est donné le signal du carnage ; au son des cloches retentit un cri de mort dans toutes les villes de la Sicile, ^es Français sont massacrés dans les églises, dansTes places puhlicpies, dans les maisons ; partout les meurtres, la vei^pance ; dix mille cadavres sont les sanglants trophées des Vêpres siciliennes !

Boniface VIII devient pape après avoir fait assassiner son prédécesseur; il outrage les peuples, brave les rois, poursuit avec acharnement les Gibelins, partisans de l'empereur d'Allemagne, invente le juh'ûé pour faire entrer dans ses trésors les richesses des nations, et soulève une haine si profonde que les états s'assemblent à Paris, par ordre de Philippe le Bel, pour juger le pape. L'archevêque de Narbonne l'accusa d'être simoninque, assassin, usurier, de ne pas croire à l'eucluaistie ni à l'immortalité del'âme; d'employer la violence pour se faire révéler les secrets delà confession; de vivre en concubinage avec ses deux nièces et d'en avoir eu des enfants; enfin d'avoir employé l'argent des indulgences à payer les

* .^arrasxDS pour envahir la Sicile.

îo^et et Sciarra Colonna soiit chargés de porter pape l'ordre de se rendre à Lyon, pour être jugé pai un confie général ; ils arrivent à la tête de trois cents chevaux dans la ville d'Anagni, résidence de Boniface ; éprouvant de la résistance, ils forcent le palais, présentent au pape l'acte d'accusation; Boniface, outré de fureur, charge d'injures Nogaret, maudit le roi de France et ses descendants juscp'à la quatième génération.

Alors Sciarra Colonna, de son gantele^^e fer, le frappa au visage jusqu'à effusion de sang.

Clément V et Pliilippe le Bel accusent les templiers de crimes énormes, et les condamnent au plus a^eux supplice pour s'emparer de leurs immenses ■"^ richesses. Sur l'ordre du roi, le grand maître des ten^liers, accompagné de ses chevaliers, est conduit au isupplice pour être brûlé vif en présence des cardinaux et des prêtres, qui contemplèrent sans efi'roi ces poteaux enflammés.

Après avoir partagé avec le roi de France les dépouilles des templiers, Clément V établit sa cour à Avignon, se livre publiquement aux débauches les plus dépravées avec son neveu et la fille du comte de Foix; il prêche une nouvelle croisade contre les Turcs, vend des indulgences, et^ joignant le ridicule à l'infamie, donne à chaque croisé le droit de délivrer quatre âmes du purgatoire!!!!

Et les peuples ont été courbés pendant dLx-buit cents ans sous la verge impitoyable de ces papes criminels !

Jean XXII [saisit la tiare, s'assied sur le trône pontifical, et dit: « Je suis pape. )> Pour consolider celte usurpation, illaucedes anathèmes contre l'empereur d' Allemagne et le roi de France, persécute les sectes, brûle les hérétiques, soulève les peuples, arme les princes, inonde les royaumes de ses moines, prêche de nouvelles croisades, trafique des indulgences, vole les bénéfices, et entasse dans ses trésors vingt cinq millions de florins, arrachés de toutes les parties du monde chrétien.

Benoît XII arrête les déprédations des moines, révoque les impôts dont son prédécesseur avait chargé les peuples, pratique une morale sévère, réforme le clergé, chasse de sa cour les prêtres corrompus, et meurt au milieu de ses travaux apostoliques.

Clément VI achète de la célèbre Jeanne de Naples le comtat d'Avignon, moyennant trois cent mille florins d'or qu'il ne paya jamais, et la déclare innocente du meurtre d'André, son mari, qu'elle avait fait assassiner.

Sous Urbain VI commence le plus grand schisme cpii ait désolé l'Occident ; deux papes sont élevés sur la chaire pontificale : Urbain VI à Rome, Clément VU, antipape, à Avignon; pendant cincpiante années les deux pontifes et leurs successeurs excitent des guerres cruelles et s'excommunient ; du côté d'Urbain, l'Italie, Naples, la Hongrie, l'Espagne; la France soutient Clément VII; partout on commet des brigandages et des cruautés par les ordres de Clément ou par le fanatisme d'Urbain.

La malheureuse et coupable Jeanne envoie quarante mille ducats au pape pour soutenir son parti, par reconnaissance, Urbain la fait étrangler au pied des autels : le pontife avait entraîné Charles de Duras, fils adoptif de Jeanne et l'héritier de ses États, à commettre cet exécrable parricide.

Ce prince ayant refusé de partager avec le pape les dépouilles de Jeanne, la fureur d'Urbain se tourna contre six cardinaux qu'il soupçonnait de favoriser le parti de Charles de Duras; il les fit des-, cendre chargés de chaînes dans des fosses puantes, leur fit crever les yeux, arracher les ongles des pieds et des mains, briser les dents, déchirer les chairs avec des griffes de fer rougies au feu, puis ces corps affreusement mutilés et encore vivants furent liés dans des sacs de cuir et jetés à la mer.

Clément VII tenait le siège d'Avignon, levait des impôts énormes sur les églises de France, pour enrichir les cardinaux et satisfaire au liLxe eft'réné de sa cour; sa conduite ne cédait en rien à celle de son compétiteur, l'exécrable Urbain VI, en violence en fourberies, en crimes.

Les deux papes désolaient l'Europe par leurs armées et celles de leurs partisans : la fureur avait éteint les sentiments d'humanité ; partout les trahisons, les empoisonnements, les massacres; on cherchait les remèdes à ces calamités publiques, mais les deux papes s'opposaient à toutes les propositions qui pouvaient ramener la paix dans l'Eglise.

Le schisme continua sous leurs successeurs : les cardinaux, ne pouvant vaincre l'obstination des deux papes, assemblèrent un concile à Pise, citèrent Be^ noît XIII et Grégoire XII à y comparaître; et comme ils refusèrent de s'y rendre, le patriarche d'Alexan-

IIISTniUE DES PAPES

drie, assisté de ceux d'Aiitioche et de Jérusalem, prononça à haute voix, dans la basilique, portes ouvertes et en présence du peuple assemblé, la sentence définitive de déposition contre les deux papes.

Alexandre V entreprend d'affermir l'union de l'Église, de réformer les mœurs du clergé, de donner les charges sacrées aux hommes vertueux, et il meurt des suites d'un clystère empgisonné, administré par les ordres du cardinal Balthazar Gossa : l'assassin fit asse^giiler le conclave , et, s'emparant du manteau pontifical, il en couvrit ses épaules, s'écriant : « Je suis pape. »

Les cardinaux effrayés confirment rélcction de Jean XXIII; mais les papes déposés, Benoît XIII et Grégoire XII, font revivre leurs prétentions sur le siège de Rome ; une guerre horrible , excitée par les anathèmes , ensanglante la Prusse et l'Italie ; l'empire a trois empereurs comme l'Eglise a trois papes, ou plutôt Rome et l'empire n'ont point de chefs. Partout règne l'anarchie.

Un concile général se rassemble, et l'on procède à la déposition du pape Jean XXIII. Les évêcfues et les cardinaux l'accusent de meurtres, d'incestes, d'empoisonnements, de sodomie; d'avoir suborné et entretenu un commerce sacrilège avec trois cents religieuses, d'avoir YJolé trois sœurs, d'avoir fait renfermer une famiOgi entière pour abuser de la mère, du fils et du père.

Martin V fait brûler vifs Jean Huss et Jérôme de Prague, chefs d'une nouvelle secte, (jui prêchaient contrç les désordres des prêtres, l'ambition des pontifes , et ramenaient les hommes à des sentiments d'humanité; il organise ensuite une croisade pour soumettre la Bohème; mais les habitants de ces contrées sauvages, exaltés parles principes généreux de la hberté, luttent avec courage contre le fanatisme; des ambassadeurs sont envoyés à Prague pour faire des propositions de paix, et la Bohême répond « qu'un peuple libre n'a besoin ni de pape ni de roi. »

Les légats du pape et l'empereur commandent eux-mêmes leurs armées pour obliger les Hussites à ne point communier sous les deux espèces du pain et du vin. Affreuse démence ! ! ! Pour un sujet aussi puéril, l'Allemagne est livrée aux horreurs de la guerre civile ! mais la cause des peuples est triomphante, les troupes de l'empereur sont battues dans plusieurs rencontres, et l'armée des légats taillée en pièces.

Eugène IV monte sur le saint-siége; il confirme le cardinal Juhano Gésarius dans sa légation en Allemagne, pour exercer contre les Hussites les plus cruelles persécutions; sous son règne se passe un fait d'une haute gravité : une lutte s'établit entre les pouvoirs de l'Église; le concile de Bàle veut soumettre les papes, et le pape déclare que son iè,i;ne est au-dessus des conciles. Les pères rendent un décret terrible , déclarent Eugène IV prévaricateur, incorrigible, sodomiste, incestueux, scandalisant l'Église, et déposé du pontificat.

Félix V est nommé pape, Eugène IV devient antipape ; les conciles de Florence et de Bàle s'excommunient ; les dépositions, les violences, les cruautés se succèdent. Vittelcschi , archevêque de Florence

est assassiné par les ordres d'Eugène; les royaumes su divisent, prennent parti pourl'un ou pourl'autre, efc .^' renouvellent un schisme qui dura jusqu'à la mort .<• d'Eugène. t'

Sous le pontificat de Nicolas V eut lieu la prise mémorable de Constantinople par les Turcs ; le pontife, sollicité par les ambassadeurs grecs de leur accorder quelques secours d'hommes et d'argent, les repoussa avec dureté, et nous devons attribuer la perte de cette puissante ville à la perfidie de la cour romaine , qui sacrifia le rempart de la chrétienté, et trahit lâchement un peuple qu'elle devait secourir!

Le mérite et la sainteté de Galixte III l'élèvent sur le trône pontifical, qu'il honore par ses vertus et par son génie.

Sixte IV emploie tous ses soins , tqjjite sa sollicitude, pour accroître ses richesses ; il augmente les impôts , invente de nou«lles charges , les vend à l'encan, pour assouvir 1 avidité de Pierre Rière de Savone, et de Jérôme, son frère, qu'il avait créés cardinaux, et qui servaient tous les deux à ses infâmes plaisirs.

Cet horrible pape établit à Rome un très-noble lupanar, oîi les courtisanes lui payaient chaque semaine un jule d'or ; ce revenu annuel passait vingt mille ducats. Et chose exécrable, qui suffit pour rendre éternellement odieuse la mémoire de Sixte IV, la famiUe du cardinal de Sainte-Lucie lui ayant présenté une requête pour qu'il lui fût permis d'exercer l'acte de sodomie pendant les trois plus chauds mois de l'année, le pape écrivit au bas de la requête : « Soit fait ainsi qu'il est requis. »

Il dirige ensuite une conjuration contre Laurent et Juhen de Médicis, envoie Raphaël Rière à Florence ; et pendant une messe solennelle, au moment où le cardinal élevait l'hostie, les conjurés poignardent Julien de Médicis ; Laurent se défend avec courage, et, quoique blessé, parvient à gagner la sacristie; le peuple se précipite sur les conjurés, les désarme, et, dans sa justice, les pend aux fenêtres de l'église, ainsi que Salviati , archevêque de Pise , en habits pontificaux.

Innocent VIII succède à Sixte ; son élection lui avait coût^n châteaux, en bénéfices, en ducats d'or, plus que^s trésors du saint-siége : les ressources étaient épuisées, mais le génie des papes restait; il établit cinquante-deux bullistes qu'il chargea de pressurer les peuples, et leur adjoignit vingt-six secrétaires qui lui versèrent chacun deux mille cinq cents marcs d'or.

Sa vie privée fut souillée des plus honteux scandales; élevé parmi les gens du roi Alphonse de j Sicile, il avait contracté les vices affreux de so- " domie. Sa beauté remar([uable l'avait fait admettre à Rome dans la famille de Philippe, cardinal de Bologne, pour servir à de monstrueux plaisirs. A la mort de son protecteur , il devint le mignon de Paul II et de Sixte , qui relevèrent au cardinalat. . 1

Le grand maître de Rhodes livre au pape Innocent le jeune prince Zizime , pour le soustraire aux poursuites de son frère Bajazet. i

Le Soudan d'Egypte envoie des ambassadeurs pour offrir au pape quatre cent mille ducats et la ville de

ionualrui d> i.^i.i;.' d.-, J,.ui.

IIISTOTHE DES l'Al'ES

Jérusalem, eu échange du prince Zizime, qu'il veut mettre à la tête de ses troupes pour marcher à la complète de Gonstantinoplo , et s'engage à rendre cette ville aux chrétiens ; mais le sultan Bajazet paya une rançon plus forte, et le pontife cupide retint Zizime prisonnier.

Nous entrons dans le règne d'un pape qui, de l'aveu de tous les historiens, est le plus épouvantable des homnles ([ui aient effrayé le monde. Une dépravation jusqu'alors inconnue, une cupidité insatiable, une ambition effrénée, une cruaulé plus que barbare : telles étaient les horribles qualités de Roderic Borgia, élu pape sous le nom d'jVlexandre VI.

Ses passions étaient si déréglées, qu'étant devenu amoureux d'une veuve qui avait deux filles, non content de jouir de la mère, il faisait servir les enfants à la brutalité de ses désirs ; il mit l'une des sœurs dans un couvent, et continua ses incestes avec la plus belle, que l'on nommait Rosa Vanozza.

Elle lui donna cinq enfants, dont l'un fut le fameux César Borgia, qui aurait surpassé les crimes de son père, si le démon même eût pu les égaler.

Sous le pontificat d'Innocent, les assassins et les bandits s'étaient tellement augmentés, c{ue les cardinaux, avant d'entrer au conclave, furent obligés ie garnir leurs J^laig^ de mousquetaires et de faire pointer des canons aux avenues.

Rome était devenue un marché public où toutes les charges sacrées étaient à vendre; Roderic Borgia acheta publiquement les suffrages de vingt-deux^cardinaux et fut proclamé pape.

Armé de la puissance sacerdotale, ses vices exécrables se montrèrent au grand jour; il se livTa aux incestes les plus monstrueux, et, chose ligrrible ! ! ! les deux frères François et César, Lucrèce Borgia, leur'sœm-, confondaient avec leur père leurs infâmes voluptés.

L'ambition immodérée du pape ne connaît plus de bornes; toutes les lois divines et humaines sont foulées aux pieds; il forme des alliances et les rompt; il prêche des croisades, fait lever des impôts sur les royaumes chrétiens, inonde l'Europe de ses légions de moines, s'empare des richesses qu'ils lui rapportent, et appelle Bajazet en Italie, pour l'opposer au roi de France; plus tard, sa politique lui fait rechercher l'appui de Charles VIII, et, protégé par les Français, il entreprend la ruine des petits souverains de la Romagne, fait poignarder les uns, empoisonne les autres, rempht les esprits d'épouvante, et prépare à César Borgia la domination absolue de l'Italie.

Son avarice insatiable inventait pour s'enrichir les moyens les plus sacrilèges ; il vendait les charges sacrées, les autels, le Christ, les reprenait ensuite pour les vendre une seconde fois.

Il nomma le cardinal de Modène distributeur des grâces et des dispenses : sous le nom de ce ministre d'inicpiité, il vendait les honneurs, les dignités, les mariages, les divorces; et comme la simonie du cardinal ne rapportait pas des sommes assez considérables pour soutenir le faste de la famiUe d'Alexandre, il lui versa le funeste poison des Borgia, pour s'emparer des richesses immenses que le cardinal avait amassées.

Il faisait des promotions de cardinaux, en recevait

le payement; puis, déclarant le saint-siége héritier des biens des prélats, il les empoisonnait pour s'enrichir de leurs dépouilles; tous ces crimes ne lui fournissant pas encore assez de richesses, le pape fit pubUer que les Turs menaçaient d'envahir la chrétienté, c^ sous le voile de la religion, il extorqua des sommes tellement énormes, qu'elles surpas- , sent toute croyance.

Enfin Alexandre VI, souillé de meurtres, de débauches, d'incestes monstrueux, ayant invité à souper, dans la vigne de César Borgia, deux cardinaux dont il voulait hériter, prit le poison qui leur était destiné, le fameux vin des Borgia, et rendit au démon son âme exécrable.

Les peuples, fatigués du joug insupportable des évêques de Rome, ruinés par l'avidité insatiable des prêtres, commencent à sortir du sommeil léthargique où ils étaient plongés.

Luther, moine de l'ordre des augustins, sort de la retraite, s'élève contre Léon X et le honteux scandale des indulgences ; entraîne les peuples et les rois dans sa nouvelle doctrine; grandit de toute la puissance de son génie, et arrache à la tyrannie des papes la moitié de l'Europe.

Clément Vil, par ses perfidies, excite la colère de l'empereur Charles-Quint : Rome est livrée au pillage pendant deux mois entiers, les maisons saccagées, les femmes violées; l'armée du roi catholique commet plus d'atrocités que les tyrans païens n'en avaient inventé pendant trois cents ans contre les chrétiens; les malheureux Romains étaient pendus par Içs pieds, brûlés, déchirés à coups de lanières, pour les obliger à payer des rançons ; enfin, exposés aux supplices les plus effroyables pour expier les crimes de leur pontife.

Les' catholiques et les protestants couvrent l'Allemagne d'embrasements, de meurtres, de ruines.

La messe est juridiquement abolie à Strasbourg.

Paul m avait obtenu le chapeau de cardinal en hvrant Julie Farnèse au monstre Alexandre VI ; devenu pape, il empoisonna sa mère pour s'emparer de sa succession, et, joignant un double inceste à un second parricide, il fit périr une de ses sœurs par jalousie de ses autres amants, et empoisonna Bose- Sforce, mari de Constance, sa fille, qu'il avait déjà corrompue par une dissolution horrible.

Il s'acharne ensuite contre les malheureux luthériens. Ses neveux devinrent les exécuteurs de ses cruautés, et ils osèrent se vanter publiquement d'avoir fait couler des rinères de sang, où les chevaux pouvaient nager; pendant ces boucheries, le pape était plongé dans ses monstrueuses voluptés avec Constance, sa fille.

Sous ce règne, Ignace de Loyola fonde l'ordre des jésuites.

Calvin, esprit sublime, fait entendre sa voix puissante contre la tyrannie des papes et continue les progrès des réformations religieuses.

Jules III fulmine des anathèmes contre les luthériens, les fait périr dans les supplices, et, joignant la dépravation à la cruauté, il élève au cardinalat un jeune garçon chargé dans sa maison du double em- ])loi de garder un singe et de servir- aux honteux plaisirs du pape.

Paul IV exxite la fureur du roi de France contre les protestants, forme une ligue exécrable pour leur destruction et remplit l'Europe entière de ravages. A sa mort, le peuple de Rome, affranchi de ce joug affreux, force les cachots de l'inquisition, met le feu aux prisons, brûle les couvents, pille les églises, abat la statue du pape, lui rompt la tète et la main droite, les traîne pendant trois jours dans les rues de Rome et les jette dans le Tibre.

Pie IV termine le concile de Trente ; ce grave événement ne produit aucune sensation sur les , peuples.

Le pontife veut arrêter la décadence du saintsiége, il réveille le fanatisme de Charles IX et de Philippe d'Espagne, et réunit ces deux princes à Rayonne pour traiter des voies et des moyens d'exterminer les calvinistes et les luthériens.

Les commencements du pontificat de Grégoire XIII furent signalés par le plus horrible de tous les ci'imes, Je massacre de la Saint-Barthéleray, complot exécrable tramé par les conseils de l'Espagne et les suggestions de Pie IV.

Les persécutions, les bûchers, les guerres, avaient prodigieusement augmenté le nombre des calvinistes ; Catherine de Médicis, cette cruelle et infâme Jézabel, ne pouvant les exterminer par la force, eut recours à la perfidie ; Charles IX, accoutumé aux cruautés, violent jusqu'à la fureur, adopta les desseins' criminels de sa mère, et le massacre général des protestants fut irrévocablement arrêté.

A minuit, veille de la Saint-Barthélémy, l'horloge du palais donne le signal ; le tocsin s'ébranle à Saint- Germain-l'Auxerrois, et, au son lugubre des cloches, les soldats envahissent les maisons des protestants, égorgent dans leurs lits les enfants, les vieillards; ils s'emparent des femmes, et, après les .avoir outragées, leur ouvrent les entrailles, en tirent les enfants à demi formés, en aiTachent le cœur, et, par une férocité impitoyable, les déchirent avec leurs dents et les dévorent.

Chçse presque incroyable, tant l'action est horrible, ce Charles IX, ce roi en exécration à tous les siècles, armé d'une arquebuse, tira d'une des fenêtres du Louvre sur les malheureux qui se sauvaient à la nage.

Cette fenêtre est restée comme un monument impérissal.ile de la liarbarie des rois I ! !

Grégoire XIII adressa ses félicitations à Charles IX de ce que l'entreprise avait merveilleusement réussi.

A la mort du pape, le cardinal de Monlalte entre au conclave, vieux, cassé, appuyé sur une béquille ; les ambitions des cardinaux réunissent les suffrages sur ce vieillard qui paraît si proche de la mort ; on dépouille le scrutin, et lorsque la moitié des voix est connue, sans attendre la conclusion, Montalte jette son bâton au milieu de la salle, redresse sa haute taille, étend les bras avec le poing fermé, en signe de menace, et entonne le Te Deum d'une voix si forte et si éclatante, que toute la voûte de la chapelle en retentit.

Il devient pape sous le nom de Sixte V ; hypocrite et inflexible, il se lie secrètement avec la reine Elisabeth et lance des anathèmes sur son royaume ; il excommunie ensuite le roi de Navarre et le prince

de Condé et s'efforce de ranimer en France les fureurs du fanatisme au moyen de ses cohortes de moines.

Clément VIII renouvelle les scènes d'orgueil de ses prédécesseurs; il veut obliger Henri IV, roi de France, à venir lui-même, pieds nus, recevoir la discipline et reconnaître qu'il tenait la couronne du pape ; mais les ambassadeurs furent reçus à comparaître pour le roi, et cette cérémonie avihssante eut lieu, en présence du peuple, dans l'éghse de Saint-Pierre, à Rome.

Grégoire XV excite Louis XIII à persécuter les protestants ; il poursuit les guerres contre la Bohême, et, ne pouvant convertir les habitants de Genève, il ordonne au duc de Savoie de brûler la ville et d'en exterminer les habitants.

Sous Urbain VIII, le célèbre Galilée, ce vieillard qui avait passé soixante-dix ans à étudier les secrets de la nature, est traîné devant l'inquisition, condamné, jeté dans un cachot, mis à la torture, et forcé de rétracter cette grande vérité : « La terre te tourne autour du soleil. »

Clément IX, d'un esprit élevé, d'un savoir prodigieux, encourage les arts, récompense les savants, entoure le trône pontifical de toutes les illustrations de son siècle.

Il diminue les impôts et emploie ses trésors à secourir les Vénitiens et l'île de Candie contre les infidèles ; il suppi'ime les ordres religieux qui pressuraient les peuples et qui, sous le voile de la piété, se livraient à la paresse et à la débauche.

Par son éloquence et sa modération, il apaisa les interminables querelles des jansénistes et des moHnistes, et sut arrêter l'ambition déréglée de Louis XIV, qui désolait l'Europe par des guerres désastreuses.

Les intrigues des jésuites livrent aux Turcs l'île de Candie ; ce généreux pape, frappé au cœur par la trahison de ces prêtres indignes, lance sur eux i'anathème, et meurt après un règne de trois ans.

Le saint-siége n'avait jamais été occupé par un homme plus vertueux que Clément IX ; sa mémoire doit être chère au christianisme, et repose l'esprit de cette longue suite de crimes que nous offre l'histoire des papes.

Sous Innocent XI, les persécutions se raniment contre les luthériens et les calvinistes ; les temples sont démoHs, les villes détruiti's ; dis milhers de Français sont égorgés par les snlilals de Lduis XIV, et les protestants chassés du royaume.

Innocent XI, ainsi qu'avait fait Grégoire XIII pour la Saint-Barthélémy, adresse au roi de France ses félicitations, et en son honneur commande à Rome des réjouissances publiques.

Le règne de Clément XI est agité par les querelles religieuses; les jésuites sont accusés de faire rendre, en Chine, à Confucius, le même culte qu'à Jésus-Christ. Le pape envoie le cardinal de Tournon à Pékin, avec injonction de réformer cette coupable idolâtrie. Ce vertueux prélat, victime de son zèle, meurt au milieu des cruelles persécutions que lui suscitent les jésuites.

Cette terrible congrégation, propagée par la papauté, étend son odieux pouvoir sur les royaumes et inspire la terreur à tous les peuples.

Clément XI publie la fameuse bulle Unigenitus, qiji soulève l'indignation générale, et continue les querelles religieuses jusqu'à sa mort.

Benoit XIII veut renouveler le scandale de cette bulle de désordre ; mais la philosophie commençait à faire des progrès, et les prétentions de pape, qui autrefois auraient fait verser des torrents de sang, n'inspirent que le mépris.

La modération de Benoît XIV répare les maux occasionnés par s^s prédécesseurs; il termine les querelles religieuses, repousse les jésuites, modère la bulle Unigenitus, et fait cesser les troubles qui affligeaient la France.

Ce pape, l'une des lumières de l'Église, apporte sur la chaire des pontifes un esprit de tolérance qui étend sur les royaumes une influence salutaire ; la religion du Christ ne s'impose plus aux peuples par les persécutions et le fanatisme; Benoît montre dans les hautes fonctions du sacerdoce un esprit éclairé, une grande maturité de jugement, une profonde sagesse que nulles passions ne troublent, un désintéressement parfait, l'esprit de tolérance, un amour extrême de la justice.

Il réforme les mœurs du clergé, supprime les ordres des moines, odieux à toutes les nations ; il emploie ses trésors à fonder des hôpitaux, à établir des écoles publiques, à récompenser magnifiquement les arts; il appelle tous les hommes à profiter des bienfaits de la .science et à sortir des ténèbres de l'ignorance.

Clément XIII n'imite pas les vertus et la modération de son prédécesseur; il protège ouvertement les jésuites, lance des anathèmes, et par son audace prépare la ruine du saint-siége.

Les excès des jésuites avaient fatigué les peuples ; leurs crimes et leur ambition effrayaient les rois ; la haine universelle fait explosion : les je- | suites sont chassés de France ; ils se disséminent en Europe, en Asie, en Amérique ; ils sont bannis des Etats du roi d'Espagne, chassés des Deux-Siciles, de Parme et de Malte ; cet ordre en exécration à l'humanité est exterminé dans presque tous les pays qui avaient été les théâtres de sa puissance, aux Philippines, au Pérou, au Mexique, au Paraguay, au Brésil.

La France enlève au pape Avignon et le comtat Venaissin comme appartenant à la couronne.

Le roi de Naples, de son côté, saisit la ^•ille de Bénévent et celle de PonteCorvo.

Partout on proscrit la fameuse bulle In Cœna Domini , monument de démence et d'orgueil que les papes fulminaient à Rome tous les ans depuis Paul III.

Les ténèbres pontificales commençaient à se dissiper ; les princes et les peuples ne se prosternaient plus alors aux pieds des prêtres et n'adoraient plus le serviteur des serviteurs de Dieu.

Clément XIII voit le vieux colosse de Rome tomber en ruines, et meurt de chagrin de ne pouvoir en retarder la chute.

Clément XIV fait monter la philosophie sur la ehaire des papes; peur un moment, il retient le pouvoir fantastic[ue du saint-siége ; son caractère et sa modération liù ramenèrent les puissances que

le fanatisme et les menées ténébreuses de son prédécesseur avaient éloignées.

Le Portugal avait rompu avec le siège de Rome el voulait se donner un patriarche ; les cours de France, d'Espagne et de Naples étaient indignées de l'excommunication ridicule de Clément XIII contre le duc de Parme; A enise prétendait réformer, sans le concours du pape, les communautés religieuses, qui appauvrissaient la nation.

La Pologne voulait diminuer l'autorité du saintsiége; l'Italie et Rome même laissait éclater son indignation et semblait se souvenir d'avoir été la maîtresse du monde.

Clément, par une politique habile, une prudence et une sagesse consommées, arrête ce mouvement ; mais les prêtres, ennemis de la tolérance, ne pardonnèrent point au pontife sa politique conciliante, et il mourut empoisonné.

Déjà la liberté, ce flambeau de la raison, étendait ses sublimes clartés dans tous les esprits; les hommes commençaient à secouer les chaînes honteuses de la superstition.

Une inquiétude universelle se manifestait dans les masses, présage deS révolutions morales.

Pie VI veut ressaisir le pouvoir Tedoutable des pontifes de Rome et poursuit la politique exécrable de ses prédécesseurs.

L'empereur d'Autriche Joseph II arrête l'accroissement des couvents, qui menaçaient d'envahir son royaume; supprime des évèchés, ferme les séminaires et protège ses États contre la domination du saint-siége.

Le grand-duc de Toscane prépare les mêmes réformes, dissout les confréries, abolit l'autorité des nonces et défend de s'adresser à Rome pour les jugements des prêtres.

A Naples, un ministre philosophe enlive à l'avarice des papes les indulgences, la collation des bénéfices, les nominations aux cures vacantes. Il refuse le tribut d'une haquenée blanche, richement harnachée, ferrée en argent, et portant une bourse de six mille ducats, tribut honteux que la nation payait au pontife.

Le souverain approuve la politique de son ministre, défend l'entrée des bulles dans ses États, ordonne aux évèques d'accorder les dispenses qu'on achetait à Rome, enlève au pape les nominations d'évèques dans les Deux-Siciles et chasse l'internonce du royaume.

La révolution française se prépare ; les états généraux rassemblés à Versailles ordonnent des réformes dans le clergé, abolissent les vœux monastiques et proclament la liberté de conscience.

Le pape excite des troubles sanglants dans Avignon pour la rattacher au saint-siége ; ses prétentions sont repoussées par l'Assemblée nationale, qui prononce solennellement la réunion de cette ville à la France.

L'Italie est conquise par les armées françaises : Pie VI, lâche et hypocrite, mendie l'alliance de la République.

Mais la justice d'une grande nation est inflexible ; l'assassinat du général Duphot demande une réparation éclatante : le pontife est enlevé de

HISTOIRE DP:S l'Al'K;

Rouie, conduit dans la forteresse de Valence, en France, où il termine sa carrière avilie par la lâcheté et la perfidie.

Le conclave se rassemble à Venise; après cent quarante jours d'intrigues et de séductions, le bénédictin Chiararaonti est élu pape sous le nom de Pie VII.

Le pontife forme une alliance avec la république et signe le fameux concordat.

Une ère nouvelle 'commence pour les destinées de la France ; la République fait place à lEmpire , et Napoléon monte sur le trône.

Le pape est forcé de se rendre à Paris pour sacrer l'empereur et augmenter la magnificence de cette imposante cérémonie.

La faiblesse du caractère de Pie VII le livre sans défense aux complots que la haine du clergé trame avec les ennemis de l'empereur.

Napoléon, indigné des machinations sourdes dirigées contre son pouvoir par les conseillers du pape, rend un décret qui change le gouvernement de Rome, déclare la réunion des États de l'Église à l'empire, et le souverain pontife déchu de l'autorité tempo relie. Les deux despotismes s'entre-choquent.

La vieille audace du clergé a survécu aux révolutions; Pie VII essaye les foudres du Vatican.

La buUe d'excommunication est affichée la nuit dans les rues de Rome : elle appelle le peuple à la révolte, excite au carnage et désigne les Français à la vengeance publique; mais Rome, délivrée du joug sacerdotal, est sourde à l'appel du fanatisme; on déchire l'étendard de saint Pierre, et tous les monuments romains se pavoisent des brillantes couleurs de la France.

Les guerres se succèdent en Europe, les royaumes sont conquis , les vieux gouvernements s'écroulent : la France est dans toute la majesté de sa gloire.

Mais Napoléon élève de nouveaux trônes et tombe sous les coups des rois qu'il a couronnés.

Cette catastrophe terrible change les destinées des nations, les plonge de nouveau sous la domination des prêtres, et rend au pape l'héritage de saint Pierre.

Pie Vil fait son entrée triomphale dans Rome ; les temples s'ouvrent , des actions de grâces reten tissent pour célébrer l'asservissement des peuples, et le saint -père meurt entouré de ses cardinaux, dans les pompes et la magnificence du pouvoir.

Après lui, d'autres papes ont occupé la chaire de saint Pierre, Pie VIII, Léon XII, Grégoire XVI, Pie IX; mais leui- passage silencieux ne marque plus dans l'histoire des nations!

Les pontifes orgueilleux, qui lançaient l'anathème sur les royaumes, donnaient ou enlevaient les empires, étendaient sur les peuples un joug de fanatisme et de terreur, aujourd'hui asservis à l'Autriclie ou à la France , mendient bassement la protection des empereurs pour écraser les Romains et maintenir sur leur tête la tiare pontificale.

Peuples de l'Italie, sortez de votre sommeil léthargique! contemplez le Gapitole ! ! rappelez-vous l'ancienne Rome et ses gloiieuses destinées!!! ... que vos légions s'ébranlent, et lee oiubres des grands hommes de la République marcheront à votre tète pour conquérir la liberté !

L'Histoire D"s Papes, entourée de son lugubre cortège de meurtres, d'empoisonnements, de tortures, d'incestes, de parricides, a traversé deux mille ans de despotisme.

L'Histoire des Rois déroulera les mêmes siècles de crimes et d'attentats.

Après le Vatican , le Louvre ; la France après Rome; et leurs maîtres orgueilleux, que leur tète soit ornée de la tiare des papes ou de la couronne des rois, écraseront les peuples sous une double tyrannie

La France, magnifique et glorieuse nation dont la voix puissante a fait entendre au monde ces vérités sublimes : » Les droits de l'homme! la liberté « des peuples !»

La France a traversé dix-huit siècles, enveloppée des ténèbres de l'ignorance, écrasée sous un sceptre de fer, courbée dans une admiration stupide devant les prêtres et devant les rois.

Les Gaulois sont asservis d'abord par les druides, dont le culte barbare ordonnait de brûler des enfants, dans des'»"mannes d'osier, sur l'autel de leur dieu Theutatès.

Les cohortes romaines viennent ensuite , sous les ordres de César, envahir les Gaules.

Les Vandales, à leur tour, font irruption dans les provinces romaines, et réduisent en esclavage les peuples répandus depuis Vienne jusqu'aux sources de la Seine.

Pharamond , à la tête de hordes barbares venues de la Germanie, détruit les Vandales et fonde la domination des Francs.

Son fils Clodion le Chevelu poursuit ses conquêtes sur les Romains.

Clovis les chasse entièrement des Gaules, tourne ses armes contre ceux qui l'avaient secondé dans ses guerres , s'empare d'Amiens et fait assassiner Chararic ; envahit Metz, fait amener pieds et mains fiés Sigebert , son plus fidèle allié , et lui brise le crâne avec sa masse d'armes.

Clovis se fait ensuite chrétien , pour affermir une monarchie qu'il a rendue redoutable par ses trahisons et ses assassinats.

Les rois ses successeurs, descendants de Mérovée , de Charlemagne ou de Capet , se montreront les dignes héritiers de ses États et de ses crimes.

Clotaire I"' poursuit un de ses fils rebel e, le surprend avec sa femme et ses dt ux filles dans la liaison d'un paysan, en fait fermer les issues y metle feu , et ce monstre jouit du spectacle horrible des flammes qui dévorent sts enfants.

Sigebert, roi d'Austra.'^ie, épouse Brunehaut; Frédi'gonde commence à régner sur ChJpéiic, roi de France : ces deux femmes exé. râbles, en rivalité de crimes et d'attentats, plongent le royaume dans des guerres effroyables.

Frédégonde fait assassiner Sigebert ; Brunehaut séduit le fils de Ghilpéric et l'arme contre son père

ROIS, REINEb, EMPEREURS

Le roi de France, furieux de cette alliance, fait égorger .-on fils, et envelsppe dans sa vengeance son second fils et Andouère leur mère.

Frédégonde étrangle avec un linceul la nouvelle épouse de Ghilpéric et le fait assassiner lui-même par son amant.

Brunehaut pousse ses enfaats dans une guerre contre Frédégonde, et vingt mille Français périssent dans cette afl'reuse querelle.

Pour conserver son autorité elle excite ensuite les deux frères l'un contre l'autre, se fait l'entremetteuse des débauches de Thierry, lui ordonne d'assassiner son frère, et l'empoisonne ensuite.

Les peuples, lassés des crimes de cette femme abominable, la livrent à Glotaire II; ce prince, digne de ce siècle barbare, expose pendant trois jours Brunehaut entièrement nue aux outrages des soldats et la fait attacher à la queue d'un cheval indompté qui l'entraîne à travers les rochers et les bois.

Mais les prêtres enrichis par les libéralités de Brunehaut recueillirent précieu-iement les cendres du bûcher qui consuma son cadavre, les renfermèrent dans une urne qui fut déposée dans l'abbajede Saint-Martin, et le pape saint Grégoire, qui lui avait prodigué les louanges les plus serviles, en fit presque une sainte.

Dagobert I" lâche, dévot hypocrite, traîne après lui une 'troupe de courtisanes, chasse les juifs du royaume, bâtit des églises, fonde des monastères, et passe à la postérité chargé du mépris de tous les siècles.

• Glovis II, premier roi fainéant, abandonne l'autorité aux maires du palais, pour se livrer aux voluptés dans les bras de ses maîtresses.

Ses successeurs, cachés dans leurs palais somptueux, entourés de leurs favorites, noyés dans les débauches, ne paraissent plus Jins les assemblées des états, ni à la tête de leurs armées; les maires du palais sont les souverains de la nation, et le roi est montré aux peuples une seule fois dans l'année, monté sur un char orné de flcurs, et traîné par des bœufs.

Pépin, maire du palais, prépare le trône à l'ambition de sa famille; il flatte le clergé, enrichit les couvents, caresse le peuple, diminue les impôts, se fait un parti formidable, et meurt en laissant son fils plus puissant qu'un roi.

Charles Martel suit la même politique que son père, rassemble les grnnds de la nation et se fait proclamer prince des Français.

Il remporte une victoire éclatante sur Abdérame : quatre cent mille Sarrasins sont écrasés dans les plaines de Tours, et le croissant est refoulé vers l'Espagne.

Pépin, son fils, s'empare du trùne, fait raser Ghilpéric IV, et jette dans un cloître le dernier roi de cette race de Mérovée qui pendant trois cents ans avait couvert la France de désastres.

Charlemagne succède à Pépin, son père : grand législateur, il donne à la France ses Gapitulaires ; administrateur habile, il organise son vaste empire, étabht des juges dans les provinces, et fonde des académies ouvertes à toutes les sciences. Mais l'ambition a rendu Ghariemagne usurpateur et parricide;

son fanatisme l'a jeté dans des guerres cruelles contre les Saxons les Sarrasins, les Lombards, et trentetrois ans de massacres et de carnage remplissent le règne de Gharles le Grand.

Les lois de Charlemagne sont oubHées après sa mort, les établissements qu'il avait fondés disparaissent, les savants qu'il avait appelés pour illustrer son règne sont bannis du royaume, et le peuple rentre dans les ténèbres.

Louis le Débonnaire, roi faible et dévot, plutôt moine que roi, commence l'étrange bouleversement de l'empire.

Il s'empare des États de Bernard, son neveu, roi d'Italie, et les partage entre les trois enfants de sa première femme.

Judith, la plus belle et la plus jeune des filles de la cour, devient la saconde femme de Louis; son ambition égale son impudicité; elle veut élever à l'empire Gharles, son bâtard; les fils de Louis se révoltent, assemblent un concile, marchent à la tête d'une armée puissante et déposent leur père.

Les troubles domestiques, les haines, les perfidies se succèdent, et Louis meurt en laissant le royaume partagé entre ses quatre fils.

Gharles le Chauve, fils de Judith, devient roi de France, et renouvelle les scandales de sa mère. La belle Richil ie, sa concubine, monte sur le trône, traîne à sa suite les incendies, les pillages, les meurtres le débauches, et enfin fait empoisonner son mari par Bosson, son frère et son amant.

Les successeurs de Charles préparent la ruine et la décadence de cette deuxième race; Louis le Bègue règne deux ans, laisse deux bàtardset la reine enceinte, sujet de troubles etd'anarehie.

Gharles le Gros, roi de Bavière, est appelé à l'empire par les suffrages des états.

Sous son règne, des hommes du Nord, sortis des glaces de la Scandinavie, font irruption en France, viennent assiéger Paris, et forcent Gharles à leur payer un tribut et à leur abandonne.i le pillage des provinces.

Les peuples indignés le chassent du trône, et le roi de France se trouve réduit à un tel état de mépris, d'aliandon et de pauvreté qu'il ne lui reste pas une seule retraite pour cacher sa honte et sa chute épouvantable.

Charles le Simple prend les rênes du royaume; sa faiblesse encourage l'audace des grands vassaux de la couronne; le comte Robert lève l'étendard de la révolte, livre une bataille dans laquelle il est tué; son gendre Herbert, comte de Vermandois, s'empare par trahison de la personne du roi, force Charles le Simple à abdiquer, et place la couronne sur la tête de Raoul.

Après la mort de cet usurpateur, le fils de Charles le Simple est rappelé en France par les états, et il règne sous le nom de Louis d'Outre-mer.

Les mêmes perfidies et les mêmes cruautés signalent le règne de Louis IV; il veut s'emparer des États du duc de Normandie, et lui-même devient prisonnier de ses ennemis.

Hugues Capet délivre Louis IV en sacrifiant la Bretagne ; le roi, par reconnaisance, attire dans un piège le comte de Vermandois, beau-frère de Hugues,

et le f;iit pendre pour le punir de l'emprisonnement de son père.

Mais la vengeance des Gapet sera terrible ! Hugues séduit la jeune femme de Lothaire, la force à empoisonner son mari et son ftie, et la race des Garlovingiens s'éteint dans ce double parricide.

Hugues Gapet recueille cet héritage sanglant, rassemble les états, se fait proclamer roi des Français, et devient le fondateur de la race des Gapétiens.

Pour affermir son usurpation, il sacrifie la nation à sa politique, partage le "royaume avec les grands vassaux, crée les duchés, leS comtés, les baronnies, les marquisats, les châtellenies, tout ce monstrueux gouvernement féodal qui écrasa la France pendant sept cents ans.

Robert le Pieux lui succède, bâtit des églises, enrichit les couvents, et abandonne au clergé les dépouilles des malheureux peuples.

Le pape Grégoire V excommunie ce roi bigot, met le royaume en interdit, fait interrompre le service divin, ordonne aux prêtres de refuser les sacrements aux vivants et la sépulture aux morts jus([u'à ce que Robert ait répudié Berthe, sa première femme.

Philippe I" monte sur le trône; les guerres de la France avec l'Angleterre commencent avec son règne ; une dispute frivole entre les fils du duc de Normandie et de Philippe devient l'origine de ces guerres d'extermination, de ces haines implacables, de ces discordes générales et insensées, qui ont poussé les deux nations en rivalités de massacres et d'embrasements.

Les papes ébranlent les empires et commencent à élever leurs audacieuses prétentions sur les couronnes des rois.

Les croisades sont pubHées, et trois millions d'hommes marchent à la conquête de la Terre sainte, sous la conduite de Pierre l'Hermite.

Au milieu de cette confusion, les moines, les chanoines, les chartreux, les jacobins, les bénédictins, les augustins, les dominicains noirs ou blancs, les carmes chaussés ou déchaussés, multiplient à l'infini et dévorent la substance des peuples.

Sous Louis VI, les tyrans de la féodalité s'arrogent des droits de tailles et de corvées, enlèvent les jeunes mariées, et plongent la France dans les malheurs les plus épouvantables : les provinces s'arment contre les provinces, les villes contre les villes, les castels contre les castels, et les seigneurs se font entre eux des guerres d'extermination.

Louis VII prend part à ces guerres, marche contre Thibaut, comte de Ghampagne, s'empare de Vitri, fait massacrer les habitants, et, pour rendre sa victoire plus éclatante, après avoir fait murer les portes d'un temple où s'étaient réfugiés les femmes, les enfants, les vieillards de cette ville infortunée, il y fait mettre le feu, et quinze cents cadavres sont ensevelis sous des ruines brûlantes.

Ge roi dévot, pour expier son crime, fait bâtir des couvents, enrichit les moines et entreprend une nouvelle croisade.

Les désordres d'Eléonore sa femme, ses amours incestueux avec Raymond, son oncle, ses débauches avec un jeune Turc, entraînent le désordre dans le camp des croisés.

Louis VII enlève sa femme et lamène en France les tristes débris de son armée.

Philippe-.Auguste chasse les juifs du royaume, confisque leurs biens, puis leur vend le droit d'y rentrer et les chasse de nouveau.

Il se croise avec Richard d'Angleterre pour la conquête de la Terre sainte, et renouvelle les désastres de son père.

Phihppe, excité par le pape Innocent III, ordonne des croisades contre les? Albigeois ; 1 horrible Dominique, accompagné des légats du pape, dirige les exécutions; les catholiques, au nom de la religion, commettent les crimes les plus odieux, les incendies, les meurtres, et se livrent à des débauches impies sur les cadavres des filles et des femmes qu'ils ont égorgées.

Saint Louis monte sur le trône : faible et dévot, il abandonne le royaume pour conquérir la Terre sainte. Les Sarrasins le font prisonnier, et Paris paye huit mille livres d'or pour la rançon du roi.

De retour en France, il s'occupe de l'administration du royaume, rend la justice aux peuples, et publie ces fameuses ordonnances, mélange de sagesse et de fanatisme, assemblage bizarre de justice et de cruauté.

Il condamne les blasphémateurs à avoir la langue percée d'un fer rouge et les lèvres brûlées; il ordonne à ses officiers de poursuivre à outrance les hérétiques et de les brûler sans miséricorde.

Les juifs sont déclarés infâmes et livrés comme esclaves aux seigneurs; et la loi ajoute que les chrétiens convaincus d'avoir entretenu des relations criminelles avec une juive seront brûlés vifs, parce que, suivant l'ordonnance du roi, « se souiller avec « une juive était un crime égal ou même supérieur « à celui de la bestiahté ! 1 1 »

Le frère de saint Louis, Gharles d'Anjou, est appelé en Italie par Innocent IV pour s'emparer du royaume de Naples ; vainqueur par trahison du jeune Gonradin, il lui fait trancher la tête, et par un raffinement de cruauté, le malheureux Henri, fils du roi de Gastille, est renfermé dans une cage de fer et promené dans toutes les villes de la Rouille et du Bénévent.

Louis IX cède encore au fanatisme des prêtres ; il entreprend de nouvelles croisades, aborde en Afrique, prend Garthage, et meurt de la peste sous les murs de Tunis.

Phihppe le Bel, par une lâche perfidie, s'empare de la jeune fille du comte de Flandre, pour faire rompre son mariage avec le fils du roi d'Angleterre; une seconde trahison le rend maître du comte de Flandre et de ses enfants, qui étaient venus sous la sauvegarde royale supplier Philippe de leur rendre la jeune princesse.

Les Flamands, indignés, s'arment pour venger la violation du droit des gens ; un tisserand et un boucher sont les tribuns qui conduisent le peuple, et quarante mille Français sont égorgés dans les plaines de Gourtrai.

Les peuples, épuisés par les guerres, ne peuvent plus augmenter ses trésors; Philippe vole la nation, diminue la valeur des monnaies et devient le pre» I mier faux monnayeur couronné.

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Son avarice n'est pas ancore satisfaite, et les templiers montent sur des bûchers pour laisser au roi les immenses richesses de leur ordre.

Sous Charles IV, les débauches de Marguerite de Bourgogne, de Jeanne sa sœur et de la reine Blanche rendent à jamais célèbre la fameuse tour de Nesle.

Philippe et Gaultier d'Aulnay, leurs amants, surpris en adultère avec ces princesses, sont condamnés à être écorchésvifs et traînés par un cheval sauvage sur l'herbe d'une prairie fraîchement coupée.

Les Valois montent sur le trône, et la loi salique est proclamée en France.

Philippe de Valois, impérieux et cruel, déclare la guerre aux Flamands et à l'Angleterre ; sa Hotte est détruite dans la journée de l'Ecluse, et trente mille Français sont engloutis dans les abîmes de la mer.

L'armée de terre est tout entière égorgée dans la funeste bataille de Gréqui.

Au milieu des désastres pubhcs, le roi de France , et sa cour somptueuse exigent de l'or pour continuer le luxe des fêtes et les débauches.

La misère du peuple est sacrifiée à l'avarice des traitants; les tailles, les subsides sont doublés; une loi nouvelle diminue encore les monnaies, et l'affreux impôt sur le sel vient encore augmenter l'infamie de ce règne.

Jean perd la bataille de Poitiers, est fait prisonnier du roi d Angleterre, et sa rançon coûte à la France trois millions d'écus d'or et ses plus belles provinces.

Charles V lui succède. Bourreau des peuples par une longue suite de guerres qu'il pouvait éviter, assez hypocrite pour cacher son avidité et ses exactions, assez habile pour éblouir la nation par l'éclat des victoires, assez rusé pour paraître un homme de génie, assez politique enfin pour se faire aimer en foulant la nation, Charles V est passé à la postérité avec le titre de sage.

Mais le massacre de Montpellier a laissé dans l'hisioire une page sanglante contre la royauté, et les peuples ont été effrayés de l'empire qu'Us accordaient à un seul homme!

Les habitants de Montpellier s'étaient révoltés contre les gens du roi, qui violaient leurs privilèges dans la perception des impôts.

Quatre vingts officiers ou exacteurs furent tués par le peuple : le roi Charles le Sage, pour venger les séides de sa tyrannie, envoya contre la ville une armée commandée par le duc de Berry. son frère. Lorsque le prince arriva aux portes de Montpellier, les habitants, les consuls, les gens d'église, vinrent à sa rencontre, la corde au cou, les habits déchirés, fondant en larmes, et lui présentèrent les clés, en criant : Miséricorde !

Ce tigre, en exécration à l'humanité, fait dresser un échafaud sur la place, et prononce un arrêt par lequel, en l'autorité du roi. il déclare « les privilèges « de la viUe abolis ; le consulat, les arches oom- « munes, l'université supprimés; leurs cloches et « les sahns enlevés ; les murailles détruites; ordonne « que six cents habitants choisis à discrétion seront « condamnés à mourir, savoir: deux cents décapités.

« deux cents à être pendus, deux cents à être brute lés ! ! ! il Le tout fut exécuté par l'ordre de trèshaut, très-redoutable et très-puissant seigneur Charles le Sage, roi de France!

Sous Charles VI, les peuples s'ébranlent et réclament la diminution des impôts; alors le roi, pour éteindre les révoltes, fait entourer de troupes nombreuses la ville de Paris, désarme les citoyens, défend les assemblées, fait saisir les bourgeois dans leurs maisons, et, comme l'on manquait de bourreaux, ces malheureuses victimes étaient liées dans des sacs et traînées à la Seine.

Les gabelles furent augmentées, la ville de Paris ruinée, et la levée des mêmes impôts fut renouvelée jusqu'à cinq fois dans Tannée.

Le mariage du roi avec Isabeau de Ba\-ière exige encore des sommes immenses, et Paris, cerné par les soldais de Charles VI, vint apporter aux pieds de la reine soixante mille couronnes d'or.

Dans les villes, les peuples malheureux mouraient par milliers sur le seuil des palais; les femmes, les enfants, sans asile, restaient e.xposés à la rigueur des hivers.

Dans les campagnes, la soldatesque eflrénée ravageait les moissons et massacrait les laboureurs quand ils osaient se plaindre.

Mais la reine Isabeau passait les jours et les nuits au mibeu des danses, des repas sompiueux et plongée dans toutes les débauches.

Le roi Charles devient fou : les peuples abrutis, regardant sa personne comme inviolable et sacrée, respectent ce fantôme de royauté et abandonnent à Isabeau les rênes du gouvernement. Sous cette régence, des maux épouvantables désolent la nation; les guerres civiles se succèdent; les Armagnacs et les Bourguignons se sut-passent en perfidies, en lâchetés, en pilleries, en assassinats.

A ces calamités vinrent se joindre deux fléaux: l'insatiable avarice des papes, qui pressuraient le royaume pour en arracher les derniers lambeaux, et une épidémie, causée par les chaleurs excessives et par la foule des morts enta.'sés dans les cimetières de Paris. Entre les deux fêtes de la Vierge, cent mille, habitants de tout âge, de toutes conditions, avaient péri de cette contagion funeste.

Cl arles VI meurt. Le royaume passe sous la domination des Anglais, et le dauphin, dépouillé de ses États, oublie la France dans les fêtes et dans les plaisirs.

Une jeune villageoise, Jeanne Darc, se présente à Charles VII, ranime 1 énergie du prince, marche à la tête de l'armée et conduit le roi victorieux à Reims, où il est sacré avec solennité.

Louis XI succède à son père, cpii s'était laissé mourir de faim dans la crainte d'être empoisonné par ce monstre. Loui-; XI! son nom seul rappelle la cruauté d'un tytan fourbe et superstitieux.

Bientôt son caractère implacable se montre à décomvrl; les préposés des gabelles font des exactions à Reims et occasionnent un ^oulèvement; pour punir le peuple rebelle, le roi introduit dans la ville une troupe d assassins : ceni bourgeois sont pris dans leurs maisons et périssent sur l'échafaud.

Son frère Charles meurt empoisonné; le comte

HOIS, 1\EÎNT<;';, EMPEREURS

d'Armagnac est massacré par ses ordres, après avoir rompu une hostie avec le cardinal d'Arras ; le connétable de S;iint-Pol est condamné à mort par un jugement iiiiiiue ; le duc de Nemours est renfermé à la Bastille, dans une cage de iér ; ensuite, condamné à avoir la tête tranchée en place de Grève : le jour de l'exécution, ses enfants, couverts de longues robes blanches, furent amenés sur l'échalaud et inondés du sang de leur père.

Poursuivant sa vengeance contre ces malheureux enfants, il les fit plonger dans des cachots en forme de hottes pointues par le fond, afin qu'ils n'eussent aucun repos; il les en relirait deux fois par semaine pour être frappés de verges, et de trois mois en trois mois il leur faisait arracher une dent.

Lâche et hypocrite, Louis XI portait à son chapeau une vierge de plomb, devant laquelle il se prosternait pour obtenir le pardon des forfaits qu'il allait commettre. Plus de quatre mille personnes périrent par ses ordres. Sous son règne, on ne voyait autour des maisons royales que des gibets, des roues et des échafauds.

Enfin, ce monstre couronné rendit son âme détestable au milieu des terreurs, et des tourments.

Louis XI occupe la première place dans les annales des tyTalis; aucun despote ne présente un composé de qualités si étranges Ne respirant que la vengeance, mais sachant la retarder pour la rendre plus cruelle; avide d'argent, et sachant le prodiguer pour faire réussir ses projets; barbare, et caressant ses ennemis pour les surprendre désarmés; d'une extrême défiance, et feignant l'abandon lorsqu'il voulait obtenir un secret; lâciie, dévot, et souvent mtrépide dans l'action.

Tous les actes de sa vie ont été les ramifications de sa perfidie, et montrent combien il excellait dans les combinaisons tortueuses de cet art exécrable qu'on appelle politique.

Louis XII, le Père du peuple, enlève les privilèges de l'Université de Paris, introduit dans la ville un grand nombre de soldats pour étouffer les plaintes de la bourgeoisie et du peuple, fait une alliance avec l'horrible Alexandre VI, ce Borgia souillé de tous les crimes, et en obtient l'autorisation de repu dier la ma heureuse Jeanne.

Ce roi se laisse entraîner à la guerre d'Italie par les conseds du pape et de son fils, César Borgia, et la France voit ses trésors s'engloutir dans des luttes déplorables.

François I"' appelle auprès de sa personne les évêques du royaume, les gentilshommes des provinces et, pour augmenter l^s magnificeuces de sa cour, il leur vend les charges de lÉtat. Son fanatisme rallume les bûchers dans les vides du Midi; et le parlement de Provence, secondant sa fureur, fait torturer, égorger, biùler, six mille personnes, sans pardonner au sexe, ni à la vieillesse, ni à l'enfance.

Après avoir ruiné son royaume, arrosé l'Italie du sang français; après avoir été fait prisonnier à Pavie et avoir donné pour sa rançon deux millions d'écus d'or, les duchés de Bourgogne, d'Artois et de Flandre, François I" mourut d'une infâme maladie qu'il avait puisée dans les bras delà belle Féronnière.

Henri II établit une chambre ardente contre les

luthériens du royaume, et assiste, entouré de sa cour, aux supplices des nombreuses victimes des fureurs catholi [ues : les malheureux protestants, attachés par une chaîne de fer à un« poutre qui jouait en bascule, étaient plongés dans des brasiers enflammés; ensuite cette machine infernale, se relevant d'elle même, prenait un temps d'arrêt, tt, les replongeant dans les flammes, renouvelait des souffrances épouvantables. Les cris affreux d'un de ces infortunés frappèrent si violemment l'âme atroce de ce roi, que toute sa vie il en conserva des souvenirs effrayants qui troublaient le repos de ses nuits et le poursuivaient jusqu'au fond de ses palais.

François II règne quinze mois, et les supplices des hérétiques continuent; mais la rage succède à la patience : les protestants, qui s'étaient multipliés à la lueur des bûchers et sous le fer des bourreaux, Imitent enfin, par de justes représailles, les cruautés de leurs ennemis : des guerres civiles smbrasent la France; une paix plus funeste que la guerre succède au carnage, et la barbarie, s unissant à la lâcheté, secoue sur les peuples les torches du fana^ tisme religieux.

L'inquisition est introduite en France : le conseil du roi et les parlements l'autorisent ; le chancelier de IHospital, seul homme de bien dans un siècle corrompu, s'oppose à l'établissement de cet odieux tribunal.

Après la mort de François II, nous marchons à travers les échafauds, les gibets, les bûchers ; des provinces entières sont réduites en cendres, livrées à la famine, à la désolation, au viol, aux brigandages. Tous les crimes commis par l'ambition et le fanatisme depuis le concde de Nicée pâlissent devant ce nouveau règne, et Charles IX se pose dans l'histoire parmi ces monstres dont le nom seul fait éprouver un sentiment d'horreur et d'épouvante.

A peine sur le trône, il apprend l'art de gouverner par des intrigues et des perfidies. Il organise des massacres contre les protestants de Paris, Amiens, Meaux, Châlons, Troyes, Moulins, Clermont, Nevers, le Mans, Angers, Tours, Rouen, Poitiers, Toulouse, Bordeaux, etc., etc.; ces horribles boucheries s'exercent dans toute la France; et, à la honte éternelle de la magistrature, le Parlement de Paris rendit un arrêt qui permettait d'égorger les protestants partout où on les trouveiait.

Les hommes périssaient par le fer et par le feu ; les femmes et les filles étaient violées avant d'être pendues, noyées ou massacrées, et leurs cadavres étaient encore souillés par la luxure de ces bourreaux fanatiques.

Les prêtres et les Imoines égorgeaient eux-mêmes ces victimes innocentes au nom du pontife de Rome et du roi Charles IX!! !...

Les crimes de Catherine de Médicis, des ducs de Guise, du cardinal de Lorraine et de leurs esclaves vinrent ajouter aux désastres de ce règne.

Mais tous ces attentats pâlissent devant le souvenir de la Samt-Barthélemy !... La cloche fatale se fait entendre!... Le si.i;nal p rti de 1 horloge du palais retentit par toute la France!... des tigres aflam(''s de carnage ie précipitent sur les protestants, les arrachent de leurs maisons, les lancent des fenc-

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très sur les piques des soldats, mutilent honteusement ces corps sanglants, traînent dans les rues les cadavres des femmes et des filles, écrasent les enfants au berceau!... Charles IX s'arme dune arquebuse, et, de la fameuse croisée du Louvre, frappe d'un plomb meurtrier les malheureux qui s'enfuyaient à la nage pour échapper aux poignards des moines et aux glaives des soldats assassins! ! !...

Le massacre dura trois jours à Paris et de' , mois dans toute la France. Quarante mille protestants furent égorgés dans les Ktats du roi chrétien i ! I . . .

Après ces sanglantes journées, Catherine de Mé-

dias et son fils, entourés d'un cortège brillant de seigneurs richement vêtus et de femmes couronnées de fleurs et de pierreries, se rendirent à Montfaucon pour contempler ces corps entièrement nus et horriblement mutilés, dont ([uelques-uns luttaient contre la mort.

Henri III monte sur le trône et traîne à sa suite une troupe de mignons, ministres de ses infâmes débauches.

Par ses ordres, le cardinal et le duc de Guise sont poignardés dans son palais, après leur avoir juré sur l'autel une loyale amitié.

ROIS, REINî]S, EMPEREURS

Une ligue se forme pour demander compte au roi de ce double en me : lesprêtie^, les moi nés prêchent ouverte ment la mort du tyran et Jacques Clément teimine par un assassmil le règne avilisbant dt Henri III.

Avec ce pnnce st teint la brandit des V i lois. Henri IV loi d Navarre , de h maison de Bourbon , devient f héritier du tione

Par son humeur chevaleresque et sa bidvoure, Henu s attache le cœur des 'îoldit', il gagne des bataille-, mit lin àlaligue, et obtient h couronne en embrassant la religion catholiqut apostolique et lomaine

Sous ce nouveau le giie , les persécutions sont suspendues, les peuples respiient des ministres liibiks meitent de l'ordre dans ks hnances, diniiiuent les impôts, lepiiment la I e ice des soldais et f ii t

chtiii le monarque:

mais les piètres arment la main du fanatique Rnv iilldc, etHenrimeurt

assassine

Louis \III abandonne Il cnnduitL du royaume a sa mère , Marie de Medicis , accusée du meuitie de son mari :

changeant ensuite de caprice, il fait massacresjus ses ypux le maréchal d \ncie, favori de sa mcre, la chasse du loyaume avec ses partisans Lt la laisse mourir de faim a Lologne.

I es cachots de la Basil lie se 1 emplissent des victimes du roi ou de Richelieu son ministre.

Ensuite le cardinal de Richelieu et Louis XIII, d la tête d une armée lormidable vienneni luettie le biege devant 1 1 Rochelle les habi- I mts de cette cité cou-

I i'cuse lefusèrentdese icndic d Id discrétioi:

le Jeuis faiouches en -

II mis déclarant qu'ils s ensevcludient sous hi

ruines de leurs murailles ; pressés par les horreurs de la famine, ils laissèrent sortir de la ville leurs femmes, leurs vieillards et leurs enfants, qui se répandirent dans les prairies entre le camp des assiégeants et les murs de la place, afin de trouver quelques herbes à dévorer; alors le cardinal, ministre d un Dieu de paix , et le monarque imbécile et dévot, ordonnèrent à leurs troupes de tirer sur ces spectres hâves , décharnés et tremblants ! Et , à la honte du siècle, il se trouva des soldats pour exécuter les ordres sanguinaires de ces deux tyrans!...

Richel eu, au nom du roi, ordonne les proscriptions, les assassinats, les meurtres juridiques, et termine ses sanglantes exécutions par la mort de Cinq-Mars et du vertueux de Thou.

Louis XIV commence un règne de soixante-douze ans, règne de gloire, de grandeur, de turpitudes, de crimes et de calamités.

Roi absolu, résumant toute la nation dans son individualité , il casse à (juinze ans le parlement de Paris, et renverse le seul pouvoir placé entre le trône et le peuple : les chambres veulent adresser au monarque des remontrances; il fait saisir les conseillers et les plonge dans les cachots de la Bastille.

Après l'e.vtinction des guerres civiles, fier de ses premières victoires, il entre au parlement, en grosses bottes, le fouet à la main, et défend toute opposition contre ses édits.

La terreur du despotisme couvre la France entière, et Louis XIV peut déployer sans crainte le faste et l'orgueil des souverains d'Asie. Les larmes du peuple se changent en or, et les richesses de la nation servent à payer les maît resses et les esclaves titrés de ce roi voluptueux.

Mais ce prince, orgueilleux devant les faibles, obéit lâchement aux ordres de GromvveU et chasse les Stuarts de ses États.

Menteur à sa parole, il fait un traité avec l'Espagne et envoie des secours au Portugal; il vend sa protection aux Hollandais, et, après avoir reçu l'argent de ce honteux marché , il refuse de joindre ses vaisseaux à ceux de ses alliés.

Spoliateur mfàme, il usurpe les provinces du fils de Charles II, son beau-frère, roi d'Espagne, dont il devait être le protecteur, et partage ses dépouUles avec l'empereur d'Autriche.

La Franche-Comté est envahie avec la même iniquité ; la conquête dure trois semaines, et Louis XIV fait cette campagne entouré de la pompe et des grandeurs de la cour.

Ses succès avaient été rapides; mais cinq jours suffisent pour cimenter une ligue entre la Hollande, l'Angleterre et la Suède, et arrêter les progrès de son armée.

Un républicain d'Amsterdam force ce roi superbe à rendre la Franche-Comté à l'Espagne.

Turenne, par les ordres de Louis XIV, ravage le Palatinat et détruit plus de trente villes.

L'Alsace est saccagée par les Français eux-mêmes pour empêcher les Allemands d'y pénétrer.

Enfin , les cris de la France dépeuplée effrayèrent le monarque et le contraignirent à faire la paix.

Alors sa fureur se tourna contre ses sujets : lâche esclave des jésuites et de la coui' de RomSj il lève la

destruction des protestants et révoque l'édit de Nantes : on dépouille les calvinistes, on les condamne à être roués ou pendus; les dragons sont envoyés dans les châteaux et dans les villes pour chasser les protestants ; les frontières sont gardées pour prévenir la fuite des réformés, et la France est une vaste enceinte, gardée par des hommes impitoyables, au milieu de laquelle les prêtres, les évêques conduisent des troupes d'assassins.

Les esprits s'e.xaltent, les protestants se rassemblent, des armées s'organisent et la France est en feu ; les dragonnades des Cévennes s'étendent dans les provinces méridionales, les soldats briilent les villes, pillent les châteaux, violent les femmes, mutilent les cadavres et font des déserts sur leur passage. Les calvinistes, à leur tour, chassent les armées du roi, exercent leurs vengeances contre les catholiques ; ils rendent meurtre pour meurtre , viol pour viol, et les églises et les châteaux deviennent encore la proie des flammes.

Louis XIV, affaibli par l'âge, et vaincu par les fléaux qu'il a lui-même attirés sur ses États, meurt, comme Louis XI, couvert de reliques, et livré aux terreurs de l'enfer.

Fanatique jusqu'à la frénf'sie, perfide dans ses traités, lâche suborneur, égoïste impitoyable, despote insolent , ce roi a coûté vingt milliards à la France et préparé les désastres de ses successeurs.

Son testament est cassé par le parlement, qui nomme Philippe d'Orléans régent du royaume.

Époque de scandales, de débauches; de soie et d'or pour les courtisans , de larmes et de misère pour les peuples !

Le régent et la duchesse de Berry, sa fille, se livrent sans pudeur à leurs amours incestueux ; leurimmoralité déprave k nation, et les mœurs des bacchantes s'introduisent dans les familles.

Mais les vices de la régence sont encore surpassés par ceux de Louis XV. Ses maîtresses gouvernent l'État, vendent les armées et dilapident les finances, pendant que ce roi sybarite oubHe les malheurs de la nation dans les débauches et dans les incestes; ses favorites deviennent ses pourvoyeuses, enlèvent les jeunes filles, les renferment dans l'infâme parc aux cerfs et livrent la pudeur au cynisme du monarque. Une courtisane reçoit l'or des étrangers pour leur assurer le gain des batailles, et fait massacrer quatre cent mille hommes dans les guerres avec l'Italie, l'Angleterre, l'Allemagne et la Prusse. Notre marine est anéantie, notre commerce est détruit, et les dettes de l'État sont encore plus énormes que sous Louis XIV.

Le roi, pour remplir ses trésors, devient le bourreau de son peuple ; les monopoleurs accaparent les blés, et Louis XV est le chef du pacte de famine.

Bientôt des agitations sourdes, de Paris s'étendent dans toutes les provinces; la nation, désolée par les massacres des règnes précédents, épuisée par les déprédations, commence à sortir de sa stupeur.

Quatorze siècles de malheurs et de crimes ont marqué le passage des rois ; les peuples frappent d'anathèmes ces tètes criminelles et préparent le jour des vengeances.

Louis XVI monte sur le trône. Homme vertueux,

ROIS, REINES, EMPEREURS

mais roi faible, il s'abandonne aux conseils de lâches courtisans : leurs rêves insensés sont impuissants pour arrêter la marche des esprits, et la Bastille s'écroule avec ses horribles cachots.

Une immense révolution s'accomplit; la souveraineté du peuple est proclamée, et Louis XYI monte sur l'échafaud.

Les tyrans de l'Europe se coalisent; des armées nombreuses marchent contre la France : l'or des rois paye les trahisons, soulève la Vendée et jette l'Etat dans une grande confusion.

Bonaparte s'élève; son génie fascine les peuples, sa parole électrise les soldats, et ses armées arborent le drapeau de la République dans les capitales des rois.

Napoléon, vainqueur de l'Europe, dans toutes les splendeurs de sa gloire, tient dans ses mains les destinées du monde ! Mais Dieu n'avait pas marqué la fin de l'esclavage des peuples, et l'empire succède à la république.

Siècle de prodiges! Les batailles sont des rencontres formidables où les nations viennent s'anéantir! les conquêtes sont des royaumes entiers ! les généraux de ces armées sont des rois ! et le maître de tous ces souverains, de tous ces empires, c'est un homme grand comme le monde, c'est Napoléon, empereur des Français ! ! !

L'élu du peuple a oublié sa mission divine; les nations demandaient la liberté, il leur a donné des rois.... Sa puissance s'écroule dans les plaines de Waterloo !

Les jours de deuil commencent : les Bourbons montent sur le trône, traînant après eux une troupe de courtisans; ils rappellent les jésuites dans le royaume, s'entourent de l'appareil des supplice^ et rêvent des siècles de tyrannie.

Charles X ose rompre le contrat qui l'unissait à une grande nation, et les trois immortelles journées de Juillet 1830 viennent apprendre aux hommes que l'autorité des rois n'est puissante que par la volonté des peuples, et que les peuples peuvent être souverains sans la volonté des rois !

Louis-Philippe d'Orléans, instruit à l'école du malheur, élevé au milieu des tourmentes révolutionnairos, admirateur passionné de Washington et de la Fayette, est choisi comme le plus digne, et proclamé roi des Français.

Le prince, en acceptant la couronne, avait juré de maintenir l'honneur de la France, de conserver le dépôt sacré des libertés et d'accroître le bonheur des peuples !

Mais, infidèle à son serment, Louis-Philippe, après dix-huit ans de règne, ent chassé par une nouvelle révolution, en 1848, et va mourir obscurément en Angleterre.

De nouveau, la République est acclamée en France, et le vieux monde en est ébranlé jusque dans ses fondements.

Hélas! le peuple n'était pas encore mûr pour la liberté; les votes des campagnes acclament comme représentants de la nation les partisans de la monarchie et du cathoHcisme, et la République tombe à la suite du coup d'État du 2 décembre 1851. . .

La statue de la liberté se couvre d'un crêpe funè~. bre, et l'Empire est fait „

La postérité jugera les hommes ; nous nous cou tenterons d'exposer les actes du nouveau règne, de raconter les guerres et les désastres de l'Empire Ja Napoléon III, les luttes de la revendication, et — nous en avons le ferme espoir — le triomphe Je [jl liberté chez tous les peuples....

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