‹ Histoire des papes (volume 3)Chapitre 4 sur 78 · VI FRONTISPICE · texte numérisé non relu

VI FRONTISPICE

In pontife sacrilège se livre à des amours roonstrueui avec ses enfants.

Un monarque, renfermé dans ses palais somptueui, cache ses incestes et ses débauches.

Un temple majestueux s*éiève sur les trophées des rois ; deux dates mémorables gravées sur le frontispice» 1789-1830! et la France, ornée du bonnet phrygien « déploie son glorieui drapeau.

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L'Histoire des Papes est une osuvre immense qui embrasse les révolutions politiques , morales et religieuses de tous les peuples. Elle parcourt une longue série de siècles pendant lesquels les évêques de Rome, dont la mission était d'annoncer aux hommes une religion sublime, ont oublié dans l'orgueil de leur puissance les préceptes de l'Évangile, ont outragé la morale du Christ, et sont devenus les fléaux du genre humain.

Autrefois les foudres lancées du Vatican par des prêti*es sacrilèges bouleversaient les royaumes , couvraient l'Europe , l'Asie et l'Afrique, de bûchers , de guerres , d'embrasements : mais les temps sont changés, les passions religieuses sont éteintes; la philosophie a renversé les trônes absolus , ébranlé le colosse des papes.

Une analyse rapide de ces époques précède notre histoire; elle offre le tableau le plus effrayant de débauches monstrueuses, de guerres sanglantes, de schismes et de révolulions mémorables. Elle prépare aux récits merveilleux de cette longue suite de pontifes et de rois , célèbres par leurs crimes ou illustres par leurs exploits.

Dans les siècles passés, I'Histoire des Pi^PEs nous eût fait monter sur les bûchers de l'inquisition ! aujourd'hui nous espérons qu'elle recevra les honneurs de l'excommunication pour arriver à la postérité.

La sagesse des nations a fait disparaître le fanatisme aveugle ; la raison^ la tolérance, ont remplacé les passions religieuses qui poussaient les hommes aux attentats les plus horribles^ et les faisaient ressembler à des tigres altérés de sang plutôt qu a des êtres humains.

L orgueil des papes, leur insatiable ambition, avaient trouvé dans les rois absolus des auxiliaires puissants, souvent dociles^ pour imposer aux peuples leurs exécrables volontés; soumettre les faibles , agrandir leurs états, et monter enfin à un si haut degré d*audace qu'ils s'appelaient les représentants de Dieu sur la terre, qu'ils s'arrogeaient le droit de donne^ les royaumes, de déposer les princes, de partager le. monde

Les ténèbres de l'ignorance obscurcissaient alors les esprits ; les peuples, abrutis dans un affreux esclavage, se déchiraient entre eux comme des bêtes fauves, pour plaire à leurs tyrans et servir leurs passions déréglées.

Siècles de malheurs, de massacres, d'incendies, de fa^ mines!

Abusant de la crédulité des peuples, les rois renversaient I- 1

s mSTOIBE DES PAPEB.

les empires par des giiwres insensées, et faisaiœt on déswt des villes, des campagnes.

Les papes, monstres plus lâches, plus farouches que ceux de lautiqueRome et de Byzance, assis sur la chaire pontificale, ceints dua triple diadème d'orgueil , d'hypocrisie, de fanatisme, entourés d'assassins, d'empoisonneurs, de courtisans, se hvraient à toutes les débauches et insultaient aux malheurs publics.

Mais les ténèbres se sont dissipées ; les meurtres, les assassinats, la misère, la dévastation, ont fait surgir des vérités; vérités terribles, étemelles, que la politique et la cruauté des rois avaient ensevelies sous les décombres des empires.

L'histoire! grande et magnifique leçon! elle parcourt les siècles passés, où la barbarie impitoyable des prêtres, aidée de rignorance des honmaes, bouleversait le monde ; où les habitants des campagnes, nus, déchirés, faisaient horreur aux brigands mêmes, qui n'avaient plus rien à piller que les cadavres gisants sur la terre. EUe rappelle les époques de désastres, de confusion, de solitude, où les moindres métairies étaient fortifiées par les Anglais , Français , Romains , misérables à la solde des rois et des nobles , acharnés sur leur proie : tons étaient d'accord pour piller le laboureur, mas* saœr les peuples, et, chose étonnante, horrible, les animaux mêmes, accoutumés au tocsin, signal de l'arrivée des soldats, conraient sans conducteurs à leurs repaires.

Les nations apprendront à juger les empereurs et les rois, inflexibles, inexorables, poussant des millions

mSTOIRB DIS ROIS. 3

d'hommes à des guerres crueUes pour soiitemr les prétentions les plus injustes^ augmenter le nombre de leurs esclaves^ accroître leurs richesses^ satisfaire le luxe efiréné des courtisans, assouvir l'ayidité de leurs maîtresses, pour occuper enfin l'esprit inquiet^ soupçonneux, d'un tyran dévoré d'ennui.

Les peuples connaîtront les grandes vérités de l'histoire ; ils apprendront par quelle audace impie, par quek pactes sacrilèges les papes et les rois ont été les causes les plus graves des malheurs de l'Europe^ pendant deux mille ans de tyrannie et de fanatisme.

Sous le r^e de Tibère parut un homme, fils de Miriam, appelé le Christ : les nations étaient plongées dans l'igno* rance ; la loi de Moïse était obscurcie par les traditions humaines ; les mœurs des Israélites et celles des autres peuples étaient dans un égal degré de corruption.

Cet homme, tout extraordinaire, tout divin ^ ne se contenta pas de gémir sur le sort du genre humain; il prêcha, il dogmatisa, il enseigna une morale sévère, opposée aux maximes corrompues du siècle.

Ses disciples, choisis dans le peuple, enseignèrent aux hommes ce qu'ils avaient appris de ce divin maître; de sages préceptes, une morale sainte et rigide, une doctrine mystérieuse, des dogmes incompréhensibles >

Les disciples du Christ n'employèrent pas la force pour Caire recevoir leurs préceptes : au contraire, ils furent perse-

k HISTOIRE DES PAPES

cutés de toutes manières^ et leurs prédications^ soutenues de bons exemples, firent les progrès les plus rapides.

On persécuta l'homme Dieu , on le poursuivit avec une fureur égale au zèle qu'il témoignait contre le vice, et il termina sa mission divine par un supplice inâme.

Les premiers chrétiens se distinguaient par le nom de frères^ de saints, do fidèles; ils étaient humbles, obscurs, pauvres, travaillant de leurs mams pour subsister.

Ils se répandirent secrètement en Grèce; quelques-uns allèrent à Rome, mêlés parmi les juifs, à qui les Romains avaient permis l'exercice de leur culte dans une synagc^e.

Ce fut vers Fan 60 de notre ère que les chrétiens commencèrent à se séparer de la communion juive : ils s'attirèrent de violentes querelles de la part des synagogues répandues à Rome, en Grèce, dans l'Egypte et dans TÂsie; ils furent accusés d'athéisme par leurs frères juifs^ qui lés excommuniaient trois fois le jour du sabbat.

Plusieurs églises se formèrent, et la séparation devint entière entre les israélites et les chrétiens. Les Romains avaient pour les deux religions un mépris égal ; ce peuple, le plus tolérant de la terre^ souf&it leurs extravagances tant qu'elles n'attaquèrent pas l'ordre établi par les lois; mais, quand ces obscurs sectaires devinrent persécuteurs, quand ils crachèrent sur les images de leurs dieux^ quand ils brisèrent leurs statues^ alors le préfet de Rome les abandonna à la hache des licteurs.

Dans le premier siècle^ les apôtres et leurs successeurs se cachaient dans les catacombes de Rome, errant dans les villages, dans les cavernes; les papes n avaient pas encore de

HBÎOIRE llES WIS*^ S

trône épiscoptl^ ilâ ne marchaient pas sur la tète des rois, ils n'ébranlaient pas encore les empires. .

Les aumônes des néophytes rendirent la place desévèques des grandes villes très-lucrative ; leur crédit s étendit en rai son de leurs richesses ; leur insolence, leur audace s accru rent dans la même proportion, et leur pouvoir redoutabl plana sur la déception des peuples.

Lorsque les églises reçurent une forme^ on distingua cinq ordres : les surveillants des âmes^ qui étaient les évéques; les anciens de la société ^ qui étaient les prêtres ; les servants ou diacres ; les croyants ou initiés^qui avaient part aux soupers des agapes; les catéchumènes, qui attendaient le baptême : tous avaiei\t des habits comme le reste des hommes^ aucun n'était contraint à garder le célibat.

Devenant plus nombreux^ ils s élevèrent contre le culte de l'empire romain , et forcèrent les magistrats à sévir contre une secte qui troublait Tordre public ; on ne persécuta point les juifs, qui étaient séparés des Nazaréens , et qui se renfermaient dans leurs synagogues : on permettait l'exercice de leur religion comme celui de tous les autres cultes

Mais les chrétiens se déclarant ennemis de toutes les reli gions, et surtout de celle de l'empire^ furent plusieurs fois punis par les lois ; de là cette foule de martyrs dont les prè^ très de Rome ont rempli leurs légendes.

Les historiens afiirment qu'il est mort peu de chrétiens comme martyrs ; on ne persécuta personne pour les croyances religieuses, mais pour des faits réprouvés par toutes les lois.

Les conciles même étaient tolérés ; on en compte cinq dans le premier siède, seize dans le secondi trente dans le troisième*

• mSIDIBB SES PAPBS.

Les empereuiB Tirent avec mépris, qadqu^bis avec indignation, les progrès de oette nouvdle religion qui élevait son cnlte sur les raines des dieux de remjMre.

Diodétien, qui passe pour un persécuteur, fîit pendant plus de dix-huit ans le protecteur déclaré des chrétiens; ils occupai^it des places importantes auprès de sa personne ; il épousa même une chrétienne, et soufi&it que dans Nioomédie, sa résidence, on élevât une superbe église en faoe de son palais.

Galérius couvainquit Diodétiai que cette secte qu'il pro* tégeait était enivrée de fanatisme et de fureur.

L 'en ) pereur rendit un édit pour la destruction de la basili que de Nicomédie; un fanatique mit en pièces l'éditdeDiodétien: on informa, on trouva les preuves d'une sourde conspiration qui s'étendait d'une extrémité de l'empire à lautre : Ântioche, Jérusalem, Césarée, Alexandrie, étaient remplies de ces intolérants novateurs; le foyer de cet embrasement était dans l'Italie, dans Rome, en Afrique et dans l'Âsie-Mineure : plus de deux caitsde ces perturbateurs furent condanmés à mort.

Nous touchons à lepoque où Constantin plaça le diristianisme sur le trône; dès lors on vit les chrétiens, animés d'un ^le furieux, se persécuter sans miséricorde, souleva les quereUes les plus extravagantes, contraindre par le fer et la flamme les païens à embrasser le christianisme.

Constance Chlore avait une concubine qui était chrétienne, mère de Constantin, et connue sous le nom de sainte Hélène. César Constance Chlore mourut à York, en Angleterre, dans un temps oii les enfants qu'il avait de la fille de Maximilien Harcnfei sa famme légitime, ne pouvaient prétendre à l'em-*

HI8T0IRB DBS BO» f

pire; Gonstantm, fils de la concubine, se fit élire empenenr par cinq à six mille soldats allemands, gaulois et anglais.

G^te élection^ faite par des soldats sans le consentement du sénat et du peiqde romain^ fut consacrée par sa victoire sur Maxence, élu enqpereur à Rome, et Constantin monta sur un trône souillé de meurtres.

Parricide exécrable^ il fit égorger les deux Licinius, mari et fils de sa sœur ; il n'épargna même pas ses propres enfimts; et Ton étouffa, par son ordre, dans un bain, l'impératrice Fausta^ fenune de ce monstre.

n consulta ensuite les pontifes de l'empire, afin de connaître quels sacrifices il pourrait offrir aux dieux pour expier ses crimes* Les sacrificateurs refusèrent ses ofiOrandes, et il fut repoussé avec horreur par l'hiérophante, dont la voix criait : a Loin d'ici les parricides, à qui les dieux ne pardonnent » jamais* »

Alors un prêtre lui promit le pardon de ses crimes en se purifiant dans les eaux du baptême, et l'empereur se fit chrétien.

n quitta aussitôt Rome et vint fonder sa nouvelle capitale de Gonstantinople. Sous son règne, les ministres de la religion chrétienne commencent à montrer leur ambition, qu'ils avaient su cacher pendant trois siècles ; assurés de l'impunité, ils jettent la femme de Maxence dans l'Oronte , égorgent ses par^its, massacrent des magistrats en Egypte, en Palestine, arrachent de leur retraite la veuve et la fille de Dioclétîen et ]m prédpitent dans la mer.

Gonstantin assemble le concile de Nioée, exile Arias, le rappeUet braut Athanase, et meurt entre les bras d'Ëiisàbe,

t BÏSTOlBE OCS PAPES.

cbef des ariens, ne s'étant fait baptiser qu'au lit de mort, afin d'échapper aux tourments de l'enfer.

Constance^ fils et successeur de Constantin, imita toutes ses barbaries ; il assembla conuhe lui des conciles qui se proscrivirent, s'anathématisèrent. Âthanase soutint son parti en Europe et en Asie par la ruse et les violences : les ariens Taccablèrent ; les exils, les prisons, les tumultes, les assassinats, signalèrent la fin du règne abominable de Constance.

Jovien et Yalentinien donnèrent tous deux la liberté entière de conscience ; les partis s'en servirent pour exercer leurs haines et leur rage impitoyable.

Théodose se déclare pour le concile de Nicée ; Timpératrice

Justine, qui régnait en lllyrie, en Afrique, comme tutrice du jeune Yalentinien, le proscrit.

Les Goths, les Vandales, les Boui^ignons, les Francs, fondent sur les provinces de Tempire , y trouvent les opinions d'Ârius établies , et les vainqueurs embrassent la religion des vaincus.

Le pape Ânastase calme par sa justice et sa tolérance les querelles religieuses qui divisaient les églises d'Orient et d'Occident ; mais la haine des prêtres termina bientôt par un crime une vie qui eût été glorieuse pour la religion et chère à l'humanité !

Mahomet apparaît au septième siède : habile imposteur^ il fonde une religion nouvelle et le plus grand empire du monde. Banni de la Mecque, il rassemble des disciples , établit les fondements de sa théogonie, et marche aux conquêtes les plus surprenantes.

Les chrétiens étaient divisés par des hérésies grossières;

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les Perses Êusaiem une guerre terrible à Tempire d'Orieut ; les jui& et les catholiques se poursuivaient d'une haine implacable; tout était confusion dans TËglise et dans l'état.

Les évéques ne s'arrogeaient pas encore une juridiction temporelle; mais la faiblesse de l'empire d'Occident fit naître cette usurpation scandaleuse, qui a couvert l'Europe de bûchers, de désastres et de ruines.

Pépin, roi des Francs, se lie successivement avec les papes Zacbarie et Etienne : pour couvrir aux yeux des peuples son usurpation de la couronne de France et le meurtre de son firère, il abandonne au saint-siége les domaines de la Romagne enlevés aux Lombards.

Etienne III, prêtre hypocrite, ne tarde pas à signaler son nouveau pouvoir par les excès de l'ambition la plus effrénée.

Sous Etienne VI, la fureur est au comble ; le clergé se partage en Êictions^ et le pape est élu au milieu du carnage : le pontife, après sa victoire, fait crever les yeux et arracher la langue à Constantin II, son prédécesseur.

Gharlemagne envahit la Lombardie, s'empare de l'héritage de ses neveux, dépouille son beau-père pour le punir d'avoir pris leur défense^ le Êdt traîner à Lyon chargé de chaînes, et le condamne à terminer ses jours dans une prison.

Alors Léon m lui posa une couronne d'or sur la tète, un manteau de pourpre sur les épaules.

Mais les descendants de Gharlemagne ne purent conserver à Rome l'inQuence que cet usurpateur avait acquise en accordant aux papes les terres qu'il avait enlevées aux Lombards.

10 nSTOIKE DBS PAMS.

PasQhal I", par une audace criminelle, fit carerer les yrax et trancher la tète, dans le palais patriarcal de Latran, à Théodore^ primicère de Téglise romaine^ et à Léon , son gendre, parce qu'ils étaient restés fidèles à Lothaire; à la mort du pape, le peuple s oppose à ce quil soit inhumét et vent traîner son cadavre dans les rues de Rome.

Eugène , son successeur^ s'occupe à &ire transporter des sépulcres d'Italie^ des ossements putréfiés, restes afiârenx de la nature humaine ; il les envoie en France , en Allemagne, en Angleterre, et les vend à r£mH)pe chrétienne.

Sei^us, surnommé Groin de cochon, fait publiquement un trafic honteux de toutes les charges de l'Église.

Léon IV a l'impudence d'assurer aux évèques l'impunité des crimes les phis énormes.

Après la mort de Léon, une fenune monte sur la chaire de samt Pierre, célébrant la messe, créant des évèques, donnant ses pieds à baiser aux princes et au peuple : la papesse Jeanne devient enceinte des œuvres d'un cardinal , et meurt dans les douleurs de l'enfantement, au milieu d'une cérémonie religieuse.

Au neuvième siècle, les Grecs et les Latins se séparent; des disputes ridicules causent quinze siècles de meiutres, de carnages, de guerres afireuses, et vingt-neuf schismes ft^yigl^pts vont souiller en Occident la chaire de Rome.

Les Arabes, les Turcs, asservissent l'église grecque et l'église d'Afrique, et viennent élever la religion mahométane sur les débris du christianisme.

Véf^se romaine se maintient dans le trouble, la discorde, les ruines ; pendant cette époque d'anarchie, les évèqoes » les

HISTOUUS DES ROIS. . U

abbés en Allemagne , se font tous princes , et les papes arrivent à la domination absolue dans Rome»

Etienne VII , poussé par une rage impitoyable , ordonne de fouiller le sépulcre de Formose , en fait arracher le cadavre, et, chose horrible ! le fait porter dans un synode assemblé pour le dégrader. Alors ce corps affreux , couvert des habits pontificaux, est interrogé au milieu des scandales, des clameurs forcenées : (( Pourquoi , étant évêque de Port , as-tu usurpé » par esprit dambition le siège universel de Rome?..... » Ensuite le pape, poussé par une barbarie exécrable, le fait dépouiller des habits sacerdotaux , ordonne de lui couper trois doigts, de lui trancher la tête, et de jeter le cadavre dans le Tibre.

Sergius envahit la chaire pontificale; il mène publiquement une vie souillée de débauches avec la Ëimeuse courtisane Marozie; leur fils devient pape sous le nom de Jean XII, et les surpasse par ses crimes monstrueux ; les cardinaux et les évoques l'accusèrent d'inceste avec sa mère, de viol des vierges sacrées, d'adultère, d'homicide, de profanation et de blasphème.

Grégoire Y fait couper les pieds, les mains, la langue et les oreilles à Jean et à Crescentius, et les fait promener ainsi mutilés dans les rues de Rome.

Benoît IX est élevé sur le saint-siége à l'âge de douze ans, par les intrigues et For du comte de Toscanelle ; il se livre iHentôtaux excès de la dépravation et aux débauches les plus honteuses. Les Romains, lassés de ses attentats, le chassent de Rome, et nomment un autre pape, Silvestre IIL Benoît, avec le secours de ses parents , s'empare de nouveau du saint-siége ; mais se voyant l'objet de l'exécration universelle.

li mSTOIBE BIS PAPES

et présageant raie dmte teiriMe. a vend le saint^iége par oiw infiUne simonie^ 6t consacre on troisième pape, nommé Jean XX.

fl se retire ensuite dans le palais de son père, pour se livrer aux voluptés les plus in£àmes.

Après avoir Oaiit ce trafic odieux , le désir de commander rentre dans son âme , et le jette pour la troisième fois dans cette chaire déshonorée : seul contre les Romains qui lavaient &i horreur, seul contre les deux autres papes , opérant un triple schisme, il ^t proposer à ses adversaires de partager entre eux les revenus de l'Ëglise.

Ces trois antipapes, par un scandale affireux^ divisent en trois portions le patrimoine des pauvres, et siègent avec audace, Fun à Saint-Pierre^ l'autre à Sainte-Marie-Majeure, le troisième au palais de Latran.

Exécrable triumvirat! ! !

Un prêtre rusé, avare et dissdu^ achète des trois papes leurs titres infômes à la papauté , et leur succède sous le nom de Grégoire YI.

Uildebrand^ ce moine de Quny, cet empoisonneur de papes, le plus fourbe des prêtres^ usurpe le siège pontifical sous le nom Grégoire YII ; il lance des anathèmes sur les rois, excite des guerres publiques, remplit rAllanagne et Tltalie d'embrasements^ de carnages, de meurtres ; il excommunie Tempereur d'Allemagne, lui enlève le titre de roi^ délie les peuples du serment d obéissance, soulève les princes^ et le réduit enfin à une infortune tellement affreuse que les &cnltés de son àme &ï sont altérées. Alors , excès d'orgueil et de d^radatMail! le ru vint trouver le pa|w « an fiart de

DBTOIBE DES SOIS. tS

» riuTer, à jeun» pieds nus , en chemise, des ciseaux et un » balai à la main!!!»

Adrien^ fils d'un mendiant anglais, fait tenir Tétrier à Tempereur Barberousse ; et pour joindre la barbarie à son triomphe, il exige que le Êoneux Arnaud de Brescia lui soit livré pour être brûlé vif, parce qu'il avait prêché contre le luxe des prêtres et les abominations des pontifes.

Alexandre pousse plus loin que ses prédécesseurs les outrages envers les rois ; l'empereur Frédéric, pour délivrer son fils Othon, prisonnier des Romains^ £sdt supplier le pape de l'absoudre de l'exconmiunication. L'inflexible Alexandre ordonne que Tempereur viendra lui demander pardon^ en présence de tout le peuple assemblé, sans manteau, sans couronne, une baguette de bedeau à la main^ et qu'il se jettera la face contre terre.

Lorsqu'il fut étendu devant le portail de Téglise^ Alexandre lui posa le pied sur la gorge, le foula, en s'écriaht : « Tu » marcheras sur l'aspic et le basilic^ et tu écraseras le lion et » le dragon. »

Gélestin III donne un exemple efifrayant d'une avarice insatiable; Alexandre avait foulé à ses pieds Frédéric Barbe: rousse, qui réclamait la liberté de son fils; ce nouveau pape, pour de l'or^ couronne l'eippereur Henri IV, monstre exécrable, qui renouvela le sacrilège impie d'Etienne YU^ en faisant exhumer le cadavre de Tancrède pour lui faire trancher la tête par la main du bourreau, fit crever les yeux du jeune Guillaume , fils de Tancrède , après l'avoir rendu eunuque ; condamna le comte Jourdan à un supplice horrible^ l'ayant fait attacher nu sur une chaise de fer brûlant t et

le HȴOtBfi tu PAVES.

éOoraiuMr d'tiit oerde de fer enfiâmmé qu'on lui doua sur la tète.

bmooent III fit prèdier des croisades contre les infidèles , grossit ses trésors des richesses des peuples , et traita avec Saladin pour qu'il ne rendit pas les lieux saints à l'empereur d'Allemagne.

Ce pape, fourbe, sacrilège, établit le tribunal monstrueux de l'inquisition, prêche ensuite une croisade contre les Albigeois, dépouille de ses états Raymond YI, comte de Toulouse ; envoie saint Dominique, muni des pouvoirs de persécuter par le fer, le feu, par des tourments inouïs^ les malheureux Vaud<Hs. Les croisés s'emparèrent de la ville de Béziers. L'affireux Dominique, le Christ d'une main, la torche de 1 autre, excitait le carnage , et soixante mille cadavres forent ensevelis sous les ruines de cette cité réduite en cendres.

VToulouse, Carcassonne, Alby, Castelnaudary^ Narbonne, SaintrGilles, Arles, Marseille^ Aix^ Avignon, furent dévastées par les armées du pape.

Raymond, conduit devant un légat, dépouillé jusqu'à 1» ceinture, pieds nus^ fot battu de verges et traîné par une corde autour du tombeau d'un moine fanatique qui avait été massacré par le peuple.

Gr^oire IX, pour soutenir son ambition et le luxe efifréné de sa cour, lève des impôts en France, en Angleterre^ en Al* lemagne; excommunie les rois, soulève les peuples, et se fait chasser de Rome par ses sujets.

Raymond YII^ catholique^ mais fils d'un hérétique, est poursuivi, dépouillé de ses états ; le pape envoie un légat en France pour soutenir cette guerre abominable du Languedoc

et de la Proyçnce; Raymond se défiand avec eounge; lea peuples^ &tigaés de l'avidité insatiable de Grégoire IX, refusent de payer les impôts et forcent le pape à candare la paix.

Le pontife, arrêté dans sa marche, condamne Raymond à payer dix miUe marcs d'ai^ent à son légat, deox mille à l'abbaye de Giteanx, mille à celle de Grand-Selye, trois cents à celle de Belle«Perche ; le tout pour la rémission de ses péchés, comme l'atteste le traité signé devant le portail de la cathédrale de Paris.

Innocent IV, au milieu de ses crimes, fait une action gêné» reuse qui console l'humanité; il prend la défense des juif» d'Allemagne, que les princes et les prêtres persécutaient pour s'emparer de leurs dépouilles.

Dans ce siècle.de barbarie, le &ux zèle de la rdigion savait de prétexte aux injustices les plus révoltantes ; on inventait des calomnies contre les juifs, on les accusait de faire led paques en mangeant le cœur d'un enfant nouveau[«né, et quand on trouvait le corps d'un homme mort, on leur faisait subir la question, et on les condamnait à périr par les plus a&eux tourments.

Urbain IV signe un traité honteux avec saint Louis et Gharles d'Anjou, pour s'emparer du royaume de Naples et partager les états du jeune Gonradin. Le pape détruit les scrupules du roi de France, et fait jurer au duc d'Anjou d'abandonner au saint-siége les domaines sur lesquels il élevait des prétentions, et de lui payer huit mille onces d'or par année.

Clément IV continue la politique de son prédécesseur; le jeune Gonradin rentre dans ses états , livre une bataille décisive; lui-même est fait prisomii^ avec Frédéric d'Autriche.

iê HISTOIRE DES PAPES.

Après une dure captivité^ Charles d'Anjou, par ordre du pape^ les condamna à périr de la main du bourreau. Le jeune duc d'Autriche fut exécuté le premier; Gonradin saisit la tète de son ami et reçut le coup mortel en la tenant embrassée.

Martin FV monte sur la chaire de saint Pierre, et Eût un accord sacrilège avec Charles d'Anjou , l'un tyran politique, usurpateur fim>uchede la Sicile; l'autre tyran sacré de Rome.

Leurs cruautés soulèTcnt Findignation générale ; une vaste conjuration se forme; Jean de Procida, gentilhomme de Saleme, en est Tâme ; Jl excite Michel Paléologue à se joindre à lui , se rend en Espagne pour ramener Pierre d'Aragon y et parcourt les villes de la Sicile pour exciter les esprits à la vengeance.

Le troisième jour de Pâques 1282 , à l'heure des vêpres, est donné le signal du carnage ; au son des cloches retentit un cri de mort dans toutes les villes de la Sicile. Les Français sont massacrés dans les églises, dans les places pubhques^ dans les maisons; partout les meurtres , la vengeance; dix mille cadavres sont les sanglants trophées des Yèpres siciliennes !

Boniface VIII devient pape après avoir fait assassiner son prédécesseur; il outrage les peuples, brave les rois, poursuit avec acharnement les Gibelins , partisans de l'empereur d'Allemagne, invente le jubilé pour faire entrer dans ses trésors les richesses des nations, et soulève une haine si profonde que les états s'assemblent à Paris , par ordre de Philippe le Bel, pour juger le pape. L'archevêque de Narbonne l'accusa d'être simoniaque, assassin, usurier, de ne pas croire à l'eucharistie ni à l'immortalité de l'âme; d'employer la violence pour se (aire révéler les secrets de la confession ; de vivre en

concubinage avec ses deux nièces et d'en avoir eu des enfants ; enfin d'avoir employé l'argent des indulgences à payer les Sarrasins pour envahir la Sicile.

Nogaret et Sdarra Golonna sont chargés de porter au pape l'ordre de se rendre à Lyon, pour être jugé par un concile général; ils arrivent à la tète de trois cents chevaux dans la ville d'Anagni» résidence de Boniface; éprouvant de la résis* tance, ils forcent le palais, présentent au pape l'acte d'accusation ; Boniface, outré de fureur, charge d'injures Nogaret, maudit le roi de France et ses descendants jusqu'à la quatrième génération.

Alors Sdarra Golonna de son gantelet de fer le frappa au visage jusqu'à effii^ion de sang.

Clément Y et Philippe le Bel accusent les templiers de crimes énormes, et les condamnent au plus affreux supplice pour s'emparer de leurs immenses richesses. Sur l'ordre du roi , le grand maître des templiers , accompagné de ses chevaliers, est conduit au supplice pour être brûlé vif en présence des cardinaux et des prêtres, qui contemplèrent sans effroi ces poteaux enflammés et sanglants.

Après avoir partagé avec le roi de France les dépouilles des templiers. Clément Y établit sa cour à Avignon, se livre publiquement aux débauches les plus dépravées avec son neveu et la fille du comte de Foix ; il prêche une nouvelle croisade contre les Turcs , vend les indulgences , et joignant le ridicule à l'infamie, donne à chaque croisé le droit de délivrer quatre âmes du purgatoire ! ! ! ! Et les peuples ont été courbés pendant dix-huit cents ans sous la verge impitoyable

de ces papes criminels !

18 mnOIRB DES PARES

Jean XXII saisit la tîare, s'assied sar le trône pontificaK et dit : « Je sais pape. «) Pour consolider cette usurpation , il lance des anathèmes contre I empereur d'Allemagne et le roi de France, persécute les sectes, brûle tes hérétiques, soulève les peuples , arme les princes , inonde les royaumes de ses moines, prêche de nouvelles croisades, vole les bénéfices^ eî entasse dans ses trésors vingt-cinq millions de florins , arrachés de toutes les parties du monde chrétien.

Benott XII arrête les déprédations, révoque les impôts dont spn prédécesseur avait chargé les peuples, pratique une morale sévère, réforme le clergé, et meurt au milieu de ses travaux apostoliques.

Clément YI achète de la célèbre Jeanne de Naples le comtat d'Avignon, moyennant trois cent mille florins d'or qu'il ne paya jamais, et la déclare innocente du meurtre d'André, son mari, qu'elle avait fait assassiner.

Sous Urbain YI commence le plus grand schisme qui ait désolé l'Occident; deux papes sont élevés sur la chaire pontificale.

-*'.; Urbain YI à Rome, Clément YII, antipape, h Avignon; pendant cinquante années les deux pontifes et leurs successeurs excitent des guerres cruelles et s'excommunient; du côté d'Urbain, lltalie, Naples, la Hongrie, l'Espagne; la France soutient Clément YII ; partout on commet des l)rigandages et des cruautés par les ordres de Clément ou parle fenatisme d'Urbain.

La malheureuse et coupable Jeanne envoie quarante mille ducats au pape pour soutenir son parti; par reconnaissance,

in la &it étrangler au pied des autels i le pontife avait en*^

msTone oes rois. f9

tnlné Châties de Doras, fils adaptif de Jeanne et Iliérîtier de ses états, à oonunettre cet exécrable parricide.

Ce prince ayant refbsé de partager avec le pape les dépooilles de Jeanne, la fureur dUrbain se tourna contre six cardinaux qu'A soupçonnait de Ëivoriser le parti de Charles de Duras ; fl les fit descendre chargés de chaînes dans des fosses puantes, leur fit crever les yeux, arracher les ongles des pieds et des mains, briser les dents, déchirer les chairs arec des griffes de fer rougies au feu , puis ces corps affreusement mutilés et encore vivants finrent liés dans des sacs de cuir et jetés à la mer.

Clément Vn tenait le siège d*Avignon^ levait des impôts énmmes sur les églises de France, pour enrichir les cardinaux et satisfaire au hixe effréné de sa cour; sa conduite ne cédait en rien à celle de son compétiteur, en violence, en fourberies, en crimes.

Les deux papes désolaient l'Europe par leurs armées et cettes de leurs partisans : la fureur avait éteint les sentiments dliumanité; partout les trahisons, les empoisonnements, les massacres ; on cherchaitles remèdes à ces calamités publiques, mais les deux papes s opposaient à toutes les propositions qui pouvaient ramener la paix dans TËglise.

Le schisme continua sous leurs successeurs : les cardinaux ne pouvant vaincre 1 obstination des deux papes, assemblèrent un concile à Pise, citèrent Benoit XIII et Grégoire XII à y comparaître; et comme ils révisèrent de s'y rendre, le patriarche d'Alexandrie, assisté de ceux d'Antîocheet de Jérusalem, prononça à haute voix, dans la basi- UqMi portes ouvertes et en présence du peuple assemUéi la

sentence déûnitive de déposition contre les deux papes.

Alexandre V entreprend d affermir l'union de l'Ëglise, de réformer les mœurs du clergé, de donner les charges sacrées aux hommes vertueux , et il meurt des suites d un clystère empoisonné, administré par les ordres du cardinal Balthasar Cossa : ce lâche assassin fit assembler le conclave , et s'emparant du manteau pontifical, il en couvrit ses épaules, s ecriant : a Je suis pape. )>

Les cardinaux effrayés confirment l'élection de Jean XXIII; mais les papes déposés , Benoît XIII et Grégoire XII , font revivre leurs prétentions sur le siège de Rome ; une guerre horrible , excitée par les anathèmes ^ ensanglante la Prusse et ritalie; l'empire a trois empereurs, comme l'Eglise a trois papes, ou plutôt Rome et l'empire n'ont point de chefs.

Un concile général se rassemble, et Ton procède à la déposition du pape Jean XXIII. Les évêques et les cardinaux l'accusent de meurtres, d'incestes, d'empoisonnements, de sodomie; d'avoir suborné et entretenu un commerce sacrilège avec trois cents religieuses, d'avoir violé trois sœurs, d'avoir fait renfermer une famille entière pour abuser de la mère, du fils et du père.

Martin V fait brûler vifs Jean Hus et Jérôme de Prague . chefs d'une nouvelle secte qui prêchaient contre les désordres des prêtres, l'ambition des pontifes, et ramenaient les hommes à des sentiments d'humanité; il organise ensuite une croisade . pour soumettre la Bohême ; mais les habitants de ces contrées sauvages, exaltés par les principes généreux de la liberté, luttent avec courage contre le fanatisme ; des ambassadeurs sont envoyés à Prague pour faire des propositions de paix.

et la fiohéme répond « qu*un peuple libre n a pas besoin » de roi. »

Les légats du pape et l'empereur commandent eux-mêmes leurs armées pour obliger les Hussites à ne point communier sous les deux espèces du pain et du vin. Affreuse démence ! ! ! Pour un sujet aussi puéril, l'Allemagne est livrée aux horreurs de la guerre civile! mais la cause des peuples est triomphante, les troupes de l'empereur sont battues dans plusieurs rencontres, et l'armée des légats taillée en pièces.

Eugène IV monte sur le saint-siége; il confirme le cardinal Juliano Césarius dans sa légation en Allemagne^ pour exercer contre les Hussites les plus cruelles persécutions ; sous son règne se passe un fait d'une haute gravité, une lutte s'établit entre les pouvoirs de l'Église; le concile de Bâle veut soumettre les papes, et le pape déclare que son siège est au-dessus des conciles.

Les pères rendent un décret terrible, déclarent Eugène IV prévaricateur, incorrigible, scandalisant l'Église, et déposé du pontificat.

Félix V est nonumé pape, Eugène IV devient antipape; les conciles de Florence et de Bâle s'excommunient ; les dépositions, les violences, les cruautés, se succèdent. Vitteleschi, archevêque de Florence , est assassiné par les ordres d'Eugène ; les royaumes se divisent, prennent parti pour l'un ou pour l'autre, et renouvellent urf schisme qui dura jusqu'à la mort d'Eugène.

Sous le pontificat de Nicolas V eut lieu la prise mémorable dé Constantinople par les Turcs ; le pontife, sollicité par les ambassadeurs grecs de leur accorder quelques secours

9S HISTOiKB ras PAPI&

d'hommes et d'ai^ent^ les refusa avec darefa^ et imnki éswm attribuer la perte de cette puissante ville à la perfidie de la cour romaine^ qui sacrifia le rempart de la chrétieoté^ et trahit lâchement un peuple qu elle devait secourir f

Le mérite et la sainteté de Galixte III 1 élèvent sur le trâiie pontifical^ qu'il honore par son génie«

Sixte IV emploie tous ses soins ^ toute sa sollicitude^ pour accroître ses richesses ; il augmente les impôts^ invente de nouvelles charges^ les vend à l'encan, pour assouvir l'avidité de Pierre Rière de Savone^ de Jérôme scm frère^ qu'il avait créés cardinaux^ et qui servaient tous les deux à ses infâmes plaisirs.

Cet horrible pape établit à Rome un très-noble lupanar^ où les courtisanes lui payaient chaque semaine un jule d'or ; ce revenu annuel passait vingt mille ducats* Et chose exé-* érable qui suffit pour rendre éternellement odieuse la mémoire de Sixte lY^ la famille du cardinal de Sainte-Lucie lui ayant présenté une requête pour qu'il lui fût permis d'exercer l'acte de sodomie pendant les trois plus chauds mois de Fanr née^ le pape écrivit au bas de la requête : « Sok &it ainsi » qu'il est requis. )>

U dirige ensuite une conjuration contre Laurent et Julien de Médicis, envoie Raphaël Rière à Florence ; et pendant une messe solennelle^ au moment où le cardinal élevait l'hostie^ les conjurés poignai^dent Julien de Médicis ; Laurent se défend avec courage, et^ quoique blessé^ parvient à ga^er la sacristie; le peuple se précipite sur les conjurés^ les dé^aime 5 et dans sa justice les pend aux fenêtres de l'égUse^ ainsi qae Salviati^ archevêque de Pise^ en haUto pantififiaUM

Innocent VllI succède à Sixte; son élection lui avait coûté en châteaux, en bénéGces, en ducats d'or, plus que les trésors du saînt-sîége : les ressources étaient épuisées ; mais le génie des papes restait; il établit cinquante-deux bullistes qu'il chargea de pressurer les peuples, et leur joignit vingt-six secrétaires qui lui versèrent chacun deux mille cinq cents marcs d'or.

Sa vie privée fiit souillée des plus honteux scandales ; élevé parmi les gens du roi Alphonse de Sicile, il avait contracté les vices affreux de sodomie. Sa beauté remarquable lavait fait admettre à Rome dans la famille de Philippe , cardinal de Bologne, pour servir à de monstrueux plaisirs. A la mort

de son protecteur, il devint le mignon de Paul II et de Sixte, qui rélevèrent au cardinalat.

Le grand maître de Rhodes livre au pape Innocent le jeune prince Zizime, pour le soustraire aux poursuites de son frère Bajazet.

Le Soudan d'Egypte envoie des ambassadeurs pour offrir au pape quatre cent mille ducats et la ville de Jérusalem, en échange du prince Zizîme, qu'il veut mettre à la tête de ses troup « pour marcher à la conquête de Constantinople, et s'engage à rendre cette ville aux chrétiens; mais le sultan Bajazet paya une rançon plus forte, et le pontife retint Zizime prisonnier dans ses états.

Nous entrons dans le règne d'un pape qui, de l'aveu de tous les historiens , est le plus épouvantable des hommes qui aient effrayé le monde. Une dépravation jusque alora inconnue,, une cupidité insatiable, une ambition effrénée^ um cniMité plus que barbare, (elles étaient les horribles

9k HISTOIRE DES PAPES.

qualités de Roderic Borgia^ étu pape sous le nom d'Alexandre VI.

Ses passions étaient si dér^lées , qu étant devenu amoureux d'une veuve qui avait deux filles^ non content de jouir de la mère^ il faisait servir les enfants à la brutalité de ses .désirs; il mit lune des sœurs dans un couvent^ et continua ses incestes avec la plus belle^ que l'on nommait Rosa Yanozza.

Elle lui donna cinq enfants^ dont l'un fut le fameux César Borgia^ qui aurait surpassé les crimes de son père^ si le démon même eût pu les égaler.

Sous le pontificat d'Innocent, les assassins et les bandits s'étaient tellement augmentés, que les cardinaux, avant d'entrer au conclave , furent obligés de garnir leurs palais de mousquetaires et de faire pointer des canons aux avenues.

Rome était devenue un marché public où toutes les charges sacrées étaient à vendre ; Roderic Borgia acheta publiquement les suffrages de vingt-deux cardinaux, et fut proclamé pape. ^

Armé de la puissance sacerdotale, ses vices exécrables se montrèrent au grand jour; il se livra aux incestes les plus monstrueux, et chose horrible ! ! ! les deux frères François et César 9 Lucrèce Borgia, leur sœur, confondaient avec leur père leurs infômes voluptés !

L'ambition immodérée du pape ne connaît plus de bornes; toutes les lois divines et humaines sont foulées aux pieds, il forme des alliances et les rompt ; il prêche des croisades, fait lever des impôts sur les royaumes chrétiens, inonde l'Europe de ses légions de moines, s'empare des richesses qu'ils lui rapportent, et appelle Bajazet en Itahe, pour

l'opposer au roi de France : plus tard sa politique lui fait rechercher l'appui de Charles VllI, et protégé par les Français^ il entreprend la ruine des petits souverains de la Romagne, fait poignarder les uns^ empoisonne les autres ^ remplit les esprits d'épouvante^ et prépare à César Borgia la domination absolue de l'Italie.

Son avarice insatiable inventait pour s'enrichir les moyens les plus sacrilèges ; il vendait les charges sacrées^ les autels^ le Christ^ les reprenait ensuite pour les vendre une seconde fois.

n nomma le cardinal de Modène distributeur des grâces et des dispenses : sous le nom de ce ministre d'iniquité^ il vendait les honneurs^ les dignités^ les mariages^ les divOTces; et conune la simonie du cardinal ne rapportait pas des sommes assez considérables pour soutenir le faste de la famille d'Alexandre^ il lui versa le funeste poison des Borgia^ pour s'emparer des richesses immenses qu'il avait amassées.

11 faisait des promotions de cardinaux, en recevait le payement; puis, déclarant le saint-siége héritier des biens des prélats, il les empoisonnait pour s'enrichir de leurs dépouilles ; tous ces crimes ne lui fournissant pas encore assez de richesses, le pape fit publier que les Turcs menaçaient .d'envahir la chrétienté, et sous le voile de la religion, il ex- (torqua des sommes tellement énormes , qu'elles surpassent toute croyance.

Enfin Alexandre YI, souillé de meurtres, de débauches, d'incestes monstrueux» ayant invité à souper, dans la vigne de César Borgia, deux cardinaux dont il voulait hériter, prit le poison qui leur était destiné, et rendit au démon son âme exécrable.

91 HtSTOIRB DES PAPBS.

Les peuples^ iatigués du joug insupportable des évèques de Rome^ ruinés par lavidité insatiable des prêtres, commencent à sortir du sommeil léthargique oti ils étaient plongés.

Luther^ moine de Tordre des Âugustins^ sort de la retraite, s'élève contre Léon X et le honteux scandale des indulgences ; entraine les peuples et les rois dans sa nouvelle doctrine, grandit de toute la puissance de son génie , et arrache à la tyrannie des papes la moitié de FEurope.

Clément VII par ses perfidies excite la colère de l'empereur Charles-Quint; Rome est livrée au pillage pendant deux mois entiers, les maisons saccagées, les femmes violées; Farmée du roi catholique conmiet plus d atrocités que les tyrans païens n'en avaient inventé pendant trois cents ans contre les chrétiens; les malheureux Romains étaient pendus par les pieds, brûlés, déchirés à coups de lanières, pour les obliger à payer des rançons; enfin, exposés aux supplices les plus effroyables pour expier les crimes de leur pontife.

Les catholiques et les protestants couvrent l'Allemagne d'embrasements, de meurtres , de ruines.

La messe est juridiquement abolie à Strasbourç.

Paul III avait obtenu le chapeau de cardinal en livrant Julie Famèse au monstre Alexandre VI; devenu pape, il empoisonna sa mère pour s'emparer de sa succession , et joignant un double inceste à un second parricide , il fit périr une de ses sœurs par jalousie de ses autres amants, et empoisonna Bose-Sforce, mari de Constance sa fille, qu'il avait déjà corrompue par une dissolution horrible.

il s'acharne ensuite contre les malheureux luthériens. Ses neveux devinrent les exécuteurs de ses cruautés, et ib osèrent

se vanter publiquement d'avoir feit couler des rivières de sang, où les chevaux pouvaient nager; pendant ces boucheries^ le pape était plongé dans ses monstrueuses voluptés avec Constance sa fille.

Sous son règne, Ignace de Loyola fonde Tordre des jésuites.

Calvin, esprit sublime, fait entendre sa voîx puissante et continue les progrès des réformations religieuses.

Jules III fulmine des anathèmes contre les luthériens, les fait périr dans les supplices , et joignant la dépravation à la cruauté , il élève au cardinalat un jeune garçon chargé dans sa maison du double emploi de garder un singe et de servir aux honteux plaisirs du pape.

Paul IV excite la fureur du roi de France contre les protestants, forme une ligue exécrable pour leur destructioUt et remplit l*Europe entière de ravages. A sa mort, le peuple de Rome, affranchi de ce joug affreux, force les cachots de llnquisition, met le feu aux prisons, abat la statue du pape, lui rompt la tète et la main droite, les traîne pendant trois jours dans les rues de Rome, et les jette dans le Tibre!

Pie IV termine le concile de Trente; ce grave événement ne produit aucune sensation sur les peuples.

Le pontife veut arrêter la décadence du saint-siége^ il réveille le £inatisme de Charles IX et de Philippe d'Espagne, et réunit ces deux princes à Rayonne pour traiter les moyens d exterminer les calvinistes*

Les commencements du pontificat de Grégoire XIII furent signalés par le plus horrible de to¥S les crimes^ le massacre de la Saint-Rarthéleaii , complot exécrable tramé par lei» conseils de FEspagsie et les suggestions dç Pie IV.

SB HISTOIRE DES PâPES.

I Les persécutions, les bûchers, les guerres, avaient prodigieusement augmenté le nombre des calvinistes; Catherine de Médicis, cette cruelle et infâme Jézabel, ne pouvant les exterminer par la force , eut recours à la perGdie ; Charles IX, accoutumé aux cruautés^ violent jusqu a la fureur, adopta les desseins criminels de sa mère, et le massacre général des protestants fat irrévocablement arrêté.

À minuit, veille delà Saint-Barthélemi, Thorloge du palais donne le signal; le tocsin s'ébranle à Saint-Germain l'Auxerrois , et au son lugubre des cloches les soldats envahissent les maisons des protestants, égorgent dans leurs lits les enlants, les vieillards; ils s emparent des femmes, et après les avoir outragées, leur ouvrent les entrailles, en tirent les enÊmts à demi formés, en arrachent le cœur, et par une férocité impitoyable les déchirent avec leurs dents et les dévorent.

Chose presque incroyable, tant l'action est horrible, ce Charles IX, ce roi en exécration à tous les siècles, armé d une arquebuse, tira d'une des fenêtres du Louvre sur les malheureux qui se sauvaient à la nage.

Cette fenêtre est restée comme un monument impérissable de la barbarie des rois ! ! !

Grégoire XIII adressa ses félicitations à Charles IX de ce que l'entreprise avait merveilleusement réussi.

A la mort du pape, le cardinal de Montalte entre au conaave, vieux, cassé, appuyé sur une béquille; les ambitions des cardinaux réunissent les suffrages sur ce vieillard qui parait si proche de la mort ; on dépouille le scrutin, et lorsque la moitié des voix est connue, sans attendre la conclusion,

Montalte jette son bâton au milieu de la salle^ redresse sa haute taille, et entonne le Te Deum d'une voix si forte et si éclatante, que toute la voûte de la chapelle en retentit.

Il devient pape sous le nom de Sixte V ; hypocrite et inflexible, il se lie secrètement avec la reine Elisabeth et lance des anathèmes sur son royaume ; il excommunie ensuite le roi de Navarre et le prince de Condé pour ranimer en France les fureurs du fanatisme.

Clément VIII renouvelle les scènes d'orgueil de ses prédécesseurs; il veut obliger Henri IV, roi de France, à venir lui-même, pieds nus, recevoir la discipline et reconnaître qu'il tenait la couronne du pape; mais les ambassadeurs furent reçus à comparaître pour le roi, et cette cérémonie avilissante eut lieu , en présence du peuple, dans l'église de Saint-Pierre, à Rome.

Grégoire XV excite Louis XIÏI à persécuter les protestants; il poursuit les guerres contre la fiohême^ et ne pouvant convertir les habitants de Genève, il ordonne au duc de Savoie de les exterminer.

Sous Urbain VIII, le célèbre Galilée, ce vieillard qui avait passé soixante-dix ans à étudier les secrets de la nature^ est traîné devant l'inquisition, condamné, jeté dans un cachot^ et forcé de rétracter cette grande vérité : « la terre tourne au- » tour du soleil. »

Clément IX, d'un esprit élevé, d'un savoir prodigieux^ encourage les arts , récompense les savants , entoure le trône pontifical de toutes les illustrations de son siècle.

11 diminue les impôts et emploie ses trésors à secourir les Vénitiens et Tile de Candie contre les infidèles ; il supprime

9D HISTOIRE 9C8 PAHBS.

les ordres religieux cpi pressuraient les peuples et qui, sons le Toile de la piété^i se liyraient à la paresse et à la débauche.

Par son éloquence et sa modération, il apaisa les interminables querelles des jansénistes et des molinistes , et sut arrêter lambition déréglée de Louis XIY , qui désolait l'Europe par des guerres désastreuses.

Les intrigues des jésuites livrent aux Turcs Vue de Candie; ce généreux pape, frappé au cœur par la trahison de ces prêtres indignes, lance sur eux Tanathème, et meurt après un règne de trois ans.

Le saint-siége n avait jamais été occupé par un homme plus vertueux que Clément IX ; sa mémoire doit être chëi^ au christianisme , et repose Tesprit de cette longue suite de crimes que nous offre l'histoire des papes.

Sous Innocent XI, les persécutions se raniment contre les luthériens et les calvinistes ; les temples sont démolis , les villes détruites ; dix^huit millions de Français sont égorgés, et les protestants chassés du royaume.

Innocent XI, ainsi qu avait fait Grégoire XIII pour la Saint-Barthélemi^ adresse au roi de France ses félicitations, et en son honneur commande à Rome des réjouissances pu* bliques.

Le règne de Clément XI est agité par les querelles religieuses; les jésuites sont accusés de faire rendre, en Chine^ à Gonfueius, le même culte qu a Jésus-Christ. Le pape envoie le cardinal Toumon à Pékin, chargé de réformer celte coupable idolâtrie. Ce vertueux prélat, victime do son zèle, meurt au milieu des cruelles persécutions que lui suscitent IMJéMUMt*

n&TOIllS DS IIO». M

Cette terrible congrégation^ propagée par te pdpe^ étend aon odieux pouvoir sur les royaumes, et inspire la terreur à tous les peuples.

Clément IX publie la fameuse bulle Vnigenitus, qui soulève rindignation générale, et continue les querelles religieuses |usqu a la mort du pape.

Benoit XJII veut renouyeler le scandale de cette bulle de désordre; mais la philosophie commençait à faire des progrès, et ses prétentions, qui autrefois auraient fait varser des torrents de sang, n^inspirent que le mépris.

La modération de Benoit XIV répare les maux occasionnés par ses prédécesseurs ; il termine les querelles religieuses, •repousse les jésuites, modère la bulle Unigeniîus^ et fait cesser les troubles qui affligeaient la France.

Ce pape, Tune des lumières de TÊglise, apporte sur la chaire des pontifes un esprit de tolérance qui étend sur les royaumes une influence salutaire ; la religion du Christ ne s'impose plus iiux peuples par les persécutions et le fanatisme ; Benoit montre dans les hautes fonctions du sacerdoce un esprit éclairé, une grande maturité de jugement, une profonde sagesse que nulles passions ne troublent, un désinté* ressèment parfait, un amour extrême de la justice.

11 réfwme les mœurs du clergé, supprime les ordres de moines , odieux à toutes les nations ; emploie ses trésors à fonder des hôpitaux, à établir des éocAes publiques^ à récompenser magnifiquement les arts; il appelle tous les hommes à profiter des bienfaits de la science et à sortir des ténèbres de rignorance.

Clément XIII n'imite pas les vertus et la mod^tttiQn dt

son prédécesseur ; il protège ouvertement les jésuites^ lance des anathèmes, et par son audace prépare la ruine du saint-siège.

Les excès des jésuites avaient Ëitigué les peuples, leurs crimes et. leur ambition effrayaient les rois; la haine universelle fait explosion : les jésuites sont chassés de France. En Europe^ en Asie , en Amérique^ ils sont bannis des états du roi d'Espagne, chassés des Deux-Siciles^ de Parme et de Malte; cet ordre en exécration à l'humanité est exterminé dans presque tous les pays qui avaient été les théâtres de sa puissance, aux Philippines, au Pérou, au Mexique, au Paraguay, au Brésil.

La France enlève au pape Avignon et le comtat Yenaissin comme appartenant à la couronne.

Le roi de Naples, de son côté, saisit la ville de Bénévent et celle de Ponte-Corvo.

Partout on proscrit la fameuse bulle In coma Domini, monument de démence et d'orgueil que les papes fulminaient à Rome tous les ans depuis Paul IIL

Les ténèbres pontificales commençaient à se dissiper, les princes et les peuples ne se prosternaient plus alors aux pieds du serviteur des serviteurs de Dieu.

Clément XIII voit le vieux colosse de Rome tomber en ruines, et meurt de chagrin de ne pouvoir en retarder la chute.

Clément XIY Êiit monter la philosophie sur la chaire des papes; pour un moment, il retient le pouvoir fantastique du saint-siége; son caractère et sa modération lui ramènent les puissances que le fanatisme absurde de son prédécesseur avait éloignées.

Le Portugal avait rompu avec le siège de Rome et voulait se donner un patriarche ; les cours de France, d*Espagne et de Naples étaient indignées de 1* excommunication ridicule de Clément XIII centime le duc de Parme : Venise prétendait réformer, sans le concours du pape, les communautés religieuses, qui appauvrissaient la nation.

La Pologne voulait diminuer lautorité du saint-siége; Rome même laissait éclater son indignation et semblait se souvenir d'avoir été la maîtresse du monde.

Clément , par une politique habUe , une prudence et une sagesse consommées, arrête ce mouvement; mais les prêtres ennemis de la tolérance ne pardonnèrent point au pontife, et il mourut empoisonné.

Déjà la liberté, ce flambeau de la raison, étendait ses sublimes clartés dans tous les esprits; les hommes commençaient à secouer les chaînes honteuses de la superstition.

Une inquiétude universelle se manifestait dans les masses» présage heureux des révolutions morales.

Pie VI veut ressaisir le pouvoir redoutable des pontifes de Rome, et poursuit la politique exécrable de ses prédécesseurs.

L'empereur d'Autriche Joseph II arrête l'accroissement des couvents, qui menaçaient d'envahir son royaume ; supprime des évêchés, ferme les séminaires, et protège ses états contre la domination du saint-siége.

Le grand-duc de Toscane prépare les mêmes réformes, dissout les confréries, abolit l'autorité des nonces, et défend de s'adresser à Rome pour les jugements des prêtres.

A Naples, un ministre philosophe enlève à l'avarice des

papes les indulgences, la collation des béné6ces, les nomi- I. 3

nattons aux cure» vacantes. 11 refuse le tribut d une haquenée blanche, richement harnachée, ferrée en argent, et portant une bourse de six mille ducats^ tribut honteux que la nation payait au pontife.

Le souverain approuve la politique de son ministre , défend rentrée des bulles dans ses états, ordonne aux évoques d accorder les dispenses qu'on achetait à Rome, enlève aux papes les nominations d evèques dans les Deux^Siciles , et chasse Tinternonce du royaume.

La révolution française se prépare; les états généraux rassemUés à Versailles ordonnent des réformes dans le clergé, abolissent les vètox monastiques et proclament la liberté de conscience.

Le pape excite des troubles sanglants dans Avignon pour la rattacher au saint-siége ; ses prétentions sont repoussées par rassemblée nationale, qui prononce solennellement la réunion de cette ville à la France.

L'Italie est conquise par les armées françaises : Pie YI, lâche et hypocrite, mendie Talliance de la république.

Mais la justice d'une grande nation est inflexible; l'assassinat du général Duphot demande une réparation éclatante : le pontife est enlevé de Rome, conduit dans la forteresse de Valence, où il termine sa carrière avilie par la lâcheté et la perfidie.

Le conclave se rassemble à Venise ; après cent quatre jours d'intrigues et de séductions , le bénédictin Chiaramonti est élu pape sous le nom de Pie VU.

Le pontife forme une alliance avec la république et signe le fameux concordat.

Une ère nouvelle commence pour les destinées de la France;

HISTOIRE BES ROIS. Wt

la république hit place à Tempire, et Napoléon monte sur le trône.

Le pape est forcé de se rendre à Paris pour sacrer Teinpereur et augmenter la magnificence de cette imposante cérémonie.

La faiblesse du caractère de Pie VU le livre sans défense aux complots que la haine du clergé trame avec les énn^nia de l'empereur.

Napoléon, indigné des machinations sourdes dirigées contre son pouvoir par les conseillers du pape, rend un décret qui change le gouvernement de Rome , déclare la réunion des états de l'Ëglise à l'empire, et le souverain pontife déchu de lautorité temporelle.

La vieille audace du dergé a survécu aux révolutions; Pie VII essaye les foudres du Vatican.

La bulle d'excommnilication est afiichée la nuit dans s rues de Rome; elle appelle le peuple à la révolte , excite au carnage, et désigne les Français à la vengeance publique; mais Rome, délivrée du joug sac^erdotal, est sourde à 1 appel du fanastime ; on déchire 1 étendard de saint Pierre , et tous les monuments romains se pavoisent des brillantes couleurs de la France.

Les guerres se succèdent en Europe <, les royaumes sont conquis, les vieux gouvernements s'écroulent • la France est dans toute la majesté de sa gloire.

Mais Napoléon élève de nouveaux trônes, et tombe sous lescoups des rois qu'il a couronnés.

Cette catastrophe terrible change les destinées des nations ^rend ati pape l'héritage de saint. Pierre.

Pie VII fait son entrée triomphale dans Rome ; les temples s'ouvrent, des actions de grâces retentissent pour célébrer l'asservissement des peuples, et le saint-père meurt entouré de ses cardinaux, dans les pompes et la magnificence du pouvoir.

Après lui, trois papes ont occupé la chaire de saint Pierre; . mais leur passage silencieux ne marque plus dans Thistoire des nalions.

Les pontifes orgueilleux, qui lançaient lanathème sur les royaumes, donnaient ou enlevaient les empires, étendaient sur les peuples un joug de fanatisme et de terreur^ aujourd'hui asservis à TÂutriche, asservis aux oppresseurs de lltalie, mendient bassement la protection des rois pour écraser les Romains et maintenir sur leur tête la tiare ponliGcale.

* Peuples de l'Italie , sortez de votre sommeil léthargique ! contemplez le Capitole ! ! rappelez-vous l'ancienne Rome et

ses glorieuses destinées !! ! que vos légions s ébranlent^

et les ombres des grands hommes marcheront à leur tète pour conquérir la liberté!

l/HisTDiRE Mss Papes, entourée de son lugubre cortège de cneortn^s, d'empoisonnaonents , de tortures, d'incestes, de parrici'ies, a traversé deux mille ans de despotisme.

L'Histoire des Rois déroulera les mêmes siècles de crimes 9t d'attentats.

Anrès le Vatican, le Louvre; la France après Rome: et

leurs maîtres orgueilleux ^ que leur tête soit ornée de la tiare des papes ou de la couronne des rois, écraseront les peuples sous une double tyrannie

La France, magniBque et glorieuse nation ! ! ! dont la voix puissante a fait entendre au monde ces vérités sublimes : « Les » droits de l'homme ! la liberté des peuples ! ))

La France a traversé dix-huit siècles , enveloppée des ténèbres de l'ignorance , écrasée sous un sceptre de fer, courbée dans une admiration ^tupide devant les prêtres et devant les rois.

Les Gaulois sont asservis d'abord par les druides^ dont le culte barbare ordonnait de brûler des enfants^ dans des mannes d osier, sur Tautel de leur dieu Theutatès.

Les cohortes romaines viennent ensuite, sous les ordres de César, envahir les Gaules.

Les Vandales à leur tour font irruption dans les provinces romaines, et réduisent en esclavage les peuples répandus depuis Vienne jusqu'aux' sources de la Seine.

Pharamond, à la tête de hordes barbares venues de la Germanie , détruit les Vandales et fonde la domination des Francs.

Son fils Glodion le Chevelu poursuit ses conquêtes sur les Romains.

Clovis les chasse entièrement des Gaules, tourne ses armes contre ceux qui l'avaient secondé dans ses guerres, s'empare d'Amiens et Ëiit assassiner Chararic; envahit Metz,

feit amener pieds et mains liés Sigebert, son plus fidèle allié, et lui brise le crâne avec sa masse d'armes.

Clovis se fait ensuite chrétien, pour affermir une monarchie qu'il a rendue redoutable par ses trahisons et ses assassinats.

Les rois ses successeurs, descendants de Mérovée, de Charlemagne ou de Capet, se montreront les dignes héritiers de ses étais et de ses crimes.

Clotr.ire I" poursuit un de ses fils rebelle, le surprend avec sa femnjc et ses deux filles dans la maison d'un paysan, en fait fermer les issues, y met le feu, et ce monstre jouit du spectacle horrible des llammes qui dévorent ses enihnts.

Sigebert, roi d'Austrasie, épouse Brunehaut; Frédégonde commence ii régner sur Chilpéric, roi de France : ces deulx: femmes exécrables, en rivalité de crimes et d attentats, plongent le royaume dans des guerres effroyables.

Frédégonde fait assassiner Sij^ebert; Brunehaut séduit le fils de Chilpéric, et Tarmo contre son père.

Le roi de France, furieux de celte alliance, fait égorger son fils, et enveloppe dans sa vengeance son second fils et Audouère leur mère.

Frédégonde étrangle avec un linceul la nouvelle épouse de Chilpéric, et le fait assassiner lui-même par son amant.

Brunehaut pousse ses cnlants dans une guerre contre Frédégonde, et vingt mille Fraiu;ais périssent dans cette affreuse querelle.

Pour conserver son autorité, elle excite ensuite les deux frères l'un contre 1 auiro, so fait l'eiitremetteuse des détis^uches

de Thierry, lui ordonne d'assassiner son frère, et Tempoisonne ensuite.

Les peuples, lassés des crimes de cette femme abominable, la livrent à Clotaire II ; ce prince, digne de ce siècle barbare, expose pendant trois jours Brunehaut entièrement nue aulc outrages des soldats, et la fait attacher à la queue d'un cheval indompté qui l'entraîne à travers les rochers et les bois.

Mais les prêtres, enrichis par les libéralités de Brunehaut, recueillirent précieusement les cendres du bûcher qui consuma son cadavre, les renfermèrent dans une urne qui fut déposée dans l'abbaye de Saint-Martin, et le pape saint Grégoire, qui lui avait prodigué les louanges les plus serviles, en fit presque une sainte.

Dagobert I", l&che, dévot, hypocrite, traîne après lui une troupe de courtisanes, chasse les juifs du royaume, bâtit des églises, fonde des monastères, et passe à la postérité chargé du mépris de tous les siècles .^

devis II, premier roi fainéant, abandonne l'autorité aux maires du palais, pour se livrer aux voluptés dans les bras de ses maîtresses.

Ses successeurs, cachés dans leurs palais somptueux, entourés de leurs favorites , noyés dans les débauches , ne paraissent plus dans les assemblées des états , ni à la «tête de leurs armées ; les maires du palais sont les souverains de la nation, et le roi est montré aux peuples une seule fois dans Tannée, monté sur un char orné de fleurs, et traîné par des bœufs.

Pépin, maire du palais, prépare le trône à 1 ambition de sa £miiUe; il flatte le clergé, enrichit les couveats, caresse le

hO HISTOIRE DES PAPES.

peuple, diminue les impôts^ se fait un parti formidable, et meurt en laissant son 6Is plus puissant qu un roi.

Charles Martel suit la même politique que son père, rassemble les grands de la nation^ et se fait proclamer prince des Français.

n remporte une victoire éclatante sur Âbdérame : quatre cent mille Sarrasins sont écrasés dans les plaines de Tours, et le croissant est refoulé vers l'Espagne.

Pepin^ son Gis, s'empare du trône, fait raser Ghilpéric lY, et jette dans un cloître le dernier roi de cette race de Mérovée qui pendant trois cents ans avait couvert la France de désastres.

Charlemagne succède à Pépin, son père : grand législateur^ il donne à la France ses Capitulaires ; administrateur habile, il organise son vaste empire, établit des juges dans les provinces, et fonde des académies ouvertes à toutes les sciences. Mais lambition a rendu Charlemagne usurpateur et parricide; son fanatisme Fa jeté dans, des guerres cruelles contre les Saxons, les Sarrasins, les Lombards; et trente-trois ans de massacres et de carnage remplissent le r^e de Charles le Grand.

Les lois de Charlemagne sont oubliées après sa mort, les établissements qu'il avait fondés disparaissent, les savants qu'il avait appelés pour illustrer son règne sont bannis du royaume, et le peuple rentre dans les ténèbres.

Louis le Débonnaire, roi faible et dévot, plutôt moine que roi, conunence l'étrange bouleversement de l'empire.

n s'empare des états de Bernard, son neveu, roi d'Italie, et les partage entre les trois enfants de sa première femme.

Judith, la plus belle et la plus jeune des filles de la cour.

devient la seconde femme de Louis ; son ambition égale son impudicité ; elle veut élever à l'empire Charles son bâtard; les fils de Louis se révoltent, assemblent un concile et déposent leur père.

Les troubles domestiques^ les haines^ les perfidies^ se succèdent^ et Louis meurt en laissant le royaume partagé entre ses quatre* fils.

Charles le Chauve, fils de Judith, devient roi de France, et renouvelle les scandales de sa mère. La belle Richilde, sa concubine, monte sur le trône, traîne à sa suite les incendies, les pillages, les meurtres, les débauches, et enfin fait empoisonner son mari par Boson, son frère et son amant.

Les successeurs de Charles préparent la ruine et la décadence de cette deuxième race ; Louis le Bègue règne deux ans, laisse deux bâtards et la reine enceinte, sujet de troubles et d'anarchie.

Charles le Gros, roi de Bavière, est appelé à Fempire par les suffrages des états.

Sous son règne, des hommes du nord, sortis des glaces de la Scandinavie , font irruption en France, viennent assiéger Paris , et forcent Charles à leur payer un tribut et à leur abandonner le pillage des provinces.

Les peuples indignés le chassent du trône, et le roi de France se trouve réduit à un tel état d'abandon et de pauvreté qu'il ne lui reste pas une seule retraite pour cacher sa chute épouvantable.

Charles le Simple prend les rênes du royaume; sa faiblesse encourage laudace des grands vassaux de la couronne; le comte Robert lève 1 étendard de la révolte, livre

hi HISTOIRE DES PAPES.

une bataille j dans laquelle il est tué ; son gendre Herbert^ comte de Yennandois^ s'empare par trahison de la personne du roi^ force Charles le Simple à abdiquer^ et place la couronne sur la tète de Raoul.

Après la mort de cet usurpateur, le fils de Charles le Simple est rappelé en France par les états, et il règne sons le nom de Louis d*Outre-mer.

Les mêmes perfidies et les mêmes cruautés signalent le règtie de Louis lY ; il veut s'emparer des états du duc de N(H mandie, et lui-même devient prisonnier de ses ennemis.

I lugues Capet le délivre en sacrifiant la Bretagne; le roi, pair reconnaissance, attire dans un piège le comte de Yerm&ndois, beau-frère de Hugues, et le fait pendre pour le punir de l'emprisonnement de son père.

Mais la vengeance des Capet sera terrible! Hugues séduit Ëmine, femme de Lothaire, la force à empoisonner son mari et son fils, et la race des Carlovingiens s'éteint dans ce double parricide.

Hugues Capet recueille cet héritage sanglant, rassemble les états, se fait proclamer roi des Français, et devient le fondateur de^la race des Capétiens.

Pour aCTermir son usurpation, il sacrifie la nation à sa politique, partage le royaume avec les grands vassaux, crée les duchés, les comtés, les baronnies, les marquisats, les châtelleniesj tout ce monstrueux gouvernement féodal qui écrasa la France pendant sept cents ans.

Robert le Pieux lui succède, bâtit des églises, enrichit les couvents, et abandonne au clergé les dépouilles des malheureux peuples.

Le pape Grégoire V excommunie ce roi bigot, met le royamne en interdit, fait interrompre le service divin, ordonne aux prêtres de refuser les sacrements aux vivants et la sépulture aux morts jusqu'à ce que Robert ait répudié Berthe, sa première femme.

Philippe 1*' monte sur le trône ; les guerres de la France avec TAngleterre commencent avec son règne ; une dispute frivole entre les fils du duc de Normandie et de Philippe devient l'origine de ces guerres d'extermination, de ces haines implacables, de ces discordes générales et insensées, qui ont poussé les deux nations en rivalités de massacres et d'embrasements.

Les papes ébranlent les empires et comm^icent à élever leurs audacieuses prétentions sur les couronnes des rois.

Les croisades sont publiées, et trois millions d'hommes marchent à la conquête de la terre sainte, sous la conduite de Pierre l'Hermite.

Au milieu de cette confusion, les moines , les chanoines, les chartreux, les jacobins, les bénédictins, les augustins, les dominicains noirs ou blancs, les carmes chaussés ou déchaussés, multiplient à l'infini et dévorent la substance des peuples.

Sous Louis YI, les tyrans de la féodalité s'arrogent des droits de tailles et de corvées, enlèvent les jeunes mariées, et plongent la France dans les malheurs les plus épouvantables : les provinces s'arment contre les provinces, les villes contre les villes, les castels centime les castels; et les seigneurs se font entre eux des guerres d'extermination.

Louis YII prend part à ces guerres, marche contre Tld-

kk HISTOIRE DES PAPES.

haut, comte de Champagne^ s'empare de Vitri, fait massacrer les habitants^ et pour rendre sa victoire plus éclatante, après avoir fait murer les portes d un temple où s'étaient réfugiés les fenunes, les enfants, les vieillards de cette ville infortunée, il y fait mettre le feu, et quinze cents cadavres sont ensevelis sous des ruines brûlantes

Ce roi dévot, pour expier son crime, fait bâtir des couvents, enrichit les moines, et entreprend une nouvelle croisade.

Les désordres d'Éléonore sa femme, ses amours incestueux avec Raymond son oncle, ses débauches avec un jeune Turc, entraînent le désordre dans le camp des croisés.

Louis VII enlève sa fenune, et ramène en France les tristes

débris de son armée.

Philippe-Auguste chasse les juifs du royaume , leur vend le droit d'y rentrer, et les chasse de nouveau.

Il se croise avec Richard d'Angleterre pour la conquête de la terre sainte, et renouvelle les désastres de son père.

Philippe, excité par le pape Innocent III, ordonne des croisades contre les Albigeois; l'horrible Dominique, accompagné des légats du pape, dirige les exécutions ; les catholiques, au nom de la religion, conunettent les crimes les plus odieux^ les incendies, les meurtres, et se livrent à des débauches impies sur les cadavres des filles et des femmes qu'ils ont égorgées.

Saint Louis monte sur le trône : faible et dévot, il abandonne le royaume pour conquérir la terre sainte. Les Sar^ rasins le font prisonnier, et Paris paye huit mille livres d'or pour la rançon du roi.

HISTOIRE DES ROIS Ul

De retour en France, il s occupe de l'administration du royaume, rend la justice aux peuples, et publie ces fameuses ordonnances, mélange de sagesse et de fanatisme, assemblage bizarre de justice et de cruauté

Il condanme les blasphémateurs à avoir la langue percée d'un fer rouge et les lèvres brûlées; il ordonne à ses officiers de poursuivre à outrance les hérétiques et de les brûler sans miséricorde.

Les juifs sont déclarés infâmes et livrés comme esclaves aux seigneurs; et la loi ajoute que les chrétiens convaincus d'avoir entretenu des relations criminelles avec une juive seraient brûlés vifs, parce que, suivant l'ordonnance du roi, (c se souiller avec une juive était un crime égal à celui de la » bestialité!!! »

Le frère de saint Louis, Charles d'Anjou, est appelé en Italie par Innocent IV pour s'emparer du royaume de Napies; vainqueur par trahison du jeune Conradin, il lui fait trancher la tête, et par un rafûnement de cruauté, le malheureux Henri, fils du roi de Castille, est renfermé dans une cage de fer, et promené dans toutes les villes de la Fouille et du Bénévent.

Louis IX cède encore au fanatisme des prêtres ; il entreprend de nouvelles croisades, aborde en Afrique, s'empare de Carthage, et meurt de la peste sous les murs de Tunis.

Philippe le Bel , par une lâche perfidie , s'empare de la jeune fille du comte de Flandre, pour faire rompre son mariage avec le fils du roi d'Angleterre ; une seconde trahison le rend maître du comte de Flandre et de ses enfants, qui

W EDBTOIIIB on PAPBB.

étauent venus sous la sauvegarde royale supplier Philippe de leur rendre la jeune princesse •

Les Flamands, indignés, s'arment pour venger la violation du droit des gens ; un tisserand et un boucher sont les tribuns qui conduisent le peuple ^ et quarante mille Français sont égorgés dans lés plaines de Gourtrai.

Les peuples^ épuisés par les guerres, ne peuvent plus augmenter ses trésors; Philippe vole la nation, diminue la valeur des monnaies, et devient le premier faux monnayeur couronné.

Son avarice n'est pas encore satisfaite, et les templiers montent sur des bûchers pour laisser au roi les immenses richesses de leur ordre.

Sous Charles IV les débauches dé Alarguerite de fiour^ gogne, de Jeanne sa sœur et de la reme Blanche, rendent à jamais célèbre la fameuse tour de Nesle.

Philippe et Gauthier d'Aulnay, leurs amants, surpris en adultère avec ces princesses, sont condamnés à être écorchés vifs et traînés par un cheval sauvage sur Therbe d'une prairie fraîchement coupée.

Les Valois montent sur le trône, et la loi salique est proclamée en France.

Philippe de Valois , impérieux et cruel , déclare la guerre aux Flamands et à TÂngleterre ; sa flotte est détruite dans la journée de l'Ë cluse, et trente mille Français sont engloutis dans les abîmes de la mer.

L'armée de terre est tout entière égorgée dans la funeste bataille de Gréqui.

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An mifieu des désastres publics, le roi de France et sa cour somptueuse exigent de For pour continuer le luxe des fêtes et des débauches.

La misère du peuple est sacrifiée à Tayarice des traitants; les tailles, les subsides sont doublés ; une loi nouvelle diminue encore les monnaies » et Taffreux impât sur le sel vient augmenter à Finfamie de ce règile.

Jean perd la bataille de Poitiers, est fait prisonnier du roi d'Angleterre ^ et sa rançon coûte à la France trois millions d ecus d*or et ses plus belles provmces.

Charles V lui succède. Bourreau des peuples par une longue suite de guerres qu'il pouvait éviter^ assez hypocrite pour cacher son avidité et ses exactions , assez habile pour éblouir la nation par Féclat des victoires ^ assez rusé pour paraître un homme de génie , assez politique enfin pour se faire aimer en foulant la nation , Charles V est passé à la postérité avec le titre de Sage.

Mais le massacre de Montpellier a laissé dans l'histoire une page sanglante contre la royauté , et les peuples ont été effrayés de l'empire qu'ils accordaient à un seul homme !

Les habitants de Montpellier s'étaient révoltés contre les gens du roi^ qui violaient leurs privilèges dans la perception des impôts.

Quatre-vingts officiers ou exacteurs furent tués par le peuple : le roi Charles le Sage^ pour venger les séides de sa tyrannie, envoya contre la ville une armée commandée par le duc de Bern, son frère. Lorsque le prince arriva aux portes de Montpellier, les habitants, les consuls, les gens d église, vmrent à sa rencontre, la corde au cou, les habits déchires.

ka HISTOIRE DES PAPES.

fondant en larmes^ et lui présentèrent les clefs^ en criant : Miséricorde !

Ce tigre^ en exécration à l'humanité, fait dresser un ccbafaud sur la place, et prononce un arrêt par lequel^ en 1 autorité du roi^ il déclare « les privilèges de la ville abolis; le )) consulat^ les arches communes, l'université supprimés; » leurs cloches et les salins enlevés ; les murailles détruites ; )) ordonne que six cents habitants choisis à discrétion se- » ront condamnés à mourir; savoir : deux cents décapites,

)) deux cents à être pendus, deux cents à être brûlés ! ! ! »

Le tout fut exécuté par Tordre de très-haut, très-redoutable et très-puissant seigneur Charles le Sage, roi de France!

Sous Charles VI, les peuples s'ébranlent et réclament la diminution des impôts ; alors le roi , pour éteindre les révoltes, fait entourer de troupes nombreuses la ville de Paris, désarme les citoyens, défend les assemblées, fait saisir les bourgeois dans leurs maisons , et comme l'on manquait de bourreaux, ces malheureuses victimes étaient liées dans des sacs et traînées à la Seine.

Les gabelles fiirent augmentées, la ville de Paris ruinée, et la levée des mêmes impôts fut renouvelée jusqu'à cinq fois dans Tannée.

Le mariage du roi avec Isabeau de Bavière exige encore des sommes immenses, et Paris, cerné par les soldats do Charles YI, vient apporter aux pieds de la reine soixante mille couronnes d'or.

Dans les villes, les peuples malheureux mouraient par milliers sur le seuil des palais ; les femmes, les enfants, sans asile, restaient exposés à la rigueur des hivers.

HISTOIRE DES ROIS. kO

Dans les campagnes^ la soldatesque effrénée ravageait les moissons, et massacrait les laboureurs quand ils osaient se plaindre.

Mais la reine Isabeau passait les jours et les nuits dans les iï'les, au milieu des danses^ des repas somptueux, et plongée (Inhs toutes les débauches.

Le roi Charles devient fou : les peuples abrutis, regardant sa personne conmie inviolable et sacrée, respectent ce rantônie de royauté et abandonnent à Isabeau les rênes du gouvernement. Sous cette régence, des maux épouvantables dtsolent la nation ; les guerres civiles se succèdent, les Armagnacs et les Bourguignons se surpassent en perfidies, en lâchetés, en assassinats.

A ces calamités vinrent se joindre deux fléaux: l'insatiable avarice des papes, qui pressuraient le royaume pour en arracher les derniers lambeaux ; et une épidémie , causée par les chaleurs excessives et par la foule des morts entassés dans les cimetières de Paris. Entre les deux fêtes de la Vierge, cent mjlle habitants avaient péri de cette contagion funeste.

Charles YI meurt. Le royaume passe sous la domination des Anglais, et le dauphin, dépouillé de ses états, oublie la FraYice dans les fêtes et dans les plaisirs.

Une jeune villageoise, Jeanne d'Arc, se présente à

Charles VII; ranime l'énergie du prince, marche à la tête de l'armée, et conduit le roi victorieux à Reims, où il est sacré avec solennilé.

Louis XI succède à son père, qui s'était laissé mourir de faim dans la crainle d'être empoisonné par ce monstre.

Louis XI ! son nom seul rappelle la cruauté d'un tyran fourbe et superstitieux.

Bientôt son caractère implacable se montre à découvert : les préposi's des gabelles font des exactions à Reims, et occasionnent un soulèvement; pour punir le peuple rebelle^ le roi introduit dans la ville une troupe d'assassins : cent bourgeois sont pris dans leurs maisons, et périssent sur 1 echafaud.

Son frère Charles meurt empoisonné ; le comte d'Armagnac est massacré par ses ordres, après avoir rompu une hostie avec le cardinal d' Arras ; le connétable de Saint-Paul est condamné à mort par un jugement inique ; le duc de Nemours est renfermé à la Bastille^ dans une cage de fer; ensuite condamné à avoir la tête tranchée en place de Grève : le jour de l'exécution, ses enfants, couverts de longues robes blanches, furent amenés sous Téchafaud, et inondés du sang de leur père.

Poursuivant sa vengeance contre ces malheureux enfants, il les lit plonger dans des cachots en forme de hottes pointues par le fond , afin qu'ils n'eussent aucun repos ; il lesen retirait deux fois par semaine pour être frappés de verges, et de trois mois en trois mois il leur faisait arracher une dent.

Lâche et hypocrite, Louis XI portait à son chapeau une vierge de plomb, devant laquelle il se prosternait pour obtenir le pardon des forfaits qu'il allait commettre. Plus de quatre mille personnes périrent par ses ordi-es. Sous son règne, on ne voyait autour des maisons royales que des gibetSi des roueâ et des échafaudsé

Enfin ce monstre couronne rendit son âme détestable au milieu des terreurs et des tourments.

Louis XI occupe la première place dans les annales des tyrans ; aucun despote ne présente un composé de qualités si étranges. Ne respirant que la vengeance, mais sachant la retarder pour la rendre plus cruelle ; avide d'argent, et sachant le prodiguer pour faire réussir ses projets ; barbare, et caressant ses ennemis pour les surprendre désarmés ; d'une extrême défiance, et feignant l'abandon lorsqu'il voulait obtenir un secret; lâche, dévot, et couvent intrépide dans l'action.

Tous les actes de sa vie ont éti'* les ramifications de sa perfidie, et montrent combien il excellait dans les combinaisons tortueuses de cet art exécrable qu'on appelle politique.

Louis XIl, le père du peuple, enlève les privilèges de l'université de Paris, introduit dans la ville un grand nombre de soldats pour étouffer les plaintes de la bourgeoisie et du peuple, fait une alliance avec l'horrible Alexandre VI, ce Borgia souillé de tous les crimes, et en obtient lauiorisation de répudier la malheureuse Jeanne.

Ce roi se laisse entraîner à la guerre d'Italie par les conseils du pape et de son (Ils, César Borgia, et la France voit ses trésors s'engloutir dans ces guerres déplorables.

François I" appelle auprès de sa personne les évoques du royaume, les gentilshommes des provinces, et pour augmenter la magnificence de sa cour, il leur vend les charges de l'état. Son fanatisme rallume les biicîjers dans les villes du Midi ; et le parlement de Provence, secondant sa fureur, fait égorger six mille personnes, sans pardonner au sexe, ni à la vieillesse, ni à renfance*

Après avoir ruiné son royaume, arrosé l'Italie du sang français ; après avoir été fait prisonnier à Pavie , et avoir donné pour sa rançon deux millions d*écus d'or, les duchés de Bourgogne 9 d'Artois et de Flandre, François I*' mourut

d'une infôme maladie qu'il avait puisée dans les bras de la belle Féronnière.

Henri II établit une chambre ardente contre les luthériens du royaume^ et assiste, entouré de sa cour, aux supplices des nombreuses victimes des fiireurs catholiques : les malheureux protestants, attachés par une chaîne de fer à une poutre qui jouait en bascule, étaient plongés dans des brasiers enflammés, ensuite cette machine infernale, se relevant d'eUemême, prenait un temps d'arrêt, et les replongeant dans les flammes^ renouvelait des souffrances épouvantables. Les cris affreux d'un de ces infortunés frappèrent si violemment Tâme atroce de ce roi, que toute sa vie il en conserva des souvenirs effrayants qui le poursuivaient jusqu'au fond de ses palais.

François II règne quinze mois, et les supplices des hérétiques continuent ; mais la rage succède à la patience : les protestants, qui s'étaient multipliés à la lueur des bûchers et sous le fer des bourreaux^ imitent enfin, par de justes représailles^ les cruautés de leurs ennemis : des guerres civiles embrasent la France ; une paix plus funeste que la guerre succède au carnage, et la barbarie, s'unissant à la lâcheté, secoué sur les peuples les torches du fanatisme.

L'inquisition est introduite en France : le conseil du roi et les parlements l'autorisent; le chancelier de l'Hospital^seul homme de bien dans un siècle corrompu , s'oppose à l'établissement de cet odieux tribunal:

HISTOIRE D£S AOIâ «3

Après la mort de François II, nous marchons à travers les échafauds^ les gibets, les bûchers : des provinces entières sont réduites en cendres, livrées à la femine, à la désolation, au viol, aux brigandages. Tous les crimes commis par l'ambition et le fanatisme depuis le concile de Nicée, pâlissent devant ce nouveau règne, et Charles IX se pose dans l'histoire parmi ces monstres dont le nom seul fait éprouver un sentiiyent d'horreur et d'épouvante.

A peine sur le trône, il apprend l'art de gouverner par des intrigues et des perfidies. U organise des massacres contre les protestants de Paris, Amiens, MeaulL, Châlons, Troyes, Moulins, Clermont, Nevers, le Mans, Angers, Tours, Rouen, Poitiers, Toulouse, Bordeaux, etc., etc.; ces horribles boucheries s'exercent dans toute la France; et, 9 la honte éternelle de la magistrature, le parlement de Paris rendit alors un arrêt qui permettait d'égorger les protestants partout où on les trouverait.

Les hommes périssaient par le fer et par le feu ; les femmes et les filles étaient violées avant d'être pendues, noyées ou massacrées, et leurs cadavres étaient encore souillés par la luxure de ces bourreaux fanatiques.

Les prêtres et les moines égorgeaient eux-mêmes ces victimes innocentes au nom du pontife de Rome et du roi Charles IX !!!...

Les crimes de Catherine de Médicis, des ducs de Guise , du cardinal de Lorraine et de leurs esclaves, vinrent ajouter aux désastres de ce règne.

Mais tous ces attentats s'effacent devant le souvenir de laSaint-Barthélemi!... la doche fatale se fait entendre!...

» UISTOlUE LES PAPES,

le si^al parti de l'horloge du palais rotentit dans toute la Finance!.... des tigres affamés de carnage se précipitent sur les protestants^ les arrachent de leurs maisons, les lancent de* fenêtres sur les piques des soldats, mutilent hontensement ces corps sanglants, traînent dans les rues les cadavres des femmes et des iilles, écrasent les enfants au berceau!-.. Charles IX s'arme d une arquebuse, et de la fameuse croisée du Louvre frappe d'un plomb meurtrier les malheureux qui s'enfuyaient à la nage pour échapper aux glaives des assassins!!!....

Le massacre dura troisjours à Pariset deux mois dans toute la France. Quarante mille protestants furent égorgés dans les états du roi chrétien ! ! !

Après ces san^ntes journées, Catherine de Médicrs et son fils, entourés d un cortège brillant de seigneurs richement vêtus et de femmes couronnées de Heurs et de pierreries, se rendirent à Montfaucon, pour contempler ces cor [.s entièrement nus et horriblement mutilés, qui luttaient contic l'agonie de la mort.

Henri III monte sur le trône, et traîne à sa suite uiie ^ou p* de mignons ministres de ses infâmes débauches.

Par ses ordres, le cardinal et le duc de Guise sont po gnardés dans son palais, après leur avoir juré sur Tautv une loyale amitié.

Une ligue se forme poui^ demajider compte au roi de ce double crime : les prêtres, les moines, prêchent ouvertement la mort du tyran ; et Jacques Clément termine par UB assassinat le règne avilissant de Henri III.

Avec ce prince sV'teiut la brauche des Valois. lieBri l\y

roi de Navarre, de la maison de Bourbon, (ïevîent ihéritier du trône.

Par son humeur chevaleresque et sa bravoure, Henri s'attache le cœur des soldats ; il gagne des batailles, met fin à la Kgue, et obtient la couronne en embrassant la religion catholique.

Sous ce nouveau règne, les persécutions sont suspendues, les peuples respirent : des ministres habiles mettent de Tordre dans les finances, diminuent les impôts, répriment la licence des soldats, et font chérir le monarque; mais les prêtres arment la main du fanatique Ravaillac, et Henri meurt assassiné.

Louis XIH abandonne la conduite d!u royaume à sa mère, Marie de Médicis, accusée du meurtre de son mari : changeant ensuite de caprice, il fait massacrer sous ses yeux le maréchal d'Ancre, favori de sa mère, la chasse du royaume et la laissé ihourir de faim à Cologne.

Les cachots de la Bastille se remplissent des victimes du roi otf die son indigne ministre.

Ensuite le cardinal de Richelieu et Louis XHI, à la tête d'une anriée formidable, vinrent mettre le siège devant la Rochelle : les habitants de cette cité courageuse refuséreni de se rendre à la discrétion de leurs farouches ennemis, déclarant qu'ils s'enseveliraient sous les ruines de leurs murailles ; pressés par les horreurs de la famine, ils laissèrent sortir de la ville leurs femmes, leurs vieillai'ds et leurs en- Êtnts, qui se répandirent dans les prairies entre le camp des assiégeants et les murs de la place, afin de trouver quelque herbes à* dévorer; alors, le cardinal, ministi^e d'un

S6 HIdTOmB DES PAMSS.

Dieu de paix, et le monarque imbécfle et dévot, ordonnèrent à leurs troupes de tirer sur ces spectres, hâves, décharnés et tremblants ! Et, à la honte du siècle, il se trouva des soldats pour exécuter les ordres sanguinaires de ces deux tyrans ! . . .

Richelieu, au nom du roi, ordonne les proscriptions, les assassinats , les meurtres juridiques , et termine ses sanglantes exécutions par la mort de Cinq-Mars et du vertueux de Thou-

Louis XIV commence un règne de soixante-douze ans, règne de gloire, de grandeur, de crimes et de calamités.

Roi absolu, résumant toute la nation dans son individualité, il casse à quinze ans le parlement de Paris, et renverse le seul pouvoir placé entre lé trône et le peuple : les chambres veulent adresser au monarque des remontrances ; il fait saisir les conseillers et les plonge dans les cachots de la Bastille.

Après l'extinction des guerres civiles, fier de ses premières victoires, il entre au parlement, en grosses bottes, le fouet à la main, dissout l'assemblée, et défend toute opposition contre sesédits.

La terreur du despotisme couvre la France entière, et Louis. XIV peut déployer sans crainte le faste et Toi^ueil des souverains d'Asie. Les larmes du peuple se changent en or, et les richesses de la nation servent à payer les maîtresses et les esclaves titrés de ce roi voluptueux.

Mais ce prince oi^eilleux devant les faibles obéit lâchement aux ordres de Gromwell , et chasse les Stuarts de ses états.

Menteur à sa parole, il fait un traité avec l'Espagne, et en-

HISTOIRE t)£S IIOIS. W

voie des secours au Portugal ; il vend sa protection aux Hollandais, et après avoir reçu l'argent de ce honleux marché^ il refuse de joindre ses vaisseaux à ceux de ses alliés.

Spoliateur infâme , il usurpe les provinces du Gis de Charles II, son beau-frère, roi d'Espagne^ dont il devait être le protecteur, et partage ses dépouilles avec Tempereur d'Autriche*

La Franche-Comté est envahie avec la même iniquité ; la conquête dure trois semaines, et Louis XIY fait cette campagne entouré de la pompe et des grandeurs de la cour.

Ses succès avaient été rapides ; mais cinq jours suffisent pour cimenter une ligue entre la HoUande, l'Angleterre et la Suède^ et arrêter les progrès de son armée.

Un républicain d'Amsterdam force ce roi superbe à rendre la Franche-Comté à l'Espagne.

Turenne^ par les ordres de Louis XIY^ ravage le Palatinat , et détruit plus de trente villes.

L'Alsace est saccagée par les Français eux-mêmes pour empêcher les Allemands d'y pénétrer.

Enfin les cris de la France dépeuplée effrayèrent le monarque et le contraignirent à faire la paix.

Alors sa foreur se tourna contre ses sujets : lâche esclave des jésuites et de la cour de Rome ^ il rêve la destruction des protestants^ et révoque l'édit de Nantes : on dépouille les calvinistes^ on les condamne à être roués ou pendus : les dragons sont envoyés dans les châteaux et dans les villes pour chasser les protestants; les frontières sont gardées pour prévenir la fuite des réformés ; et la France est une vaste enceinte^ gardée par des hommes impitoyables^ au

milieu de laquelle les prêtres, les évêques, conduisent des troupes d'assassins.

Les esprits s'exaltent, les protestants se rassemblent, des armées s'organisent, et la France est en feu : les dragonnades des Cévennes s'étendent dans les provinces méridionales ; les soldats brûfent les villes, pillent les châteaux, violent les femmes, mutilent les cadavres, et font des déserts sui* leur passage. Les calvinistes, à ïeur tour, chassent les armées du roi, exercent! leurs vengeances contre les catholiques; ils rendent meurti'e potrç meurtre, viol pour viol, et les églises et les" châteaux deviennent encore ïa proie des flammes.

Louis XIV, aflaîbli par l'âge, et vaincu par les fléaux qu'il a' lui-mê'miè âiffîhrés sui" ses états, meurt, comme Louis XI, couvert de reliques, et livré aux terreurs de Tenfer.

Fanadque jtasqu'à^ la frénésie, pcrîldie datis' ses traites, lâche suborneur, égoïste impitoyable, despote insolent , Ce roi a coûté vingt milliards à fe France , et préparé les désastres de ses successeurs.

Son testameht est cassé }Sur le parilemenii, qui nomme Philippe d'Orléans régent dn^ropôme.

Époque de scandales, de déhanches ; de soie et d'or pour les courtisans; de larmes et de misère pour les peuples!

Le régent et la duchesse de Berri sa fille se livrent sans pudeur à leurs amours incestueux ; leuY* immoralité déprave la nation , et les mœurs des llacchantes s'introduisent dans les familles.

Biais les vices de la i*égence sont encore surpassés par cenxdfellouis XV. Ses maîtresses gouvernent rétat, vendent

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les armées et dilapident les finaînces, pendant que Ce roi sybarite oublie les malheurs de la nalion dans les débauches et dans les incestes; ses favorites deviennent ses pourvoyeurs, enlèvent les jeunes filles, les renferment dans l'infâme parc aux cerfs, et livrent la pudeur au cynisme du monarque. Une courtisane reçoit Tor des étrangers pour leur assurer le gain des batailles, et fait massacrer quatre cent mille hommes dans les guerres avec Tltalie, l'Angleterre, TAllemagne et la Prusse. Notre marine est anéantie , notre commerce détruit, et les dettes de letat sont encore plus énormes que sous Louis XrV.

Le roi, pour remplir ses trésors , deyient le bourreau de son peuple ; les monopoleurs accaparent les blés, et Louis XV est le chef du pacte de famine.

Bientôt des agitations sourdes de Paris s'étendent dans toutes les provinces ; la nation, désolée par les massacres dfes règnes précédents, épuisée par les déprédations, commence à sortir de sa stupeur.

Quatorze siècles de malheurs et de crimes ont marqué le passage des rois; les peuples frappent d'anathèmes ces têtes criminelles, et préparent le jour des vengeances.

Louis XVI monte sur le trône. Homme vei^tueux, mais rt)i fail)le, il s abandonne aux conseils de lâches courtisans : leurs rêves insensés sont impuissants pour arrêter la marche des esprits, et la Bastille s'écroule avec ses horribles cachots.

Une immense révolution s'accîomplîf ; la souveraineté du peuple est proclamée, et Louis XVI monte sut* Téchafaud.

Les tyrans de TEurope se coalisent; des aï'mces nombreuses marchent contre la France : l*or des rois paye Tes

M filSTOltUS D£S PAt»ËS.

trahisons^ soulève la Vendée^ et jette l'état dans une grande confusion .

Bonaparte s élève ; son génie fascine les peuples , sa parole électrise les soldats , et ses armées arborent le drapeau de la république dans les capitales des rois.

Napoléon, vainqueur de l'Europe, dans toutes les splendeurs de sa gloire, tient dans ses mains les destinées du monde ! Mais Dieu n'avait pas encore marqué la (in de Tesclavage des peuples, et l'empire succède à la république.

Siècle de prodiges ! Les batailles sont des rencontres formidables où les nations viennent s anéantir! les conquêtes sont des royaumes entiers! les généraux de ces armées sont des rois ! et le maître de tous ces souverains , de tous ces empires, c'est un homme grand comme le monde, c'est Napoléon , empereur des Français ! ! !

L'élu du peuple a oublié sa mission divine; les nations demandaient la liberté, il leur a donné des rois Sa puissance s écroule dans les plaines de Waterloo !

Les jours de deuil commencent : les Bourbons montent sur le trône , traînant après eux une troupe de courtisans ; ils rappellent les jésuites dans le royaume, s'entourent de l'appareil des supplices, et rêvent des siècles de tyrannie et de fanatisme.

Charles X ose rompre le contrat qui l'unissait à une grande nation , et les trois immortelles journées viennent apprendre aux hommes que l'autorité des rois n est puissante que par la volonté de., peuples, et que les peuples peuvent être des souverains sans la volonté des rois !

Louis-Philippe d'Orléans^ instruit à l'école du malheur^

êleyé au milieu des tourmentes révolutionnaires^ admirateur passionné de Washington et de la Fayette^ est choisi comme le plus digne^ et proclamé roi des Français.

Le prince, en acceptant la couronne^ a juré de maintenir l*honneur de la France, de conserver le dépôt sacré des libertés^ et d'accroître le bonheur des peuples !

Et la postérité jugera ! ! !

AVERirSSEMENT.

Le manque absolu d'historiens véridiqucs , la multitude de lirres apocryphes écrits en grec et en latin, nous empêchent de juger par nous-mêmes les premiers siècles du christianisme.

Nous ne pouvons être que des traducteurs fidèles chargés de présenter les opinions des Pères de l'Église, en conservant religieusement Tordre des faits et même le style lent et obscur de leurs ou-

vrages.

Mais lorsque nous aurons traversé ces époques de ténèbres, nous déroulerons une longue série d'événements extraordinaires et de crimes horribles, dignes de fixer l'attention des esprits sur l'histoire merveilleuse des pontifes de Rome.

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