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Histoire des papes

gorgés d'or, pas un seul n'avait assez de courage pour venir apprendre à Louis XVI que le peuple, debout, triomphant^ allait se trouver face à face avec la royauté avilie , dégradée, sans crédit, .sans argent, sans ressources. On lui dit seulement que le comité avait décidé l'ajournement de ses projets contre les Etats-Généraux. £nûn, dans la soirée, le duc 'de la Rochefoucauld-Liancourt se détermina à pénétrer dans l'appartement de Louis XVI, qui était déjà couché et profondément endormi; il le réveilla, lui rendit compte des événements de la capitale, et lui conseilla, pour calmer l'agitation des esprits, de paraître le lendemain à l'Assemblée nationalct de rappeler Necker et d'éloigner les soldats étrangers. Le 15, dès l'ouverture de la séance, plusieurs députés demandèrent que l'Assemblée nationale déclarât qu elle allait immédiatement aviser aux moyens de rétablir le calme dans Paris, et s'occuper de rédiger une nouvelle adresse au roi pour lui demander le renvoi des troupes de la capitale et le libre arrivage des grains et des farines. Ce parti ayant été^ adopté à l'unanimité , Vingt-quatre députés furent désignés pour se rendre sur-le-champ auprès de sa majesté. Mais au moment où ils allaient quitter la salle, le duc de Liancourt demanda la parole , et annonça qu'il était autorisé à dire que le roi , de son propre mouvement, s'était déterminé à venir au milieu des représentants. Quelques minutes après, Louis XVI parut en effet, sans gardes, accompagné de Be& deux frères. Il s avança dans la salle, et, debout-, en face de l'assemblée, il prononça d'une voix émue ce discours : u Le )) chef de la nation vient avec confiance au milieu de ses re- ))'présentants pour leur témoigner sa peine et les inviter à

(XVIII. s.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 331

» trouver le moyen d'apaiser les troubles. Je sais qu'on a » donné d'injustes préventions; je sais qu'on a osé publier » que vos personnes n'étaient point en sûreté. Serait-il donc » nécessaire de vous rassurer sur des bruits aussi coupables, » démentis d'avance par mon caractère connu? Eh bien ! c'est » moi qui déclare ne faire qu'un avec mon peuple; c'est moi » qui me fie à vous! Aidez-ifnoi dans cette circonstance à as- » surer le salut de l'état; je l'attends de l'Assemblée nalio- » nale. Déjà j'ai ordonné aux troupes d'évacuer Paris et » Versailles. Je remets au président la lettre de rappel du » ministre Necker, et je vous invite à faire connaître mes » dispositions à la capitale. »

Quel changement de langage ! la royauté s'avoue impuissante à faire le bien de la nation; et quelques jours avant, elle intimait du haut de son lit de justice des ordres hautains et menaçants. Dès ce moment Versailles fut dans l'ivresse, et le château dans la consternation et dans le deuil. Une terreur panique s'empara de toute la cour : le comte d'Artois et ses deux fils, les ducs d'Angoulême et de Berry ; le prince de Condé , son fils le duc de Bourbon et son petit-fils le duc d'Enghien; le prince de Gonti, l'exécrable famille des Polignac et plusieurs des grands seigneurs qui composaient le comité autrichien, quittèrent précipitamment la ville et gagnèrent la frontière, dans le double but de fuir la colère du peuple et de mendier au dehors, chez les rois ennemis, les moyens d'asservir de nouveau la France.

Louis XVI fut également sur le point de céder aux instances de sa femme et d'opérer une retraite sur les pays étrangers; mais l'amour de l'autorité» si puissant même sur

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