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que les caves du Vatican ne pouvaient les contenir, néanmoins le pape eut lieu d'être satisfait ; les jésuites surent admirablement exploiter la superstition des catholiques : ils organisèrent des missions, parcoururent les villes, les villages, les plus petits bourgs , plantèrent des croix , firent des prêches en plein vent , fanatisèrent les populations et extorquèrent partout l'argent des fidèles. Indépendamment de ces moyens extraordinaires, Léon XII avait eu l'idée, afin de grossir ses trésors , de remettre en vigueur les taxes de la chancellerie apostolique pour le rachat des crimes, ce qui lui avait encore réussi fort heureusement. On Tavait entendu dire, à l'occasion de cette mesure , aux cardinaux qui lui faisaient des observations sur le danger de donner dé justes prétextes aux ennemis du papisme de déclamer contre les abus : « Bah ! » ne craignez rien , nous mettrons tous les écrivains à la rai- » son ; je fais aujourd'hui de Targent avec la religion , pour » faire demain de la religion avec de l'argent. )>
En effet, il employa généreusement une somme assez considérable à l'acquisition d'une épée et d une toque garnie de pierreries qu'il envoya au stupide duc d'Angoulême, fils aîné de Charles X; il y joignit pour la dauphine le manteau d'argent avec lequel il avait ouvert la porte sainte^ ainsi que de magnifiques médailles , et pour Madame , veuve du duc de Berry, second fils du roi , deux camées en agate, représejdfitant le Sauveur et saint Pierre, et deux reliquaires renfermait l'un du bois de la crèche où le Christ était né, l'autre un morceau de la pierre du tombeau du chef des apôtres : ces deux derniers objets trouvèrent bon nombre d'incrédules à la cour de France. Le prinqp et les princesses
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n'en furent pas moins flattés des présents de sa Sainteté ^ et en échange, ils lui promirent de seconder Charles X de tout leur pouvoir dans la guerre qu'il avait déclarée à la presse. Cependant ils ne purent procéder que lentement , à cause de la répulsion universelle qu'excitait rultramontanîsme» et surtout à cause des institutions du pays.
Mais en Espagne, les choses marchèrent plus vite; les prêtres n'étant point gênés comme en France par des lois constitutionnelles, se jetèrent avec une sorte de fureur dans la voie des réactions catholiques; Taffreuse inquisition, qui avait été rétablie depuis le retour du fanatique Ferdinand VU, entassa des milliers de victimes dans ses prisons. I^es jésuites firent plus encore : à 'Valence, ils célébrèrent unauto-da-fé et firent brûler un malheureux juif condamné comme hérétique et relaps, avec toute la pompe usitée dans les beaux siècles de Ferdinand le Catholique et de Philippe V, sous les terribles inquisiteurs Torquemada et don Diègue Sarmiento de Valladarès. Cette atroce exécution eut lieu au commencement de Tannée 1826. Léon XII, honte sur lui! gratifia des indulgences plcnières d'un jubilé spécial ceux qui avaient coopéré ou simplement assisté au supplice de l'Israélite, et déclara dans sa bulle que la présence des catholiques à un autoda-fé équivalait à cent stations dans cent églises diverses 1 !
Sa Sainteté ne pouvant agir de la même manière en Allemagne ni en France^ et imposer silence aux incrédules par la terreur, fut obligée d'avoir recours à d'autres moyens : elle ordonna aux disciples d'Ignace de Loyola de faire des miracles. Un prince fanatique qui avait embrassé l'état ecclésiastique, noomié Uohenlohe , fut chargé d'opérer des guérisons dans
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les diflerents cercles de la confédération germanique et s'en acquitta à merveille. En France, où il était à craindre quon ne fit des investigations trop rigoureuses sur les malades, les jésuites agirent différemment; ils choisirent pour théâtre de leurs fourberies un petit bourg appelé Migné, du diocèse de Poitiers y habité par de pauvres paysans ; et un soir, à la suite d'exercices religieux , le 17 décembre 1826 , ils firent apparaître dans les airs une croix phénoménale. Personne ne se trouvant là pour démasquer Timposture, tous les assistants furent convaincus de l'existence du prodige et crièrent au miracle. Le clergé fit grand bruit de cette affaire et en profita pour éteiklre son influence morale. Le pape , de son côté , ne manqua pas de témoigner le vif intérêt qu'il prenait au miracle, et envoya pour Thumble église de Migné une croix d'or contenant un morceau de la vraie croix.
Dès ce moment les bons Pères se crurent tout permis; ils entrèrent en lutte ouverte avec l'Université et cherchèrent à s'emparer exclusivement de l'éducation de la jeunesse. L'Université se défendit, adressa d'énergiques remontrances aux députés, et fit enlever le ministère de Tinstruction publique au comte Frayssinous, évéque d'Hermopolis, qui était secrètement affilié à la congrégation. Le nouveau ministre^ grand maître de TUniversité, s'occupa immédiatement de puiser l'enseignement primaire de ces jésuites mitigés con-' nus sous le nom de frères de l'école chrétienne; ensuite il rédigea un rapport au roi pour mettre un terme aux envahissements des disciples d'Ignace de Loyola, et assurer dans toutes les écoles ecclésiastiques secondaires l'exécution des lois du royaume.
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Charles X, forcé de faire une concession à Topînion publique, autorisa la formation d'une commission afin de décider les mesures à prendre pour faire concorder renseignement clérical avec la législation politique et les maximes du droit public français. Cette commission accéda à une sorte de transaction , et accorda plusieurs points à l'Université pour obtenir en faveur des jésuites qu'un certain nombre de collèges fussent affranchis de la surveillance du gouvernement. Heureusement la chambre des députés refusa de ratifier cet arrangement, et décida que tous les collèges tenus par les bons Pères seraient soumis au régime universitaire, notamment ceux de Billom, d'Aix, de Bordeaux, de Dôle, de Forcalquier, de Montmorillon , de Saint-Anne d'Auray et de Saint-Acheul; en outre, que nul ne pourrait être chargé à lavenir, soit de la direction, soit de renseignement dans une maison d'éducation dépendante de l'Université, ou même dans les écoles secondaires ecclésiastiques, qu'il n'eût préalablement déclaré par écrit qu'il n'appartenait à aucune congrégation religieuse.
Léon XII s'empressa d'écrire aux disciples d'Ignace de Loyola pour les consoler de l'échec qu'ils avaient éprouvé; en même temps il adressa de vertes remontrances à Charles X sur sa faiblesse, et lui enjoignit de tenter un coup d'état pour la défense de l'auteL
Le saint-père n'eut pas le bonheur de voir ses vœux exaucés; pende temps après, il tomba gravement malade, et rendit le dernier soupir le 10 février 1829, vers la dixième heure du matin.
HISTOIRE DE PIE Vni.