‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 92 sur 96 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

L'esprit quitta les camisards , lorsquMIs furent loin du Lattguedoc. Il abandonna même Compan, ce prodigieux dramaturge du désert. « Lorsque jVtais à Amersfort, j'eus occasion de converser avec un brave garçon des Cévennes, nommé Conipan. (i) Il est présentement (1707) en Espagne, dans le régiment de M. Cavalier. Ce Compan avait reçu de grands dons, et aussi était-il bien pénétré de reconnaissance pour toutes les grâces que Dieu lui avaient faites. Mais le souvenir lui en était doux et amer tout ensemble; car il était grandement affligé de ce que Dieu ne se communiquait plus tant à lui depuis qu'il était sorti des Cévennes. Et il disait que c'était ses péchés qui l'avaient rendu indigne des visites du Saint-Ksprit. Je lui dis tout ce que je pus pour le consoler; et, entre autres choses, je lui représentai que Dieu agissait selon les temps et les occa-

(1) Compan, de la troapé de Cavalier , était de la plaine , et probablement de Clarensac.

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sionSy ou pour mieux dire selon sa sagesse, laquelle nous devons toujours adorer, lors même qu'elle nous était le plus incompréhensible. Comme nous parlions ainsi, la bonté paternelle de Dieu lui fut soudainement manifestée par un saisissement de Tesprit , qui lui donna de secrètes conso • lationsi>(i).

Cavalier aussi fut profondément contristé de la disparition de l'Esprit. On dit que lorsqu'il fut présenté à la cour d'Angleterre, la reine Anne lui demanda si Dieu continuait à le visiter. Le cami* sard ému pencha la tête en pleurant et ne ré* pondit pas. (a).

Le monde leur conseillait de chass^ l'esprit : « Depuis que je suis dans cette île (d'Angleterre) , quelques personnes qui pourtant ne me veulent que du bien, m'ont pourtant aussi affligé sur cela. Dans leur aveuglement extrême, ils ont cru ce qu'ils ne devaient pas croire, et m'ont sollicité, sans connaissance ^de cause, k rejeter, de tout mon . pouvoir et selon leurs fausses idées, les saintes et heureuses visites de mon consolateur. Mais je les prie , au nom de Dieu, de se souvenir des, choses terribles qui sont prononcées contre ceux qui, après s'être rendus participants du Saint-Esprit, rejettent, en tant qu'en eux est, le don céleste qu'ils avaient goûté. Et je leur déclare solennelle* ment et sans équivoque par cet acte public, et sous le serment que je fais devant Djeu , que je ne suis pas l'auteur des agitations que je souffre dans mes

(i) Théâtn Mcr^, BoÎMÎer. (3) Anonyme.

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extases. Que ce n'est point moi qui m'agite moimême; mais que je suis mu par une force qui est audessus de moi. £t pour les paroles qui sont prononcées par mes organes , je déclare, avec la même protestation de vérité, qu'elles se forment sans dessein de ma part, et qu'elles découlent inopinément de ma bouche, sans que mon esprit participe à cette opération merveilleuse, par aucune méditation précédente , ni par aucune volonté présente de parler sur le champ. Par la grâce de mon Dieu , ces inspirations qu'il lui a plu de m'envoyer depuis le commencement jusqu'à présent, ne m'ont jamais porté qu'à fuir le mal et à faire le bien. Néanmoins, je reconnus avec grand plaisir que je suis un pauvre ver de terre , et un grand pécheur qui me rends nécessairement indigne des grâces que Dieu m' a faites. Mais j'implore humblement sa miséricorde, au nom de mon sauveur, consentant volontiers que celui qui est sans péché, jette la première pierre contre moi , et désirant aussi que s'il est pécheur comme moi , il ait pitié de mes infirmités , comme j'ai pitié des siennes » (i)«

Plusieurs eurent honte de l'esprit et le chassèrent, ce Je tiens pour très-certain que ceux qui sont salutaitairement visités de cet esprit qui console et qui fortifie , comme je le suis par la grâce de Dieu, doivent bien se donner de garde de se priver euxmêmes d'une faveur si douce, et dont ils ressentent continuellement des effets si heureux. C'est pourtant une faute dont plusieurs sont coupables, si j'ai été bien informé. On m'a dit que le secret

(i) Thââtrt sacré , Fage.

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