‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 134 sur 145 · MÉZERAY · texte numérisé non relu

MÉZERAY

lait que depuis que le pape avait délaissé Avignon alican, les peuples pourraient plus facilement se

à des exigences devenues moins pressantes et ; plus loin. Il n'en fut rien cependant, et toute chrétienne continua de se voir pressurée par les 5 du saint-siége, dont les insatiables extorsions rent plus que tout le reste à faire accueillir avec

protestations de Luther et de Calvin. Les rois, lents, les états généraux et provinciaux, Tuniveruittent pas la brèche pour protéger la France conranges prétentions du vicaire de Dieu. Ici, c'est inance royale du 18 février 1406, rendue sur les u procureur général au parlement, par laquelle I ordonne que « les entreprises et exactions que les officiers du pape en son royaume cessent. y> « une congrégation générale de l'université (10 [)) », à laquelle assistent plusieurs prélats, « et l'es, bacheliers et licenciés en droit canon et civil », mdre les franchises de l'Eglise gallicane coatte

500 HISTOIRE DES PATSA5S.

les prétentions de Rome. Ailleurs, c'est le parlement (16 mai, 8 noT. 1413), qui se plaint de Toir toutes les prébtures, bénéfices et dignités mises à Fencan par le saintsiège. Récemment, à Tocc^on de Tévêché de Bean^ais, il avait été levé et mis hors du royaume plus de trente oa quarante mille écus, et depuis cinq ans il en était bien sorti trois millions de livres. Des ordonnances ro3fales da !2 avril 1418, février 1422, interdisent de transporter à Rome or$ argent ou autre chose. Hais rien ne pouvait apaiser le prodigieux appétit du saint-père, réfréner l'ambition égoïste de ceux qui aspiraient aux dignités ecclésiastiques. On demandait à ceux-ci de Targent : ils le levaient sur le plat pays par tous les moyens dont les armait la faiblesse et la crédulité populaires; celui qui offrait le plus était nommé, ceux qui offraient moins gardaient pour une meilleure occasion les sommes extorquées sur le peuple, et c'est ainsi qne cette terrible machine aspirante faisait le vide dans les campagnes de la France énervée (1).

Le pape publiait incessamment des bulles de pardons et indulgences, ordonnait des quêtes à leur sujet, vendant la démoralisation en vendant aux coupables l'impunité dans l'autre monde, épuisait le royaume, lassait, par cette concurrence redoutable, la patience des seigneurs et des rois eux-mêmes, qui, ne pouvant plus lever leurs impôts, se consumaient en vains efforts pour s'opposer à ce honteux trafic en interdisant les publications de ces bulles. {Libertés, ch. XXV, pass.)

En 1461, le parlement rappelle à Louis XI les ordonnances passées, implore sa sévérité, fait le compte douloureux des sommes énormes dérobées par le saint-siège. « Tenir une abbaye est comme tenir une seigneurie profane à vie », Le pape s'est érigé en héritier et successeur unique des prélats français ; puis, pour grossir l'héritage, il leur

(1) Libertés de l'Eglise gallicane, II, 820, 832, 835, 853, 857. - Monstrelet, Chroniques, I, ch. lxvii, ann. 1410.

donne toutes les notables abbayes, tous les riches bénéfices, et jusqu'aux églises parochiales. Des édits royaux de 1463, de juin 1464, s'opposent vertement à ces abus; mais si Ton veut être édifié sur la complète inutilité de ces ordonnances, on peut lire les lignes suivantes que presque un siècle plus tard, en 1548, écrivait le procureur général au parlement de Bretagne, dans un mémoire au sujet des pré-^ tentions du pape sur la province : « On a vu un procureur de Rome, nommé Régis, tenir en Bretagne quinze ou vin^t mille livres de rentes en cures et églises parochiales par unions personnelles, et de sa vie il n'a vu un seul des paroissiens de ses vingt-cinq ou trente cures : et le semblable d'un autre officier de Rome, nommé Clerici, et plusieurs autres que l'on nommerait, qui en ont fait ci-devant train et marchandise (1). »

Les états généraux prennent de leur côté la défense du peuple : « Le royaume, disent ceux de 1484, est comme un corps qui a été évacué de son, sang par diverses saignées, et tellement que tous ses membres sont vidés. Voilà déjà un siècle que durent ces saignées et évacuations faites au royaume pour en tirer le sang. Les premières datent du temps des papes Alexandre et Martin, qui en quatre ans tirèrent de France plus de deux millions d'or. Pour étancher cette merveilleuse évacuation de pécune, furent faits certains concordats avec le pape Martin ; mais l'on ne sut si bien lier la plaie par concordats que la subtilité romaine ne rouvrît la cicatrice par nonobstances et anleferri, tellement qu'infinies sommes d'or et d'argent alla en cour de Rome dont furent conduites les guerres d'Italie entre les héritiers du pape Martin. »

Toutes ces plaintes sont reproduites avec une nouvelle énergie par les états provinciaux du siècle suivant, par ceux de Bretagne en 1535, par ceux d'Anjou en 1550...

(1) Camus, Traité des portions congrues, I, 98.

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liais la ténacité cléricale résiste à tous ces efforts; rien ne peut rassasier cette sangsoe attachée par la papauté anx flancs de la chrétienté toat entière. D faudrait prendre nn parti suprême, imiter TAn^eterre, la Snisse, TAllon^e, se séparer de Rome, on il (aut continuer de souffrir.

Henri lY parait, fl pourrait sauTer la partie; le parlement redouble ses protestations contre l'aTidité du pape. (Libertés, H, 910-914). La France hésite indécise. Mais Henri manque de patience et de conriction; ce Gascon sceptique trouve que Paris Tant bien une inesse; mais Paris lui-même, aux mains des moines, Paris manque d'intelligence, et cette fois — la seule peut-être — trahît les intérêts de la France en fermant ses portes au prince hnguenot, et le noble royaume retombe épuisé aux mains phis que jamais rapaces de TÉglise victorieuse. Le règne des prêtres commence : après Richelieu viendra Mazarin; après Hazarin viendront les confesseurs et les jésuites; après ceux-ci, Dubois^ puis Fleury. Nous verrons ce que toot cela coûtera à la France.

Pendant que la cour de Rome dévore la chair vive do peuple, le clergé inférieur ramasse les bribes du festin et ronge les os jusqu'à la moelle. La foi robuste, la crédulité aveugle du peuple lui permettant de continuer à se livrer à ses débordements, les prêtres vivent publiquement avec des concubines et se montrent plus rapaces dans leurs exigences pour entretenir leurs familles enfantées dans b débauche, élevées par le crime (i). H en est qui ne rougissent pas de se faire un revenu fixe des taxes qu'ils reçoivent pour {(Aérer des excès dont ils donnent l'exemple^ et contre lesquels les conciles élèvent en vain leur voix impuissante (^). Les curés dédaignent de résider dans leurs paroisses, ils afferment à des ecclésiastiques indignes lesjt

(i) États généraux, XI, 301.

(i) Ordonn. du Louvï«,TA\\, \niitîktç> ^.

revenus de la dîme et les autres droits canoniques, pour aller dépenser scandaleusement dans les villes les produits de leurs cures, et si nous voyons quelques évêques tenter de contraindre les prêtres de leur diocèse à la résidence (Dom Duplessis, MeauXy 335), il en est d'autres qui mettent leur indulgence à l'encan et reçoivent de l'argent pour fermer les yeux sur tant de désordres. (Dom Roger, Anjou, 415.) Il en est d'ailleurs qui sont bien empêchés de résider, étant emprisonnés pour dettes. Non- contents des revenus de leurs cures, ils trafiquent dans les affaires du roi, prennent les impôls à ferme ou s'associent avec les fermiers. {Libertés^ II, 1398.) On trouve encore des ecclésiastiques, évêques ou abbés, qui conservent des traditions du moyen âge, qui dépouillent les paysans ou les laissent dépouiller par leurs officiers ou leurs parents, et poussent à leur égard la violence jusqu'au meurtre. (D. Duplessis, 346.)

Les grands jours de Troyes (oct. 1409), en mettant en lumière une partie des extorsions du clergé, seulement dans la ville et les faubourgs, permettent de deviner combien, sous de tels maîtres, devaient souffrir les campagnes, qui ne pouvaient opposer à leurs prétentions les immunités des villes, fortes d'ailleurs de l'agglomération de leurs habitants, a Sous le prétexte d'une exaction qu'ils appellent mortuariumy et pour le 'pallium qu'ils plaçaient autrefois sur les cadavres, ils ont l'habitude d'exiger et de prendre une aussi grande partie des biens du défunt qu'il leur convient, taxant eux-mêmes ou faisant taxer par des hommes à eux le montant de ladite exaction. Tellement qu'ils prennent de ladite succession plus que leurs propres et légitimes héritiers, ou plus qu'il n'en reste au roi luimême dans le cas où la succession lui revienL »

Ils forçaient les héritiers à faire célébrer trente messes pour les défunts ; de plus, aux anniversaires, ils exigeaient le pain, le vin et d'autres oblations, quoique les défunts ne

l'eussent pas ordonné, et contraignaient lesdits héritiers à transiger au prix de sommes excessives.

Ils comptaient comme étant à la charge des hôpitaux, des enfants de cinq et six ans, qui avaient leurs pères et leurs mères, et cela leur servait encore de prétexte à de nouvelles exactions, d'autant plus odieuses que nous verrons que le clergé n^ entretenait pas ces maisons charitables, et qu'il fallut remettre leur administration aux mains de Tautorité séculière.

S'il mourait des pauvres, ils laissaient leurs cadavres pourrir dans leurs bouges, jusqu'à ce que des parents ou (les voisins eussent fait la somme exigée pour l'enlèvement de ce foyer d'infection.

Les fiançailles, les noces, Taccouchement, les relevailles, l'administration de tous les sacrements, la confection des testaments, tout cela était l'objet d'abus sans nombre, et ils traduisaient les parties récalcitrantes devant les juges ecclésiastiques, auprès desquels la condamnation était assurée.

Morts, vivants, ils dépouillaient tout le monde. Ils se faisaient attribuer « les draps, linges, sarges, couvertures et autres parements » dont on recouvrait les cadavres pour les porter au cimetière. Ils contraignaient les habitants à former des confréries dont ils exigeaient ensuite des cierges, des offrandes de pain, vin, cire, argent, etc. Ces associations pieuses étaient la cause ou l'occasion de désordres si fréquents, que les rois s'opposèrent souvent à leur établissement. Elles faisaient en tous lieux, pour les pauvres, des quêtes dont le clergé gardait le produit (1).

Dans tout le cours du xvi® siècle, les parlements ne cessent de réclamer la réformation des couvents d'hommes et de femmes, foyers d'une démoralisation déboutée et contagieuse. Les moines de Saint-Ambroise de Bourges étaient

(i) Libertés de l'Eglise gallicane, II, ch. xxxv, passim.

es vagabonds, la cour ordonna de les arrêter comme tels^ arlout où on les rencontrera (1). En 1525, le pavé de Paris st couvert d'une multitude de pauvres femmes qui couchent ar les rues avec leurs enfants. Le parlement prescrit àarchevêque « de faire son devoir pour le fait des pauvres >y Ide leur flonner asile à Thôpital Saint-Gervais. Le 22 août- 533, la cour ordonne aux chapitres et couvents de conlriuerà la nourriture des pauvres, sous peine d'y être conraints par la saisie de leur temporel.

Aux états généraux d'Orléans (1560), le tiers état fil dalergé d'alors un tableau sévère, mais qui sans doute n'était" oint chargé, puisque les accusés étaient là pour se dé— endre et bien plus autorisés que leurs accusateurs (2) :

« S'il y en a aucuns qui fassent résidence, ils sont sr gnares et dépravés en leurs vies, que c'est tout confusion à eurs états, et est besoin d'y pourvoir d'autres gens savants^ nen vivants el de bonnes mœurs, parce que la plupart desditsi présent prélats et curés ne sont de cette qualité, mais gens lu tout abandonnés et débourdés en leurs passions, commem vivres, banquets, jeux de paulme, cartes et autres jeuxy )orlant habillements de velours, satin, taffetas, chausses découpées, doublées ou couvertes de velours, satin et taffetas, hemises froncées tant au cou qu'à la manche, tellement [ue le prêtre est inconnu s'il est prêtre, marchand ou hommele guerre, indévots, blasphémateurs du nom de Dieu, rileurs allant par les rues de jour et de nuit, chantant et :équentant les tavernes, tenant concubines, ayant enfantS' 'elles en grand nombre qu'ils reconnaissent tels; battent t frappent à coups d'épée, violateurs de filles, gens procèsifs, avaricieux au possible, solliciteurs de procès, le toul' rocédant pour leurs grandes richesses et biens, laissant le-

(1) Reg. du pari,, 29 nov. 1531.

(2) Bour^iuclot, Ilisl. (h Provins, II, 263. — V. aussi dans D. nogcr, Ist. d'Anjou, 414-116, les accusations du tiers état contre le clcv^C^ IX états d'Anjou de 1550.

divin service à la sollicitude de leurs procès, pour travailler le peuple, et aussi pour leurs effrénées passions. »

Les curés s'étaient arrogé des droits infinis, dont Ténamération serait aussi peu intéressante que Texplicatioi en serait parfois difficile. Tels sont ceux de passion, de moisson, de quarte, de pinte, de boisseau. (Camus, 437»..) Nous trouvons celui de passion confirmé par un arrêt du parlement de Dijon en date du S août 1668, et celui de moisson exigé sur chaque maison pour les prières qu'ils faisaient afin de préserver les récoltes des grêles, inondations ou incendies, abrogé par un arrêt de 1670. (W., I, 229, 445.)Des assurances sont plus sûres et coûtent moins.

Bien que toutes ces exigences iniques fissent le plus souvent double et triple emploi avec les dîmes, elles n'empêchaient pas celles-ci de se percevoir, grosses, vertes et menues, solites, insolites et oiseuses, et menues ; et à l'aphorisme : « Nulle terre sans seigneur, nul seigneur sans terre >, — répond celui-ci : a Nulle terre sans charge de dîme > (1). Au printemps, le curé a la dîme des agneaux, chevreaux et pourceaux ; en été, il a la dîme des gerbes ; en automne, la dîme des raisins; en hiver, celle des bois. Bien loin de la toucher sur le produit net, sur le bénéfice du paysan, il la prélève sur le produit brut, la fait monter à des proportions exagérées, et l'on pourrait citer des exemples de dîmes doubles et triples, ce qui n'empêchait pas qu'après avoir dîmé les gerbes on ne dîmât encore le blé porté au moulin et le pain porté au four banal. De plus, les terres que possédait le prêtre étaient exemptes de tailles, soit qu'il les fit lui-même, soit qu'il les affermât, qu'elles fussent biens d'Eglise ou propriété personnelle, de sorte que le farde» de l'impôt, réparti sur un moins grand nombre de champs^ devenait de plus en plus onéreux pour Jacques Boa-'j homme (2).

<1) Houchcul, Coût, du Poitou.

(2) Papon, Arrêts notables. Uv. V.

EXACTIOÎÏS CLÉRICALES. 507

An concile de Bk\e, en 1431, le doyen de Cambrai fit triompher ces principes hasardés^ que Ton ne pouvait se soustraire au payement des dîmes, scms prétexte qu'elles ne serraient plus qu'à entretenir les péchés des ecclésiastiques (i)... « Le Christ, s'écria-l-il, ne soulint-il pas le traître Judas? Dieu ne £ût-il pas rivrc les païens, les hérétiques, les chrétiens indignes? »

Pour s'assurer des revenus fixes^ ils affermaient les produits de la dîme aux gentilshommes, qui la levaient le (hslolet au poing. Du reste, ainsi que je l'ai dit, aucune législation fixe ne réglait la matière, et, sur toutes ces questions ardues, tout était abandonné à Tarbitraire. « Le système de toutes ces contestations dépend de la coutume et de Tla possession », dit du Perray (258). Puis, pour qu'il fut décidément impossible de se reconnaître au milieu de ce dédale, les curés et les abbés se disputaient les dîmes, et, à force d'érudition, ils parvenaient à embrouiller tellement les choses que Ton vit en 1G04 des juges rendre un arrêt dans lequel ils décidèrent que « pour la grande conséquence de l'affaire, il était à propos de n'en plus parler ». ^Camus, 1, 560.)

On se rappelle ce que nous avons dit des droits de tieri?age et de past nuptial, qui de Bretagne s'étendirent dans les provinces voisines, et furent le sujet de plaintes si violentes contre le clergé. Le duc de Bretagne était à Lyon, au sacre de Clément V, en 1305, pour tenter de résoudre directena«nt avec le pape ces difficultés sans cesse renaissantes, lorsqu'il fut écrasé sous les décombres d'une muraille trop chargée de populaire, qui s'écroula tout d'un ;oup et renversa le saint-père. En 1301), le duc Arthur îirvoya Jean, sôn fils aîné, à Avignon, pour terminer cette iffiaire, tandis que de son côté le clergé dépêchait vers le souverain pontife des émissaires chargés de défendre ses

0) Du Perray, Traité des dîmea^ 153.

droits. Il fallait que ses prétentions fussent bien injustes et bien exorbitantes, puisque Clément V lui-même les jugea telles et réduisit le tierçage au neuvième, déduction faite des dettes. Il prit alors le nom de droit de neume, neufme, neuvième, et le pape en exempta les nobles et ceux qui n'auraient pas la valeur de quarante sols en meubles. Les habitants de Saint-Malo abonnèrent, en 1572, ce droit de neume à la somme de trois cents livres, qu'ils payaient annuellement au chapitre, et dom Morice constate qu'au xvui® siècle on retrouvait encore des traces de ce droit dans la basse Bretagne, et jusque dans les grandes villes telles que Nantes et Saint-Malo.

Quant au past nuptial, Clément V en exempta ceux qui n'auraient pas trente sols eji meubles, taxa à deux sols ceux dont le mobilier était évaluable entre trente et cinquante sols, et trois sols ceux qui avaient plus de cinquante sols en mobilier, le tout payable à la commodité des nouveaux mariés.

Comme aux jours de Pierre Mauclerc, les ducs de Bretagne étaient incessamment en querelle avec leur clergé au sujet de ses exactions. En 1440, le duc envoya à Rome pour se plaindre des grosses amendes qu'il prononçait à l'occasion de fautes minimes, et des censures et des excommunications qu'il prodiguait sans autre motif que celui d'interdire ensuite l'entrée de l'église à ceux qu'il frappait, pour les forcera racheter l'excommunication à prix d'argent. L'évêque de Saint-Malo exerçait l'odieux droit de bris sur toutes le* côtes de son diocèse, et quand il le parcourait dans ses visites pastorales qu'il multipliait sans utilité, le pasteur tondait ses brebis et faisait payer ses dépenses et celles de sa suite par les économes des paroisses. Dans les églises, on exerçait publiquement l'usure, nommée gage mort, i ^^ achetant sur des biens patrimoniaux ou dîmes imaginaires» dix livres tournois de rente pour cent écus ». (D. Morice.)

L'Anjou s'apeTçuV, eotevv^^ Vi. Bretagne, que le tierçage

tait ruineux et odieux en même temps. La cause fut por- !e au parlement de Paris en 1396, et après six années de ébats, pendant lesquels brilla faiblement l'esprit de charité Il clergé, un arrêt supprima le tierçage, qu'il remplaça par n fouage de dix-neuf deniers payables chaque année (1). es curés,àleur tour, trouvèrent la réduction trop forte, et, force de tourmenter la conscience de leurs crédules pa- )issiens, ils obtinrent cinquante-deux deniers par an, lyables chaque dimanche à la messe, devenue ainsi obliatoire. Puis, l'argent devenant plus commun, ils exigèrent e nouveaux fouages et des dons par testament (2).

Quant aux droits seigneuriaux, nous savons que les abbés l'en étaient pas moins jaloux que les châtelains, et il fallut in arrêt du parlement de Bretagne (1546) pour défendre au. ►rieur de Livrée d'exercer le droit de quintaine, de prendre e baiser delà mariée (encore une redevance dont je n'ai pas >arl6), et de faire chanter la chanson de noces le lendemain le Pâques. Il lui était loisible d'indiquer un autre jour pour aire courir la quintaine.

« Les évêques eux-mêmes, dit d'Aguesseau {Œuvres^ ^y 352), étaient en possession d'exiger un présent de leurs k'assaux dans le temps de leur sacre. » Il suffisait au clergé l'une cérémonie spirituelle pour servir de prétexte à une exaction temporelle.

« Est à noter, dit un vieux chroniqueur angevin, que toutes les dites églises et monastères sont de si bon revenu, et si •ichement dotées, que, à ce considérer, et les rentes et gros ^naolumens qui en viennent aux possesseurs d'iceux béné-

(1) Chopin, De la police eèclésiastiquey liv. III, tit. in, no 26.

(2) « Il n'y a pas longtemps qu'on n'ciit pas enterré en ce royaumQ îi mort en lieu saint, s'il n'eût laissé quelque chose à l'Église par tes- '^Kient. Cela était poussé si loin, que lorsqu'une personne était décédéc ^8 faire de testament, un des héritiers, pour sauver l'honneur du dé- ''^Ql» demandait permission d'en faire un pour lui, et de laisser un legs Pifoporlionné aux facultés de la succession. » — Bodm, De \ttTèpu\)\\<\u«..» liv. V, chap, II.

lices, de léger on pourroit penser et dire que tout le bien et revenu d'Anjou seroit aux églises et personnes ecclésiastiques, et qu'il n'y auroit aucunes grosses maisons, terres ni seigneuries qui ne fussent du domaine ecclésiastique, et appropriées aux bénéfices; et, d'autre part, qui voudroit seulement prendre garde aux seigneurs temporels et grands terriers qui y sont, et à leurs abondans revenus et rentes, l'on penseroit qu'il n'y eût que iceux seigneurs de la temporalité qui eussent bien en Anjou, et que l'Église n'y sauroit rien avoir. » (Bourdigné.)

Je l'avoue, mon émerveillement est tout autre que celui du naïf chroniqueur, et, entre le clergé et la noblesse, si opulents que chacun des deux ordres semble posséder seul .toute la province, je cherche quelle est, dans la propriété de la terre, la part laissée au paysan, qui supporte sans partage tout le faix de l'impôt. Elle devait être bien minime, puisque aux états de 1501, le tiers état du Dauphiné se plaignait de ne posséder que le sixième du territoire, et de pïïyg^y^'anmffi'tS la Matitll (i^mpôt territorial.

Or nous savons que les députésmli tiers état étaient les riches bourgeois et les fonctionnaires \des villes, lesquels avaient aussi leurs privilèges. Il ne Restait donc rien à Jacques Bonhomme que les charges. Sir^;gulière répartition des choses de ce monde ! V

Un grand homme de bien prit alors en wain la cause des déshérités d'ici-bas. Voyant toutes les terrel aux mains de la noblesse et du clergé, et ne sachant commîïnt faire rendre au peuple la part à laquelle son travail luA^ donne droit, Thomas Morus reprit à son origine l'idée du- Christ et des premiers apôtres, et recula de quinze siècles eî demi en arrière pour prêcher aux hommes la communauté des biens. J'ai dit ce que je pensais de cette divinisation de- la pauvreté, de cette désappropriation du sol ainsi que de hi prohibition du prêt à intérêt. L'Évangile est sublime comme morale et comme base religieuse; comme théorie économique, il est

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