‹ Histoire des paysansChapitre 17 sur 84 · ARMAGNACS ET BOURGUIGNONS · texte numérisé non relu

ARMAGNACS ET BOURGUIGNONS

réfugieol dans les villes fortifiées, abandonnant tout, jusqu'à leurs vignes à la veille d'être récollées. Cinq cents bandits du parti d'Orléans courent la Champagne, la Beauce et le Gâtinais, massacrant les hommes et enlevant le bétail. Le roi de Sicile leur amena un renfort de huit cents malandrins, vil ramassis de toutes les nations, écume impure de tous les partis, qui surpassèrent les premiers en férocité, et ne le cédèrent qu'à deux cents Lorrains qui suivirent leur prince au service du duc d'Orléans. Traînant après eux un convoi de chariots sur lesquels ils entassaient les dépouillés des chaumières a demi incendiées, ils foulaient partout les vignes aux pieds de leurs chevaux, arrachant k plaisir le cep pour dévorer la grappe mûre. (Lelaboureur, Hist. de Charles VI, 531.)

Furieux d'avoir vu châtier quelques nobles de leur parti, les seigneurs de Berry, de Bourbon et d'Alençon viennent saccager les environs de Paris dans un rayon de vingt lieues (1409), « pillant, robant, tuant en églises et dehors églises, espécialement ceux au comté d'Armagnac et les Bretons, » dit le Bourgeois de Paris, Bourguignon fanatique, qui cherchera pallier les torts de son parti. Ceux du duc de Bourgogne se contentaient de prendre des vivres sur les campagnes. Seulement il avoue que « trop largement en prenaient. » (Journal, 632.) Si largement en effet, que pendant ce temps, Amé deViry, capitaine bourguignon, ravage la Bresse et le Beaujolais. L'embrasement devient général, les bords de la Loire sont saccagés à leur tour ; les parlements suspendent le cours de la justice et prolongent les délais pour la présentation

des causes, « pour les grands périls qui sont de présent par toutes les marches du royaume dont l'on n'ose venir k Paris, tant pour gens d'armes proprement appelés larrons, pillards, que pour brigands et compagnies qui se sont mis sus pour rencontrer et piller les dits larrons. On ne lit pas es histoires que hors les feux boutés publiquement au temps passé par les ennemis de ce royaume, Ton vit oncques mais tel dommage, comme ont fait Brabançons, Bourguignons, Armagnacs et autres de toutes parts de ce royaume. » Jaloux d'enlever aux manants jusqu'à l'espoir d'être secourus, ils ne quittaient un moment la place qu'après leur avoir dit que leurs seigneurs appelaient derrière eux les Anglais et les Allemands pour achever de les exterminer. (Lelaboureur, 815.)

En 1410, le duc de Bourbon meurt : débarrassés de son contrôle, les autres princes des fleurs de lisse liguent contre le duc de Bourgogne, traversent la France, c'est-à-dire ravagent l'Anjou, l'Orléanais, inondent le pays chartrain, d'où ils portent la désolation jusqu'aux portes de Paris, tandis que les troupes mandées par le duc de Bourgogne causent les mêmes désordres du côté de la Seine. € Tout le povre commun, et des bonnes villes et du plat pays, était mangé, les uns par les tailles, les autres par le pillage. » (Bourgeois de Paris, 636.) On se décide à faire crier dans les villes de l'Ile-de- France, de par le roi, ordre aux paysans de courir suà aux Armrgnacs. (Ordon. du 28 fév. 1410.) Ils tentent d'obéir, et, n'ayant d'espoir que dans une énergique défense, essayent de repousser par la force les

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