JUAN PANTOJA DE LA CRUZ
ligures nombreuses, il faut un génie inventif, une certaine liberté pittoresque pour combiner les groupes et varier les altitudes, et aussi la science de la perspective et du clair-obscur pour mettre les figures à leur
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or. mo» «m. *• imiu
place et obtenir de beau* effets de lumière. Au seizième siècle, les artistes espagnols étaient encore timides. i*l les brillantes qualités de leur Ecole nationale ne se développèrent que sou» Philippe IV.
Comme portraitiste, Pantoja de la('.ruz peut encore être apprécié nu Musée de Munich, dans les excellents portraits de l'archiduc Allier! d'Autriche et de sa femme l'infante Isabelle, fille de Plulippe II, de grandeur
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naturelle et vu» jusqu'aux genoux, tous deux signés : nuiut de u + riCBK4T maimuim; le premier avec I* date 1600, le second avec la date 1590.
Après la mort de Philippe II, en 1598, Pajitojn avait conservé la même laveur auprès du nouveau roi Philippe III. C'est lui qui lit les dessins pour les tombeaux de' (!harle*-(juiiit et de Philippe II, dans le presbytère de l'église de F Escortai. C'est lui qui lit de Philippe III un grand portrait équestre, envoyé h Florence comme modèle pour la slalue en bronze du célèbre sculpteur Jean de Bologne/ laquelle lut placée dans le jardin de la Casa <lel Campo. On voit par les dates que nous avons citées de ses grands tableaux qu'ils furent peints sons In règne de Philippe 111 et probablement d’après sa commande.
Des prinei|Miuv personnages de la nouvelle cour, ainsi que de ceux ih* la tin du règne de Philippe II, Pantojn avait laissé une qumitilé de portraits, placés dans les résidences royale», à l'Escorinl, a Buen-Retiro, à la Torre (b* la Parada, au palais del Pardo et au palais de .Madrid. Cean Bennudez en «rite encore quelques autres, notamment celui d’un conseiller du roi. Huis lierez de Ribera, signé el daté 1596; «•eux du Pardo et du palais de Madrid ont péri, avec beaucoup de portraits du Moro el de Sanchez, dans les incendie» qui ravagèrent ces deux châteaux. Mais les portrait* réunis au Musée de Madrid Miflirainit, tout seuls, a garantir la juste réputation de Patitoja dans hui École et dans son Icmp*.
Il mourut à Madrid en 1610, onze années avant son second patron lliilippc III. Le petit Velâzquez, qui devait représenter la phase lu plus glorieuse de l’École espagnole, commençait déjà, sans doute, à barbouiller des dessins.
V». MllftGEU.
miriMiffî tî ïïïiiomDfls
Louis Yiardot, dan» m J lunée» d'Hnpagne, * trcs-bien spprvcié Panlnjn :
• Élève de Sanchez Coetlo, Pantoja de U l’rui a laissé «usai une galerie d'assez curieux |xir1nnu. même «Un» un taUi-iiux «l'histoire. Ainsi. U \aiwmr de la Vierge ci la .VatsMnec du Christ Muser de Madrid n"* 175 el I Kl ' réunissent Philit, »a Femme Marguerite d'Autriche, leur» proches parmi» rt divers grands soigneurs «h 1 leur cour. Conservant dans sa manière La timidité de pinivau propre aux artiste» en|iagnula de mm temps, — encore trop voisin* «le limitation italienne pour avoir conquis U Kilo celle liberté, toute celle fougue indépendante qu ensuite iU portèrent poul-étre trop loin. — Pantoja de la Cruz imita et égala son maître Sanrhez Cueilli pour l'exactitude du dessin, la aint|dirité de» |m»«s. la vérité <W>* expressions. Il dépassa loua se» devanciers dans la drticatesae du fini, terminant avec soin jusqu'aux moindre» détail», mai» sans lourdeur dan» le coloris, et sans nuire, ce qui et! rare, au bon effet «le l'ensemble. »
Outre le» jtortrjil* du Musée «le Madrid et ceux du Humer de Munich, que ikhi» avons cite» «tan» le texte, il fout citer encore le portrait d’un Gentilhomme de la cour ite Philippe lit. n" 201 du (budogue de l'ancien Mu«r espagnol au Louvre, ;l« nevnnd {Hirtrait «pi'on lui attribuait nu même Muv'C, une Ih ifwr de la cour de Philippe I V, ne pouvait pas être de Pantoja. mort on Ifili) , H un portrait de Juan Antonio de Sun Pedro, à l'Age de quatre- vingt* ans, peint en 159», ibin* la collection du château «te Yiala Alegiv, prés Madrid. à M. de Salamanca . In galerie «le Visu Alegre |iouusle iiuusi une copie «lu |»r* trait du la ici no ImIicI «te Valois.
On doit encore consulter le catalogue que donne Cean Bernuulrz à la suite de sa bKigrajdiw ; plusieurs tableaux qu'il y mentionne ont pe«sé «les pelais et de» couvents dan» le Muse? royal de Madrid.
Voici le fac-similé de la signature de Pantoja sur son laldcau religieux du Musée «tel Fûinrulo :
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JUAN DE LAS ROÉLAS
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Jujui de las Roéla», tl Licenciado, — comme le déoignent habituellement le» historiographes espagnols, — est Pua» des gloires de l'École de Séville.
« Mieux qu'aucun outre des maîtres de l'Andalousie, — ii dit Ceao Bermudez, — il a connu et pratiqué les règle» •• de la composition et du dessin ; il a su donner n scs ligures « l'expression juste, atleindre l’effet voulu sans jamais <• tomber dans l'exagération et en restant, au contraire, «■ dans une tonalité merveilleusement calme et attendrie ; « il a aimé la nature et l’a fidèlement imitée, mais cette « imitation eut toujours chez lui son point de départ dans « une observation aussi grandiose que pleine de caractère ; 4. nul peintre, enfin, ne s'est plus heureusement approprié >> le coloris de la grande École vénitienne 1 . »
À cet éloge, Cean Bermudez ajoute que pour bien apprécier le talent de Roélas, il est indispensable de voir les grandes ouvres qu’il a laissées aux églises do Séville : elles rivalisent avec les plus belles production» des Tinlorel <*1 des Palma.
i>j»n Bemnirlit . hUUttint. T. IV. |i- 22X et suivantes.
ÉCOLE ESPAGNOLE
Ik* wn côté, Palomino pariant dan* ses Ki« des éminent* Peintres espagnols d'un tableau de fluélareprésentant une Conception entourée d'une gloire d'ange» — dit de celte œuvre : « Que si les ligures v sont petite» et peu nombreuses, elles sent, en revanche, sans limites en perfection 1 . *
Juan de lus Itoélas, — à qui Pahunirio et Pour, (buineut à Uni le prénom de Pablo, — est né à Séville de 155* à 1560. Unie croit fils de P amiral Pedrode las Roéla*, mort à Séville en 1566. Au sortir de l'IJiiiversilé, et huit de suite apres son entrée dans le» ordre-. Juan alla étudier la peinture en Italie et très-probablement à Venisp même. Son style, son coloris, franchement vénitien», disent assez que s’il ih* put être. — c«unnie r.mt rni quelques auteurs, l'élève dinvl du Titien, — mort bien avant l'arrivée de lloélas à Venise. — il •Int certainement étudier son art auprès de quelques disciple* du célèbre maître.
Les recherches entreprises par Oan Bermudes dans les archives de la Collégiale dohvnrè* ont établi qu'en 1 605 le licencié Juan de las Itoélas y élail prebendé et que. à cette même date, il evéruta pour A Ions» Martin Tentor, Invorier de la Collégiale, quatn* composition* empruntée* à la Vie de la Vierge. On estime que ce durent être ses premiers ouvrage- depuis sou retour d'Italie.
Ile 1607 à 16*21, lloélas cosse de loucher sa prébende. Il a quitté Otivnrè». qu'il lie doit plus revoir qu'eu 1G2(, lors de sa nomination à un eanonieat. C'est durant ee laps de dix-scpl années que l’artiste a produit ses plus important- travaux.
En 1609, il peignit pour la cathédrale de Séville son tableau de Saint Jaeguts secourant les chrétiens A la bataille de Ctavijo . *• Magnifique composition. — «lit Cean, — pleine de feu. de noble— 4* et de majesté, où « tout est admirable : l'arrangement et le contraste de* groupe*, le naturel des attitudes et l'entente n parfaite des raccourci*. «
Sun Martyre de saint André , qu'on voyait avant la suppression de* couvent* dans la chapelle du collège de Saint -Thomas et qui fuit aqjoiirdTiui partie du Musée de Séville, rappelle, nu premier aspect, le Tintorel : c'est son coloris, son agencement des figures, et jusqu'à *a manière Uiule spéciale de traiter les extrémité*.
Une autre de ses œuvres, vénitienne encore par In couleur et par le style, c'est Y Ange délivrant saint Pierre , delà paroisse de San Pedro. La simplicité de la composition, la beauté vraiment céleste de l'ange, la magie du clair-obscur, font de cette toile un pur chef-d'œuvre. Rare exception dans l'École espagnole, et qui mérite d'être signalée, cette peinture a été gravés* par Juan Palomino au commencement du dix-huiUème siècle.
De Itoélas. il faudrait tout citer: et son tableau représentant la Mort de saint Merménegildr , qui occupa le maltre-nutel de la chapelle de T hôpital fondé par le cardinal Cervantes, et le Martyre de sainte Lucie. de l'église paroi-siale de Santa Luria, dans lequel l'artiste a su tirer le plus heureux parti du contraste que présentent la douceur et In sérénité delà jeune martyre opposées à In rage de *es bourreaux. Mais nous avons héti* d'arriver il celle Mort de saint Isidore, son chef-d'œuvre, tant de fois imité* par l'École de Séville. Rails celle vaste machine (ont est grand, simple et vrai : les détails comme I ensemble, l'exécution comme la composition. Deux parties distincte- la divisent : l'une, la partie haute, où Jésus et Marie portant des couronnes apparai-scnl sur les nuées au milieu d'un cortège d'anges et de chérubins; l'autre, la partie inférieure, figuranl lu temple au centra duquel le saint archevêque, h*s mains jointes, les regard* élevés vers le* cieux entrouverts, s'afiiii— c dans les bras de ses diacres, au milieu de son clergé, ému d'une religieu-e tristesse.
* O qu'il faut siirtuut louer dans celle belle page. — écrit t'enn llertnudei, — c'est la noblesse des •• pose*, le caractère de* tètes, leurs expressions puissantes et si \ariéi*s, et un je ne sais quoi île grandiose •• qui rayonne de tout cet ensemble. n
Itoélas, dan* la plupart du aes ouvrages, incline, comme tant d'autres maîtres espagnols, vers le naturalisme. Il lie dédaigne point de meubler ses composition* d'accessoires emprunte*» à la vie domestique qu’il sait rendra
' A n tan»» pjlnmio». El Msueo Pirinrico. T. lit. p. 4»ï.
JUAN DE LAS ROÈLAS (1558). 3
d'ailleurs avec la plus extrême vérité. Ce» tendances lui attirèrent de In part de Pacheco, sou contemporain
et son mal. une assez singulière querelle. Dans un tableau de Sainte Anne instrui-umt sti (die, i|U il «nuit |M‘int pour l'église de la Merci, Roélas avait figure des fruits confits, des du/ces posés sur une table, et
ÉCOLE ESPAGNOLE
■(mis une XtUiviié. près de l'Enfant-Bum resté iiu, un grand drap de lit. U faut lire dans FArte de la Pintum le» deux curieux chapitres que le grave familier de l'Inquisition, trop entiché de l'orthodoxie et du style noble dans le# peinture* religieuses, a employés à discuter ces libertés de Hoélas, et de quel ton de naïve pédanterie, citant force textes sacrés, il en déduit, point par point, l'inconvenante inopportunité.
En 1616, Hoélas quitta Séville et se rendit à Madrid. L’éclat de son mérite l’avait sans doute fait appeler a lu cour. Il semble même que ce soit vers cette époque qu’il dut peindre, pour le palais d Aranjitez, le tableau de Moïse frappant te roc/ter indiqué par Cean Bermudc*, et dont une as.%ejt faible répétition, d’une couleur rougeâtre et briquetée a longtemps figuré, sous le nom de I artiste, dans la galerie de l'École «*-pagnolc du Musée de Madrid.
Eli 161? — et non une année auparavant — rumine Oan Bermudc/ le suppose à tort, Roélas sollicita la charge de peintre du roi devenue vacante par la mort du titulaire Fabricio CasleUo. La junte de •Aras y basques le présenta le premier sur la liste des candidats en appuyant sa proposition au roi Philippe III de la note suivante : « Le licencié Juan Hoélas est venu de Séville, il y a un an, avis: le désir « d'être attaché à votre maison. Son père a longtemps servi Votre Majesté, tluarit à lui, il est lionmir de h bien et bon peintre. »• Ce fut Hartolomé Gonzalez, le second sur la liste, qui obtint la place.
Après cet échec, Hoélas séjourna quelque temps encore A Madrid ; il uxécuta, pour le couvent des Pères de la Merci, les peintures qu’on trouve cataloguées dans l’on* et dans Cean Bermudas, puis il revint à Séville eu 1624 et de là à su collégiale d'OIivarcs, pour y prendre possession du cunouirat auquel il venait d’être élevé.
Aux nombreux ouvrages dont il avait déjà doté l’église d't Hivarès, il joignit encore deux nouvelles tuiles, le» dernières qui aient occupé se» pinceaux : l’une primitivement destinée ail mnilrc-autel, reproduisait Un Miracle de Xotre- Iktme-des- Neige» ; l'autre. Une Nativité.
Le 23 avril de l'année 1625, Hoélas mourut dans cette mémo ville d’Olivarês, et non à Séville et en 1620, comme le prétend Palomino.
Hoélas a formé peu d'élèves; on cite parmi les plus célèbres : Francisco Yarela, assez fidèle continua leur du style et du coloris du maître, et Francisco Zurbnran, qui, impressionné par quelques «euvres du Caravage, abandonna de bonne heure la manière de Hoélas, pour se créer une originalité à la fois si vigoureuse et si saisissante.
PA I L LCPORT.
mumtiiE n nnMcmras
L'ancienne paierie cs|KApnule (lü Louvre possédait quelques «|MMtiiiieus de Hudîi.n, qui ont /•te dupene». en 1883, kir» de lu vente, » Londres, des uhieaux du roi Louis-Philippe.
Oa trouve dams Cran Bcrmuitrz, à la suite de la tiiogriiptnr ■te Roéla», le raUitogiie des ouvrages de ce maître qui appartiennent auv églises et aux couvents de Séville, d'Otivnre» et «le Madrid ; il ne nous reste «loue, pour compléter ce» indicalions, qu'à donner la liste des tableaux entre» dans le» Musée» nu ilaus les iraient*» particulière»
Mxnsm Uf*Ki: sot al.— .Voire frapfiant le rveber. (Copie? Académie ne Sas Feamamn). — Conception.
SKvills. Misée. — Martyre dr samt André. — Concept tort. — Collection Garcia de Leaniz. — A**ompiùm.
Dbilsdk. Musée. — Conception provenant de l'ancienne galerie espagnole.’.
Angletkeee. Collection W. Stihmnc. — Portrait de ttnetoM .provenant du Louvre et exposé à Manchester en 185?:.
Collection Geo. A. IIoseinb. — La Vierge rt tamte Elisabeth.
Vntnt Aiuauo .1843 . — Éducation de la Vierge: 615 fr. — Vierge enfant : 950 fr. — Conception ; 400 fr.
Vente SortT .1852'. — Vierge au Horaire , 5,800 fr.
Vente Lom-taum 1853). — L'Enfant Jé*u* et saint Jean- Baptiste : 17 *. — Portrait de Réélus . 39 f. — t'onception ; 23 € (0 sh.
»«*» — IIIMMII HlIBW. III HHIIin. ï i.t ,
LES CARDÜCCI
BARTOLOMMEO CARDÜCCI
ni RH IBM. - IOII BS IMI
VINCENZIO CAHDUCCI
RB H lllt-IBIt BS IBBB.
« Parmi les artistes appelés d'Italie pour décorer « r Escortai, il en est peu, écrit Cean Bermudez. qui aient « plus heureusement contribué au progrès des arts que - Bartolummco Carducci. " En effet, par les théories élevées et les sévères principes qu'il s'efforça de propager et surtout par l'école qu'il Tonna et dont son frère, Vincenzio Cnrducci, fut le plus illustre continuateur, on ne peut méconnaître que Bartolommeo ait exercé sur toute cette période de l'Ecole madrilène qui s'étend de In lin du règne de lliilippo II jusqu'à l'arrivée de Velâzquez, sous Phdippe IV, «inc influence considérable : à ce titre, et quoique étranger, son nom devait trouver place dans ces notices.
L’étude de l’antique, l'exactitude du dessin, la recherche du grandiose dans la composition el «le la noblesse dans l'expression, telles sonl les maximes que llartolnmitieo s’appliquait il faire prévaloir dans ses levons et qu il cherchait à traduire dans ses propres ouvrages; mais le résultat n'atteint pas toujours it la hauteur de l'effort «le l'artiste; son exécution manque trop souvent de chaleur et d'éclat : Hartolommeo doit être estimé, surtout, un peintre de doctrine el d enseignement.
1 ECOLE ESPAGNOLE
Né à Florence en 1560, Cardacci étudia d’abord In sculpture et l'architecture avec rAinmaimalo, puis il alla à Rome pour y apprendre In peinture auprès de Federigo Zuccberi, peintre des Papes Grégoire XIII et Sixte-Quint : bientôt Uartoliuiiiuen secondait le maître dans ses travaux à Home et à Florence.
Lorsqu’en 1585, Zuccberi, séduit par les offres brillantes de l'ambassadeur de Philippe II, consentit ;t pnsser en Fs|Migm', il oiimtenn avec lui ses deux élèves ou aides : Antonio Hicci al Bartolommeo Carducci.
Après avoir exécuté pour les autels et les cloîtres de l'Escorial d'importantes compositions à l'huilo et à fresque, Zuccberi, habitué à ne recevoir que des éloges de la cour romaine, fut étrangement surpris rie raltitmie réservée que gardaient les courtisans et les moines lorsqu'il lui arrivait de leur montrer quelque nouvel ouvrage; à l'accueil plus que glacial que Philippe lit à son tour aux productions de l'artiste, Federigo comprit enfin que son talent n'était point sympathique au monarque. Il demanda un congé, et repartit pour l'Italie.
Bartolommeo fut aussitôt sollicité par l'ambassadeur d'Henri IV de passer en France : mais son caractère digne et grave et ses sérieuses qualités d’artiste, lui avaient conquis les bonnes grâces de Philippe, qui résolut de l'attacher à nui service. I n salaire amine) de cinquante mille maravédis, assigné par ses ordres à Bartolommeo, le lia par la reconnaissance et le fixa définitivement dans la Péninsule.
Indépendamment de la part que Curdueci dut prendre û la préparation des ouvrages de Zuccheri, part qu’il n'est pas possible de déterminer, ses premiers travaux personnels à l'Escorial se bornent ii une suite de neuf esquisses, dont les sujets sont empruntés à la vie de saint Laurent, u quelques figures de saints, peintes sur des portes de reliquaires, et à une tuile : la Salutation angélique, dont le Musée national de Madrid possède une ancienne et bonne copie.
Aussitôt après que Pcllegrino Tibaldi, attiré à l’Escorial on 1586, eut terminé les magnifiques décorations à fresque qui couvrent les voûtes de la Bibliothèque, le roi désigna spécialement Carducci pour peindre les frises de cette vaste salle. La tâche était glorieuse, mais elle offrait ses périls : le voisinage des mâles élégances de Pellegrino obligeait Bartolommeo il rivaliser de science et d'habileté avec un redoutable antagoniste. Son succès fut complet.
En regard de charnu des neuf compartiments où Tibaldi a\ait figuré, en autant d'allégories, les diverses branches du savoir humain, ou plutôt les ,lr/< libéraux, pour employer le langage de la scolastique d'alors, et qui comprenaient la Philosophie, la Grammaire, la Rhétorique, la Dialectique, l'Arithmétique, la Musique, la Géométrie, l'Astronomie et la Théologie, Bartolommeo exécuta pareil nombre de compositions, s'inspirant de la figure principale qui orne chaque division de la voûte.
Traitées dans un Ion clair et lumineux, savamment conçues, ingénieusement ordonnées, ces fresques, h* meilleur et le plus important des ouvrages de Bartolommeo dans ce genre de peinture, forment le plus heureux accompagnement à la décoration de Tihnldi. dont elles sont comme la |kura phrase.
Quelque temps avant la mort de Philippe II, Bartolommeo fut chargé de peindre le retable de l’église San Felipe el Real : aidé de son élève Francisco Logez, il termina, pour celle même église, divers autres ouvrages qui oui péri dans l'incendie de 1718 : un seul tableau, une Hesrmte de Croix , catalogué au Musée royal de Madrid sous le n* 638, est tout ce qui nous reste de scs travaux à San Felipe. C’est, comme peinture a l'huile, celle des «ouvres de l'artiste qui donne le mieux In noie de ce talent appliqué, méditatif, sobre jusqu'il la froideur, mais eorrecl et ne manquant pas d'une certaine grandeur dans son extrême simplicité.
line Cène, provenant du Buen Retira, et qui se trouve aujourd'hui nu Musée royal, offre les mêmes qualités de sl> le : le dessin en est superbe; mais le coloris, plus froid, plus plut encore que dans la besrente de Croix, el entrepris dans une tonalité affaiblie qui donne à la toile toutes les apparences d'une peinture à la détrempe, enlève à la composition le relief, la vibration, la vie.
Philippe III témoigna à Bartolommeo lu même affection que son père : le peintre suivit constamment le roi dans ses divers déplacements, et, en 1601, il était avec toute la <our à YaUadolkl. Il y peignit à fresque
LES CAIIDUCCI ( 1 560-1578), 3
le* voussures il«* Iuiil* des chapelle» de l'église paroissiale de San Antires, cl, sur la façade, il lil «paiement à fresque une .Vise ou lombrmi el diverses figures de miîiiLs. Quelques tableaux à l'huile : une . 1 nnortciafion, Saint François recevant les stigmate* el un Saint Jérôme . catalogue' par (Uniii llemunle/ comme appartenant h réalise des Franciscains, doivent daler de celle même époque.
Km 1606. Rarlnlomuieo revint à Madrid pour prendre part aux travaux décoratifs du palais du hirdo : il
était chargé de peindre la galerie d.i Midi, altciiantc aux appiirlemeiils du roi. et devait y traiter, comme principal sujet de sa décoration, les Victoires de Charles-Quint. Ses maquettes étaient terminées et toutes ses dispositions matérielles prises pour commencer les fresques, lorsqu'un mal subit vint tprrasser l'artiste. Il moiinil au l'nrdo même, en I60K, et cette mort si prématurée, puisque Itartolommeo n'avait encore que quarante-huit ans, fut un deuil véritable pour ses élèves el ses émules.
Ilartolnmmco Carduivi, disent ses biographes, était un homme de beau caractère, modeste, consciencieux, qui ignorait l'envie et s'appliquait à combattre elle/, les outres I esprit de dénigrement et de critique. Un jour qu'il louait hautement le tableau d'un autre peintre : » Ne voyez-vous donc pas. lui dit un de se*
élève*, ce pied mal dessiné el mis hors de sa place? — Non, répondit- il; celte poitrine, ws mains dune exécution si difficile et si parfuile ureiiipéchnienl de le voir. •• « Itartolommeo, écrit M. !.. Yiardnl dans se* Musées tf Espfujne. ne dieirlmil pus seulement à plaire, dans ses Imxaiix, à ceux qui les lui avaient commande-, d voulait. avant tout, sir contenter lui-uiêmc, et. pour cela, retinicliail fréquemment des luldeaux «pii seinldaiciil achevés. Viiicenuo lui faisant remarquer un jour que ce qu’il avait gngué à ce* retouches ne valait pas le tempe qu'il y avait employé, Curducri lui répondit avec une justesse parfaite, que lu prugrès. que la supériorité dans les ails, ronsisleiil en des point • d'appréciation fort difficiles el qui n'apparatssciil qu'au v yeux des connaisseurs, mais que ceux-là funnent l'opinion. n tien- reux et désintéressé. liai lolouuie’o mourtil pauvre; *n veuve, doiiu Geroiiima Capello, et ses quatre fille-, durent solliciter des secours du loi: l’hiliiqi.’ III leur accorda une pension temporaire de trente mille maruvédi».
lkiiiolotiimi ‘0 avait eu pour disciples ; Juan de Suto, auteur de quelques fresques au l’urdo, Francisco Lopex. qui devint peintre du roi et grava à l'eau-forte une partie des planelies du livre de Yiuccn/io, et eutiii Vincciizio Carducci, auteur ih*s Diulotjns tir lu Potfura el un des plus brillants artistes de l’École madrilène.
Né à Florence en 1378. Vineenzin Qirdurci, que les Kspngnol* appellent plus habituellement Virante Farduclio, n'avait guère que sept nus lorsque soi» fivre ramena à IKscorial ; FKspague, qu’il ne devait plus quitter, fut donc |sonr lui sa véritable patrie; il y apprit tout, même à parler, et, dan> ses Dialogues. il s'est plu à écrire qu’il se cousuléniit « comme curant de Madrid. *
Les leçons de son frère, l’élude des procèdes de» maiires nationaux et etrangers qui se succédèrent n rKscorial et dont il put suivre pas à pas les travaux, renseignement qu’il dut tirer des chefsd'iruvre réunis par thalles- yuuil et par Philippe II dans les demeures royales, formèrent son éducation artistique. Vicente puisa un peu partout à «•»•> source? diverse*. Hésitant et timide il scs débuts, son style s’écarte peu, d'abord, des traditions de llartnlonimeo; puis, n mesure que se dégagent les impressions personnelles de l’artiste, ce style s'émancipe et hieiilôt s’inspire des tendant es naturalistes de l’Kspagac : italien, par l'exécution, le talent de Virante appartient bien à su patrie adoptive pur le sentiment el le caractère .
i:Vsl à Valladolid. eu 1 60 1 . que Vicente peignit ses premiers tableaux : des batailles pour l’appartement de la reine, des perspectives pour le salon des comédies et quelques sujets religieux pour les cuuvcnl* des Franciscains et de San IVddo.
Kn IGOti, lois di** grands travaux enlrvpris au palais du l’artb), Vicente fut choisi pour décorer la coupole île la chapelle. Il traça, dans mie vaste fresque, (histoire allégorique du Saint Sar renient, où figuraient les Pères de l’Église, les saints qui ont dans leurs écrits traité de eu mystère el les docteur* grecs et latin*. Toute la riche ornementation de la voûte fut également exécutée d'après ses propres dessins.
Aussitôt après la mort de son frère. Vicente, nommé peintre du roi, reprit les travaux laissé* inachevés par Hariolounucn dans la galerie du Midi. Abandonnant les projets primitivement arrêtés, il leur substitua, sur l'ordre de Philippe III, divers sujets empruntés à l'histoire d'Achille.
Appelé n Tolède parle chapitre de la cathédrale, Vicente, s’adjoignant un habile fresquiste, Fugeiiio C ilxcs. lemùiuiil, en 1013, les fresques de la chapelle de Notra-liume-du-Siiiuiijairu, pour lesquelles il recevait la somme considérable de 6,500 ducats. Son tableau : /e Martyre tir saint André , qui se trouve encore diiula sacristie de la cathédrale, date de celle même époque.
Kit 1018, le couvent de* Hiémnv tuiles de (aiadulupc lui mmuiuiiduil six grandes compositions ; Y Annonciation t la Sniivité % Y Adoration des Rois, Y Ascension, i Assomption de la Yirrye, el la Descente de f Esprit- Saint sur les Apôtres. Vicente peignit ces toiles, et quelques autres sujet* mentionnés par Leon Itrnnudcz. en collaboration avec Kngenio taxes. Tous ce* ouvrages ont disparu lors de la suppression des communautés religieuses.
lie 1620 à 1020. Vicente Kardueho produisit un nombre prodigieux de tableaux pour les couvents et les églises de Madrid beaucoup ont péri, niais ce qui en subsiste suffit a prouver que Vicente n'a pas dérivai, dans l’École, pour la fécondité de I invention et la largeur débité rée de l’exécution. Tous ceux de ses ouvrages
LES CAHÜI IXI
qui datent do cette époque attestent . on effet. une pratique extrêmement hulule, on même temps qu'un talent élevé et toujours eon«eieneieux.
Quelque surprenante que paraisse «-«‘lie fécondité de l'artiste. elle ne lit répondant que grandir dans lu période Je «i,i \ic i|ui suit l'année I62G. L'esta celte date qu'il faut reporter l'origine de la plus eoiisidérulde et de la meilleure part de son nuivre.
Le 2!i août Hi'26, par acte authentique passé à Madrid devant le notaire Pedro de Aléas Malien* >. entre
« ÉCOLE ESPAGNOLE
le prieur de In chartreuse du Pnulnr et Vicenle Carducho, la communauté confiait au peintre toute la décoration de son grand cloître. Carducho s'obligeait à livrer, en quatre ans, cinquante-six tableaux, quatorze par année, tous et tout entiers de sa main, et dont le prix, qui ne pouvait en aucun cas excéder 200 ducal» par tableau, serait définitivement fixé par deux maître * peintres , l'un choisi par le couvent, l'autre par l'artiste. Après les évaluations des experts, Carducho abandonnerait au couvent, en pur don et il titre d'aumône, le quart des sommes qui lui seraient attribuées. Telles étaient, en substance, les principale» clauses de ce curieux contrat.
Les sujets imposés à Carducho se divisaient ainsi : vingt-sept tableaux devaient représenter d<» épisodes île la Vie de saint H rima, depuis sa conversion jusqu’à sa mort; vingt-sept autres, les Martyres et 1rs Miracles des Moines appartenant à Tordre; enfin, sur les deux derniers devaient être figurées les armes du roi et celles île l'institut des Chartreux. A l'exception de ces deux toiles, qui, selon Oan Itcrmudcz, n ornaient tonné qu'un seul et même trophée, le Musée national de Madrid possède aujourd'hui les ciiupinnlcqualre principales. Toutes sont signées de l'artiste, une seule est datée de 162*; quatorze, les dernières sans doute dans Tordre de l'exécution, portent la date de 102. Le contrat ne fut donc pas absolument accompli a la lettre puisque, d'après sa date, les tableaux auraient dû être achevés en 1630. Toutefois, il ne parait pas que ce retard ait amené de désaccord entre les parties.
lion», tous ces tableaux, dont les dimensions atteignent près de trois mètres dans les deux sens, les figures sont de grandeur naturelle; la plupart présentent un second sujet, traité en plus petite proportion, sur les plan» éloignés. Quelques-uns ont été exécutés de pratique; mais c’est l'exception : il est, en effet, facile de «vcoiinnilre que les personnages, peints d'après nature, sont aillant «le portraits et que les draperies ont etc soigneusement étudiées sur le modèle. « Dans celte longue série de toiles, où la monotonie semblait iiievilaldc, on doit admirer, dilflcau Itermndez. une grande fécondité d'invention, mi ingénieux arrangement des actions et des groupes, non moins que la science du ranalomic eî Tbarmomc du coloris. •» Cet éloge dr Cean n'a rien que d'acceptable, et sans prétendre établir une comparaison, qui nécessiterait de trop long» développements, entre l'œuvre de Cnrdiicho et celle d' Eus tache Lcsueur. il nous parait juste d'admettre que l'artiste espagnol, moins soutenu peut-être dans le vaste ensemble de son travail sons le rapport de la grandeur et de l'élévation du style, dépasse parfois Loueur comme sentiment et comme finesse d'expression, et l'égale le plus souvent par le charme et la sérénité de l'exécution.
D'après le» biographes de Carducho, c'était une tradition constante, au couvent du l’aulur, que Tartisltavail mis son portrait dans le tableau n* 35 de la série, sous la ligure d un moine qui est nu chevet du pcreOdon de Navarre, étendu sur son lit de mort.
En même temps qu'il terminait les tableaux du Paillai*, Carduclm peignait encore divers ouvrages, soit polir cette même chartreuse, soit pour d'autres communautés. En 1631, notamment, il signait le Martyre de sainte Barbe , à présent au Musée national, et qui déeoruit autrefois le maitre-.nilel du couvent de Santa Barbara a Madrid. Le dernier tableau auquel ait travaillé Yiceule se trouve dans l'église magistrule de Alcala de tiendras; c'est un Saint Jérôme, nu bas duquel on lit celle inscription : Vincencius Canine ho Int teùam non opus finit 1638.
En 1633, Carducho lit imprimer, à Madrid, ses Itialogo» de la Pintura ; c’eut, au jugement de Ceau lleniiudez, le meilleur et le plus savant traité, écrit en espagnol, sur la tliéoric de la peinture.
Soucieux de sa dignité d'artiste, Carducho défendit, en 1633, avec Angola Nanli, les immunité» de &a corporation : il refusa l'impôt que les agents du fisc prétendaient recouvrer sur ses ouvrages, et plaida contre la real hacienda. Philippe IV, dans une cédule datée du 8 septembre 1637. donna gain de cause aux deux peintres et lit exempter leurs travaux île toute galielle.
Apres une carrière entièrement vouée à l'art et noblement remplie, Vineenzio Carducd mourut à Madrid en 1638 : on l’enterra dans la chapelle du tiers-ordre de Saint-François.
Il laissait de nombreux et habiles élèves : Félix Caslello, Francisco Fernandez, Pedro de obregon, Rarlolomc lloman, Francisco Bi*i,et Francisco Collantes; ces derniers sont demeures célèbres.