ESTEBAN MURILLO
à tout peindre. Quand on se promenait dans les salles de notre musée espagnol, on était surpris de la merveilleuse flexibilité d’un tel coloriste. Tantôt il est grave et contenu, comme dans le portrait en pied du froid inquisiteur Don Andréas de Andrade; tantôt il rencontre à son insu les effets de Rembrandt et sa pâte dorée, par exemple, dans la superbe esquisse du Saint Thomas de Villanueva , dont nous offronsla gravure à nos lecteurs. Quelquefois le pinceau d’Esteban est fondu jusqu’à la mollesse; le plus souvent il est chaud et vaporeux. Peutêtre est-il dangereux de copier Murillo : on risquerait de tomber dans la rondeur et le défaut d’accent ; on contracterait une banalité d’exécution dont l’original se sauve par le charme et l’éclat du coloris. Mais s’il ne faut point imiter Murillo, on peut l’admirer sans crainte et sans réserve, sous mille aspects différents, et surtout dans les sujets gracieux, comme cette Viergeà la cernée où l’on voit des anges exécuter une musique céleste pour distraire l’Enfant Jésus, qui, ravi de leurs accords, tourne vers eux ses grands yeux noirs, remplis de pensées. Génie suave, tout ce qu’a touché Murillo se tourne en douceur, s’éclaire d’une clarté sereine et pénétrante. La religion dans ses tableaux n’a plus rien d’effrayant; elle paraît remplie de grâce; elle est indulgente et n’ouvre jamais à l’imagination des fidèles que les rayonnantes contrées du paradis. Ribera n’en avait vu que les mystères sombres, le côté menaçant et sinistre; Murillo n’en a montré que le côté tendre, aimable et radieux.
CHARLES BLANC
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SAINT FRANÇOIS EN EXTASE (Madrid).
Esteban Murillo a laissé un grand nombre de toiles, qui avant les guerres de l’Empire, se trouvaient presque toutes dans les églises et les couvents de l’Espagne, à Madrid, à Séville, à Cadix, à Grenade, à Cordoue, etc.
Musée royal de Madrid. Riche en tableaux de toutes les Ecoles quoique de création récente ; il renferme quarante-sept tableaux de Murillo. Nous citerons seulement les principaux : La Sainte Famille au petit chien. — L’Adoration des Bergers , ouvrage plein d’énergie dans l’exécution et de poésie dans la pensée. — Jésus au mouton. — Jésus et saint Jean. — Le Martyre de saint André. — Deux Annonciations ,
— et enfin les Extases de saint Bernard, saint Augustin, saint François et saint Ildefonse, qui sont des prodiges de l’art.
Musée National de Madrid. Un Saint Ferdinand, une Extase de saint François, etc.
Académie de Madrid. Une Résurrection ; Sainte Elisabeth de Hongrie soignant les Lépreux, reproduit dans cette notice, page 13.
Cathédrale de Séville. Moïse frappant le rocher. — la Multiplication des Pains dans le désert — et l’Extase de saint Antoine de Padoue, la plus grande toile qu'ait peinte Murillo.
Musée du Louvre. Neuf tableaux de Murillo: la Vierge au chapelet, — le Mystère de la conception de la Vierge , — la Sainte Famille, — le Jeune Mendiant, — et deux tableaux peints sur marbre, Jésus sur la montagne des Oliviers — et le Christ à la colonne. A ces sept tableaux dont quelquesuns, la Sainte Famille , estimé 60,000 francs en 1816, et le Jeune Mendiant, estimé 30,000 francs à la même époque, sont fort célèbres, le Gouvernement vient d’ajouter la Conception de la Vierge, le chef-d’œuvre de Murillo, payé l’énorme somme de 613,300 francs, à la vente de la collection du maréchal Soult en mai 1832. A cette même vente furent acquis. la Naissance de la Vierge, le Miracle de San Diego, vulgairement appelé la Cuisine des Anges.
Dans la Galerie espagnole, au Louvre, propriété particulière du feu roi Louis-Philippe, il y avait trente-huit tableaux de Murillo; parmi lesquels il faut citer la Vierge à la ceinture ,
— Saint Augustin à Hippone, — Saint Bonaventure écrivant ses mémoires après sa mort, — Saint Diego d Alcala, — le Portrait du Peintre. En 1848, tous ces tableaux furent rendus au roi.
Galerie nationale de Londres. Possède trois tableaux : Une Sainte Famille, ouvrage des dernières années du peintre, cité par Palomino et Cean Bermudez, etc., désigné quelquefois sous la dénomination de Pedroso Murillo, nom de son ancien propriétaire , le marquis de Pedroso. Ce tableau a été payé 157,000 francs. — Un Jeune Paysan espagnol, gravé par J. Rogers. Ce tableau, qui orna la collection du marquis de Lansdowne, fut offert, en 1826. à la
ÉCOLE ESPAGNOLE
Galerie nationale, par M. Zachary Esq. — Saint Jean et le mouton, gravé par V. Green.
A Hampton-Court. — Un Jeune Enfant mangeant des fruits ; — dans la grande salle à manger, le Portrait de Don Carlos, fils de Philippe IV; — enfin dans la chambre privée de la reine, un Jeune Espagnol.
Dulwich-Coliege. Cette collection si remarquable et si variée contient douze tableaux de Murillo d’un très-bon choix : citons la Jeune Fille aux fleurs, — l’Enfant Jésus avec un mouton, — le Bon Berger, — Jacob et Rachel.
A Stafford-House on admire l’ Enfant prodigue,— Abraham et les trois anges, acquis l'un et l’autre au maréchal Soult. On y voit encore une Sainte Famille — et Saint François embrassant l’enfant Jésus.
Dans la collection de Lord Ashburton: Saint Thomas faisant l’aumône. Ce tableau ornait autrefois la cathédrale de Séville; il fut vendu au lord par le maréchal Sébastiani. La Vierge dans une gloire, tableau d’une grande délicatesse.
Dans la célèbre Galerie de Grosvenor, on voit un grand Paysage qui avait orné le palais Sant-lago, à Madrid.
Chez Sir Thomas Baring, à Strallon, quatre tableaux : une Conception, une Sainte Famille, un Jeune Faune tirant des sons de sa flûte, une Jeune Fille relevant son voile.
Chez M. Miles à Leight-Court, le Martyre de saint André — et la Vierge et l’enfant Jésus.
Chez le comte de Warwick, à Warwick-Castle, un Jeune Garçon riant et montrant du doigt un autre garçon.
Chez le duc de Bedfort, à Woburn-Abbey, des Anges volant ilans les airs, grand tableau puissant de couleur.
Le Belvédère a Vienne possède un seul tableau de Murillo, Saint Jean-Baptiste caressant un agneau.
La Pinacothèque de Munich est plus riche; elle en compte sept : deux Mendiants , — deux Enfants jouant aux dés, — une Jeune Fille comptant de l'argent à un jeune Garçon auquel elle vient d’acheter des fruits, — Saint François guérissant un Paralytique. Voilà les meilleurs.
Galerie royale de Dresde. Deux tableaux : la Vierge et l’enfant Jésus. — Jeune fille vendant des fruits.
Musée de l’Ermitage a Saint-Pétersbourg. Est — après l’Espagne — le plus riche en tableaux de Murillo, il n’en compte pas moins de vingt-cinq à trente. Ne citons que les plus beaux: Sainte Claire mourante, que le peintre exécuta à Madrid à ■28 ansetquidevintle premier fondement desa haute renommée; une petite Adoration des Bergers, esquisse fine et délicate, une Nativité lumineuse comme la Nuit du Corrége, une Assomption, une vaste composition représentant l’Assassinat d’un Prêtre devant son prie-Dieu, — le Martyre de saint Pierre de Vérone, — le Songe de Jacob, — le Beposen Égypte, — Saint Pierre-aux-Liens, —et Jésus et Saint Jean enfants, ces deux derniers provenant de la vente du maréchal Soult.
Musée royal de Berlin: un Saint Antoine de Padoue provenant de la collection du général Mathieu Fabvier.
Vente de Julienne, 1767. Les Noces de Cana, 6,000 fr.
Vente Gaignat, 1768. Jésus endormi, contemplé par la Vierge et saint Joseph, 17,535 francs. Un jeune Mendiant, celui du Louvre, 1,544 francs en 1782 ; il fut acheté par le roi, 3,000 francs à la ventede M. Sainte-Foix.
Vente duc de Ciioiseul, 1772. Jeune fille tenant de la main droite un panier plein de fruits, et de la gauche, un
bout de son voile; le pendant, un Jeune Garçon parlant à son chien; vendus ensemble 4,800 francs.
Vente Blondel de Gagny, 1776. Une Jeune Bohémienne assise, vue jusqu’aux genoux, ayant des fleurs dans le fond de son manteau, 12,000 francs.
Vente Prince de Conti, 1777. Le Bon Pasteur avec ses Brebis, 1,401 francs. Saint Joseph assis, tenant l’Enfant Jésus entre ses mains, 1,592 fr. Les Noces de Cana, 9.060 fr. (Dix ans plus tôt, 6,000 francs.) Une Hérodiade, 620 francs.
Vente Randon de Boisset, 1777. La Vierge assise tenant l’enfant Jésus sur ses genoux, 10,999 francs.
Vente de Praslin, 1793. Saint Jean assis caressant son mouton, 3,320 francs.
Vente Lapérière, 1817. La Maison de saint Joseph, 4,000fr.
Vente Bonnemaison, 1827. L’Adoration des Bergers,