‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 4)Chapitre 21 sur 83 · E .BOCOURT. D · texte numérisé non relu

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DESCENTE DE CROIX (Musée ro,M de Uadiid,.

Quelque surprenante que paraisse celte fécondité de l'artiste, elle ne fit cependant que grandir dans la période de sa vie qui suit l'année 1626. C'est à cette date qu'il faut reporter l'origine de la plus considérable et de la meilleure part de son œuvre.

Le 29 août 1626, par acte authentique passé à Madrid devant le notaire Pedro de Aléas Matien/.o. entré

le prieur de la chartreuse du Paular et Vicente Carducho, la communauté confiait au peintre toute la décoration de son grand cloître. Carducho s'obligeait à livrer, en quatre ans, cinquante-six tableaux, quatorze par année, tous et tout entiers de sa main, et dont le prix, qui ne pouvait en aucun cas excéder 200 ducats par tableau, serait définitivement fixé par deux maîtres peintres, l'un choisi par le couvent, l'autre par l'artiste. Après les évaluations des experts, Carducho abandonnerait au couvent, en pur don et à titre d'aumône, le quart des sommes qui lui seraient attribuées. Telles étaient, en substance, les principales clauses de ce curieux contrat.

Les sujets imposés à Carducho se divisaient ainsi : vingt-sept tableaux devaient représenter des épisodes de la Vie de saint Bruno, depuis sa conversion jusqu'à sa mort; vingt-sept autres, les Martyres et les Miracles des Moines appartenant à l'ordre; enfin, sur les deux derniers devaient être figurées les armes du roi et celles de l'institut des Chartreux. A l'exception de ces deux toiles, qui, selon Cean Bermudez. n'auraient formé qu'un seul et même trophée, le Musée national de Madrid possède aujourd'hui les cinquantequatre principales. Toutes sont signées de l'artiste, une seule est datée de 1628; quatorze, les dernières sans doute dans l'ordre de l'exécution, portent la date de 1632. Le contrat ne fut donc pas absolument accompli à la lettre puisque, d'après sa date, les tableaux auraient dû être achevés en 1630. Toutefois, il ne paraît pas que ce retard ait amené de désaccord entre les parties.

Dans tous ces tableaux, dont les dimensions atteignent près de trois mètres dans les deux sens, les figures sont de grandeur naturelle ; la plupart présentent un second sujet, traité en plus petite proportion, sur les plans éloignés. Quelques-uns ont été exécutés de pratique; mais c'est l'exception : il est, en effet, facile de reconnaître que les personnages, peints d'après nature, sont autant de portraits et que les draperies ont été soigneusement étudiées sur le modèle. « Dans cette longue série de toiles, où la monotonie semblaitinévitable, on doit admirer, dit Cean Bermudez, une grande fécondité d'invention, un ingénieux arrangement des actions et des groupes, non moins que la science de l'anatomie et l'harmonie du coloris. » Cet éloge de Cean n'a rien que d'acceptable, et sans prétendre établir une comparaison, qui nécessiterait de trop longs développements, entre l'œuvre de Carducho et celle d'Eustache Lesueur, il nous paraît juste d'admettre que l'artiste espagnol, moins soutenu peut-être dans le vaste ensemble de son travail sous le rapport de la grandeur et de l'élévation du style, dépasse parfois Lesueur comme sentiment et comme finesse d'expression, et l'égale le plus souvent parle charme et la sérénité de l'exécution.

D'après les biographes de Carducho, c'était une tradition constante, au couvent du Paular, que l'artiste avait mis son portrait dans le tableau n° 35 de la série, sous la figure d'un moine qui est au chevet du père Odon de Navarre, étendu sur son lit de mort.

En même temps qu'il terminait les tableaux du Paular, Carducho peignait encore divers ouvrages, soit pour cette même chartreuse, soit pour d'autres communautés. En 1631, notamment, il signait le Martyre de sainte Barbe, à présent au Musée national, et qui décorait autrefois le maître-autel du couvent de Santa Barbara à Madrid. Le dernier tableau auquel ait travaillé Vicente se trouve dans l'église magistrale de Alcala de Henares; c'est un Saint Jérôme, au bas duquel on lit cette inscription : Vincencius Carducho hic vitam non opus finit 1638.

En 1633, Carducho fit imprimer, à Madrid, ses Dialogos de la Pintura; c'est, au jugement de Cean Bermudez, le meilleur et le plus savant traité, écrit en espagnol, sur la théorie de la peinture.

Soucieux de sa dignité d'artiste, Carducho défendit, en 1633, avec Angelo Nardi, les immunités de sa corporation : il refusa l'impôt que les agents du fisc prétendaient recouvrer sur ses ouvrages, et plaida contre la real hacienda, Philippe IV, dans une cédule datée du 8 septembre 1637, donna gain de cause aux deux peintres et fit exempter leurs travaux de toute gabelle.

Après une carrière entièrement \ouée à l'art et noblement remplie, Vincenzio Carducci mourut à Madrid en 1638 : on l'enterra dans la chapelle du tiers-ordre de Saint-François.

11 laissait de nombreux et habiles élèves : Félix Castello, Francisco Fernandez, Pedro de Obregon, Bartolome Roman, Francisco Rizi, et Francisco Collantes : ces derniers sont demeurés célèbres.

LES CARDUCCl (1560-1578). 7

Vicente s'essaya dans la gravure à l'eau-l'orte : on a de lui deu\ petites pièces, bref-légèrement el très-habilement traitées; l'une représente la Mort d'Abel, l'autre, un Saint pénitent : toutes deux sonl signées il»; son monogramme. Dans la collection de dessins des maîtres espagnols, qu'avait réunie Cean Bermudas, figuraient de précieuses études de Vicente pour divers tableaux delà Vie de saint ffnmo et des

LA SOURCE MIRACULEUSE (Tableau »• H de la Vie de saint Bruno ; Musée national du Fomenlo).

Martyres des Chartreux. Ces esquisses, lavées au bistre ou encore tracées à la pierre noire sur papier gris ou bleu, prouvent de quelle facilité était doué l'artiste dans l'enfantement de ses premiers projets, et avec quelle science consommée de l'effet il savait préparer l'ensemble de ses compositions. Soigneuseinb-.it arrêtés et très-terminés, ces dessins de Vicente expliquent et justifient la merveilleuse rapidité de son exécution.

PAUL LEPOHT.

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C'est principalement dans les Musées d'Espagne, dans les églises de Madrid, et encore à l'Escorial, qu'il est possible d'étudier les productions des Carducci. Bien peu de tableaux de «•es artistes ont franchi les Pyrénées. Pour tous ceux des ouvrages des deux maîtres qui, au temps de Cean Bermudez. appartenaient encore aux communautés religieuses et aux églises, on devra consulter son dictionnaire : nous nous bornons à compléter les indications de Cean en donnant la liste des tableaux qui figurent dans les Musées et dans quelques collections particulières.

Musée royal de Madrid. — Par Bartolommeo Carducci : Descente de Croix. — La Cène. — Saint Sebastien.

Par Vincenzio Carducci : La Place de Constance secourue par le duc de Feria, Hi'33. — la Bataille de Fleuras, /622. — La prise de Bheinfelt. 1638. — Le Baptême de Jésus-Christ. — La Salutation angélique. — La Xaissance de la Vierge. — La Présentation au Temple. — Sainte Anne et la Vierge. — Une Tête d'homme de grandeur colossale.

Misée national do Fomento. — Par Vincenzio Carducci : La Vie de saint Bruno (27 tableaux ). — Martyres et Miracles des Chartreux (27 tableaux'. — Saint Bruno en prière. — Décollation de saint Jean- Baptiste. — L'Annonciation. — Martyre de sainte Barbe. — La Bienheureuse Maria Ana de Jésus. — Apparition de la Vierge h une dame en prières. — Martyre de saint Pierre Xolasi/uc 2 tableaux . — Un Saint

refusant le. chapeau de cardinal. — Saint Jean de Mata prenant l'habit. — Saint Jean de Mata rachetant les captifs. — SaM Jean de Mata guérissant un possédé. — Généalogie du Tiers-Ordre. — Sainte Inès, martyre. — Sainte Catherine. — Saint Jacquet à la bataille de Clauijo. — La Conception.

Académie de San Fernando. — Prédication de saint Jean-Baptiste. — La Cène, par Vincenzio Carducci.

Galerie Salamanca (ancienne collection Madrazo . — La Transfiguration, par- Barlolommeo Carducci. — Portrait d'un vieillard, par Vincenzio Carducci.

Mutés DE Nantes. — Portrait de Vincenzio Carducci.

Musée de Dresde. — L Enfant Jésus et plusieurs Saints par Vincenzio Carducci.

Misée de Saint- Pétersroi nu. — L'Extase de saint Antoine de l'adoue. par Vincenzio Carducci.

Le Catalogue de l'ancienne galerie espagnole au Musée du Louvre mentionnait deux tableaux de Barlolommeo : La sainte Vierge et l'enfant Jésus: — Saint François en prière, et deux de Vincenzio: Une Sainte Famille: — Des moines priant pour la consécration il un édifice religieii.r.

Vente Lous-Puilippe (Londres, 1833,. — Saint François en prière, 7 f. 10. — Portrait de Vicente Carducho.M î. — Sainte Famille, 25 ï. — Moines en prière. 16 t*. — La sainte Vierge et l'enfant Jésus (i t.

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FRANCISCO PACHECO

Peintre, poëte, littérateur érudit, mais plus professeur que peintre et plus érudit qu'artiste, Francisco Pacheco doit sa célébrité moins à ses peintures qu'à ses écrits. Son livre de YArte de la Pintura est le monument de sa vie. Homme de traditions, esprit froid et méthodique, Pacheco, dans ce traité, le meilleur qui ait été publié en Espagne, s'est montré écrivain didactique excellent, et c'est par là que YArte de la Pintura mérita de rester longtemps classique parmi les artistes. Mais tout autre est la partie philosophique de son livre : empreinte du mysticisme le plus étroit, elle n'est guère qu'aride et rebutante. Enragé d'orthodoxie, Pacheco ne veut rien laisser à l'inspiration du peintre. Il a des formules pour toutes les compositions sacrées, pour tous les sujets religieux, formules invariables, presque inquisitoriales, exclusives de toute liberté, de toute spontanéité. Chez Pacheco, le texte est tout, l'esprit n'est rien. L'attitude, l'expression, l'âge apparent, le costume qui conviennent aux personnages sacrés, il prétend les prescrire comme des questions de dogme, et, avec le sérieux d'un docteur scrutant des cas de conscience, il disserte jusque sur la couleur des vêtements des habitants du ciel. Pacheco est le théologien, le casuiste de la peinture.

Sis biographes ne sont d'accord ni sur la date, ni sur le lieu de sa naissance. Les uns, s'appuyant sur un passage de YArte de la Pintura où l'auteur dit qu'il avait soixante-dix ans lorsqu'il écrivait son livre, en déduisent, puisque le privilège d'impression est daté de 1641, qu'il dut naître autour de l'année 1571. O'autres supposent que cette date doit être lixée deux ou trois ans plus tard, dans l'hypothèse que pendant les huit années qui s'écoulèrent entre la permission .d'imprimer et la publication du livre, Pacheco dut revoir et rectifier le passage relatif à son âge.

On le croit né à Séville, mais la preuve authentique, l'acte de baptême, n'a pu jusqu'ici être retrouvée. Comme sa famille était originaire de Jerez de la Frontera, on pourrait très-bien admettre que Pacheco aura été amené, dans sa très-grande jeunesse, de Jerez à Séville, où son oncle, le savant chanoine Francisco, demeurait déjà depuis de nombreuses années.

Le maître de Pacheco fut Luis Fernandez, ce peintre de sargas qui forma Herrera le Vieux et les deux frères Castillo. Un tableau représentant le Christ portant sa croix, daté de 1589, et qui naguère figurait encore dans la collection du chanoine Cepero, à Séville, paraît être le plus ancien ouvrage de Francisco. C'est évidemment un début et qui déjà contient en germe tous les défauts et toutes les qualités de l'artiste. Faiblement dessinée, sagement mais timidement peinte, cette composition, d'un coloris un peu sec, est tout à fait conçue dans les traditions de l'École romaine, que suivait et enseignait Luis Fernandez. Plus tard, Pacheco dessinera plus savamment, mais il se montrera toujours coloriste aussi pâle; et quant à ses compositions, où la recherche de la pondération est souvent poussée jusqu'à la puérilité, elles ne brilleront en aucun temps ni par la richesse, ni par l'originalité. Du reste, et de son vivant même, l'indigence de son coloris et la tournure tristement émaciée de ses figures lui valurent d'assez vives critiques. Témoin cette spirituelle épigramme rapportée par ses biographes et qu'on trouva écrite au bas d'un Christ nu qu'il avait

exposé :

Quien os pusô asi Senor, Tan desabrido y tan seco?

Vos me direis que el amor, Mas yo digo que Pacheco.

« Qui vous a rendu, Seigneur, si blême et si sec? Vous me direz que c'est l'amour, moi je dis que c'est « Pacheco. »

UArte de la Pintura permet de suivre chronologiquement l'exécution des principaux ouvrages de Pacheco. Vers 1594, on le chargea de peindre cinq étendards royaux pour la flotte de la Nouvelle-Espagne. L'artiste nous décrit minutieusement dans son livre le procédé employé pour ce genre de peinture, les sujets exécutés et jusqu'à l'agencement de ces riches pavillons où se mêlaient le damas, la soie et l'or.

En 1598, Pacheco peignit à fresque une partie du catafalque élevé, dans la cathédrale de Séville, en l'honneur de Philippe II. L'année d'après, il signait et datait deux tableaux représentant Saint Antoine et Saint François qui allaient prendre place dans un couvent de Lora del Rio.

En 1603, il peignit, à la détrempe et sur toile, diverses compositions empruntées à l'histoire de Dédale et d'Icare qui formèrent la décoration du cabinet de son protecteur et ami D. Fernand Henriquez de Ribera, duc d'Alcala. Ce travail fit beaucoup d'honneur à Pacheco, qui sut faire preuve d'habileté dans le dessin de ses figures, présentant presque toutes des raccourcis pleins de hardiesse. Cespedès, qui se trouvait alors à Séville, vit ces peintures et loua chaudement l'artiste.

Désireux d'étudier les œuvres des grands maîtres, que Charles-Quint et Philippe II avaient réunies à l'envi dans leurs royales demeures, Pacheco quitta Séville en l'année 1611, et visita successivement Madrid, l'Escorial et Tolède. C'est dans ce voyage qu'il connut le Greco, dont la fougueuse et bizarre manière, si éloignée de ses propres errements, motiva entre les deux peintres les curieuses discussions esthétiques que Pacheco a soigneusement rapportées dans son Art de la Peinture.

Ce voyage exerça sur le talent de Pacheco une influence considérable. De retour dans sa patrie, et préoccupé des qualités de style et de coloris qui l'avaient le plus frappé, il s'appliqua avec une louable énergie à donner quelque ampleur à sa propre manière. Mais si ses efforts n'aboutirent pas à un succès complet, il y eut progrès : le froid et sévère Pacheco donna dès lors plus de vivacité à ses personnages ; il anima davantage ses compositions, en disposa les masses avec plus de liberté, et sa touche, sans atteindre à la puissance de Herrera et de Roëlas, sut communiquer à ses figures plus de relief et de vie.

C'est dans ces conditions nouvelles qu'il termina, en 1614, pour le couvent de Santa Isabel, le grand tableau du Jugement dernier, son œuvre principale, gravée dans cette notice.

FRANCISCO PACHECO (1571). 3

Ce fui également après son retour de Madrid que Pacheco ouvrit un enseignement régulier bientôt suivi par un groupe nombreux d'élèves et d'amateurs. Alonso C.ano, d'abord élève de Juan del C.astillo, et

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