VERS
Jean Victoor ou Fictoor — car la signature de ce peintre se rencontre sous ces deux formes — est
encore un de ces artistes que la critique moderne aura eu l'honneur de remettre en lumière. Une justice
tardive lui sera bientôt rendue, et lorsqu'on aura étudié son œuvre à Amsterdam, à Munich, au Louvre, on
comprendra que Victoor n'est pas le moins habile des disciples qui ont grandi sous l'influence de Rembrandt.
Les dates de la naissance et de la mort de Victoor ne sont pas exactement connues :
celles que nous
avons écrites en tête de cette note sont empruntées à Pilkington et ne peuvent être considérées que
comme approximatives. Il semble même que, si on s’en rapporte aux œuvres qui restent de lui, Jean
Vietoor doit être né vers 1608 ou 1610, quelques années après son maitre.
Quoi qu'il en soit, il entra dans l'atelier de Rembrandt et s'y distingua bientôt. Sa vie, d’ailleurs, n’est
pas connue; mais nous avons des tableaux de sa main datés de 1640, de 1654 et des années intermédiaires.
Victoor a traité des sujets de deux sortes. Il emprunte volontiers ses inspirations à la Bible, et dans les
tableaux de ce genre, il conçoit et il peint tout à fait dans le goùt de Rembrandt. Parfois, la nature étant
alors son principal guide, il représente des intérieurs de boutique ou des scènes de paysans. Mais sa
coloration est toujours énergique et dorée; son pinceau est toujours ferme et fier. La Jeune Fille à la
fenêtre, du Musée du Louvre, le plus ancien tableau que nous connaissions de Jean Victoor, est une œuvre
APPENDICE. 9 très-remarquable sous le rapport de la vérité, du relief et de la touche. Il y à de Pélégance aussi, et presque de la poésie, dans celte simple étude. Une jeune fille, richement vêtue, se penche à une fenêtre dont elle va refermer le volet; elle vient d'achever sa toilette, déjà elle a mis un de ses gants, et avant de courir au rendez-vous, peut-être, elle ferme prudemment la croisée de sa pelite chambre. Dans cette peinture, ainsi que dans celles qu'on peut voir de lui à Francfort, à Munich, à Amsterdam, Jean Victoor
se révèle comme un des meilleurs disciples de Rembrandt.
j us :
(ii)
JEUNE FILLE À LA FÉNËTRE (Musée du Louvre)
On à quelquefois confondu l’auteur de la Jeune Fille à la fenêtre avec un peintre du même nom qui, comme Hondekoeter, n'a jamais peint que des oiseaux, des poulaillers, des basses-cours. C'est là encore un maitre très-expert, et il est fâcheux qu'on ne sache rien de sa vie, Un tableau de ce Jean Victoor est daté de 1672, ce qui semble indiquer qu'il était plus jeune que l’auteur des scènes bibliques et des intérieurs de paysans. Peut-être est-il son fils ou son neveu. Les Italiens le connaissent sous le nom de Giacomo. Il y a de lui, au Musée de Dresde, un tableau représentant des poules, des poussins et un pigeon, et on a vu passer, de sa main, à la vente du baron de Banckeim, en 1747, une peinture analogue, qui fut vendue 210 livres.
Pour tout ce qui concerne Jean Victoor et son œuvre, nous DRespe. — Moïse sauvé des eaux. — Le gobelet de Joseph renvoyons le lecteur à M. W. Bürger, qui, dans ses Musées trouvé dans le suc de Benjamin. de Hollande, à le premier réuni quelques détails et quel- FRANCroRT. — Ruth et Booz. ques dates sur ce maître trop longtemps oublié. Nous indi- Rorrerpam. — Un Portrait de femme. — Un Paysage. querons toutefois ses principaux tableaux. Muxicu. — Le vieux Tobie remercie Dieu après avoir re- Musée pu Louvre. — La Jeune Fille à la fenétre. courvré La vue (1651). Signé Jan Victoor, f. 1640. Ce tableau provient de la vente Loxon GALERIE BRipGewaATER. — Tobie écoutant les Paillet et Coclers (1811), où il fut payé 3,101 fr. — Jsaac conseils de son père avant son départ. bénissant Jacob. {Acheté en lan IV à une vente faite par Vente HELsLEUTER (1802). — Un Bœuf écorché : deux Lebrun. enfants s'amusent avec une vessie, tandis qu'une servante AMSTERDAM. — Joseph expliquint les songes (1648). | nettoie le pavé. Prix: 201 liv. Id. Musée Vax per Hoop. — Une Boutique de charcutier | VENTE VAN LEYDEN (1804). — Tobie, ayant recouvré la 1648), — Le Charlitan de village 65%). | vue, se prosterne devant l'ange. Signé Fictoors, 1651 Bruxswick.— Esther et Aman.— David et Samuel (1653). | 5,000 livres. Ce tableau est sans doute celui qui figure aujour- — Dalila et Samson. d'hui au Musée de Munich. CAEN. — L'Écaillère, portrait en buste d’une femme qui VENTE AGuanc (1843). — L'Adoration des Bergers tient un couteau à la main. 1750 fr.
COPENHAGUE. — David et Salomon (1642). — Ruth et | VENTE DU CARDINAL 1 (Rome, 1845). — Une Femn Booz. — Jacob. — Portrait d'une dame hollandaise. au lit. Prix : 106 scudi, soit 572 fr.
GÉRARD SPRONG
Les amateurs ne connaissent guère de Gérard Sprong que le portrait de femme conservé au Louvre; mais cette peinture suffit pour donner une excellente idée du talent de ce maitre, sur lequel les biographes n'ont réuni que quelques renseignements insignifiants. Sprong a pris pour modèle une bourgeoise dont le costume n'est pas sans élégance. Vêtue d'une robe de soie noire brochée de petites fleurs, elle porte sur le derrière de la tête un bonnet de guipure ; un grand col rabattu et des manchettes de dentelle complètent son costume; enfin elle tient d’une main une paire de gants blancs. Ce portrait à toutes les qualités qui recommandent l’école hollandaise en son meilleur temps : le modelé est savamment aceusé, les carnations sont pleines de lumière el de vie, les accessoires sont traités avec autant de sobriété que d'adresse. Nous pouvons en dir autant de deux excellents portraits que possède M. le comte André de Mniszech, à Paris.
On ne sait rien sur la vie de Gérard Sprong, sinon qu'il était né à Harlem en 1600, et qu'il y mourut en 1651. 11 fut élève de son père, et il le fit aisément oublier. Descamps rapporte qu'indépendamment des rares pol traits qu'on connait de Jui, il a représenté «des assemblées bourgeoises. » Nous n'oserions évoquer
en doute une assertion aussi précise, mais nous devons avouer que jusqu'à présent nous n'avons jamais
rencontré d'autres tableaux de Sprong que ceux dont nous venons de parler.
TOINE PALAMÈDES STEVENS
Deux frères, qui ont su l'un et l’autre acquérir une célébrité dans l'histoire de l’art, ont porté le nom de
Palamèdes. Antoine, qui doit nous occuper d'abord , était lainé : il naquit à Delft en 1604. Son père,
très-habile graveur en pierres fines et sculpteur de matières précieuses, telles que le jaspe et l'agate, fut appelé en Angleterre par le roi Jacques Ie. II donna sans doute les premières leçons de dessin à son fils, qui, dès 1636, fut admis dans la Société des peintres de Delft, et qui, vers la fin de sa vie, en 1675, devint doyen de celte corporation. Ce sont là les seuls événements que les biographes aient recueillis sur le compte d'Antoine Palamèdes, qui mourut en 1680.
Son frère, qui fut aussi un peintre d'un mérite réel, eut à peine le temps de se faire une renommée. N6 à
-jeune à Delft et
Londres en 1607, pendant le séjour de son père à la cour du roi Jacques, il revint trè
forma son talent en étudiant les tableaux d'Isaïe Van de Velde. Passionné pour son art, il étudiait ardemment et faisait les plus beaux projets du monde; mais il ne lui fut pas donné de les réaliser, une mort prématurée l'ayant enlevé à trente et un ans, le 26 mars 1638.
L'œuvre des deux Palamèdes est aujourd'hui si bien confondu, qu'il est presque impossible de déterminer auquel des deux frères reviennent les tableaux qu'on rencontre dans les galeries publiques et les cabinets d'amateurs. Antoine est l'auteur des portraits et aussi des scènes familières ou des sujets militaires postérieurs à 1638; mais tous deux ont traité des motifs analogues, combats de cavaliers, conversations de
sentilshommes et de belles dames, ete. L’exéeution, dans les tableaux des Palamèdes, est brillante et facile ;